Le Forum Catholique
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=984262

( 984262 )
“Le message, c’est le médium” par Candidus (2025-02-16 23:58:54)
Cette citation a fait la notoriété de Marshall McLuhan, un intellectuel canadien auteur d’une théorie de la communication.
Autrement dit : le contenu, c’est le contenant, ou plus prosaïquement, le tuyau façonne ce qui coule à l’intérieur.
Hugo l’avait énoncé à sa manière : “le fond, c’est la forme qui remonte à la surface”.
Bien avant, les scolastiques l’avaient déjà théorisé : “Quidquid recipitur ad modum recipientis recipitur”, le contenu est dans le contenant à la manière du contenant.
Ce qui est affirmé, c’est que le médium utilisé (la forme), influence nos sens et par là notre cerveau, et affecte le contenu même du message (le fond).
Appliqué à la réforme liturgique, on peut dire que le Nouveau Rite se caractérise par son caractère protéiforme et polymorphe. C’est facile à démontrer : 30 options pour l'introït, plus une possibilité illimitée d'improvisations de la part du prêtre dans le cadre de sa "monition d'ouverture". Je me suis amusé à compter combien de fois le mot “vel”, “ou bien”, apparaissait dans l’édition typique du NOM de 2002, et je suis parvenu au nombre de 577. Certes, cela inclut les fois où il apparaît dans le texte même des prières, et non pas dans celui des rubriques, mais tout de même, je me demande si on ne pourrait pas affirmer que c’est le mot le plus fréquent dans ce missel.
J’ai toujours défendu que le fond du NOM est orthodoxe et exprime la théologie traditionnelle de la messe (affaiblie certes), mais qu’en raison d’un aspect de sa forme, de son écrin, on peut affirmer que ce rite favorise la création liturgique, et qu’il est donc logique que toutes sortes d’abus en soient issus.
Le reproche principal que l’on peut et doit faire au nouveau rite, est qu’il ignore un principe sociologique fondamental : les éléments constitutifs d'un rite ou d'une pratique sociétale tendent à être dévalorisés et négligés, en proportion directe du nombre d'options en vertu desquelles ils peuvent être omis, remplacés ou modifiés.
Je crois que si les traditionalistes s’étaient limités à cette critique, l’avaient développée, ils auraient été beaucoup plus crédibles et plus difficilement attaquables. Affirmer une hétérodoxie du rite n’est pas conciliable avec les enseignements du magistère sur l’indéfectibilité de l’Eglise romaine dans le domaine liturgique, à moins d’être sédévacantiste ; relever l’oubli d’un principe sociologique est d’un autre ordre parce que cela ne touche pas à l’essence même du rite, mais à un aspect accidentel. L’essence du nouveau rite ne serait pas modifiée, si on décidait de faire disparaître toutes les options possibles, en sélectionnant et figeant à chaque fois la plus traditionnelle.

( 984271 )
Une belle analyse ! par AVV-VVK (2025-02-17 09:11:33)
[en réponse à 984262]
1) Il y a les options approuvées et celles que le célébrant improvise mais où se trouve précisément la distinction ?
2) Une autre option est l' omission (par erreur ou expressément) de prières ou de gestes.
Ces dérives n' empêchent pas les fidèles de dormir, au moins un grand nombre...

( 984273 )
Cependant, les cardinaux Ottaviani et Bacci, qui n'étaient pas sédévacantistes par Aliocha (2025-02-17 09:56:41)
[en réponse à 984271]
Les cardinaux Ottaviani et Bacci, qui n'étaient pas sédévacantistes, ni "traditionalistes", ont cependant écrit à propos du fond du nouveau missel dans le Bref Examen critique en le présentant à saint Paul VI : "Le nouvel Ordo Missæ, si l’on considère les éléments nouveaux, susceptibles d’appréciations fort diverses, qui y paraissent sous-entendus ou impliqués, s’éloigne de façon impressionnante, dans l’ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la sainte messe telle qu’elle a été formulée à la XXe session du Concile de Trente"
Ceci dit, Candidus a raison de dire que la forme visqueuse (il a compté 577 vel, certains en ont compté 666) joue un rôle considérable dans la dérive du NOM.

