Le Forum Catholique
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( 996191 )
Un père de Chéméré dialogue avec un chrétien copte par Signo (2026-02-13 23:53:16)
Entretien assez intéressant entre un religieux de la Fraternité Saint Vincent Ferrier et un prêtre de l’Eglise copte, à visionner
ici.
Toujours impressionné de voir à quel point l’Occident chrétien s’est considérablement éloigné de l’ancienne tradition ascétique chrétienne, en particulier concernant le jeûne, dont le sens profond semble avoir été complètement perdu chez nous et se retrouve donc réduit à portion congrue. Alors que la plupart des Églises d’Orient jeûnent une grande partie de l’année, les deux petits jours prescrits dans l’Eglise latine d’aujourd’hui relèvent franchement du ridicule.
Même dans nos milieux prétendument « traditionnels », l’observance n’est absolument pas sérieuse et aucun repère clair n’est enseigné. J’y vois l’expression d’une forme de tiédeur, d’une sécularisation des mentalités jusque dans les milieux très pratiquants, et peut-être aussi une conséquence d’une approche excessivement juridique du jeûne qui a caractérisé déjà depuis plusieurs siècles notre pratique occidentale. Alors qu’une prescription fondée sur la tradition constitue un appel à la fois souple et exigeant, l’approche juridicisante, par sa rigidité, abouti inévitablement à multiplier les dérogations, exceptions, etc, et donc débouche sur une pratique laxiste, et surtout, sur une perte du sens profond et spirituel du jeûne.
Pourtant il me semble que les repères concernant le jeûne donnés par la tradition sont clairs:
-
le jeûne consiste à ne rien manger ni boire (sauf l’eau et ses dérivés) durant toute la journée; cela signifie qu’il ne peut être rompu qu’après la fin du jour et que donc l’unique repas ne peut être pris qu’après vêpres; dans le dernier
Club des hommes en noir, j’apprends que cette règle, en plus d’être celle prescrite dans la Règle de S. Benoît, est aussi une prescription du concile de Chalcédoine (Ve siècle), mais est sans doute encore plus ancienne; la petite collation supplémentaire dont on parle souvent est un adoucissement que l’on peut tolérer dans certains cas mais qui n’a pas vocation à se systématiser.
-
durant le Carême, le jeûne est prescrit tous les jours sauf dimanches et jours de fête; a minima, il faudrait au moins jeûner les mercredi et vendredi, jours identifiés comme particulièrement associés dans la tradition à la Croix et donc à la pénitence;
-
l’abstinence de viande est requise durant tout le Carême, fêtes et dimanches compris.
- évidemment, la constante recherche de la pureté du cœur, de l’humilité, de l’amour du prochain, la persévérance dans la prière (liturgique aussi bien que personnelle) et la miséricorde envers les pauvres à travers l’aumône sont indissociables d’un jeûne authentiquement évangélique.
Ce sont ces repères là qui devraient être enseignées dans nos paroisses, chapelles ou prieurés. Les saines pratiques ascétiques, enseignées et authentifiées par l’expérience des siècles, font aussi partie de la Tradition, au même titre que la liturgie traditionnelle qui d’ailleurs y fait référence constamment durant le propre du Carême, à travers les hymnes, les collectes, etc.
Par ailleurs, le jeûne n’est pas qu’une expérience individuelle : certes il relève de l’intériorité et ne doit pas faire l’objet d’une exhibition ostentatoire; mais il est aussi une pratique sociale et communautaire, et donc ecclésiale, à laquelle on se livre en suivant les rythmes de la liturgie, qui est toujours une expérience communautaire.

( 996193 )
Emission dérangeante et mauvaise par Ludwik (2026-02-14 07:46:17)
[en réponse à 996191]
Et cela à plusieurs points de vue :
1) La présentation des Églises catholique et copte miaphysite est faite de telle manière que les deux sont placées sur le même plan. Deux « crémeries » sont ainsi présentées… Difficile de faire plus relativiste. Je suis à peu près sûr qu’un dialogue de ce genre n’aurait pas été toléré avant Jean XXIII et que le bon père aurait été sanctionné.
2) Moins important mais révélateur. C’est un copte miaphysite qui est invité, évidemment.
Je dirais : comme toujours. Au sein même de l’Église catholique, les « non-Latins » n’intéressent guère, même lorsqu’ils ne sont pas latinisés. Sorte de provincialisme consistant à penser que, parce qu’ils sont séparés, les hétérodoxes seraient dépositaires d’une « tradition » inaltérée — ce qui est objectivement faux.
3) L’objet de la dispute théologique est présenté de loin ; les répercussions doctrinales, liturgiques et mystiques de la querelle théologique ne sont pas évoquées.
Un goût d’inachevé, un malaise subsistent après cet entretien.
En réalité, c’est du « cinquantisme » : toutes les idées de la révolution sont là ; l’œcuménisme moderne est pleinement assumé. Il ne reste qu’une façade, une liturgie déjà très abîmée, mais qui, pour l’essentiel, tient encore.
Toutes les tares de ce néotraditionnalisme sont là.
Pauvre saint Dominique.
Pauvre Eglise Catholique.

