Le Forum Catholique
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( 989457 )
Tentative abusive de transubstantiation par Candidus (2025-06-29 21:42:40)
Question : Si un prêtre apostat prononce les paroles de la consécration sur le pain présent dans une boulangerie avec la volonté de consacrer, la transubstantiation se réalise-t-elle ? (Un film ancien dont j'ai oublié le nom met en scène un prêtre défroqué dans un restaurant qui agit ainsi avec du vin, et son commensal catholique se croit obligé de boire toute la bouteille.)
La réponse que je propose : Non, s’il n’y a pas de célébration de la Messe ni intention explicite de faire ce que fait l’Église lors de la réalisation du sacrement, la transubstantiation ne se produit pas.
Tout le monde est d'accord ?

( 989459 )
tentative abusive de réflexion ! par baudelairec2000 (2025-06-29 22:03:51)
[en réponse à 989457]
Dire que sur le Forum certains en sont réduits à ce genre de discussion, que dis-je, de tentative de discussion. A pleurer...

( 989460 )
le film par Réginald (2025-06-29 22:04:25)
[en réponse à 989457]
Le film c'est Le Défroqué réalisé par Léo Joannon et sorti en 1954. Le rôle du prêtre est tenu par Frenay.
Concernant votre question, je partage pleinement votre position.
Et cela pour deux raisons fondamentales :
1. Les paroles de la consécration n’ont de véritable signification sacramentelle que dans un cadre liturgique. Ainsi, Léon XIII a déclaré nulles les ordinations anglicanes précisément parce que la forme sacramentelle, bien que matériellement conservée, avait été vidée de son sens par le contexte qui niait son sens : elle ne signifiait plus ce que l’Église entend faire en ordonnant. Le forme était devenue équivoque, donc incapable de produire sacramentellement l’effet voulu.
2. Il y a à mes yeux un défaut objectif d’intention. On ne peut « faire ce que fait l’Église » en prononçant les paroles dans un restaurant dans une boulangerie ; en dehors de toute célébration liturgique.

( 989464 )
D'accord mais alors quid des "messes noires" par Candidus (2025-06-29 22:17:45)
[en réponse à 989460]
Votre réponse aux deux cas envisagés ne s'applique-t-elle pas aussi à ce qui se passe lors d'une messe noire ?
La forme sacramentelle, bien que matériellement conservée, est vidée de son sens par le contexte qui nie son sens : elle ne signifie plus ce que l’Église entend faire en consacrant les espèces eucharistiques.
Et pourtant l'Eglise reconnaît la validité d'une telle consécration, si je ne me trompe pas, c'est d'ailleurs un exemple souvent cité par les pourfendeurs du NOM qui veulent démontrer ainsi que ce n'est pas parce qu'une messe est valide qu'elle est agréable à Dieu.

( 989465 )
msse noire par Réginald (2025-06-29 22:26:57)
[en réponse à 989464]
Je ne suis pas spécialistes de messes noires, mais il me semble qu'elles utilisent des hosties déjà consacrées pour les profaner par un rite blasphématoire. C'est en tout cas que c'est décrit dans Là‑bas de Huysmans (1891).Il me semble que c'est aussi le cas pour la messe Guibourg dans l'affaire des poisons.

( 989466 )
Huysmans par Réginald (2025-06-29 22:33:05)
[en réponse à 989465]
D'après Huysmans
Enfin, disait Huysmans, pourquoi des gens déroberaient-ils des hosties ? Aucune réponse n’est possible si l’on n’admet pas que les hosties sont emportées pour être employées à des oeuvres de magie noire. Que voulez-vous, par exemple, que des libres penseurs fassent d’hosties qui, pour eux, ne sont que des azymes sans valeur ? Ils n’achèteraient pas vingt-cinq centimes le lot soustrait à Notre-Dame ! Il faut donc que ceux qui les acquièrent croient réellement qu’elles sont la Chair même du Christ. Or, dans cette condition, cette Chair ne peut être utilisée que pour des actes d’exécution, des cérémonies sacrilèges, et nous sommes bien obligés de conclure, par le seul fait qu’on La vole, à l’existence certaine du Satanisme.
Et puis, il possédait le témoignage de plusieurs prêtres qui lui avaient fait l’aveu que des jeunes filles étaient venues en confession leur raconter qu’elles avaient reçu l’offre, en échange de sommes d’argent, de sa laver la bouche avec un mélange astringent qu’on se chargeait de leur fournir, avant de communier, afin de rendre l’hostie intacte.
Pour quelle oeuvre, ajoutait Huysmans, ces hosties pourraient-elles servir sinon pour des rites sataniques ?

( 989486 )
Exact mais... par jl dAndré (2025-06-30 11:31:40)
[en réponse à 989460]
C'est exactement ce que déclare le supérieur du séminaire en reprochant au jeune séminariste d'avoir, pour prévenir toute profanation, bu intégralement le vin ainsi sacrilégement consacré, au risque de se saouler.
Du moins autant que je me souvienne de ce film vu il y plus d'un demi siècle.

