Le Forum Catholique
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( 993864 )
28 novembre 1989, légalisation de l'Eglise par Ludwik (2025-11-28 07:40:20)
gréco-catholique ukrainienne,
ou plus exactement, déclaration du Conseil des affaires religieuses auprès du Conseil des ministres de l'URSS, selon laquelle les gréco-catholiques se voyaient accorder le droit de créer et d'enregistrer des communautés et de jouir de « tous les droits établis par la loi pour les organisations religieuses en URSS ».
Cette déclaration marque une reconnaissance de facto.
C'est la fin de 43 ans de clandestinité, depuis la liquidation forcée de 1946 au Pseudo-Synode de Lviv (reconnu comme concile canonique par Moscou).
L'Église est alors menacée dans son existence même par cette longue période de persécution. De nombreux prêtres ont été formés dans les séminaires orthodoxes et leur retour à l'Église gréco-catholique fait débat. Certains fidèles fréquentant l'église orthodoxe russe commencent à s'y habituer. Le clergé clandestin est âgé, les évêques sont morts.
Rome a lancé des enquêtes pour savoir si l'Église existait encore... avec un peu de perfidie, on peut ajouter que les résultats ne furent pas toujours ceux espérés : l'Église survivait.
Une incroyable résurrection commençait.
Les structures de l'Église avaient été maintenues en diaspora. Le patriarche et cardinal Slipyj, après sa sortie de déportation en 1963, avait fait valoir ses droits, pris le titre de patriarche, créé l'université catholique ukrainienne en 1963 à Rome, qui sera ensuite déplacée à Lviv en 1992.
Il avait construit la basilique Sainte-Sophie des Ukrainiens à Rome, inaugurée en 1969.
Mais surtout, il avait organisé l'Église et fait son unité. Un travail difficile, ayant rencontré bien des oppositions, en interne et surtout à Rome.
Il ira jusqu'à sacrer 3 évêques, en 1977, sans mandat apostolique, usant de ses privilèges de chef d'Église orientale... la survie même de l'Église étant menacée.
Ces sacres ne seront reconnus par Jean-Paul II que bien des années plus tard.
Cette « légalisation » est le résultat de pressions intenses internes comme internationales, avec comme catalyseur de nombreux événements durant l'année 1989 :
- Manifestations monstres à Lviv et dans d'autres villes culminant avec plus de 150 000 participants le 26 novembre à Lviv pour réclamer la restitution de la cathédrale Saint-Georges ;
- Liturgies publiques improvisées dans les rues et forêts depuis mai 1989 ;
- Commémoration du pape à la liturgie notamment lors des messes pour le 1000e anniversaire du baptême de la Rus' en juin 1988, puis en 1989 ;
- Grèves de la faim, etc.
Sont réclamés : arrêt des persécutions, existence légale, et restitution des églises occupées par les orthodoxes. Restitution que le patriarcat de Moscou, encore aujourd'hui, considère comme un vol...
Cette déclaration survient à la veille de la rencontre de Jean-Paul II avec Gorbatchev (le 1er décembre 1989, à Rome, où le pape plaide explicitement pour l'EGCU, aboutissant à l'enregistrement officiel des statuts).

( 993865 )
Photos par Ludwik (2025-11-28 07:44:24)
[en réponse à 993864]
Il existe quelques photos très célèbres de ces événements. Je les mets ici séparément afin de ne pas rendre la lecture du message précédent inconfortable.
Représentants de l'Eglise des catacombes à Moscou, mai 1989:
Manifestations à Lviv en septembre 1989:


( 993866 )
Sacres sans mandats de 1977, question à Luc Perrin. par Ludwik (2025-11-28 07:59:29)
[en réponse à 993864]
Ces sacres sans mandat apostolique sont des événements bien sûr frappants... surtout pour le monde traditionaliste latin.
Pour en savoir plus, il faut fouiller dans les Opera Omnia du Patriarche Slipyj (18 volumes).
Le patriarche écrivit une lettre à Paul VI après les sacres ; malheureusement, je n'ai pas accès à la lettre complète, mais seulement à des extraits ou à des résumés:
« Votre Sainteté, en tant que Patriarche et successeur de l'apôtre André, je ne puis laisser mon Église mourir sans successeurs légitimes. Les persécutions soviétiques et les hésitations de la Curie m'obligent à agir pour la survie de la foi ukrainienne. Si Rome ne comprend pas aujourd'hui, que son successeur le fasse demain. »
Et un extrait de ses mémoires :
« J'ai agi avec humilité filiale, mais avec clarté. L'Église ukrainienne, persécutée pendant 30 ans, mérite sa hiérarchie. Paul VI, saint homme, tolérait mes plaintes, mais la politique primait. Ces ordinations sont un cri pour l'autonomie orientale. »
Pour éviter des raccourcis rapides, il faut noter, entre autres nombreuses différences avec la situation de Mgr Lefebvre, qu'il apparaît que ces sacres ont été effectués sans mandat, mais pas contre la volonté explicite du Pape.
Ces sacres ne seront "régularisés" qu'en 1996.
Le professeur Perrin a-t-il plus d'éléments?

( 993871 )
intéressant rapprochement par Luc Perrin (2025-11-28 10:59:39)
[en réponse à 993866]
Je n'ai pas de données spéciales sur ces sacres sans mandat opérés au sein de l'Église gréco-catholique en des temps difficiles.
Il me semble que des sacres similaires ont été opérés clandestinement dans l'Église latine tchèque et slovaque au temps du communisme. Il y a eu des soucis pour la régularisation canonique intervenue bien plus tard sous Jean Paul II par le cardinal Ratzinger. Des ordinations sacerdotales étaient aussi en cause, certaines d'hommes mariés et il me semble que l'alors CDF les avait accueillis dans la discipline orientale.
Il me semble aussi qu'il y a des exemples dans l'histoire de la République populaire de Chine après 1949.
Dans tous les cas, l'état de nécessité est invoqué. Je serai moins catégorique que vous quant à exclure toute ressemblance avec la FSSPX. Au plan canonique pur, un sacre sans mandat reste un sacre sans mandat.
Les circonstances jouent après quand Rome apprécie chaque dossier en vue de la sanatio in radice.
Je rappelle au passage que l'excommunication latae sententiae a été levée par Benoît XVI en 2009 pour les évêques consacrés par NNSS Lefebvre et de Castro Mayer encore en vie à cette date et que Mgr Rifan avait été reconnu en pleine communion avec le Saint-Siège dès 2001.
Une juste appréciation de la part de Rome pour l'avenir devra nécessairement tenir compte de ces multiples précédents tant orientaux que latins.
Merci d'attirer l'attention sur les dossiers orientaux qui donnent à réfléchir si l'horizon ecclésial s'éclaircissait.

( 993874 )
Ces sacres ont eu lieu à Castelgandolfo par Ludwik (2025-11-28 11:37:44)
[en réponse à 993871]
C’est un élément particulièrement intéressant.
Il y a effectivement eu de nombreux sacres d’évêques, réalisés dans la clandestinité, durant les persécutions communistes.
Mais ici, il s’agit du sacre de trois évêques sans mandat pontifical, en Occident, à Castel Gandolfo.
Les arguments de « nécessité » invoqués sont donc d’une nature tout à fait différente de ceux avancés en terre de persécution.
Ici il s'agit d'une nécessité "écclésiologique", si je puis dire, face au centralisme romain.
P.S.:
Ces sacres sont une affirmation remarquable et volontaire du statut particulier des Églises orientales : des Églises où le chef de l'Eglise locale (ici patriarche) et le pape sont deux fonctions distinctes, assumées par deux personnes différentes.
Alors que dans l’Église latine, le pape est tout à la fois Vicaire du Christ car évêque de Rome et donc Chef de l'Eglise universelle, mais aussi métropolite d’Italie et patriarche d’Occident… Ce qui change beaucoup de perspectives.

( 993877 )
Quels sacres par Jean-Paul PARFU (2025-11-28 14:47:31)
[en réponse à 993874]
Ont eu lieu à Castel Gandolfo ?

