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Eléments de réponse : la CTI (1997) et la CDF (2000).
par Scrutator Sapientiæ 2012-10-27 10:12:35
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Bonjour jejomau,

Voici :

1. Les éléments de réponse de la CTI, en 1997 :

CTI 1997.

" II.4. « Ecclesia, universelle salutis sacramentum »

63. On ne peut développer une théologie des religions sans prendre en compte la mission salvifique universelle de l’Église, attestée par l’Écriture Sainte et par la tradition de foi de l’Église. L’appréciation théologique des religions a été rendue pendant longtemps impossible à cause du principe « extra Ecclesiam nulla salus », entendu dans un sens exclusiviste. Avec la doctrine sur l’Église comme « sacrement universel du salut » ou « sacrement du Royaume de Dieu », la théologie essaie de répondre à la nouvelle manière de poser le problème. Cet enseignement, qui a été aussi repris par le Concile Vatican II, retrouve la vision sacramentelle de l’Église dans le Nouveau Testament.

64. La question première aujourd’hui n’est plus de savoir si les hommes peuvent atteindre le salut même s’ils n’appartiennent pas à l’Église catholique visible ; cette possibilité est considérée comme théologiquement certaine. La pluralité des religions, dont les chrétiens sont toujours plus conscients, la meilleure connaissance de ces religions elles-mêmes et le nécessaire dialogue avec elles, sans minorer la plus claire conscience des frontières spatiales et temporelles de l’Église, nous interroge sur la possibilité de parler encore de la nécessité de l’Église pour le salut, et sur la compatibilité de ce principe avec la volonté salvifique universelle de Dieu.

A. « Extra Ecclesiam nulla salus »

65. Jésus a uni l’annonce du Royaume de Dieu avec son Église. Après la mort et la résurrection de Jésus, la réunion du Peuple de Dieu s’est refaite, cette fois au nom de Jésus-Christ. L’Église des Juifs et des Gentils s’est comprise comme une œuvre de Dieu, et comme la communauté dans laquelle on fait l’expérience de l’action du Seigneur exalté aux deux et de son Esprit. Avec la foi en Jésus-Christ, le médiateur universel du salut, sont unis le baptême en son nom - qui est le moyen de la participation à sa mort rédemptrice -, le pardon des péchés et l’entrée dans la communauté du salut (cf. Mc 16, 16 ; Jn 3, 5). C’est pour cela que le baptême est comparé à l’arche du salut (1 P 3, 20s). Selon le Nouveau Testament, le salut a pour fondement l’unique médiation salvifique de Jésus-Christ.

66. On parle de la nécessité de l’Église pour le salut en deux sens : la nécessité de l’appartenance à l’Église pour ceux qui croient en Jésus, et la nécessité, pour le salut, du ministère de l’Église qui, par charge reçue de Dieu, doit être au service de la venue du Royaume de Dieu.

67. Dans son Encyclique Mystici Corporis, Pie XII aborde la question du rapport avec l’Église de ceux qui atteignent le salut hors de la communion visible avec elle. Il dit d’eux qu’ils sont ordonnés au corps mystique du Christ par un désir inconscient (DS 3821). L’opposition du jésuite américain Léonard Feeney, qui insiste sur l’interprétation exclusiviste de la phrase « Extra Ecclesiam nulla salus », est l’occasion de la lettre du Saint-Office à l’archevêque de Boston, du 8 août 1949, rejetant l’interprétation de Feeney et précisant l’enseignement de Pie XII. La lettre fait la distinction entre la nécessité de l’appartenance à l’Église pour le salut (nécessitas praecepti) et la nécessité des moyens indispensables pour le salut (intrinseca nécessitas) en rapport avec ces derniers, l’Église est une aide générale pour le salut (DS 3867-3869). Dans le cas d’une ignorance insurmontable, il suffit du désir implicite d’appartenir à l’Église ; ce désir sera toujours présent quand un homme aspire à conformer sa volonté à celle de Dieu (DS 3870). Mais la foi, au sens de He 11, 6, et l’amour, sont toujours nécessaires d’une nécessité intrinsèque (DS 3872).