( 996194 )
D'accord avec vous par Jean-Paul PARFU (2026-02-14 08:35:54)
[en réponse à 996193]
Et le père de Blignières, supérieur de Chéméré, se plaît à nous expliquer que le mandat pontifical, qui n'existe que depuis le milieu du XIème siècle, est comme l'aboutissement canonique de la constitution divine de l'Eglise.
Mais pourriez-vous nous expliquer ce que vous avez voulu dire par :
"Au sein même de l’Église catholique, les « non-Latins » n’intéressent guère, même lorsqu’ils ne sont pas latinisés".
Et pourriez-vous nous expliquer ce que signifie "miaphysite" et pourquoi, c'est évidemment ce courant qui ici représenté ?

( 996195 )
Miaphysisme par Ludwik (2026-02-14 09:11:59)
[en réponse à 996194]
J'avais essayé d'en parler ici:
miaphysisme
Mais je puis détailler si vous avez des questions.
Cependant je (re)conseille d écouter
ceci, c est vraiment une excellente émission de vulgarisation approfondie.

( 996197 )
Merci par Jean-Paul PARFU (2026-02-14 09:39:04)
[en réponse à 996195]
Mais quelle est la signification de la phrase mise en exergue ?

( 996199 )
Mépris des Eglises catholiques orientales par Ludwik (2026-02-14 10:44:29)
[en réponse à 996197]
Ici, par exemple, un dialogue avec des coptes catholiques aurait eu un grand intérêt. Très minoritaires mais bien formés, ils sont aussi des dépositaires et gardiens pleinement légitimes de la tradition copte.
Mais c’est un travers général — et plus spécifiquement dans le monde traditionaliste — que de considérer les schismatiques comme dépositaires d’une tradition plus « pure » que les catholiques de la même tradition.
Ce n’est d’ailleurs pas toujours infondé : il est vrai que certaines latinisations, qui se sont ensuite transformées en « paulsixisation », ont ruiné ou défiguré certaines Églises orientales ; les maronites en sont un exemple emblématique.
Ou hélas aussi les Roumains : l’Église catholique roumaine est sortie très difficilement et très amoindrie du communisme ; parfois, leur liturgie ressemble davantage à du Paul VI avec des éléments byzantins qu’à la liturgie de saint Jean Chrysostome…
Reste que, pour la tradition copte, il aurait été logique, intelligent et simplement catholique de dialoguer avec un copte catholique.
Pour les Églises slaves, l’Église ukrainienne, après un processus difficile de délatinisation, possède une liturgie très « pure ». Elle est d’autant plus intéressante qu’elle a moins subi l’influence de Moscou et qu’elle est certainement l’une des dépositaires les plus authentiques de la tradition byzantino-slave.
Mais je ne sais pas si je me fais bien comprendre:
Vouloir aller chercher systématiquement en dehors de l’Église catholique un trésor que celle-ci possède déjà est une preuve d’ignorance et de mépris envers les Églises catholiques orientales, toujours minoritaires et souvent persécutées par les hétérodoxes de la même tradition.
Cela transparaît dans toutes les expressions malheureuses que les Latins utilisent à longueur de temps :
« date de Pâques orthodoxe » — non, il s’agit de la Pâque byzantine ;
« carême orthodoxe » — idem ;
« liturgie orthodoxe » — encore non.
Pourquoi gommer les Églises catholiques byzantines ?
« Alors vous êtes gréco-catholique ? Vous faites comme les orthodoxes ? »
Non : je suis catholique de tradition byzantine, et les orthodoxes font comme nous.
Même le point de vue historique repris est systématiquement celui des orthodoxes…
J’ajouterai qu’il est un peu illusoire de penser que les Églises séparées ont évolué en vase clos et qu’elles conserveraient une tradition inaltérée et inchangée. D’abord parce que, depuis les XVIᵉ-XVIIᵉ siècles, les contacts entre Églises ont été multiples et les influences réciproques, à des degrés que l’on ne soupçonne pas. J’ai déjà fait un post là-dessus ; je n’y reviens donc pas.
Je donnerai seulement deux exemples amusants :
==> Les théologiens espagnols anti-protestants ont été traduits par les Vieux-Croyants russes au XVIIᵉ siècle pour contrer la dérive protestantisante de l’Église russe officielle.
==> La concélébration dans les Églises indiennes provient de deux facteurs conjugués :
- l’interdiction de célébrer la liturgie plus d’une fois par jour sur le même autel ;
- le désir d’imiter les missionnaires latins, qui célébraient quotidiennement.
Cette concélébration orientale fut ensuite reprise comme argument d’antiquité pour introduire la concélébration dans le rite romain!!! Fallait-il vraiment que les soi-disant liturgistes qui ont fait la réforme ignorent à ce point l’histoire de la liturgie, comme le souligne Klaus Gamber ?

