En relisant
Vix pervenit de Benoît XIV, je suis frappé par la clarté de la condamnation du
lucrum ex mutuo.
Mais je suis tout autant frappé par cette précision souvent passée sous silence :
On y lit notamment : « Il n’est aucunement nié que quelquefois d’autres titres […] puissent se trouver adjoints au contrat de prêt […] De ces titres résulte une raison très juste et très légitime d’exiger plus que le capital dû. »
Ma question porte sur la portée doctrinale exacte de cette distinction.
Historiquement, la condamnation du lucrum ex mutuo reposait sur l’analyse du prêt (mutuum) comme échange d’une chose consomptible, qui, en elle-même, n’engendre aucun fruit. Le profit exigé au seul titre du prêt était donc intrinsèquement injuste, indépendamment de son montant ou des circonstances.
Or, dans les conditions économiques modernes, la simple privation de liquidité entraîne très fréquemment un manque à gagner objectivable, indépendamment de toute intention spéculative : ce que la tradition morale désignait déjà sous le nom de lucrum cessans. La question n’est donc pas de savoir si l’usure demeure condamnée — ce que Vix pervenit affirme sans ambiguïté — mais de déterminer ce qui relève effectivement, aujourd’hui, du gain exigé ex solo mutuo.
Dès lors, la continuité doctrinale se situe-t-elle dans une lecture strictement matérielle et inchangée de l’interdiction, ou bien dans la permanence du principe moral (l’injustice du gain exigé du seul fait du prêt), tandis que l’Église précise progressivement la qualification morale de l’acte à la lumière des conditions concrètes de l’échange économique — distinction déjà explicitement ouverte par Vix pervenit elle-même ?
Autrement dit : la doctrine a-t-elle changé, ou bien est-ce l’analyse morale de la situation concrète qui s’est affinée, sans que le principe soit remis en cause ?
Pour formuler la question autrement : si l’on refuse d’admettre un tel affinement de la qualification morale, ne risque-t-on pas, en pratique, de figer un enseignement moral dans une application historique déterminée, au point de le rendre inintelligible dès lors que les conditions concrètes de l’échange ont changé ?
Je serais intéressé de connaître votre analyse sur le lieu exact de cette continuité.