Le Forum Catholique

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images/icones/croix_byzantine.png  ( 998809 )Sa béatitude Joseph Slipij et les sacres de 1977 par Ludwik (2026-05-07 08:41:45) 

Un sujet qui revient en force, pour des questions très utilitaires, si j’ose dire.

Première remarque : ceux qui en parlent ou le citent n’entrent jamais dans les détails pour une raison simple : ils n’ont pas accès aux sources et ne parlent pas ukrainien.
Pour les gens motivés : les archives se trouvent dans le bâtiment mitoyen de la basilique Sainte-Sophie des Ukrainiens à Rome.
Ces archives sont seulement en cours d’inventaire et de classement.

Cependant, on peut en tirer plusieurs éléments intéressants.
Je commence par la fin :
==> aucun des trois évêques n’a exercé de ministère épiscopal jusqu’à la reconnaissance de leur épiscopat par Rome en 1996. Une différence de taille ;
==> les ordinations ont eu lieu secrètement. On est loin des agences de voyage organisant le déplacement à Écône.

==> Joseph Slipyi a sacré trois évêques en 1977 pour l’Église gréco-catholique ukrainienne. Le sacre a eu lieu secrètement aux environs de Castel Gandolfo, dans le monastère des Studites.
L’Église ukrainienne disposait alors d’un épiscopat actif dans la diaspora. Le problème était celui de l’extinction probable de la succession apostolique de l’Église clandestine. (Joseph Slipyi avait juste eu le temps de sacrer, dans sa chambre d’hôtel à Moscou, Mgr Velychkovsky avant d’être expulsé d’URSS.)
Il s’agissait donc d’avoir un épiscopat de réserve pour l’Église clandestine. Le secret s’imposait, afin qu’en cas de passage de la frontière soviétique, les évêques ne soient pas immédiatement arrêtés (comme ce fut le cas dans les années vingt).

==> Son prédécesseur avait reçu ce droit (sacrer sans en référer à Rome) de saint Pie X, droit confirmé par tous ses successeurs. Ce droit n’avait pas été retiré, et Slipyi était à la tête d’une Église toujours persécutée.

==> Plus accessoirement, il prétendait au titre patriarcal. Or ce titre n’est pas honorifique (comme pour Venise ou Lisbonne), contrairement à ce que semblent penser certains Latins. C’est un statut canonique très particulier qui donne des droits.
Par exemple, lors de l’élection du patriarche, celui-ci doit en faire part à Rome, mais n’a pas à attendre une confirmation romaine.
De même pour le choix et le sacre des évêques : ce droit est supposé délégué par Rome. Ainsi, pendant plus de mille ans, les patriarches ont sacré sans avoir nécessairement l’accord explicite de Rome ; ils l’avaient implicitement par leur statut même.

Maintenant, jeu des sept erreurs : comparez avec les sacres de 1988 — ou avec ceux de 2026, si Rome s’oppose aux sacres.

Évitez le psittacisme, maladie très répandue dans certains milieux tradis français : on ne pense plus, on répète à n’en plus finir : « la nécessité », vous dis-je ! Brrr…

N.B. : Il ne faut pas trop forcer sur l’opposition de Paul VI, car nous ne savons rien de ce qui s’est passé en sous-main, loin des déclarations diplomatiques. Seule l’ouverture des archives nous le dira.

P.S. : Le problème énorme est méthodologique : on ne peut pas avoir en tête la conclusion à laquelle on souhaite arriver avant de faire l’analyse des faits ! Chacun le sait avec un minimum de formation académique. Une telle démarche invalide tout le raisonnement.

La seule exception concerne la Foi. Or les sacres ne sont pas un élément constitutif du dogme, mais une décision prudentielle… que certains ont élevée au rang de dogme.
images/icones/fleche3.gif  ( 998812 )Merci Ludwik par Pétrarque (2026-05-07 08:56:05) 
[en réponse à 998809]

C'est intéressant, et effectivement éclairant.
images/icones/coeur.gif  ( 998816 )Je vous en prie par Ludwik (2026-05-07 09:07:52) 
[en réponse à 998812]

Tout est dans le titre.
En vous priant d'excuser ma mauvaise humeur.
images/icones/carnet.gif  ( 998815 )merci beaucoup par Réginald (2026-05-07 09:06:43) 
[en réponse à 998809]

Merci beaucoup pour ces précisions historiques, Ludwik. Le point le plus intéressant, et probablement le plus profond théologiquement, est peut-être celui-ci : « aucun des trois évêques n’a exercé de ministère épiscopal jusqu’à la reconnaissance de leur épiscopat par Rome en 1996 ».

Pourquoi ce fait est-il capital ? Parce qu’il souligne la distinction fondamentale entre la validité sacramentelle d’un sacre (le pouvoir d’ordre) et l’agrégation effective à la hiérarchie de l’Église (le pouvoir de juridiction).