68. Le Concile Vatican II fait sienne la phrase « Extra Ecclesiam nulla salus ». Mais avec elle, il s’adresse explicitement aux catholiques, et il limite sa validité à ceux qui connaissent la nécessité de l’Église pour le salut. Le Concile considère que l’affirmation est fondée sur la nécessité de la foi et du baptême, affirmée par le Christ (LG 14). De cette manière, le Concile se situe en continuité avec l’enseignement de Pie XII, mais met en relief avec davantage de clarté le caractère parénétique originel de cette phrase.

69. À la différence de Pie XII, le Concile renonce à parler de votum implicitum, et n’applique le concept de votumqu’au désir explicite des catéchumènes d’appartenir à l’Église (LG 14). À propos des non-chrétiens, il dit qu’ils sont ordonnés d’une manière différente au Peuple de Dieu. Selon les différentes manières par lesquelles la volonté salvifique de Dieu embrasse les non-chrétiens, le Concile distingue quatre groupes : en premier lieu, les juifs; en deuxième lieu, les musulmans ; en troisième lieu ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l’Évangile du Christ et ne connaissent pas l’Église, mais qui cherchent Dieu d’un cœur sincère et s’efforcent d’accomplir sa volonté connue au travers de la conscience; et en quatrième lieu ceux qui, sans faute de leur part, n’ont pas encore atteint la reconnaissance expresse de Dieu, mais qui malgré cela s’efforcent de mener une vie droite (LG 16).

70. Les dons que Dieu offre à tous les hommes pour les conduire au salut sont fondés, selon le Concile, sur sa volonté salvifique universelle (LG 2 ; 3 ; 16 ; AG 7). Le fait que les non-chrétiens également soient ordonnés au Peuple de Dieu est fondé sur le fait que l’appel universel au salut inclut la vocation de tous les hommes à l’unité catholique du Peuple de Dieu (LG 13). Le Concile considère que le rapport intime des deux vocations est fondé sur la médiation unique du Christ qui, dans son Corps qu’est l’Église, se rend présent au milieu de nous (LG 14).

71. Ainsi rend-on à la phrase « Extra Ecclesiam nulla salus» son sens originel, celui d’exhorter à la fidélité les membres de l’Église (31). Intégrée dans la phrase plus générale « Extra Christum nulla salus», elle ne se trouve plus en contradiction avec l’appel de tous les hommes au salut.

B. « Paschcsit mysferio consociati »

72. La Constitution dogmatique sur l’Église « Lumen gentium» parle d’une ordination graduelle à l’Église du point de vue de l’appel universel au salut, qui inclut l’appel vers l’Église. À l’inverse, la Constitution pastorale « Gaudium et spes» ouvre une perspective christologique, pneumatologique et sotériologique plus vaste. Ce qu’on dit des chrétiens vaut également pour tous les hommes de bonne volonté, dans les cœurs desquels la grâce agit de manière invisible. Eux aussi peuvent être associés par l’Esprit Saint au mystère pascal, et ils peuvent par conséquent être conformés à la mort du Christ et marcher à la rencontre de la résurrection (GS 22).

73. Quand les non-chrétiens, justifiés par la grâce de Dieu, sont associés au mystère pascal de Jésus-Christ, ils le sont aussi au mystère de son corps, qui est l’Église. Le mystère de l’Église dans le Christ est une réalité dynamique dans l’Esprit Saint. Bien qu’il manque à cette union spirituelle l’expression de l’appartenance à l’Église, les non-chrétiens justifiés sont inclus dans l’Église « corps mystique du Christ » et « communauté spirituelle » (LG 8). C’est en ce sens que les Pères de l’Église peuvent dire que les non-chrétiens justifiés appartiennent à l’ecclesia ab Abel. Alors que ces derniers sont réunis dans l’Église universelle avec le Père (LG 2), ceux qui appartiennent explicitement « de corps » mais non pas « de cœur » à l’Église ne seront pas sauvés, parce qu’ils n’ont pas persévéré dans la charité (LG 14).

