Ayant une certaine familiarité avec des pays de l'Europe de l'Est, j'ai souvent été frappé par le conservatisme du clergé local et de ses fidèles ; la persécution communiste a permis en grande partie la préservation des valeurs du catholicisme traditionnel. Un peu comme si le "matérialisme scientifique" mis en oeuvre dans ces pays avait favorisé la foi par la manifestation de sa stérilité, alors que le matérialisme pratique consumériste de l'Ouest l'a affaiblie en corrompant les coeurs.
En ce qui concerne les Pays de l'Est, cela s'est vérifié au moins en Pologne, dans les pays baltes, en Roumanie et en Moldavie.
Je suis conscient que cela n'a pas été le cas partout à l'Est. En Hongrie et en ex-Tchécoslovaquie, la propagande matérialiste a marqué des points, elle est parvenue à déchristianiser en profondeur la population, mais là aussi le clergé est demeuré plutôt conservateur. Quelles ont été les conséquences de la période communiste dans l'ex-RDA, sur les fidèles et le clergé catholiques ?
Je partage globalement votre analyse.
Pour la Hongrie (avec la Slovaquie, historiquement proche) et la Bohème et la Moravie (je distingue), je crois que le fait s'explique que les catholiques sont mêlés à (et influencés par) des tenants de vieilles hérésies (Hussites, utraquistes, unitariens, p.ex.), doublé d'un antagonisme politique, exacerbé depuis le romantique XIXe siècle, contre les souverains Habsbourg, allemands et catholiques.
Quoique les provinces baltes sont très mêlées aussi, catholiques très minoritaires en Lettonie et surtout en Estonie.
Roumains et Moldaves sont évidemment byzantins, qu'ils soient ou non, unis au Siège de Rome.
Pour la "RDA", Parfu l'a déjà dit, qui englobe historiquement : les deux Mecklembourg, les provinces prussiennes de la Saxe (avec le duché de Anhalt), du Brandebourg et de la Poméranie (ces dernières partiellement), la Saxe proprement dite, et les huit états thuringiens, le catholicisme est depuis la Réforme très minoritaire : 6 % avant la guerre, doublé à 12 % en 1945 (par les réfugiés des provinces de l'Est, mais qui ne sont pas restés et ont migré vers la RFA après la construction du Mur), 8 % dans les années soixante, pour se réduire à 3 à 7 % maintenant, le taux de l'avant guerre (à Berlin et en Thuringe) ou moins (Brandenburg, Mecklembourg, Poméranie), voir
ICI, chiffres de 2018.
Il est clair que ce catholicisme a toujours été très refermé sur lui, situé en diaspora luthérienne hostile (très hostile dans les Mecklembourg, et certains états en Thuringe, moins hostile en Saxe et en Prusse, où il y avait des réformés aussi), et généralement très discret.
L'hostilité du régime communiste à partir de 1945 n'a pas facilité les choses et généralement les catholiques, devenus doublement minoritaires en tant que chrétiens et citoyens, se sont tenus à l'écart le plus possible de la politique, selon le bon mot de Mgr Bengsch (plus tard évêque conciliaire de Berlin): nous sommes dans la fosse du lion, mais nous n'allons pas le caresser ni lui tirer la queue. Né à Berlin, ce prélat avait le franc-parler sympathique qui caractérise les Berlinois (
die Berliner Schnauze disons-nous).
Je me rappelle avoir vu une photo (j'ai en vain essayé de la retrouver) des desservants du lieu de pèlerinage Annaberg (si je ne me trompe), en Saxe, après la réunification, deux franciscains, l'un en habit, l'autre en civil ; le premier étant celui qui y avait tenu bon pendant la dictature communiste ; le deuxième celui qui l'avait rejoint depuis la RFA à partir de 1990. Une image qui dit beaucoup.
Donc oui : le catholicisme est demeuré traditionnel pendant une bonne période, mais il s'est dilué d'abord avec le conciliabule "Vatican II" (qu'un synode local tenu à Dresde pour tout le territoire de la "RDA" entre 1973 et 1975 entérina, donc avec un certain retard), puis davantage avec la réunification.
Maintenant une grande majorité des habitants de
Mitteldeutschland, l'Allemagne centrale, l'ex-RDA, se dit athée.
Au fait, je reprends ce que j'ai déjà dit ici il y a plus de dix ans, j'ai peu visité notre défunte "RDA".
Feu mon père y était
persona non grata du régime et portant son nom, je n'ai pas trop essayé d'y entrer, pour ne pas exciter inutilement les bureaucrates communistes et faire des ennuis aux personnes que je pouvais y rencontrer, étant adepte du "feudalisme" comme ils disaient. Vous savez : les
Genossen ne rigolaient pas.
Après 1990 on a retrouvé certains chemins d'antan et quelques autres et toute la "RDA" n'en est qu'un mauvais souvenir.
Il n'y a qu'un regret, au risque de vous choquer, j'ai toujours déploré que, militairement parlant, ce fût la
Bundeswehr qui ait repris la
Nationale Volksarmee, et pas l'inverse.
Regardez ce fragment, déjà posté ici, plutôt émouvant dans sa retenue, la cérémonie pour honorer les victimes des
Befreiungskriege, les guerres de libération de la domination bonapartiste, 175 ans en 1988. Une des dernières grandes occasions de célébration de la "RDA", et la toute dernière commémoration de cet événement historique de prime importance, que la RFA dédaigne souverainement, comme elle a enlevé la statue du général Scharnhorst de Unter den Linden :
ICI.