( 989461 )
Le fil en question par Meneau (2025-06-29 22:06:44)
[en réponse à 989457]
est
là.
Je pense que tout y a été dit.
Cordialement
Meneau

( 989462 )
Lien correct par Meneau (2025-06-29 22:10:16)
[en réponse à 989461]

( 989463 )
Voir en particulier par Meneau (2025-06-29 22:12:41)
[en réponse à 989462]
ce
post.
Cordialement
Meneau

( 989467 )
question par Réginald (2025-06-29 23:14:01)
[en réponse à 989463]
J’ai lu attentivement l’ensemble du fil, et je reconnais qu’il existe un argument d’autorité en faveur de votre position, notamment cette citation de saint Thomas d’Aquin :
« Même si un prêtre avait l’intention de consacrer une grande quantité de pain et de vin non pas pour l’usage des fidèles, mais par dérision, ils seraient consacrés. »
Toutefois, il me semble que saint Thomas sous-entend implicitement que cette consécration se fait dans le cadre d’une messe, même gravement sacrilège. Or, à mes yeux, la question décisive est la suivante : les paroles de la consécration ont-elles encore une signification réelle lorsqu’elles sont prononcées en dehors de toute célébration liturgique, sans même qu’il y ait eu un offertoire ?
Ce qui me surprend, c’est que certains soutiennent l’invalidité de la messe nouvelle en raison du contexte dans lequel les paroles sont prononcées à cause, d’une perte de sens symbolique, d’une intention ecclésiale affaiblie, ou d’une rupture dans la continuité rituelle. Dès lors, comment peut-on affirmer dans le même temps que la scène du restaurant (ou toute profanation profane mimant la consécration) serait valide, au seul motif que le prêtre est validement ordonné et qu’il prononce les paroles correctes ?

( 989469 )
Sans Offertoire par Meneau (2025-06-29 23:19:49)
[en réponse à 989467]
effectivement, c'est douteux. Voir la réponse de Lycobates concernant l'oblation. Et voir le De Defectibus, qui préconise de refaire une oblation.
Mais il n'est pas nécessaire d'avoir une messe complète : le droit canon prévoit le cas d'une Consécration en-dehors de la Messe. Pour l'interdire, certes, mais il le prévoit quand même.
Cordialement
Meneau

( 989471 )
question par Réginald (2025-06-29 23:27:51)
[en réponse à 989469]
La parole de consécration « Hoc est enim Corpus meum » peut-elle conserver une valeur sacramentelle lorsqu’elle est détachée du récit de l’institution (Qui pridie quam pateretur) ? Pour ma part, hors de ce contexte, salvo meliore iudicio, elle devient désincarnée, équivoque, et incapable de signifier réellement ce qu’elle prétend signifier. Il est incohérent de prétendre agir in persona Christi dans une consécration, si l’on ne rappelle pas l’acte du Christ instituant l’Eucharistie. Sans le récit de l’institution, le lien vivant entre le prêtre et l’acte fondateur du Christ est rompu. La parole devient flottante, déracinée, liquide et, à mon avis, ne peut plus être sacramentellement signifiante.

( 989472 )
IIIa, q78, a1, ad4 par Meneau (2025-06-30 00:05:40)
[en réponse à 989471]
Il faut donc soutenir que si le prêtre ne disait que les paroles en question, avec l’intention d’accomplir ce sacrement, celui-ci serait réalisé, parce que l’intention ferait comprendre que ces paroles sont prononcées au nom du Christ, même si ce n’était pas signalé par le récit des paroles précédentes. Cependant ce prêtre pécherait gravement, comme n’observant pas le rite de l’Église.
Cordialement
Meneau

( 989473 )
instance par Réginald (2025-06-30 00:26:11)
[en réponse à 989472]
Certes, saint Thomas reconnaît (dans une hypothèse limite) que le prêtre pourrait, en ne prononçant que les paroles de la consécration avec l’intention d’accomplir le sacrement, réaliser la transsubstantiation, même sans le récit institutionnel préalable. Toutefois, le problème reste intact : car dans une telle situation, l’on peut justement douter de la réalité de l’intention sacramentelle.
En effet, comment affirmer avec certitude que le prêtre "veut faire ce que fait l’Église", s’il s’abstient délibérément de reproduire le geste du Christ tel que l’Église l’a reçu, formulé, et encadré dans son rite ? L’intention n’est pas un acte intérieur pur ; elle se manifeste objectivement dans le fait de s’inscrire dans le rite de l’Église. Hors de ce cadre, l’intention devient équivoque, et donc insuffisante à garantir la validité de manière certaine.

( 989475 )
Doute par Meneau (2025-06-30 00:47:57)
[en réponse à 989473]
L'intention peut se manifester autrement que dans le respect du rite. Le respect du rite est une preuve de l'intention, mais je ne vous apprends pas qu'en bonne logique A=>B n'implique pas que non-A=>non-B
Donc a contrario rien ne permet de dire que l'intention fait défaut. Dans le cas du folm Le Défroqué, le prêtre dit clairement son intention. Voir
ici
Donc le séminariste dans le film Le Défroqué fait bien, par prudence, de consommer avec vénération la totalité du seau à champagne afin de ne courir aucun risque de profanation des Stes Espèces.
Cordialement
Meneau

( 989477 )
concedo par Réginald (2025-06-30 01:06:57)
[en réponse à 989475]
Je vous concède que, dans une telle situation de doute sur la validité de la consécration, la prudence liturgique et le respect de l’Eucharistie justifient l’attitude du séminariste dans Le Défroqué.
Mais je maintiens, pour la raison que j'ai donnée et qui n'a pas été réfutée, que la parole sacramentelle, dans ce cas précis, est dénaturée par son contexte profane.
Pour prendre une analogie, un maire en exercice, s’il prononce la formule « Je vous déclare mari et femme » en dehors de toute célébration légale de mariage ne marie pas réellement les deux personnes. Et cela, même s’il a l’autorité requise et que la formule est juridiquement correcte. Pourquoi ? Parce que la parole n’est effective que dans un contexte rituel et institutionnel précis, reconnu par la loi.Certes, l’analogie n’est pas parfaite. Un mariage civil n’est pas un sacrement, et l’autorité du maire ne se confond pas avec celle du prêtre ordonné. Mais elle suffit à faire comprendre un point fondamental : un énoncé performatif n’est opérant que dans un cadre rituel, institutionnel et intentionnel bien défini.