74. En cela, on peut parler non seulement d’une ordination à l’Église des non-chrétiens justifiés, mais aussi d’un lien avec le mystère du Christ et de son corps, l’Église. Mais on ne devrait pas parler d’appartenance, ni même d’une appartenance graduelle, à l’Église, ou d’une communion imparfaite avec l’Église, expression réservée aux chrétiens non catholiques (UR 3 ; LG 15) ; car l’Église est par essence une réalité complexe, constituée de l’union visible et de la communion spirituelle. Bien évidemment, les non-chrétiens qui ne sont pas coupables de ne pas appartenir à l’Église entrent par la mise en pratique de l’amour envers Dieu et le prochain dans la communion de ceux qui sont appelés au Royaume de Dieu; cette communion se révélera comme Ecclesia universalislors de la consommation du Royaume de Dieu et du Christ.

C. « Universelle salutis sacramentum »

75. Tant que Ton partait du présupposé que tous les hommes entraient en contact avec l’Église, la nécessité de l’Église pour le salut a été comprise essentiellement comme la nécessité de lui appartenir. Dès lors que l’Église a pris conscience de sa condition minoritaire, tant aux plans diachronique que synchronique, c’est la nécessité de la fonction salvifique universelle de l’Église qui est passée au premier plan. Cette mission universelle et cette efficacité sacramentelle quant au salut ont trouvé leur expression théologique dans la dénomination de l’Église comme sacrement universel du salut. En tant que telle, l’Église est au service de la venue du Royaume de Dieu, dans l’union de tous les hommes avec Dieu et dans l’unité des hommes entre eux (LG 1).

76. Dieu s’est révélé de fait comme amour, non seulement parce qu’il nous donne part déjà maintenant au Royaume de Dieu et à ses fruits, mais également parce qu’il nous appelle et nous libère pour la collaboration à la venue de son Royaume. Ainsi, l’Église n’est pas seulement un signe, mais aussi un instrument du Royaume de Dieu qui fait irruption avec force. L’Église mène à bien sa mission en tant que sacrement universel du salut, par la martyria, la leiturgia et la diakonia.

77. Au travers de la martyria de l’Évangile de la rédemption universelle accomplie par Jésus-Christ, l’Église annonce à tous les hommes le mystère pascal du salut qui leur est offert ou dont ils vivent déjà sans le savoir. Comme sacrement universel du salut, l’Église est essentiellement une Église missionnaire. Car Dieu, dans son amour, n’a pas seulement appelé les hommes à atteindre leur salut final dans la communion avec lui. Plus encore, il appartient à la vocation plénière de l’homme que son salut se réalise non pas dans le service de « l’ombre des choses à venir » (Col 2, 17), mais dans la pleine connaissance de la vérité, dans la communion du Peuple de Dieu et dans la collaboration active à la venue de son Royaume, une connaissance renforcée par l’espérance sûre en la fidélité de Dieu (AG 1-2).

78. Dans la leiturgia - la célébration du mystère pascal -, l’Église accomplit sa mission de service sacerdotal en représentation de toute l’humanité. D’une manière qui, selon la volonté de Dieu, est efficace pour tous les hommes, elle rend présente la représentation du Christ qui « s’est fait péché » pour nous (2 Co 5, 21) et qui a été « pendu au gibet » (Ga 3, 13) à notre place pour nous libérer du péché (LG 10). Finalement, dans la diakonia, l’Église rend témoignage de la donation aimante de Dieu aux hommes et de l’irruption du règne de justice, d’amour et de paix.

79. À la mission de l’Église comme sacrement universel du salut, il appartient également de faire en sorte « que toute trace de bien, quelle qu’elle soit, présente dans le cœur et la pensée des hommes, non seulement ne périsse pas, mais soit, au contraire, purifiée, élevée et portée à la perfection » (LG 17). Car l’action de l’Esprit précède, et parfois même de manière visible, l’activité apostolique de l’Église (AG 4), et son action peut également se manifester dans la recherche et l’inquiétude religieuses des hommes. Le mystère pascal auquel, d’une manière que Dieu connaît, tous les hommes peuvent être incorporés, est la réalité salvifique qui embrasse toute l’humanité, qui unit par avance l’Église aux non-chrétiens auxquels elle s’adresse, et au service de la Révélation duquel elle doit toujours être. Dans la mesure où l’Église reconnaît, discerne et fait siens le vrai et le bien que l’Esprit Saint a accompli dans les paroles et les actes des non-chrétiens, elle devient toujours davantage l’Église catholique véritable, « qui parle toutes les langues, comprend et embrasse dans sa charité toutes les langues, et triomphe ainsi de la dispersion de Babel » (AG 4).