( 984279 )
Il y aurait beaucoup à dire sur le BEC du Père Guérard des Lauriers par Candidus (2025-02-17 10:59:59)
[en réponse à 984273]
Le Cardinal Bacci est mort peu de temps après la publication du BEC, par contre il semblerait que le Cardinal Ottaviani ait pris ses distances par rapport à cet ouvrage, mais je sais que cela demeure contesté. Une chose est sûre néanmoins, le Cardinal Ottaviani a concélébré publiquement à plusieurs reprises selon le NOM.
Pour moi, le BEC est un document très polémique auquel fait défaut la science liturgique. Guérard des Lauriers, son principal rédacteur, était un brillant théologien mais manifestement pas un liturgiste.
Voici quelques exemples du peu de sérieux de son argumentation sur le plan liturgique. On y lit :
" Enfin, l'acclamation dévolue à l'assistance aussitôt après la Consécration : " Nous annonçons ta mort, Seigneur... jusqu'à ce que tu viennes ", introduit, sous un déguisement eschatologique, une ambiguïté supplémentaire sur la Présence réelle. On proclame en effet, sans solution de continuité, l'attente de la venue du Christ à la fin des temps, juste au moment où II est venu sur l'autel où il est substantiellement présent : comme si la venue véritable était seulement à la fin des temps, et non point sur l'autel."
La science théologique ne suffit pas pour réaliser une évaluation correcte du NOM, il faut y ajouter la science liturgique, et notamment la connaissance des richesses liturgiques de l'Orient.
L'ajout ici critiqué, sous prétexte qu'il minerait le dogme de la présence réelle, est un emprunt direct aux liturgies orientales les plus antiques. Par exemple dans la liturgie des Coptes, immédiatement après la consécration du vin :
[ Le célébrant désigne le Pain : ]
"Car chaque fois que vous mangez de ce Pain... [ puis le célébrant désigne le Calice : ] ... et que vous buvez de cette coupe, vous annoncez Ma mort, vous confessez Ma Résurrection et vous faites mémoire de Moi jusqu'à Mon retour".
[L'assemblée répond : ]
"Amen, Amen, Amen, nous proclamons Ta mort, nous confessons Ta sainte Résurrection et Ton Ascension. Nous Te louons, nous Te bénissons, nous Te rendons grâces Seigneur et nous T'implorons, Ô notre Dieu".
(Liturgie de St Basile du Patriarcat copte orthodoxe d’Alexandrie)
Le BEC critique aussi les modifications typographiques dans le nouveau missel :
“ Dans le Missel romain de saint Pie V, le texte liturgique des paroles sacramentelles de la Consécration est ponctué et mis en évidence d'une manière propre [qui] marque le passage du mode narratif au mode intimatif [...] propre à l'action sacramentelle [...] cela manifeste que les paroles consécratoires ont une valeur propre et par conséquent autonome. “
Ces critiques se heurtent à la réalité historico-liturgique : de nombreux rites catholiques millénaires que l'Église n'a jamais trouvé opportun de corriger, reproduisent ces prétendus défauts que le BEC dénonce. Sur ce point, le NOM est plus proche que le VOM des rites orientaux qui ne marquent pas de différence typographique dans la retranscription des "paroles de la consécration" et se situent assez clairement dans le mode narratif ; pourtant, ces rites ont toujours été considérés comme valides et licites par l'Eglise qui n'a cependant pas hésité occasionnellement à les "purger" de certaines ambiguïtés qu'ils contenaient. Ici, il aurait suffit de modifier la typographie, cela aurait été très simple.
Le BEC critique l'ajout de "quod pro vobis tradetur" après "Hoc est enim Corpus meum" sous prétexte que cela obscurcirait le fait que le sacrifice n'est pas encore réalisé à ce moment-là. Or cette formule est utilisée, au moins depuis le VIIème siècle, par le rite mozarabe et par beaucoup d'autres, quelquefois sous une forme un peu différente ("qui sera broyé pour vous").
En conclusion, je dirais que le BEC illustre une certaine École romaine, très scolastique - mais pas dans le meilleur sens -, que l'on pourrait presque qualifier de décadente, en ce qu'elle s'est partiellement coupée de ses racines patristiques en négligeant l'étude des liturgies orientales.
Je terminerai en faisant néanmoins une concession aux pourfendeurs du NOM : on peut et on doit regretter et critiquer une grande partie des modifications introduites dans le NOM dans la perspective suivante : elles sont archéologisantes et contraires au principe du développement organique de la liturgie.