( 989489 )
Aucun doute ! Pas de prudence nécessaire par Ion (2025-06-30 11:56:18)
[en réponse à 989477]
Je suis surpris que l'on se pose même la question autrement que justement pour bien faire comprendre l'absurdité d'un tel acte qui apparenterait les paroles de la consécration à des paroles "magiques" prononcées par un "magicien", le prêtre seul et à une chosification de l’eucharistie.
La prière eucharistique qui actualise le Mystère Pascal est une prière d'Eglise, et pas du prêtre seul. Une prière d'Eglise, et donc une prière du Christ. Les deux épiclèses, explicite dans les prières eucharistiques 2, 3 et 4, montrent bien avec "Sanctifie ces offrandes en répandant sur elles ton Esprit, qu’elles deviennent le corps et le sang … " et « Que l’Esprit Saint fasse de nous une éternelle offrande à ta gloire … », avec la doxologie finale cette action de toute l'Eglise.
La présence sacramentelle du corps et du sang du Christ sous les espèces du pain et du vin n’est pas d'abord l'objet du sacrifice eucharistique, mais la conséquence de l'actualisation, pour ceux qui participent à l’Eucharistie, du Mystère Pascal. Et cette actualisation n'est bien sûr en rien présente dans les simulacres que vous évoquez.
Les orientaux ne se poseraient même pas une question aussi absurde, eux qui voient la prière eucharistique comme un tout sans vouloir définir comme nous le faisons, nous latins par la raison, le quand et le comment !
Que ferait votre séminariste, s’il se trouvait dans une bonne cave d’un vigneron bourguignon après qu’un prêtre ait prononcé les paroles de la consécration ?

( 989494 )
Sauf que par Halbie (2025-06-30 13:02:13)
[en réponse à 989489]
Les Orientaux ont tort à ce sujet.

( 989498 )
et pourquoi pas les deux ? par Réginald (2025-06-30 14:32:23)
[en réponse à 989494]
1. La tradition latine insiste sur l’efficacité sacramentelle des paroles du Christ : Hoc est enim Corpus meum. Selon cette perspective, la transsubstantiation s’opère formellement au moment où ces paroles sont prononcées par le prêtre, in persona Christi, avec l’intention de faire ce que fait l’Église.
2. La tradition byzantine, quant à elle, met l’accent sur l’unité de toute la prière eucharistique, et en particulier sur l’importance de l’épiclèse, l’invocation de l’Esprit Saint qui sanctifie les dons. La consécration ne peut y être comprise comme une simple formule opérante, mais comme l’accomplissement du Mystère dans la prière de l’Église, vécue comme acte du Corps mystique tout entier.
3. Or ces deux positions, loin d’être contradictoires, peuvent être comprises comme complémentaires :
D’une part, les paroles du Christ sont véritablement opérantes : elles accomplissent ce qu’elles signifient. C’est ce que l’Église latine a toujours affirmé avec force.
D’autre part, ces paroles ne prennent leur pleine signification sacramentelle que si elles sont insérées dans l’action liturgique, qui est celle de toute l’Église. Elles ne sont pas une incantation magique ni une formule isolée, mais un acte sacramentel intégré dans le culte public, communautaire et hiérarchique de l’Église.
C’est pourquoi, malgré l’autorité de saint Thomas, dont je ne me sépare qu’avec regret, plusieurs éléments concrets (le moment choisi, le lieu profane, le ton, le regard, la finalité manifeste de dérision et de provocation) tendent à montrer que le prêtre ne veut pas réellement "faire ce que fait l’Église", mais bien plutôt provoquer son interlocuteur et tourner en dérision l’acte sacré. Ce contexte global affecte l’intention, la rend équivoque et incompatible avec authentique consécration.

( 989500 )
Effectivement par Lycobates (2025-06-30 15:02:45)
[en réponse à 989494]
Je reprends un peu en résumant ce que j'ai pu écrire ici il y a quelques années déjà.
La théologie grecque, pointue et pointilleuse, à l'occasion à l'esprit cavillateur et sophiste, distinguant de façon brillante et formulant avec acuité et finesse (la langue grecque s'y prête magnifiquement), notamment dans le domaine de la théologie trinitaire et christologique, et tellement méritoire pour l'Église et la définition du dogme aux premiers siècles, semble s'en être quelque part épuisée. Ce qui a suivi, n'est que rarement à la hauteur, on dirait que la force d'esprit et la force d’âme de la théologie orientale se sont asséchées, surtout après Saint Jean Damascène, qui, si l'on veut, clôt la série avec une très belle Somme de la théologie en grec. Ajoutons encore le Studite, et c'est quasiment fini, bien loin avant 1054 ou 1453.
La théologie byzantine n'a guère plus d'attrait en général que certaines parties plus arides, qui existent, du Moyen Âge occidental. Exception faite pour Nicétas Stéthatos, Démétrius Cydonês et quelques autres.
Pour certains chapitres de la théologie, que les Pères de l'époque des controverses christologiques et trinitaires n'ont pas abordés ou peu, ou de façon erratique ou seulement circonstancielle, mais qui sont devenus de prime importance pendant les siècles suivants, et le sont restés jusqu'à nos jours : la théologie morale, l'ecclésiologie et la sacramentologie, l'Orient est quasiment nul. Il n'a pratiquement rien donné et n'y a presque rien à dire.
Il est vrai que le schisme leur a valu nécessairement le retrait de l'Esprit et de l'assistance divine aux chefs de leurs communautés, aussi dans le domaine théologique et sacramentel, ce qui n'est pas resté sans conséquences (voyez, pour des cas extrêmes, les Coptes et certains Syriaques).
Saint Thomas d'Aquin était certes lu en Orient, et apprécié par certains, les plus lucides. Et il y avait aussi un courant aristotélicien chez les Byzantins. Je ne citerai pas Bessarion, que tout le monde connaît, mais Démétrius Cydonês, certes latinophile lui aussi, qui traduisit la Somme contre les Gentils entièrement en grec (et il écrit un beau grec) et aussi la Ia, une grande partie de la I-IIae et toute la IIa-IIae de la Somme de théologie. Ce n'est pas rien. Chose remarquable: même un anti-latin farouche comme Gennade Scholarios (le premier “patriarche” de Constantinople sous les Ottomans) et qui était aristotélicien, pas du tout un rêveur platoniste (on sous-estime en général gravement les désastres causés par le platonisme théologique au cours de l'histoire de l'Église), a lu et traduit Saint Thomas.
Mais il faut se rendre à l'évidence: la théologie grecque, si brillante pour les questions christologiques et trinitaires, s'est beaucoup appauvrie par après, et paraît devenue souvent défectueuse, pour ne pas dire dans certains cas nulle, en tout cas souvent désorganisée, contradictoire, chaotique, mystifiante.