80. « C’est pourquoi ce peuple messianique, bien qu’il ne comprenne pas encore l’universalité des hommes et qu’il garde souvent les apparences d’un petit troupeau, constitue cependant pour tout le genre humain le germe le plus fort d’unité, d’espérance et de salut. Établi par le Christ pour communier à la vie, à la charité et à la vérité, il est entre ses mains l’instrument de la rédemption de tous les hommes, au monde entier il est envoyé comme lumière du monde et sel de la terre (cf. Mt 5, 13-16) » (LG 9).

III. QUELQUES CONSÉQUENCES POUR UNE THÉOLOGIE DES RELIGIONS

81. Une fois étudiées l’initiative salvifique du Père, la médiation universelle du Christ, l’universalité du don de l’Esprit, la fonction de l’Église dans le salut de tous, nous avons en main les éléments pour ébaucher une théologie des religions. Face à la nouvelle situation créée par le pluralisme religieux, se repose la question de la signification universelle de Jésus-Christ et de son rapport avec les religions, ainsi que de la fonction qu’elles peuvent avoir dans le dessein de Dieu, dessein qui n’est pas autre chose que récapituler toutes choses dans le Christ (Ep 1, 10). Il n’y a rien d’étonnant à ce que d’anciens thèmes de la tradition soient utilisés pour éclairer des situations nouvelles. Sur le plan positif, il faut retenir la signification universelle de Jésus et de son Esprit, ainsi que de l’Église ; celle-ci en effet annonce l’Evangile, elle est au service de l’humanité au moyen de son service sacerdotal dans la célébration liturgique du mystère pascal Sur le plan négatif, cette universalité est exclusive : il n’y a pas de Logos qui ne soit Jésus, pas plus qu’il n’y a d’Esprit qui ne soit l’Esprit du Christ. C’est à l’intérieur de ces coordonnées que s’inscrivent les problèmes concrets qui vont être traités plus avant. Nous étudierons certains des points déjà signalés dans le « status quaestionis».

III. 1. La valeur salvifique des religions

82. N’est pas objet de discussion la possibilité de salut hors de l’Église pour ceux qui vivent selon leur conscience. Ce salut, comme on l’a vu lors de la présentation précédente, ne se produit pas indépendamment du Christ et de son Église, Il se fonde sur la présence universelle de l’Esprit, qui ne peut être déliée du mystère pascal de Jésus (GS 22 ; RM 10, etc.). Certains textes de Vatican II traitent spécifiquement des religions non-chrétiennes : ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile sont ordonnés de diverses manières au Peuple de Dieu, et l’appartenance aux différentes religions ne semble pas indifférente aux effets de cette « ordination » (cf. LG 16). On reconnaît qu’il y a dans les différentes religions des rayons de la vérité qui éclaire tout homme (NA 2), des semences du Verbe (AG 11), que par la disposition de Dieu il y a en elles des choses bonnes et véridiques (OT 16), qu’il y a des éléments de vérité, de grâce et de bien non seulement dans les cœurs des hommes, mais aussi dans les rites et les coutumes des peuples, même si tout doit être « purifié, élevé et porté à sa perfection » (AG 9 ; LG 17). Quant à dire que les religions en tant que telles peuvent avoir une valeur dans l’ordre du salut, c’est là un point qui reste ouvert.