( 996201 )
sur la concélébration dans l'Église contemporaine par Luc Perrin (2026-02-14 11:19:44)
[en réponse à 996199]
je puis vous certifier, ayant assisté à la soutenance de thèse en théologie catholique à Strasbourg du chanoine Xibaut avec un jury de néo-liturges de haut vol, que la justification principale ne vient absolument pas des liturgies orientales des Églises séparées.
Je ne sais pas si cette thèse fouillée et de qualité a été publiée.
On est dans la rhétorique réformatrice du Mouvement liturgique de la pseudo "restauration" ce que le Vénérable Pie XII stigmatisait dans son encyclique liturgique comme une obsession d'un retour à l'Antiquité.
A noter que dom Prou osb, abbé de Solesmes avant pendant et après Vatican II, important Père conciliaire de la Minorité, était ... pour la concélébration au moins dans le cadre monastique. (Mgr Lefebvre et la plupart des autres Pères de la Minorité étaient contre)
Il n'avait pas les motivations du P. Rahner sj évidemment. Pie XII s'était prononcé en 1956 sur la formule acceptable, décision pieusement suivie par Vatican II et Paul VI.
A noter aussi qu'il y a un embryon de concélébration dans le rit traditionnel latin de l'ordination presbytérale.

( 996205 )
Merci par Ludwik (2026-02-14 11:54:26)
[en réponse à 996201]
Très intéressant.
Je donnais cet exemple, car j'ai entendu cet argument.

( 996208 )
Il y a surtout… par Signo (2026-02-14 14:51:04)
[en réponse à 996201]
… la concélébration des évêques consacrés avec l’évêque consécrateur, debout autour de l’autel dans le rite latin traditionnel de consécration des évêques, comme on peut le voir dans la vidéo des sacres de… 1988.
La concélébration, c’est comme le champagne: une excellente chose, mais dont il ne faut pas abuser, et qu’il faut réserver aux très grandes occasions, en tout cas jamais en dehors de la messe épiscopale.
Mais dire qu’on est « contre » ou « pour » la concélébration n’a aucun sens.

( 996211 )
aucun sens vraiment ? par Luc Perrin (2026-02-14 16:18:16)
[en réponse à 996208]
Il n'y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre cher Signo.
Tout le monde n'est pas féru d'histoire moderne et contemporaine et j'ai compris que tout ce qui se passe après l'an 1000 vous semble décadence et sans intérêt mais le XXe siècle existe en dépit de vos préférences.
Le débat pour ou contre l'instauration (prétendue restauration) de la concélébration de manière ordinaire pour une messe a été soulevé au moins dans les années 1945-1960, notamment par Karl Rahner sj, et sa thèse a été âprement discutée (des pour, des contre en français). Un théologien romain a contesté la version de Rahner.
Le souhait était aussi porté par des abbayes pour des raisons purement pragmatiques souvent, réduire le souci des messes simultanées dans les diverses chapelles.
Pie XII trancha en 1956 lors du congrès liturgique d'Assise sur qui et quelles paroles il fallait prononcer pour un rit qui ... n'existait pas encore ! Il laissait le soin de parachever à son successeur et Vatican II a suivi en total respect de la décision pacellienne.
Lors de la première période notamment mais aussi la seconde, il y a eu dans l'aula discussion "pour" ou "contre" le rit envisagé.
Les "pour" étaient très sains d'esprit et les "contre" essentiellement la Minorité sauf dom Prou aussi.
Ils avaient claire conscience des raisons "pour" ou "contre" un nouveau - nouveau je souligne - rit.
Il y eut expérimentation en 1964 notamment à Paris par choix romain - c'est dans ma thèse - et une furieuse frénésie de concélébrations agita alors le clergé parisien (le grand diocèse). Les prêtres qui concélébraient à tout va étaient pro Majorité et pour une révolution liturgique poussée, ceux qui s'y refusaient plutôt hostiles au cours nouveau.
On l'a oublié mais ce fut un signe extérieur du grand clivage qui perdure et nous ramène à l'actualité la plus brûlante.
Désolé d'avoir dû enfoncer une porte ouverte mais vous m'y avez contraint.