( 989502 )
Scholarios par Halbie (2025-06-30 15:28:42)
[en réponse à 989500]
Défendait d'ailleurs la position catholique concernant l'épiclèse et la forme de l'eucharistie, contrairement à Marc d'Éphèse.

( 989507 )
le thomisme en Grèce par Lycobates (2025-06-30 18:03:50)
[en réponse à 989502]
J'ignore si vous lisez couramment le grec actuel, mais il existe une page internet qui traite du thomisme en Grèce et en grec, et qui est plutôt intéressante :
ICI
λαβὼν ἀνάγνωθι !

( 989510 )
Vu que vous préférez la vision orientale par Vincent F (2025-06-30 18:47:31)
[en réponse à 989489]
Que diriez-vous aux prêtres qui ont célébré en ne disant QUE les paroles de la consécration en camp de concentration ?

( 989511 )
Qu'ils ont utilisé ... par Ion (2025-06-30 19:19:09)
[en réponse à 989510]
... , au vu des circonstance, un "rite bref" !

( 989526 )
En êtes-vous sûr ? par Candidus (2025-06-30 23:18:31)
[en réponse à 989510]
J'ai du mal à imaginer un prêtre dans cette situation (le cardinal Mindszenty l'a été), procéder à une consécration sans s'être préalablement recueilli, et avoir au moins mentalement offert à Dieu le Père, le Sacrifice de Son Fils au Calvaire. Cela serait le minimum, mais la plupart des prêtres connaissent par coeur les prières de l'ordinaire de la messe, pourquoi dans ce cas omettraient-ils celles de l'offertoire ?

( 989530 )
bloc 26 par Réginald (2025-06-30 23:44:24)
[en réponse à 989526]
A Dachau, le bloc 26 était réservé aux prêtres. Une chapelle y fut aménagée, et la première messe y fut célébrée le 20 janvier 1941. Deux simples tables servirent d’autel, et les prêtres durent se contenter d’une unique chasuble et de quelques objets liturgiques apportés d'un autre par un aumônier polonais. Le témoignage qu'on peut lire ici est assez précis sur la vie liturgique qui s'y déroulait et qui n'était pas aussi rudimentaire que pourrait le penser.
bloc 26

( 989516 )
Et donc ...? par Meneau (2025-06-30 20:20:51)
[en réponse à 989489]
Pour vous, le prêtre séparé de l'unité de l'Eglise (par exemple schismatique), consacre-t-il validement ?
Cordialement
Meneau

( 989523 )
Dans de nombreux cas ... par Ion (2025-06-30 22:32:04)
[en réponse à 989516]
... sans doute oui. Après 1521, et sans doute pendant un temps certain, les messes célébrées par Luther et les prêtres qui l'ont suivi ont continué d'être valides.
Mais je ne vois pas le rapport avec les mascarades évoquées dans ce fil.

( 989525 )
Le rapport par Meneau (2025-06-30 23:18:12)
[en réponse à 989523]
La prière eucharistique qui actualise le Mystère Pascal est une prière d'Eglise, et pas du prêtre seul.
Le rapport, c'est : si la prière Eucharistique est une prière d'Eglise, comment peut-elle être efficace si on n'est pas d'Eglise ? St Thomas admet la validité du sacrement par un prêtre schismatique justement parce que les paroles de la Consécration sont dites par le prêtre seul in persona Christi.
Sachant que par ailleurs, l'épiclèse n'est pas nécessaire à la validité. Et que vous semblez admettre la validité d'un "rite bref" qui se restreint aux seules paroles de la Consécration. D'ailleurs, de façon générale, jamais l'Eglise n'a défini de "minimum minimorum" autre que les paroles qui sont la forme du sacrement, à savoir celles de la Consécration.
Mais je vous l'accorde, le cas envisagé dans ce fil est tiré par les cheveux.
Cordialement
Meneau

( 989544 )
Paroles sacramentelles, pas paroles magiques par Regnum Galliae (2025-07-01 14:18:36)
[en réponse à 989489]
Pourquoi toujours tout compliquer ? Le catéchisme explique très bien ce qu'il en est.
Catéchisme de saint Pie X :
Combien faut-il de choses pour faire un sacrement ?
Pour faire un sacrement, il faut la matière, la forme et un ministre qui ait l’intention de faire ce que fait l’Église
(...)
Quelle est la matière du sacrement de l’Eucharistie ?
La matière du sacrement de l’Eucharistie est celle qui fut employée par Jésus-Christ, c’est-à-dire le pain de froment et le vin de la vigne.
Quelle est la forme du sacrement de l’Eucharistie ?
La forme du sacrement de l’Eucharistie consiste dans les paroles employées par Jésus-Christ : " Ceci est mon Corps ; ceci est mon Sang ".
(...)
Quand se fait le changement du pain au Corps et du vin au Sang de Jésus-Christ ?
Le changement du pain au Corps et du vin au Sang de Jésus-Christ se fait au moment même où le prêtre, pendant la sainte Messe, prononce les paroles de la consécration.
Donc si le prêtre prend du pain en ayant l'intention de consacrer et qu'il dit les paroles, je ne vois pas pourquoi le pain ne serait pas effectivement consacré.
Soit dit en passant, le film dont il est question n'a pas eu la chance d'être éclairé par les réformes liturgiques d'après mai 68 et ne connaissait donc pas les prières eucharistiques 2, 3, 4, etc.