Dans le cas de Josyf Slipyj, on a sauvegardé la succession apostolique dans le secret, tout en respectant la structure visible de l’Église : les évêques n’ont pas revendiqué de mission publique tant que Rome ne les avait pas formellement reçus dans la communion hiérarchique.
images/icones/carnet.gif  ( 998822 )Question sur le sanctoral par Halbie (2026-05-07 09:57:29) 
[en réponse à 998809]

Pardon de vous poser une question HS : est-ce qu'il y avait des saints postérieurs au schisme dans leur calendrier avant Vatican II ? Est-ce que certains y ont été introduits par la suite ?
images/icones/croix_byzantine.png  ( 998836 )Sanctoral des Eglises orientales par Ludwik (2026-05-07 11:06:56) 
[en réponse à 998822]

Je prépare un ouvrage dans lequel cette question sera abordée (succinctement), ce qui me permet de vous répondre, un peu, sans être un spécialiste du sujet.
J’avais parlé aussi de cette question ici : ici.

Ce qu’il faut surtout comprendre, c’est que la date de séparation retenue — notamment pour la reprise des sanctoraux — est celle du concile de Florence. Son refus marque la séparation bien plus que les excommunications mutuelles et personnelles de 1054.
Le protocole retenu, après discussion lors du concile de Florence, est d’ailleurs éloquent : les deux « Églises », latine et byzantine, étaient traitées à parité d’honneur, si je puis dire. Il s’agissait d’une « réunification », visant à surmonter des incompréhensions ecclésiologiques, théologiques, liturgiques et disciplinaires.
Ce n’était pas d’affreux schismatiques venant demander pardon à la Rome éternelle !
Et Rome leur reconnaissait le droit et la possibilité d’offrir à la vénération des fidèles des saints et des saintes.
Il y a donc, dans les calendriers orientaux byzantins notamment, toute une partie du sanctoral composée de saints ayant vécu après 1054, mais avant le concile de Florence.

Je ne sais pas si j'ai répondu à la question ?
images/icones/fsspx.gif  ( 998866 )Précisions par Capucin (2026-05-07 15:45:22) 
[en réponse à 998809]

Personne ne mettra en prison Nosseigneurs Fellay et de Galarreta pour les ordinations épiscopales du 1er juillet prochain. Point n'est donc besoin de se cacher pour les faire, ce qui évidemment n'était pas le cas en 1977.

Autre point subsidiaire au premier : nous sommes actuellement dans un contexte où la présence de 15 000 à 20 000 personnes dans la plaine d'Ecône assistant à cet acte non anodin sera perçu comme une manifestation de soutien massif par nombre de catholiques qui auront fait le déplacement du monde entier et même par certaines autorités de l'église. Une sorte de démonstration de force en somme. Nous savons bien que le nombre compte ô combien sur ce sujet où les traditionalistes se voient systématiquement opposer les chiffres de l'église universelle.
images/icones/1h.gif  ( 998880 )Pour avoir "du monde"... par Alexandre (2026-05-07 19:05:10) 
[en réponse à 998866]

... il vaudrait mieux fixer la cérémonie un samedi matin, non ?
En plein milieu de semaine, moins évident de se libérer, d'abord, puis de venir, surtout de loin.
images/icones/iphone.jpg  ( 998884 )La date du 1er juillet n’est pas anodine par Capucin (2026-05-07 19:23:24) 
[en réponse à 998880]

Et n’a pas été fixée par hasard : c’est la fête du très précieux sang de NSJC.

Puis c’est 2 jours après les ordinations diaconales et sacerdotales au séminaire d’Econe. Donc les 2 prélats pourront se reposer / préparer.

D’ailleurs comme celles des prises de soutanes à la FSSPX, des différents ordres conférés et des ordinations sacerdotales. Ce sont des dates précises car elles se rapportent à des évènements liés aux Saintes Écritures ou à la foi.

Le but des sacres n’est pas de faire venir du monde en soi mais, en raison de l’événement, ce sera le cas.
images/icones/fleche3.gif  ( 998904 )Un article détaillé du RP Joseph par Ludwik (2026-05-08 07:13:58) 
[en réponse à 998809]

Un précédent aux sacres de la FSSPX : les sacres du 2 avril 1977 par le cardinal Slipyj : Ici
images/icones/attention.gif  ( 998905 )Excellent article très détaillé par Ludwik (2026-05-08 07:27:29) 
[en réponse à 998904]

Dont je ne peux guère que conseiller la lecture attentive à tous.

Il faut bien passer la fléche de la souris sur les notes pour pouvoir les lire au fur et à mesure.
Ces dernières apportant des précisions tout à fait importantes.