( 996213 )
Sauf que par Signo (2026-02-14 16:45:40)
[en réponse à 996211]
Les « pour » et « contre » que vous mentionnez portent non pas sur la concélébration en tant que telle, qui existait déjà, mais sur son élargissement à d’autres types de célébrations, voire sur sa systématisation à toutes les messes.
Comme les clercs à tendance progressiste ont eu tendance à abuser de cette pratique et à la systématiser même pour les messes sans évêque, ce qui n’a aucun sens, par réaction certains traditionalistes en sont venus à condamner la concélébration en elle-même, comme étant suspect de modernisme, ce qui est évidemment également absurde.
S’il y a sacre épiscopal à Ecône le 1er juillet, il y aura concélébration… et canon récité à haute voix.
Mon avis est que l’on aurait dû se contenter d’élargir la concélébration à la messe chrismale et éventuellement aux ordinations sacerdotales, ainsi qu’au liturgies pontificales les plus solennelles, sans aller au-delà.

( 996216 )
Quelques rappels sur la concélébration par Jean-Paul PARFU (2026-02-14 19:30:30)
[en réponse à 996213]
1) Historiquement
Les partisans modernes de la concélébration prétendent qu'elle est ancienne. Ce n'est pas tout à fait exact.
En réalité, selon l'étude sur la messe de Daniel Rafard de Brienne : "Lex Orendi Lex Credendi", "il faut distinguer la concélébration sacramentelle où les prêtres consacrent ensemble (il n’y a néanmoins qu’une seule Messe) et la concélébration cérémonielle où seul un prêtre célèbre, les autres y assistant. Les messes primitives célébrées autour de l’évêque étaient concélébrées cérémoniellement, comme les actuelles grands-messes pontificales. La concélébration sacramentelle n’apparaît qu’au VIIIème siècle et jusqu’au XIIème siècle est réservée au Pape entouré de ses cardinaux. Puis elle est imitée en Orient (et non l’inverse) et est étendue mais limitée aux messes d’ordination des prêtres et aux messes de consécration des évêques (canon 803 du code de droit canon). Les cas de concélébration sacramentelle, tout en restant limités, ont été étendus par Vatican II (Constitution sur la liturgie art. 57)".
Enfin, est promulgué le décret du 26 septembre 1964 sur la concélébration, avant même le "Ritus servandus in concelebratione missae" promulgué le 7 mars 1965 et bien sûr la nouvelle messe de 1969-1970.
2) Sur le fond
Par ailleurs, on prétend que la concélébration serait un signe d'unité. Or, dans l'Eglise, l'unité, c'est la Foi. En l'occurrence, elle est aussi malheureusement utilisée comme un signe de soumission à Vatican II des communautés ou instituts "Ecclesia Dei".
Sur le plan des principes, la concélébration, en tant que telle, même celle de 1964 (on ne parle pas ici de la concélébration dans le nouveau rite pour les prêtres des instituts traditionnels) pose des problèmes. Les deux problèmes qui sautent immédiatement aux yeux et que dénonçait Mgr Lefebvre, c'est qu'au lieu d'avoir plusieurs messes, on en n'a plus qu'une et c'est le manque de respect et de concentration des participants à une telle cérémonie.
La concélébration, telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui, réduit, en effet, le nombre de messes, empêche le recueillement des "célébrants". Ceux-ci croient avoir célébré la messe, quand en réalité ils n'ont fait que vaguement lever une main, et parfois de loin, sur les oblats, pour la consécration, comme s'ils invoquaient les esprits, puis lu un passage du canon de la messe qui leur est attribué.
Le pape Pie XII, dans son discours du 22 septembre 1956 aux participants au congrès international de liturgie pastorale à Assise, relevait déjà l’erreur sur l’équivalence entre la célébration de cent Messes par cent prêtres et celle d’une Messe à laquelle cent prêtres assistent pieusement. Il ajoutait que l’action du prêtre consacrant est celle même du Christ, qui agit par son ministre.
Or, dans le cas d’une concélébration au sens propre du mot, le Christ, au lieu d’agir par un seul ministre, agit par plusieurs.
Dans la concélébration de pure cérémonie, qui pourrait être aussi le fait d’un laïc, il n’y a point de consécration simultanée, et l’on soulève alors une question importante : « Quelle intention et quelle action extérieure sont requises, pour qu’il y ait vraiment concélébration et consécration simultanée ? »
Dans la concélébration au sens propre, il ne suffit pas d’avoir et de manifester la volonté de faire siennes les paroles et les actions du célébrant. Les concélébrants doivent eux-mêmes dire sur le pain et le vin : « Ceci est mon Corps », « Ceci est mon Sang » ; sinon leur concélébration est de pure cérémonie.
La question décisive (pour la concélébration, comme pour la Messe d’un prêtre unique) n’est donc pas de savoir quel fruit l’âme en retire, mais quelle est la nature de l’acte qui est posé : le prêtre, comme ministre du Christ, fait-il ou non l’"actio Christi se ipsum sacrificantis et offerentis" ?