( 989503 )
2e instance par Réginald (2025-06-30 16:23:23)
[en réponse à 989475]
Voici ce qu’enseigne le Père Cappello dans son
Tractatus canonico-moralis de Sacramentis (Vol. I, De Confirmatione et Eucharistia, Rome, 1952, p . 222), en commentant l’opinion de Lugo :
« Lugo enseigne que le prêtre consacre invalidement une seule espèce sans l’autre, s’il n’a pas la volonté, ne fût-ce qu’implicite, d’offrir au moins partiellement, c’est-à-dire de commencer l’offrande du sacrifice. Voici ses propres paroles :
Mais si le prêtre, sachant qu’il n’est pas possible d’offrir le sacrifice sans la consécration des deux espèces, et prévoyant qu’il ne pourra en consacrer qu’une seule, voulait cependant consacrer l’une des deux, tout en excluant complètement l’intention d’offrir, même partiellement, ou de commencer le sacrifice par cette consécration, ou encore s’il n’avait pas une volonté réellement efficace dans le sens exposé, alors nous disons qu’il ne consacrerait pas validement. Car la volonté de consacrer doit être, au minimum, une volonté implicite d’offrir partiellement, c’est-à-dire de commencer l’offrande du sacrifice. »
Et Cappello commente :
« Cette doctrine est parfaitement exacte, que l’on considère les principes généraux […] sur l’intention requise chez le ministre pour qu’il célèbre validement un sacrement, ou que l’on considère en particulier la nature même du mystère eucharistique, dans lequel, selon l’institution du Christ, l’aspect sacrificiel est premier, et de là découle la réalité sacramentelle. Par conséquent, s’il manque toute intention, même implicite, d’offrir au moins partiellement le sacrifice, il manque par le fait même l’intention requise pour consacrer, c’est-à-dire faire ce que le Christ a institué et ordonné de faire ; et, en conséquence, la consécration serait invalide. »
Or, dans la scène du
Défroqué, le personnage du prêtre défroqué ne consacre que le vin. Il agit seul, sans autel, sans offrande préalable, sans prière eucharistique, et surtout sans faire consacrer de pain, ce qui est pourtant essentiel à l’unité du sacrifice tel que le Christ l’a institué. Il ne célèbre rien : il isole une formule pour l’arracher à son contexte liturgique et en faire un acte de provocation.
Dans ces conditions, l’unité rituelle est rompue, la finalité sacrificielle absente, et l’intention d’"offrir", même de manière implicite, ne peut être raisonnablement présumée.

( 989509 )
Argument complètement inutile ... par Ion (2025-06-30 18:21:36)
[en réponse à 989503]
... que j'espérais que personne n'aille chercher, tellement le fait de l'invoquer risque de donner ne serait-ce qu'une once de sérieux aux simulacres dont il est question.

( 989513 )
Oui par Meneau (2025-06-30 19:46:36)
[en réponse à 989503]
Je vous ai d'ailleurs cité, bien plus tôt dans ce fil, quasiment depuis le début, le post qui contenait cet argument.
Cordialement
Meneau

( 989514 )
pas vraiment par Réginald (2025-06-30 19:55:27)
[en réponse à 989513]
Le post ne défend pas exactement la même position que celle du P. Capello. Le post s’accorde sur la nécessité du sacrifice pour l’intégrité du rite, mais il s’en distingue en admettant la validité du sacrement dans un cas de consécration isolée (vin seul), même sans intention sacrificielle explicite, ce que Cappello refuse catégoriquement.

( 989518 )
D'accord par Meneau (2025-06-30 20:54:10)
[en réponse à 989514]
Les deux s'accordent néanmoins sur un défaut d'intention chez celui qui excluerait volontairement la consécration d'une des deux espèces.
Pour le cas qui nous occupe, c'est suffisant.
Cordialement
Meneau

( 989520 )
soyons précis par Réginald (2025-06-30 21:05:42)
[en réponse à 989518]
Vous avez raison de dire que les deux positions reconnaissent un défaut d’intention dans le cas d’une consécration volontairement partielle.
Mais la conséquence tirée de ce défaut n’est pas la même :
Là où votre post parle d’un « doute », Cappello affirme une invalidité certaine. Et cette distinction est déterminante, car dans le film, le prêtre n’a manifestement aucune intention — même implicite — d’offrir un sacrifice, ce qui suffit, selon Cappello, à invalider tout l’acte.

( 989528 )
Le post cité en début de fil par Lycobates (2025-06-30 23:31:09)
[en réponse à 989520]
Je ne suis pas intervenu sur le fond, Meneau ayant rappelé l'essentiel.
Vous voyez que le post cité en début de ce fil par Meneau contient une citation du cardinal Gasparri qui parvient à une autre conclusion que votre citation du Père Cappello. Ceteris paribus.
Je n'ai pas Cappello ici, et j'ignorais qu'il avait été traduit en français.
On doit en conclure que la question n'est pas tranchée et il faudrait pouvoir consulter d'autres manuels d'autorité pour savoir vers quel côté penche la majorité des auteurs. Dans le meilleur des cas, un décret du Saint-Office en l'espèce.
Malheureusement l'auteur du post cité en début de ce fil est, depuis bientôt un an, pour des raisons familiales, loin de sa bibliothèque personnelle qui lui permettrait de creuser davantage.
Pour l'instant, l'auteur du post cité en début de ce fil est limité à ce qui se trouve en ligne (entre autres sur ce même FC) et à sa mémoire (de plus en plus défaillante). Cela est bien un inconvénient.
Si vous voulez savoir l'idée de l'auteur du post cité en début de ce fil : il croit que votre point de vue se défend bien. Mais l'autre aussi. Il subsistera toujours un doute. Pour cette raison le petit séminariste a agi comme il fallait.
Seulement on aurait souhaité qu'il fût déjà un solide curé français canoniquement et oenologiquement inamovibile pour se charger d'une bouteille de Blanc de Blanc 1943 (!), indûment et douteusement consacrée par un prêtre sacrilège, sans broncher.