83. L’Encyclique Redemptoris Missio, qui suit et développe la ligne du Concile Vatican II, a souligné avec davantage de clarté la présence de l’Esprit Saint non seulement dans les hommes de bonne volonté pris individuellement, mais aussi dans la société et l’histoire, dans les peuples, les cultures, les religions, et ceci, toujours en référence au Christ (RM 28 ; 29). Il existe une action universelle de l’Esprit, qui ne peut se séparer de, ni se confondre avec, l’action particulière qu’il mène dans le corps du Christ qu’est l’Église (ib.). De la structure du chap. II de l’Encyclique, intitulé « L’Esprit Saint, protagoniste de la mission », il semble qu’on puisse déduire que ces deux modes de présence et d’action de l’Esprit dérivent du mystère pascal. En effet on parle, aux nn. 28-29, de présence universelle, après avoir développé l’idée de la mission lancée par l’Esprit (nn. 21-27). A la fin du n. 28, on affirme clairement que c’est Jésus ressuscité qui agit dans le cœur des hommes en vertu de son Esprit, et que c’est l’Esprit lui-même qui distribue les semences du Verbe présentes dans les rites et dans les religions. La différenciation entre les deux modes d’action de l’Esprit Saint ne peut conduire à séparer ceux-ci, comme si seul le premier était en rapport avec le mystère salvateur du Christ.

84. On parle à nouveau de la présence de l’Esprit et de l’action de Dieu dans les religions en RM 55-56, dans le contexte du dialogue avec les frères d’autres religions. Les religions constituent un défi pour l’Église, car elles la stimulent à reconnaître les signes de la présence du Christ et de l’action de l’Esprit. « Dieu appelle à lui toutes les nations dans le Christ ; il veut leur communiquer la plénitude de sa Révélation et de son amour ; il ne manque pas non plus de manifester sa présence de beaucoup de manières, non seulement aux individus mais encore aux peuples, par leurs richesses spirituelles dont les religions sont une expression principale et essentielle, bien qu’elles comportent "des lacunes, des insuffisances et des erreurs" » (RM 55). On signale également dans ce contexte la différence avec la présence de Dieu apportée par le Christ et son Évangile.

85. Étant donné cette reconnaissance explicite de la présence de l’Esprit du Christ dans les religions, on ne peut exclure la possibilité que celles-ci exercent, en tant que telles, une certaine fonction salvifique, c’est-à-dire qu’elles aident les hommes à atteindre leur fin ultime, même malgré leur ambiguïté. Dans les religions, est thématisée explicitement la relation de l’homme avec l’Absolu, sa dimension transcendante. Il serait difficilement pensable que ce que l’Esprit Saint réalise dans le cœur des hommes pris individuellement ait une valeur salvifique, et que ne l’ait pas ce que ce même Esprit réalise dans les religions et dans les cultures. Le magistère récent ne semble pas autoriser une différenciation si radicale. Il faut d’autre part remarquer que beaucoup de textes auxquels nous avons fait référence ne parlent pas seulement des religions, mais mentionnent avec elles les cultures, l’histoire des peuples, etc. Elles toutes, aussi, peuvent être « touchées » par des éléments de grâce.

86. Dans les religions, c’est le même Esprit qui agit que celui qui guide l’Église. Mais la présence universelle de l’Esprit ne peut se comparer à sa présence particulière dans l’Église du Christ. Bien qu’on ne puisse exclure la valeur salvifique des religions, cela ne signifie pas que touten elles soit salvifique. On ne peut oublier la présence de l’esprit du mal, l’héritage du péché, l’imperfection de la réponse humaine à l’action de Dieu, etc. (cf. Dialogue et Annonce, 30-31). Seule l’Église est le corps du Christ, et c’est seulement en elle que se donne dans toute son intensité la présence de l’Esprit. Par conséquent personne ne peut rester indifférent à l’appartenance à l’Église du Christ et à la participation à la plénitude des dons salvifiques qui ne se trouvent qu’en elle (RM 55). Les religions peuvent exercer une fonction de « praeparatio evangelica », elles peuvent préparer les différents peuples et cultures à l’accueil de l’événement salvateur qui a déjà eu lieu. En ce sens, leur fonction ne peut pas être comparée à celle de l’Ancien Testament, qui fut la préparation de l’avènement même du Christ.

