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L’hérésie moderne
par Diafoirus 2011-09-07 18:46:43
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L’hérésie moderne


Comment expliquer, dans ces conditions, la généralisation de nos jours d'une conception désincarnée du christianisme, enfin débarrassé de ses complicités avec le temporel ?

L'explication est relativement simple : l'histoire de l'Eglise est un combat. Et, dans les temps modernes qui sont les nôtres, le combat contre l'Eglise se situe dans le domaine social et politique.
Les attaques contre l'Eglise ne portent plus, comme dans le passé, sur le contenu de la Révélation. Dès les premiers siècles et tout au long de son existence, l'Eglise a connu à côté d'elle et même en son sein de grands hérésiarques contestant l'une ou plusieurs des vérités dogmatiques : la divinité du Christ, la présence réelle, la primauté de Pierre, la consubstantialité des trois personnes de la Trinité, l'Immaculée conception... Toutes ces hérésies théologiques, qui s'attaquaient au contenu de la foi, ont été réfutées, et même si elles sont parvenues avec le protestantisme à faire éclater l'unité de la Chrétienté, le grand arbre de la foi catholique est toujours bien planté dans la terre des hommes.

Nous assistons depuis près de deux siècles au développement d'une nouvelle forme d'hérésie. Renonçant à détruire de l'intérieur le contenu du message évangélique, les ennemis modernes de l'Eglise ont engendré des hérésies sociales. Et faute de pouvoir abattre l'arbre de la foi, ils s'attaquent au terreau humain dans lequel celui-ci enfonce ses racines.

L'hérésie moderne s'attaque à la société. "il faut arracher les hommes au pouvoir des prêtres", disait Napoléon ler. Cette formule résume la stratégie de la guerre menée aujourd'hui contre l'Eglise.
Plutôt que de démontrer que Dieu n'existe pas, ce qui est une entreprise prométhéenne, et présente l'inconvénient de porter malgré tout l'éclairage sur la personne de Dieu, nos hérésiarques modernes s'en prennent à l'organisation politique et sociale, de façon à faire vivre les hommes comme si Dieu n'existait pas. Comme si le problème de l'existence même de Dieu n'était pas une question essentielle à la destinée humaine.

L'entreprise est d'envergure et nous la voyons se dérouler sous nos yeux : elle présente cette caractéristique d'être moins une théorie qu'une pratique. L'ensemble des organes de la société ne fonctionnent qu'au service de la gestion des choses. L'activité humaine s'ordonne exclusivement autour de la production et de la distribution des richesses; le primat de l'économique sur le politique est absolu. Et même les intellectuels et les philosophes (si l'on peut encore utiliser ce terme) sont là pour expliquer à l'homme qu'il n'est qu'un amas de cellules, engendré par le hasard, gouverné par l'appât du gain et la recherche du plaisir, et destiné à la tombe.

Si l'on ajoute que cette unique préoccupation matérialiste se double d'une inquiétude engendrée par la récente précarité économique (récession, chômage, déséquilibre nord-sud...), il est aisé de comprendre que le mode de fonctionnement de notre univers moderne détourne totalement le regard de l'homme de la contemplation divine.

Dans ces conditions, le peu de sentimentalisme religieux qui peut encore demeurer au cœur de l'homme se contente aisément d'un repli dans le secret du cœur. Mistral a défini ce drame dans un éclair de génie :
"Et devant l'homme souverain,
Dieu, pas à pas, se retirant".

Lorsqu'il se sera complètement retiré, l'hérésie moderne aura triomphé.
Cette attaque est la dernière en date contre l'Eglise, et c'est la plus dure, la plus systématique et la plus universelle. Charles Péguy la décrivait ainsi : le catholicisme se caractérise par l'alliance du spirituel et du temporel. L'arbre de la grâce est enraciné dans le temporel et pousse ses racines jusqu'au fond. L'arbre de la grâce est enté sur la nature et c'est en détruisant la nature, en arrachant la terre autour des racines que l'on pourra déraciner l'arbre de la grâce.

Des peuples entiers, des nations entières, y compris les nations chrétiennes comme la nation française, ont apostasié et se sont englouties dans ce fantastique reniement de leurs origines et de leur baptême.

Cette formidable attaque contre l'Eglise est portée par les forces révolutionnaires, soutenues elles-mêmes par les puissances de l'enfer qui, depuis la révolte des anges, font la guerre contre l'ordre de Dieu et contre le Christ et son incarnation. Il ne faut jamais oublier que c'est à ce niveau aussi que se joue le conflit.

Jacques Trémolet de Villers. Permanences n° 338

     

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