( 989529 )
Capello par Réginald (2025-06-30 23:36:29)
[en réponse à 989528]
Capello n'existe qu'en latin, langue que j'ai le bonheur de connaitre et de savoir traduire.
Son traité est consultable en ligne sur plusieurs sites.

( 989531 )
Cappello par Lycobates (2025-07-01 00:01:11)
[en réponse à 989529]
Je m'en doutais que la traduction serait vôtre. J'ai bien remarqué votre bonne connaissance de la langue.
Et il est en ligne, je n'ai pas (toujours) le reflexe automatique de chercher un livre entier sur internet. Merci donc.
Mais je suis un nostalgique.
Quand j'étais étudiant, il y a presqu'un demi-siècle, l'insulte la plus grossière que l'on pourrait commettre vis-à-vis de ses pairs et autres lecteurs, était de traduire ou expliquer le latin qu'on citait.
Les temps ont changé. Je prends acte sans rancune.

( 989533 )
charité par Réginald (2025-07-01 00:10:10)
[en réponse à 989531]
l'insulte la plus grossière que l'on pourrait commettre vis-à-vis de ses pairs et autres lecteurs, était de traduire ou expliquer le latin qu'on citait.
Les temps ont changé. Je prends acte sans rancune.
Cela dit, le forum étant public, j’ai cru charitable d’en proposer la traduction pour les lecteurs du forum.
Je rejoins cependant car je reste perplexe de constater que même dans une revue aussi sérieuse que la Revue Thomiste, les textes latins de saint Thomas sont relégués en note, tandis que le corps du texte n’offre que la traduction française. On aurait pu espérer d’un tel lectorat qu’il sache encore lire le latin.

( 989565 )
Parenthèse par Alex (2025-07-01 21:36:22)
[en réponse à 989531]
Quand j'étais étudiant, il y a presqu'un demi-siècle, l'insulte la plus grossière que l'on pourrait commettre vis-à-vis de ses pairs et autres lecteurs, était de traduire ou expliquer le latin qu'on citait.
Si vous me permettez cette parenthèse que lui-même aimait à narrer, George Steiner dit qu'il apprit à lire le grec ancien d'Homère à six ans. Son père lui avait lu le début de
l'Iliade et dit ensuite ou aussitôt à son fils qu'il n'existait pas de traduction allemande.

( 989574 )
Homère par Lycobates (2025-07-02 00:01:33)
[en réponse à 989565]
Lire Homère dans le texte à six ans est certes une prouesse.
Cela me rappelle le cas d'un ami de mon père, né à Giessen en 1910 (dans le Grand-Duché de Hesse-Darmstadt de l'époque) qui au collège avait appris par coeur le premier chant de l'Odyssée.
Je ne voulais pas le croire, mais il l'a récité devant moi, presque sans fautes, encore au début des années 80.
Autre époque !

( 989575 )
oui par Réginald (2025-07-02 05:56:50)
[en réponse à 989574]
Oui, lorsque Ronsard écrit dans Le second livre des Amours :
« Je veus lire en trois jours l’Iliade d’Homere »,
il sous-entend très probablement qu’il la lit dans le texte grec.La rapidité avec laquelle il prétend lire l’Iliade (en trois jours !) accentue aussi le caractère hyperbolique ou rhétorique de la formule : c’est moins une déclaration réaliste qu’une manière de se poser en poète nourri à la source d’Homère, dans une relation directe avec l’auteur grec, sans passer par la médiation d’une traduction.

( 989532 )
Amicus Plato par Réginald (2025-07-01 00:05:37)
[en réponse à 989528]
J’ajouterais que je vous suis reconnaissant pour votre honnêteté intellectuelle, notamment dans le fait de reconnaître que mon point de vue se défend. Amicus Plato, sed magis amica veritas.

( 989535 )
Puisque vous passez par là par Meneau (2025-07-01 08:54:33)
[en réponse à 989528]
je ne comprends pas complètement le deuxième argument du post cité. Peut-être pourrez-vous m'en dire plus ?
Il me semble que dans le Saint Sacrifice de la Messe, ce qui est sacrifié (actuation de l'unique sacrifice, et non nouveau sacrifice, on est d'accord - je préviens l'objection de Ion), c'est la Victime sans tâche, NSJC. Par conséquent, la nécessaire transformation de la matière éloignée, pain et vin, en matière proche apte à être sacrifiée n'est-elle pas justement la Consécration elle-même, qui transforme le pain et le vin en Corps et Sang de NSJC ?
Cordialement
Meneau