( 984496 )
notule sur la violation par le N.O.M. par Luc Perrin (2025-02-24 10:56:22)
[en réponse à 984279]
du principe herméneutique fondamental posé par la Constitution conciliaire Sacrosanctum concilium : le développement homogène du rit ... romain.
Croyant défendre cette fabrication insipide à l'aide de la "science liturgique", vous plantez plusieurs clous dans son cercueil. Trois clous orientaux plantés dans le corps du N.O.M. qui est un rit latin et pas "oriental".
Le mélange des rits et alors la latinisation des rits orientaux dans les Églises d'Orient en communion avec Rome avaient été absolument proscrits par Léon XIII et ses successeurs (Benoît XV, Pie XI notamment). Le décret oublié de Vatican II Orientalium Ecclesiarum reprend cela au n°6 :
"Que tous les Orientaux sachent en toute certitude qu’ils peuvent et doivent toujours garder leurs rites liturgiques légitimes et leur discipline, et que des changements ne doivent y être apportés qu’en raison de leur progrès propre et organique. Les Orientaux eux-mêmes doivent donc observer toutes ces choses avec la plus grande fidélité ; ils doivent donc en acquérir une connaissance toujours meilleure et une pratique plus parfaite. Et s’ils s’en sont écartés indûment du fait des circonstances de temps ou de personnes, qu’ils s’efforcent de revenir à leurs traditions ancestrales. Quant à ceux qui, par leur charge ou leur ministère apostolique, sont fréquemment en rapport avec les Églises orientales ou leurs fidèles, ils doivent, en raison de l’importance de la fonction qu’ils exercent, être formés avec soin à la connaissance et à l’estime des rites, de la discipline, de la doctrine et des caractéristiques propres aux Orientaux [6]. Aux instituts religieux et aux associations de rite latin qui œuvrent dans les pays d’Orient ou auprès des fidèles orientaux, on recommande vivement pour un apostolat plus efficace de créer des maisons, ou même des provinces de rite oriental, autant que faire se peut [7]."
Vous illustrez ainsi cette transgression parmi d'autres qui vérifie votre conclusion. Le salmigondis, la bouillabaisse à la sauce "science liturgique" mal employée et la novation pour la novation ne sont pas un "développement homogène" ni un "progrès propre et organique" (cf. ci-dessus décret conciliaire de 1964).

( 984505 )
Exactement cher Luc par Roger (2025-02-24 11:59:17)
[en réponse à 984496]
Mais bizarrement rares sont ceux qui dans nos milieux utilisent des arguments fondés sur la lettre des textes du Concile...pourquoi ?

( 984534 )
beaucoup de chrétiens y compris de clercs n'ont pas lu par Luc Perrin (2025-02-25 10:43:39)
[en réponse à 984505]
sérieusement les textes de Vatican II.
Cela vaut pour tous et pas que pour les tradis.
Vatican II est un gros corpus comme Trente : je ne prétends pas le connaître par coeur - cf. ci-dessus homogène/développement en quelque sorte organique qui m'a valu la virulente et cocasse critique de l'ami Ion - mais je m'y suis plongé pour mes recherches à de multiples reprises. Y compris dans la phase préparatoire et l'élaboration au cours des 4 périodes.
La très grande majorité des fidèles et des clercs - évêques inclus - ont une connaissance filtrée : dès 1962, La Croix et autres canards "catholiques" de nom donnaient les bons passages, les bonnes expressions.
Mgr Bernard*, dans son Journal, note en 1962 pour l'allocution d'ouverture du Concile, qu'il s'est endormi - il n'était pas le seul ! - mais écrit-il, je lirai l'essentiel dans La Croix qui sort ce soir.
* archevêque spiritain de Brazzaville en République du Congo.
La formation des clercs et des religieux-religieuses et des laïcs procède toujours aujourd'hui par "morceaux choisis", bien cadrés idéologiquement pour les besoins de la "cause" néo-moderniste.
Je parle d'expérience pour l'avoir observé pendant 30 ans.
Combien de fois ai-je en cours ou lors de colloques/conférences rendu les auditeurs stupéfaits en simplement lisant le texte exact et complet de tel article, chapitre, allocution de Vatican II ou des documents post-conciliaires !
Je garde en mémoire la réflexion faite en 2003 par celui qui était alors responsable diocésain de la liturgie lors d'un colloque consacré à S.C. notant à quel point les pratiques s'étaient éloignées du texte conciliaire qu'il avait consciencieusement relu pour cette occasion in extenso.
Il "découvrait" un texte bien différent des "morceaux choisis" qui avaient fait sa culture conciliaire jusque là.
Cette connaissance partielle et surtout partiale de Vatican II via les "morceaux choisis" - souvent de minuscules fragments - est une trahison complète car, justement et particulièrement à Vatican II - on trouve cela aussi dans les conciles antérieurs dans une moindre mesure - telle formule est équilibrée par une incise, encadrée par une portion de phrase, nuancée par des notes en référence.
On déséquilibre et on fausse complètement le sens des textes de Vatican II en faisant ces abrégés par fragments choisis idéologiques.
ps. je ne suis pas seul à recourir aux textes exacts de Vatican II pour dénoncer les trahisons postérieures ou les fantaisies attribuées à Vatican II. Les premiers tradis le faisaient fréquemment et feu mon maître Émile Poulat avait écrit un article sur la notion "d'esprit du Concile" justement loin/décalé de l'objet conciliaire réel avec une approche sociologique. Les théologiens modernes ont tenté une légitimation a posteriori de ces fantaisies via la notion, traditionnelle par ailleurs, de "réception" d'un concile.