87. Le salut s’obtient par le don de Dieu dans le Christ, mais non sans la réponse et l’acceptation humaines. Les religions peuvent également aider la réponse humaine, en tant qu’elles lancent l’homme à la recherche de Dieu, à agir selon sa conscience, à mener une vie droite (cf. LG 16 ; également Veritatis splendor 94 : le sens moral des peuples et les traditions religieuses mettent en relief l’action de l’Esprit de Dieu). La recherche du bien est en termes ultimes une attitude religieuse (cf. Veritatis splendor 9. 12). C’est la réponse humaine à l’invitation divine, qui est toujours reçue dans et à travers le Christ (32). Il semble que ces dimensions objectives et subjectives, descendantes et ascendantes, doivent aller de pair, comme il en va dans le mystère du Christ. Les religions peuvent donc être, dans les termes indiqués, un moyen qui aide au salut de leurs adeptes, mais elles ne peuvent pas être comparées à la fonction que l’Église réalise pour le salut des chrétiens et de ceux qui ne le sont pas.

88. L’affirmation de la possibilité de l’existence d’éléments salvifiques dans les religions n’implique pas en elle-même un jugement sur la présence de ces éléments dans chacune de ces religions concrètes. D’autre part, l’amour de Dieu et du prochain, rendu possible, en ultime instance, par Jésus l’unique médiateur, est le seul chemin pour arriver à Dieu lui-même. Les religions ne peuvent être porteuses de la vérité salvatrice que dans la mesure où elles conduisent les hommes à l’amour véritable. S’il est vrai que cela peut se produire également chez ceux qui ne pratiquent pas une religion, il semble que le véritable amour pour Dieu doit conduire à l’adoration et à la pratique religieuse en union avec les autres hommes. "

2. Les éléments de réponse de la CDF, en 2000 :

CDF 2000.

" VI. L'ÉGLISE ET LES RELIGIONS FACE AU SALUT

20. Ce qui a été jusqu'ici rappelé impose nécessairement des étapes au chemin que la théologie doit parcourir pour élucider le rapport de l'Église et des religions avec le salut.

On doit avant tout croire fermement que l'« Église en marche sur la terre est nécessaire au salut. Seul, en effet, le Christ est médiateur et voie de salut: or, il nous devient présent en son Corps qui est l'Église; et en nous enseignant expressément la nécessité de la foi et du baptême (cf. Mc 16,16; Jn 3,5), c'est la nécessité de l'Église elle-même, dans laquelle les hommes entrent par la porte du baptême, qu'il nous a confirmée en même temps ».77 Cette doctrine ne doit pas être opposée à la volonté salvifique universelle de Dieu (cf. 1 Tm 2,4); aussi, « il est nécessaire de tenir ensemble ces deux vérités, à savoir la possibilité réelle du salut dans le Christ pour tous les hommes et la nécessité de l'Église pour le salut ».78

L'Église est « sacrement universel de salut »,79 parce que, de manière mystérieuse et subordonnée, toujours unie à Jésus-Christ sauveur, sa Tête, elle a dans le dessein de Dieu un lien irremplaçable avec le salut de tout homme.80 Pour ceux qui ne sont pas formellement et visiblement membres de l'Église, « le salut du Christ est accessible en vertu d'une grâce qui, tout en ayant une relation mystérieuse avec l'Église, ne les y introduit pas formellement mais les éclaire d'une manière adaptée à leur état d'esprit et à leur cadre de vie. Cette grâce vient du Christ, elle est le fruit de son sacrifice et elle est communiquée par l'Esprit Saint ».81 Elle est liée à l'Église, qui « tire son origine de la mission du Fils et de la mission du Saint-Esprit, selon le dessein de Dieu le Père ».82

21. Sur la modalité de transmission aux non-chrétiens de la grâce salvifique de Dieu, toujours donnée par le Christ en l'Esprit et dans un rapport mystérieux avec l'Église, le Concile Vatican II s'est contenté d'affirmer que Dieu la donne « par des voies connues de lui ».83 La théologie cherche à approfondir cette idée. Ce travail théologique doit être encouragé, parce qu'il sert sans aucun doute à une meilleure compréhension des desseins salvifiques de Dieu et des formes de leur réalisation. Cependant, d'après ce qui a été rappelé jusqu'ici sur la médiation de Jésus-Christ et sur la « relation singulière et unique »84 entre l'Église et le Royaume de Dieu parmi les hommes — qui est en substance le Royaume du Christ sauveur universel —, il serait clairement contraire à la foi catholique de considérer l'Église comme un chemin de salut parmi d'autres. Les autres religions seraient complémentaires à l'Église, lui seraient même substantiellement équivalentes, bien que convergeant avec elle vers le Royaume eschatologique de Dieu.