( 989573 )
précision par Lycobates (2025-07-01 23:55:51)
[en réponse à 989535]
Il me semble que dans le Saint Sacrifice de la Messe, ce qui est sacrifié (actuation de l'unique sacrifice, et non nouveau sacrifice, on est d'accord - je préviens l'objection de Ion), c'est la Victime sans tâche, NSJC. Par conséquent, la nécessaire transformation de la matière éloignée, pain et vin, en matière proche apte à être sacrifiée n'est-elle pas justement la Consécration elle-même, qui transforme le pain et le vin en Corps et Sang de NSJC ?
Dans les manuels vous trouverez plusieurs explications, parfois divergentes, puisque le Magistère n'a pas défini le détail du caractère sacrificiel de la Messe.
Je vais essayer de synthétiser, mais je vous écris de mémoire, n'y ayant pas accès ce soir.
Il est certes défini de foi que la Messe est sacrifice, propitiatoire et eucharistique, essentiellement identique à l'unique sacrifice de la Croix, qu'elle perpétue et rend présent et efficace,
sola offerendi ratione diversa, la seule différence étant la manière (sanglante ou non-sanglante) de l'offrir. C'est la même victime, le même sacrificateur, le Christ sur la Croix, et le même Christ, dans la prolongation de son Corps mystique, par le biais de son ministre ordonné,
alter Christus, sous les espèces des oblats, dans la Messe. C'est pour cela que la Messe est, de son propre droit, proprement un vrai sacrifice, pas un nouveau ou autre sacrifice, mais l'épanouissement, le renouvellement (renouvelé n'est pas nouveau, l'identité de victime et sacrificateur étant sauve), la diversification du seul sacrifice, et pas seulement sa représentation symbolique. L'identité de victime et du sacrificateur garantit effectivement l'identité essentielle de ce seul sacrifice du Christ, et par conséquent le caractère de vrai sacrifice de chaque Messe, sacrifice selon l'ordre de Melchisedech (voir l'épître aux Hébreux). Ici aussi nous percevons l'enjeu de bien distinguer entre
sufficientia satisfactionis (le sacrifice unique, historique, sur la Croix est satisfaction suffisante, mais non encore universellement opérante en son moment) et l'
efficacia satisfactionis (les milliers et milliers de Messes au cours des siècles en sont la mise en pratique efficace et concrète, et nécessaire, comme un éventail qui s'ouvre, avec les autres sacrements qui en découlent, voir le Catéchisme romain :
fons omnium gratiarum dicenda est Eucharistia).
Tout cela est défini et de foi, contre les Novateurs, et aussi, contre leurs émules les modernistes conciliaires, qui renouvellent ces erreurs.
Mais le Magistère n'a pas défini en quelle partie de la Messe consiste spécifiquement son caractère sacrificiel.
S'y ajoute que la Messe n'est pas seulement sacrifice, mais aussi sacrement, Saint Thomas dit quelque part :
Eucharistia non solum est sacrificium, sed etiam sacramentum, et elle répond donc aux critères de tout sacrement: matière, forme, ministre, intention.
La distinction classique entre matière proche et matière éloignée n'est pas par tous les théologiens appliquée à l'Eucharistie. Pourtant il convient de la faire, puisque cela facilite aussi la compréhension de son caractère sacrificiel. Il est requis pour la validité d'un sacrifice que la matière offerte soit détruite ou modifiée (
requiritur ut res oblata destruatur vel saltem immutetur, je reprends Prümmer cité dans le post antérieur). Dans la Messe, cette destruction ou modification de la matière n'est pas physique, mais morale :
auferendo illi usum suum nativum, en lui ôtant son usage naturel. C'est nécessaire pour rendre la matière apte à être consacrée (= sacrifiée, mettant, selon une opinion très répandue, l'essence du sacrifice dans la consécration).
Et je développe, en me citant d'un post ultérieur du même fil :
Le pain et le vin sont donc la matière éloignée du sacrifice ; mais cela ne suffit pas. Pour les rendre aptes à être consacrés il faut qu'ils deviennent d'abord matière proche: qu'ils deviennent les oblats, ôtés de leur usage naturel, profane, assimilés, par anticipation, au sacrifice du Christ, le seul sacrifice de la Nouvelle Alliance agréable à Dieu. Pour ce faire il faut faire l'oblation du pain et du vin, au moins tacitement, dans le meilleur des cas par des paroles et/ou des gestes (p.ex. une élévation) signifiant cet acte.
La modification en question n'est donc pas encore la transsubstantiation (qu'effectue seule la consécration sur les oblats, pas sur du pain et du vin profanes), mais le passage de pain et de vin profanes à l'Hostie immaculée et au Calice du salut, comme l'expriment aptement les prières de l'offertoire dans l'ordo Missae de 1570 (qui sont d'origine carolingienne, mais qui rejoignent la teneur des Secrètes, clôturant l'offertoire, prières d'origine léonienne).
La modification de matière profane (éloignée) en matière proche (devenant ainsi matière apte) du sacrifice ne peut donc pas être identique à l'acte essentiel du sacrifice qu'est la consécration : elle doit la précéder.