( 996221 )
oui puisque la "concélébration" existait selon vous par Luc Perrin (2026-02-14 23:39:57)
[en réponse à 996213]
il n'y a eu donc aucun débat avant Vatican II, aucun débat à Vatican II, aucun texte post-conciliaire.
Qui veut faire l'ange fait la bête ... cessez de jouer puérilement sur les mots svp.
Ce déni des faits établis et connus de tous par une pirouette de langage n'amuse que vous. Personne n'a débattu de la forme antique très limitée ayant survécu dans la liturgie traditionnelle.
Hors sujet.
Je remercie Me Parfu pour son excellent topo, c'était plus intéressant et plus constructif.

( 996200 )
quelques remarques et questions sur votre post Ludwik par Luc Perrin (2026-02-14 11:05:33)
[en réponse à 996193]
- personnellement, pour le versant des historiens du christianisme, l'usage est de parler des Églises "pré-chalcédoniennes" pour regrouper ces différentes Églises.
Il est certain et j'avais été bien chapitré et éduqué par l'alors vieux doyen de la Faculté de théologie de l'université d'État d'Erevan, admirable prélat, que l'Église arménienne apostolique récuse l'appellation ancienne des manuels catholiques "monophysite" comme celle de "grégorienne" (en rapport avec son fondateur saint Grégoire l'Illuminateur, une figure prodigieuse au passage).
- oui sous Pie XII, et spécialement à Paris, le dialogue se faisait en interne avec les Églises orientales catholiques, on aurait invité si on en trouve car ce n'est pas si fréquent ici un clerc copte uni.
Paris sous Mgr Chaptal, une figure là aussi qui a créé le ministère d'Ordinaire pour les orientaux et dépensé une énergie formidable à leur service dans la ligne de Pie XI, de vénérée mémoire, puis avec Mgr Rupp, évêque de Monaco ensuite, une grosse attention était donnée pour faire connaître la diversité orientale ... au sein de l'Église romaine.
En ce sens la mention d'un "cinquantisme" sonne étrangement à mes oreilles, dans ce contexte précis du rapport à l'Orient. On n'était plus dans ce qui donne le bon décret conciliaire sur les Églises orientales (1964) que dans la triste déclaration de Balamand (1993) et les positions subséquentes.
Je vous rejoins sur le préjugé énoncé au §2. Il faut cependant nuancer les théologiens oecuménistes catholiques, j'en connais, s'intéressent en général très peu à l'Orient et sont très orientés sur les Églises protestantes.
- l'émission n'est pas organisée par les invités mais par notre ami bienveillant de L'Homme Nouveau. Blâmer les frères de la FSVF me paraît incongru et injuste.
- l'oecuménisme catholique bien compris, tout est là, s'écarte certes de Mortalium animos, j'en conviens, mais il me semble validé par le Magistère y compris par Pie XII et depuis.
Au final que désignez-vous par "néotraditionalisme" ? Un rejet des instituts et communautés qui ont choisi de rester dans la pleine communion romaine ?
Pourtant dans d'autres fils, vous avez été enthousiaste de Petrus et alii qui condamnent la FSSPX.
Merci de nous éclairer.
ps. il y a une histoire des dominicains dans le lien avec l'Orient qui est assez ancienne au moins du XIX-XXe avec justement les coptes, il doit y avoir un livre savant là-dessus, et avec l'Europe orientale via le P. Christophe-Jean Dumont op que j'ai eu la chance d'interviewer au couvent du Saulchoir (Paris) alors qu'il était très âgé.