( 984537 )
Sur Mgr Michel Bernard par AVV-VVK (2025-02-25 11:30:48)
[en réponse à 984534]

( 984614 )
Cela dit, cher Luc.... par Eucher (2025-02-27 13:49:04)
[en réponse à 984534]
Les morceaux choisis de SC sont bien ceux que privilégia l'autorité suprême dans la pratique (la notoire messe tout en italien de Paul VI) et dans la théorie : « Aujourd'hui nous disons adieu au latin... ».
Et puis la méthode Bugnini de composition de SC consistait justement à truffer un texte en soi acceptable de pépites destinées à devenir les morceaux choisis de l'après concile.
Tant ceux qui tiraient les ficelles que les dupes lambda au niveau paroissial suivaient les morceaux choisis. Voilà bien ce qui avait été projeté dès la première rédaction de SC.
Seul les quelques procéduriers qui lisent les directives à la lettre s'émurent des « oublis » (qui n'en étaient pas).
En fait, c'étaient eux qui étaient à côté de la plaque, et les litniks informés avaient quelque raison de leur rire au nez.

( 984616 )
Molim vas, što je litnik ?... par Père M. Mallet (2025-02-27 14:28:52)
[en réponse à 984614]
tout est dans le titre...

( 984624 )
Odziv par Eucher (2025-02-27 17:52:56)
[en réponse à 984616]
Izraz „litnik“ je beseda, ki jo je skoval Luc Perrin za označevanje članov liturgične ustanove.
C'est Luc Perrin qui a invité ce terme pour désigner les pastoro-liturgistes des années de plomb, sans doute d'après « refuznik » et « beatnik ».

( 984632 )
Merci !... par Père M. Mallet (2025-02-27 20:05:01)
[en réponse à 984624]
Ca me paraissait bien slave, mais mes souvenir de ces langues sympathiques ne me permettaient pas d'en découvrir le sens.
J'aime beaucoup dans votre réponse le "liturgične" (prononcer : litourguitsch'né) très couleur locale...

( 984660 )
très cher ami du N. nous sommes d'accord quant à la tactique par Luc Perrin (2025-02-28 17:59:01)
[en réponse à 984614]
des "litniks" : je pense avoir pris ce mot à des contributeurs d'Amérique du Nord d'un groupe Yahoo anglophone depuis longtemps disparu auquel je contribuais avec la fougue de ma jeunesse évanouie.
Il y avait même des Mexicains et j'en avais rencontré un à Strasbourg ! De bons souvenirs ...
La référence à bitniks était claire.
Il reste qu'une juste herméneutique d'un texte, conciliaire ou pas, exclut une telle manipulation par les fragments choisis.
Ce ne sont pas les morceaux choisis qui ont été votés et solennellement approuvés par Paul VI mais la totalité des textes et c'est bien Rome qui a fait publier le gros de la documentation in aula et des commissions, les innombrables amendements pour qu'on ait in fine une vue complète.
Le retour au texte intégral a d'ailleurs été utilisé parfois par la Curie de Paul VI déjà, de Jean Paul II et Benoît XVI.

( 984665 )
Certes par Eucher (2025-02-28 19:02:32)
[en réponse à 984660]
On a voulu faire taire Inglès en lui accordant les quelques paragraphes sur le Latin et le grégorien (avec moult sourires en coin et clins d'œil), ce qui au final permettra de sauver les meubles malgré les mauvaises intentions de Bug & Cº.
J'y vois une intervention du Saint-Esprit.