Certes, les différentes traditions religieuses contiennent et proposent des éléments de religiosité qui procèdent de Dieu,85 et font partie de « ce que l'Esprit fait dans le cœur des hommes et dans l'histoire des peuples, dans les cultures et les religions ».86 De fait, certaines prières et certains rites des autres religions peuvent assumer un rôle de préparation évangélique, en tant qu'occasions ou enseignements encourageant le cœur des hommes à s'ouvrir à l'action divine.87 On ne peut cependant leur attribuer l'origine divine et l'efficacité salvifique ex opere operato qui sont propres aux sacrements chrétiens.88 Par ailleurs, on ne peut ignorer que d'autres rites naissent de superstitions ou d'erreurs semblables (cf. 1 Co 10,20-21) et constituent plutôt un obstacle au salut.89

22. Avec l'avènement de Jésus-Christ sauveur, Dieu a voulu que l'Église par lui fondée fût l'instrument du salut de toute l'humanité (cf. Ac 17,30-31).90 Cette vérité de foi n'enlève rien à la considération respectueuse et sincère de l'Église pour les religions du monde, mais en même temps, elle exclut radicalement la mentalité indifférentiste « imprégnée d'un relativisme religieux qui porte à considérer que “toutes les religions se valent” ».91 S'il est vrai que les adeptes d'autres religions peuvent recevoir la grâce divine, il n'est pas moins certain qu'objectivement ils se trouvent dans une situation de grave indigence par rapport à ceux qui, dans l'Église, ont la plénitude des moyens de salut.92 « Tous les fils de l'Église doivent [...] se souvenir que la grandeur de leur condition doit être rapportée non à leurs mérites, mais à une grâce spéciale du Christ; s'ils n'y correspondent pas par la pensée, la parole et l'action, ce n'est pas le salut qu'elle leur vaudra, mais un plus sévère jugement ».93 On comprend ainsi que, suivant le commandement du Seigneur (cf. Mt 28,19-20) et comme exigence d'amour pour tous les hommes, l'Église « annonce, et est tenue d'annoncer sans cesse, le Christ qui est “la voie, la vérité et la vie” (Jn 14,6), dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s'est réconcilié toutes choses ».94

La mission ad gentes, dans le dialogue interreligieux aussi, « garde dans leur intégrité, aujourd'hui comme toujours, sa force et sa nécessité ».95 En effet, « “Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité” (1 Tm 2,4). Dieu veut le salut de tous par la connaissance de la vérité. Le salut se trouve dans la vérité. Ceux qui obéissent à la motion de l'Esprit de vérité sont déjà sur le chemin du salut; mais l'Église, à qui cette vérité a été confiée, doit aller à la rencontre de leur désir pour la leur apporter. C'est parce qu'elle croit au dessein universel de salut qu'elle doit être missionnaire ».96 Le dialogue donc, tout en faisant partie de la mission évangélisatrice, n'est qu'une des actions de l'Église dans sa mission ad gentes.97 La parité, condition du dialogue, signifie égale dignité personnelle des parties, non pas égalité des doctrines et encore moins égalité entre Jésus-Christ — Dieu lui-même fait homme — et les fondateurs des autres religions. L'Église en effet, guidée par la charité et le respect de la liberté,98 doit en premier lieu annoncer à tous la vérité définitivement révélée par le Seigneur, et proclamer la nécessité, pour participer pleinement à la communion avec Dieu Père, Fils et Saint-Esprit, de la conversion à Jésus-Christ et de l'adhésion à l'Église par le baptême et les autres sacrements. D'autre part la certitude de la volonté salvifique universelle de Dieu n'atténue pas, mais augmente le devoir et l'urgence d'annoncer le salut et la conversion au Seigneur Jésus-Christ. "

Bonne réception, bonne lecture, bonne journée, à bientôt.

Scrutator.

     

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