( 996204 )
Réponses éparses par Ludwik (2026-02-14 11:53:03)
[en réponse à 996200]
Cher Professeur,
Heureux que votre santé aille mieux !
Je pense que je ne vous apprendrai absolument rien, néanmoins j’ai essayé de préciser ma pensée.
J’ai écrit mon premier post, un peu énervé, sur mon téléphone, après avoir écouté la vidéo en question sur un tapis de course. Cela explique la concision et parfois la confusion de certains éléments.
- Je ne parlais pas seulement des Églises non chalcédoniennes, mais de toutes les Églises non latines.
- L’expression « cinquantisme » vient, si je ne me trompe pas, de Mgr Williamson. Je l’utilisais ici pour stigmatiser ces traditionalistes dont la doctrine ou la pratique est tout à fait moderne et parfois moderniste, sous des dehors traditionnels (habits, liturgie, vocabulaire). Je n’appliquais donc pas ce qualificatif aux relations avec l’Orient, mais à l’entretien.
- Je reconnais tout à fait qu’il existe un œcuménisme catholique traditionnel, mais ici la forme de la discussion semble s’en éloigner beaucoup.
- Il faudrait effectivement préciser le concept de « néotraditionalisme ». J’entendais par là un enracinement non dans la tradition de l’Église, mais dans ce que l’« on » croit être la tradition de l’Église. Et là, il y a un gouffre.
Les communautés traditionnelles sont victimes, comme toute l’Église de la crise, et se définissent parfois — souvent — non par rapport à la tradition de l’Église, mais en réaction à ladite crise.
Quelques exemples épars :
- Longtemps (et peut-être encore aujourd’hui ?) l’étude de la patrologie a été très limitée dans les instituts traditionnels (je ne fais pas ici de différence entre la FSSPX et d’autres instituts). Pourquoi ? Parce que la patrologie, notamment avec la fameuse collection Sources chrétiennes, a été utilisée pour « shunter » la scolastique. Ainsi, on se prive de l’étude des Pères car ceux-ci ont été « utilisés » par les ennemis.
- Idem pour l’exégèse, inutile de développer davantage.
- Idem pour la liturgie, où l'expression "cinquantisme liturgique" prend tout son sens.
Je m’éloigne un peu du sujet mais finalement pas tant que cela, avec l’exemple suivant :
Je me souviens, dans une chapelle de la FSSPX il y a deux ans, d’un sermon condamnant les ralliés, puis, à la sortie, d’un stand de SOS Chrétiens d’Orient pour soutenir non pas l’Église catholique arménienne, mais l’Église apostolique arménienne !
« Mort aux ralliés ! » et « Vive le Miaphysisme ! » en même temps, en quelque sorte… il fallait le faire.
Pour finir, mon opinion personnelle importe peu et je n’ai d’affiliation à aucune communauté : j’ai des amis ou de la famille dans chacun des instituts traditionnels, cela ne m’empêche pas d’avoir une opinion différente de celle des dites communautés.
Et bienheureux que je suis : au Kazakhstan, je suis fidèle de l’Église gréco-catholique ukrainienne, et donc de Mgr Hovera et à sa fabuleuse bibliothèque.

( 996224 )
Sur la rupture du jeûne par Leopardi (2026-02-15 12:57:53)
[en réponse à 996191]
Je lis
et que donc l’unique repas ne peut être pris qu’après vêpres
Cela a donné, pour alléger cette contrainte, le relèvement progressif de l'heure des vêpres jusqu'à midi et la veillée pascale le samedi après-midi.