( 989577 )
Oblation – Consécration – Communion par Réginald (2025-07-02 08:43:18)
[en réponse à 989535]
Voici quelques réflexions sur l’Offertoire qui, je l’espère, retiendront votre attention et répondront à votre question.
Je vous prie de m’excuser pour la longueur du post : il est le fruit de réflexions que je mène depuis longtemps et que j’ai pris la peine de reproduire ici.
Les trois moments du sacrifice selon saint Thomas d’Aquin
Oblation – Consécration – Communion
Dans la Somme théologique (IIIa, q. 83, a. 4), saint Thomas d’Aquin distingue trois moments essentiels du sacrifice eucharistique :
1. L’oblation
2. La consécration
3. La communion
Il l’exprime ainsi :
« Celui-ci est offert en tant que sacrifice, consacré et mangé en tant que sacrement. Ainsi, en premier lieu, s'accomplit l'oblation ; en deuxième lieu, la consécration de la matière offerte ; en troisième lieu, sa réception. »
Ce passage montre clairement que le sacrifice commence par l’oblation, bien avant la consécration. C’est un principe fondamental de la théologie liturgique : sans oblation, il n’y a pas de sacrifice.
Une structure rituelle présente dès l’Antiquité
Cette structure tripartite trouve un écho dans les rituels antiques, notamment dans l’Iliade (chant I, v. 446-474). Le sacrifice grec comprenait déjà plusieurs étapes :
• L’oblation : L’animal était conduit en procession à l’autel. Les participants prenaient des grains d’orge. L’animal était aspergé d’eau pour marquer symboliquement son consentement, tandis que le prêtre prononçait la prière.
• L’immolation : L’animal était mis à mort, son sang versé sur l’autel, au milieu de cris rituels.
• La communion : On brûlait les parties grasses (cuisses) sur l’autel, après les avoir aspergées de vin. Les organes internes étaient partagés, puis venait le banquet sacrificiel.
Oblation et sacrifice : une distinction capitale
Saint Thomas précise ailleurs (IIa IIae, q. 85, a. 3, ad 3) :
« Le sacrifice proprement dit s’accomplit lorsqu’on fait quelque chose sur les biens offerts à Dieu (…), par exemple la fraction, la manducation ou la bénédiction du pain.
En revanche, l’oblation désigne l’acte d’offrir à Dieu, même sans transformation : on peut faire une oblation de pain ou d’argent.
Ainsi, tout sacrifice est une oblation, mais toute oblation n’est pas un sacrifice. »
Autrement dit, l’oblation précède le sacrifice, car elle destine à Dieu ce qui va être consacré. Dans la messe, cela signifie que le pain et le vin doivent d’abord être séparés de leur usage profane et offerts à Dieu avant d’être transformés en Corps et Sang du Christ.
Le sens liturgique du mot oblats
Ces éléments sont appelés par la liturgie les oblats — traduction du latin oblata, participe du verbe offero (« offrir »). Ce terme désigne précisément le pain et le vin présentés sur l’autel, comme en témoigne la prière du Te igitur au début du Canon :
« Haec dona, haec munera, haec sancta sacrificia illibata… »
« Ces dons, ces présents, ces saintes et immaculées offrandes… »
Cette redondance souligne que ces termes, rigoureusement synonymes, désignent les éléments déjà offerts, mais non encore consacrés. Une formule similaire se retrouve à l’Unde et memores, où l'on désigne cette fois les dons consacrés, prolongeant ainsi le mouvement de l’offrande dans l’acte sacrificiel.
L’offertoire : acte inaugural du sacrifice
Saint Thomas ajoute (IIIa, q. 83, a. 4) :
« Deux actes accompagnent l’oblation :
– la louange du peuple, par le chant, qui exprime la joie de ceux qui offrent ;
– la prière du prêtre, qui demande que l’oblation du peuple soit agréée par Dieu. »
Dans l’Église ancienne, cette oblation prenait la forme d’une procession des offrandes : les fidèles apportaient eux-mêmes le pain et le vin destinés à devenir le Corps et le Sang du Christ. Ce geste symbolisait la participation du peuple dans l’acte d’offrir. C’est à ce moment que les éléments étaient soustraits à leur usage ordinaire pour être consacrés à Dieu.
Dès la fin du IIᵉ siècle, cette pratique se renforce. Avec saint Irénée, se manifeste une vision positive de la matière : la création devient le support du salut. J. Jungmann le souligne :
« Le mouvement vers Dieu par lequel sont offerts le corps et le sang du Seigneur commence aussi à se communiquer aux offrandes matérielles ; ces offrandes prennent place dans l’action liturgique. »
L’expression liturgique de l’oblation
Ce développement culmine au Moyen Âge avec des prières précises du missel. Parmi elles, la plus significative :
Veni, sanctificator, omnipotens aeterne Deus, et benedic hoc sacrificium tuo sancto nomini praeparatum.
« Venez, sanctificateur, Dieu tout-puissant et éternel, et bénissez ce sacrifice préparé pour votre saint nom. »
Cette prière désigne déjà le pain et le vin comme sacrificium praeparatum, sacrifice en préparation.
Des prières comme Suscipe, sancte Pater ou Offerimus tibi ont parfois été critiquées pour évoquer une « hostie immaculée » avant la consécration. Mais elles expriment non un fait accompli, mais une intention d’offrande orientée vers la consécration à venir.
Cette dynamique s’achève dans la Secrète, qui relie l’offrande des éléments à leur transformation eucharistique. Exemple (Ve dimanche après la Pentecôte) :
Propitiáre, Dómine, supplicatiónibus nostris : et has oblatiónes famulórum famularúmque tuárum benígnus assúme ; ut, quod sínguli obtulérunt ad honórem nóminis tui, cunctis profíciat ad salútem.
« Soyez propice, Seigneur, à nos supplications, et recevez avec bonté ces offrandes de vos serviteurs ; afin que ce que chacun a offert pour l'honneur de votre nom profite au salut de tous. »
La double consécration : représentation de la Passion et donc de l’immolation passée
La consécration du pain et du vin est nécessaire pour représenter la séparation réelle du Corps et du Sang, c’est-à-dire l’immolation du Christ sur la Croix. Pie XII, dans Mediator Dei, écrit :
« Par la transsubstantiation du pain au Corps et du vin au Sang du Christ, les espèces symbolisent la séparation violente du Corps et du Sang.
Ainsi, la mémoire de sa mort réelle sur le Calvaire est renouvelée à chaque sacrifice de l’autel, où Jésus-Christ est réellement en état de victime. »
Saint Thomas le confirme (IIIa, q. 80, a. 12, ad 3) :
« La représentation de la Passion du Seigneur se réalise dans la consécration elle-même : on ne doit pas consacrer le Corps sans le Sang. »
Ainsi se déploie le mystère eucharistique en trois temps unifiés :
• L’oblation consacre l’intention d’offrir à Dieu,
• la consécration accomplit le sacrifice par la Présence réelle du Christ immolé,
• et la communion en distribue les fruits de salut à ceux qui y participent avec foi.
Et comme le note avec justesse le cardinal Journet :
« On pourra rapporter l’Offertoire et les prières d’offrande principalement au Père ; le drame sacrificiel est l’action propre du Fils ; l’effusion de grâces de la communion sera attribuée à l’Esprit Saint. »

( 989611 )
Merci beaucoup ! par Meneau (2025-07-02 19:53:17)
[en réponse à 989577]
Très intéressant.
Cordialement
Meneau