( 993879 )
Les sacres de 1977 par le Patriarche Slipyj par Ludwik (2025-11-28 15:21:41)
[en réponse à 993877]
des trois évêques Ivan Choma, Stefan Czmil et Lubomyr Huzar comme évêques auxiliaires.
Ils ont eu lieu dans la chapelle du monastère studite de Castel Gandolfo, en secret,
et donc sans mandat pontifical.
Si j’ai perdu Maître Parfu, j’ai dû perdre 90 % des lecteurs…
J’écris si mal que ça ?
Misère.

( 993880 )
Rassurez-vous par Jean-Paul PARFU (2025-11-28 15:48:14)
[en réponse à 993879]
Je m'interrogeais, car je m'étonnais que le cardinal Slypyj ait dû sacrer des prêtres évêques sans mandat et, en outre, à deux pas de la résidence d'été du Pape.
S'agissant des sacres effectués par Mgr Lefebvre et Mgr de Castro Mayer, j'attire votre attention sur le fait que l'accord signé par le cardinal Ratzinger et Mgr Lefebvre, prévoyait le sacre d'un évêque.
Sur les sacres sans mandat, vous pouvez lire
ici

( 993883 )
Heureux de vous avoir supris, par Ludwik (2025-11-28 16:31:18)
[en réponse à 993880]
et vous pourrez donc ajouter à votre argumentaire les consécrations sans mandat réalisées par le cardinal Slipyj.
Joseph Slipyj, Confesseur de la Foi, grande figure du catholicisme du XXᵉ siècle, respecté par Paul VI et admiré par Mgr Lefebvre (j’en ai témoignage), etc.

( 993918 )
Il y a aussi le cas chinois par Athanase (2025-11-29 15:33:00)
[en réponse à 993871]
avec des sacres sans mandat pontifical qui ont commencé à être régularisés dès 1985.

( 993878 )
Sieur Ludwik par MG (2025-11-28 15:15:03)
[en réponse à 993864]
Ce serait gentil de votre part de nous faire une synthèse chronologique car j'avoue que je n'arrive pas à suivre et à comprendre.

( 993881 )
Chronologie très succinte par Ludwik (2025-11-28 15:51:57)
[en réponse à 993878]
Je veux bien, mais si vous avez une question précise, je pourrai essayer d’y répondre plus précisément.
L’Église ukrainienne a été supprimée et détruite en Ukraine en 1946.
Son chef, le cardinal Slipyj, est parti en déportation.
Cependant, l’émigration ukrainienne était nombreuses, souvent issue de l’Ukraine catholique (l’Ouest). Et comptait au moins deux millions de catholiques.
L’Église survit donc dans la diaspora, et en Ukraine de manière clandestine.
En 1963, Slipyj est libéré dans le cadre d’un échange et arrive à Rome.
Il est âgé, épuisé ; les Soviétiques pensent qu’il mourra rapidement.
En réalité, pendant vingt ans, il va travailler sans relâche.
1) Unifier l’Église : les communautés ukrainiennes sont dispersées, sans unité canonique.
2) Préparer les structures qui lui permettront de survivre, puis de renaître lorsque l’Ukraine sera libérée de la tutelle de Moscou :
– une université à Rome ;
– des monastères ;
– des journaux ;
– la construction d’une basilique à Rome (Sainte-Sophie des Ukrainiens).
3) Affirmer le statut de l’Église par rapport à Rome :
Église catholique de rite byzantino-ukrainien, avec son droit canonique propre, organisation patriarcale, etc.
Rome — le pape et surtout la curie — freine, pensant qu’il ne reste rien de l’Église en Ukraine et craignant d’altérer les rapports avec le patriarcat de Moscou (qui est en pratique, une division administrative du KGB).
– Slipyj réclame le statut patriarcal ; il obtient finalement celui d’archevêque majeur.
– Et, en dernier recours, il consacre des évêques sans mandat pontifical (1977), ce que lui permet le statut canonique de son Église… geste qui sera très, très peu apprécié à Rome.
En 1989, l'Eglise sort des catacombes en Ukraine (voir posts précédents).
Je peux vous proposer une petite bibliographie en français, si cela vous intéresse.
C’est passionnant : insomnies garanties.

( 993884 )
Merci par MG (2025-11-28 17:08:40)
[en réponse à 993881]
c'est en effet un peu plus clair.