( 996225 )
Effectivement par Signo (2026-02-15 17:24:09)
[en réponse à 996224]
Et c’est une belle aberration.
Il est possible que la règle du jeûne étant trop rigidement appliquée, à une certaine époque on en est arrivé à tricher en modifiant l’horaire des offices, ce qui revient à vider ledit office de son sens: un office du soir célébré à midi est-il encore un office du soir? Par définition l’office de vêpres clôt la journée et doit donc être placé au moment de la tombée de la nuit.
Quand à la vigile pascale (qui s’achevait avec les premières vêpres de Pâques), on est allé jusqu’à la célébrer le matin, pour les mêmes raisons. La célébration l’après-midi (entre none et vêpres) se justifie à la rigueur… certains disent même que c’est sa véritable place.
En réalité ces petits accommodements qui vident la pratique ascétique et liturgique de sons sens révèle déjà un affaiblissement de la ferveur et de la foi. Je ne serai pas étonné d’apprendre qu’ils aient commencé à être mis en place quelque part entre le XIVe et le XVIIe siècle. Car durant le premier millénaire, d’après les témoignages que l’on en a, et même s’il ne faut bien évidemment pas idéaliser l’antiquité, la norme était claire, et on ne cherchait pas à « tricher » avec elle.

( 996238 )
Pratique particulière du Carême par Alexandre (2026-02-16 21:08:40)
[en réponse à 996191]
Pour l'Eglise latine, avant l'entrée en vigueur du Code de Droit Canonique de 1917, la règle générale en termes de discipline alimentaire, pendant le Carême, était la suivante :
1° un seul repas par jour du mercredi des cendres au samedi saint, excepté le dimanche ;
2° abstinence de viande, de laitages (lait, beurre et fromage) et d'œufs tous les jours du mercredi des Cendres au Samedi saint (donc même les dimanches).
Certes, la concession de collations le matin et le soir ainsi que l'usage de viande, de laitages et d'œufs étaient accordées ici et là, mais la règle était ainsi. (A Paris, au XVIII° siècle, l'archevêque accordait la consommation des œufs, sauf durant la Semaine sainte.)
Sauf erreur, hormis l'abstinence de viande, il me semble que les nombreux autres jeûnes de l'année ("Quatre-Temps, Vigiles jeûneras...") n'avaient pas autant d'interdits.

( 996247 )
ah bon par Regnum Galliae (2026-02-17 08:44:38)
[en réponse à 996238]
même le fromage ? dur...

( 996250 )
Intéressant par Signo (2026-02-17 09:14:11)
[en réponse à 996238]
Quelques remarques:
- Vos informations montrent que le niveau d’exigence en termes de jeûne alimentaire jusqu’en 1917 dans l’Eglise latine était comparable à celui des Eglises orientales (on le voit par exemple avec le bannissement de tous les produits d’origine animale) ;
- Cependant, on sent déjà l’influence d’un certain juridisme, qui permet de nombreuses exceptions qui aboutissent peu à peu au « moins disant ascétique » : alors qu’il me semble que dans la tradition ancienne, on prescrit une exigence communautaire, tandis que les exceptions se font individuellement au cas par cas dans le cadre de la direction spirituelle, l’esprit juridique occidental préfère écrire dans la loi les exceptions ;
- On constate déjà la déconnexion entre le jeûne et la vie liturgique : les règles que vous mentionnez ne précisent pas que l’unique repas doit être pris après vêpres, omission qui détruit le sens même du jeûne alimentaire, qui consiste à s’abstenir de toute nourriture durant la journée (et non pas à prendre un seul repas) ;
- A noter qu’un repas plus deux collations, ce n’est plus du jeûne, c’est presque une journée normale…
On notera que les anciennes règles peuvent nous apparaitre sévères, mais qu’elles ont provoqué dans les cultures qui les pratiquent l’élaboration d’une culture populaire spécifique : spécialités culinaires végétales dans certains pays orthodoxes, coutume des œufs peints pour Pâques (il s’agit des œufs qui n’ont pas été consommes durant le Carême) dans certaines régions de l’Est de la France ou d’Europe orientale, etc.
Enfin, il est un fait notable révélateur de l’affaiblissement de la ferveur religieuse et de la désincarnation de la piété moderne le fait que le jeûne au sens traditionnel du terme n’est même plus pratiqué dans les monastères, même traditionnels, sauf quelques rares exceptions (deux ou trois monastères seulement à ma connaissance).

( 996265 )
Deux petites observations par Alexandre (2026-02-18 01:12:56)
[en réponse à 996250]
Deux petites observations en réponse à vos remarques :
- dans l'Église latine, depuis fort longtemps, me semble-t-il, mais il faudrait vérifier dans Thomassin ou le DACL, tout produit animal n'a pas été proscrit en Carême, puisqu'il était tout à fait loisible de consommer du poisson. Je crois que saint Thomas d'Aquin explique pourquoi dans la Somme, lorsqu'il traite du jeûne (une question de différence entre les animaux qui vivent dans l'eau et ceux qui sont sur terre et dans les airs).
- je n'avais pas parlé de l'heure de la rupture du jeûne parce que vous l'aviez déjà fait et qu'au XIX° siècle, soit avant le Code de 1917, cela faisait longtemps que le repas principal était avancé à midi. De fait, alors que dans le premier millénaire, il fallait rompre le jeûne après les vêpres, donc le coucher du soleil, la rubrique du Bréviaire au samedi après les Cendres, jusqu'en 1960, voulait qu'on dise vêpres "ante comestionem", ce qui est tout à fait différent... Le même saint Thomas justifiait dans sa Somme qu'on anticipât ladite comestio à None. On était au XIII° siècle.
Puisque le sujet vous intéresse, je vous suggère la lecture d'Aimer le jeûne du P. Adalbert de Voguë. Il détaille cette évolution.

( 996268 )
Oui vous avez raison par Signo (2026-02-18 09:23:23)
[en réponse à 996265]
Effectivement le poisson est permis durant le Carême, même dans les monastères qui appliquent un jeûne strict, mais de préférence le dimanche, de ce que j’en sais.
J’ai lu l’ouvrage du P. de Vogue qui est vraiment à mon sens LE livre de référence en la matière. Malheureusement il est très difficile à trouver, il faut souhaiter qu’il soit réédité ou au moins réimprimé, ce qui aurait du sens en notre époque dans laquelle il y a une forte demande d’ascèse, notamment chez les jeunes. Le livre est court, facile à lire et très riche, on y apprend beaucoup de choses, mêlant expérience personnelle et références historiques.
En fait, en période de jeûne, l’unique repas s’est effectivement progressivement déplacé du soir (après vêpres dans l’Antiquité et au début du Moyen-Age), au milieu d’après-midi (après none, milieu-fin du Moyen-Age), puis à midi (après sexte, époque moderne). Du fait de ce déplacement on a ajouté une collation le soir (souper), et enfin une le matin (petit-déjeuner). Résultat, le jeûne au sens traditionnel du terme a disparu de la plupart des monastères.
De mémoire S. Benoit dans sa Règle divise l’année en trois périodes :
- La période pascale et estivale, au cours de laquelle on ne jeune pas, donc on prend les deux repas habituels (après sexte et après vêpres) ;
- A partir de l’Exaltation de la Croix (14 septembre) jusqu’au mercredi des Cendres, jeûne dit « monastique », un unique repas quotidien après none ;
- Des Cendres jusqu’à Pâques, un unique repas après vêpres (mais l’office de vêpres est alors légèrement avancé de manière à ce que le repas se termine avant la tombée de la nuit).
Dom Adalbert de Vogue en son temps, et à sa suite quelques communautés monastiques aujourd’hui suivent ce régime, avec cette différence que le jeûne monastique est observé toute l’année hors Carême, même durant la période estivale (mais pas durant la semaine de Pâques ni les dimanches bien sûr), pour des raisons de simplification. Le fait de se contenter d’un unique repas quotidien simplifie le travail de cuisine, notamment pour les petites communautés et les ermites.

( 996269 )
Sur "Aimer le jeûne" par Regnum Galliae (2026-02-19 10:30:57)
[en réponse à 996268]

( 996270 )
Après "Aimer le jeûne" par Alexandre (2026-02-19 11:57:27)
[en réponse à 996268]
Quelques années après son livre, en 1992, le P.
Adalbert de Voguë a publié un article sur ce sujet dans une revue cistercienne.
Si cela vous intéresse, je peux vous l'envoyer ou à d'autres qui liront ce post.
Voici mon adresse :
alexandre.sur.le.fc@laposte.net

( 996274 )
Aimer le jeûne (pdf) Adalbert de Vogüe par Glycéra (2026-02-19 13:55:18)
[en réponse à 996270]

( 996352 )
Merci par Signo (2026-02-21 10:53:04)
[en réponse à 996270]
Ça m’intéresse, je vous ai écrit hier à l’adresse indiquée.