( 984512 )
Non ! par Ion (2025-02-24 14:46:38)
[en réponse à 984496]
Il n’y a pas, dans SC, de "développement homogène [sic] du rit ... romain".
Les principes généraux, qui mentionnent les critères pour que des nouveautés soient introduites, à savoir qu’elles "sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique" concernent la liturgie en général et pas seulement le rite romain. Seules certaines normes pratiques de la Constitution sont réservées au missel romain.
Les trois "nouveautés" évoquées ici par Candidus respectent bien ces critères et n’étaient d’ailleurs pas exclusivement issues de traditions orientales.
Mais il est évident que puiser aux traditions orientales était souhaité par le Pères Conciliaires. SC demande à ce qu’on tienne compte "aussi bien des lois générales de la structure et de l’esprit de la liturgie que de l’expérience qui découle de la récente restauration liturgique et des indults accordés en divers endroits." Or, ces exemples de restauration liturgique et d’indults récents empruntent précisément aux traditions orientales avant SC : concélébration, communion sous les deux espèces, langue vernaculaire, retour à une Vigile Pascale en nocturne comme cela avait été conservé par l’Orient ...
Et la demande explicite de SC de puiser aux sources patristiques va évidemment dans le sens d’une recherche des traditions orientales.
Non, les apports orientaux de la réforme liturgique sont tout sauf une violation de SC !

( 984533 )
fantaisie historique et lexicale ionesque par Luc Perrin (2025-02-25 10:12:04)
[en réponse à 984512]
Selon votre fâcheuse habitude, vous jouez sur les mots et avec les mots pour leur faire dire n'importe quoi, ce qui arrange les néo-modernistes-néo-libéraux, les néo-liturges selon l'humeur fantaisiste du jour.
- Premièrement, le grotesque de vos deux § sautera aux yeux de tout lecteur francophone :
"il n’y a pas, dans SC, de "développement homogène [sic] du rit ... romain".
Les principes généraux, qui mentionnent les critères pour que des nouveautés soient introduites, à savoir qu’elles "sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique" concernent la liturgie en général et pas seulement le rite romain."
C'est évidemment exactement et rigoureusement équivalent homogène ou "développement en quelque sorte organique" : la formule de SC est même plus contraignante !
De l'absolue mauvaise foi ionesque typique jointe à quelques faiblesses ici en langue française.
- non et re-non SC porte sur le rit romain très explicitement et n'entend pas régenter les rits orientaux ceci est très explicite et sinon irait en contradiction frontale avec le décret O.E. de 1964 que j'ai cité in extenso, celui-là vous ne l'avez pas lu ...
SC se borne à dire que les autres rits peuvent s'inspirer de la Constitution c'est tout.
- enfin non et re-non SC ne renvoie aucunement aux rits orientaux dans le but de les mélanger avec le rit romain ce qui serait une contradiction évidente avec le développement en quelque sorte organique. Quiconque n'a pas votre mauvaise foi inscrite dans ses gènes sait - comme vous bien sûr - que les Pères conciliaires parlent de ce qu'ils connaissent bien : le Mouvement liturgique de Pie X à Pie XII-Jean XXIII.
C'est le sens obvie de "l’expérience qui découle de la récente restauration liturgique et des indults accordés en divers endroits."
L'idée de mélanger tout pour arriver à un indigeste rit non plus "romain" avec son "développement en quelque sorte organique" pour une liturgie pré-Davosienne, une bouillie onusienne fusionnant tout dans une joyeuse anarchie est sûrement dans ... votre tête mais certainement pas dans celles plus posées et moins fantasques des Pères conciliaires.
Comme disait Paul VI, gare au nuisible "esprit du Concile" qui conduit à dire et faire n'importe quoi en ignorant sa lettre ou comme vous ici, en donnant aux mots un sens clairement différents de celui qu'ils ont et en inventant une mens des Pères conciliaires purement et simplement fantaisiste, sans base avec ce que les historiens et les textes de Vatican II ont établi.

( 984553 )
Je pensais vraiment que vous connaissiez ... par Ion (2025-02-25 14:51:29)
[en réponse à 984533]
... bien SC.
Sur la question des rites concernés, reportez-vous au § 3
3. La Constitution et les différents rites
C’est pourquoi le saint Concile estime qu’il faut, pour le progrès et la restauration de la liturgie, rappeler les principes qui suivent et fixer des normes pratiques.
Parmi ces principes et ces normes, il en est un certain nombre qui peuvent et doivent être appliqués tout autant aux autres rites qu’au rite romain, bien que les normes pratiques qui suivent soient à entendre comme concernant le seul rite romain, à moins qu’il ne s’agisse de ce qui, par la nature même des choses, affecte aussi les autres rites.
Le principe d'un retour aux sources, par une recherche attentive est bien un principe général qui s'applique à la restauration de la liturgie en général (et nous sommes ici encore dans la partie de SC qui traite de principes généraux, et non pas dans les normes pratiques qui vont, ensuite, se décliner liturgie par liturgie (Eucharistie, autres sacrements et sacramentaux, office divin).
Quant au § 23, il donne, comme j'ai essayé de vous le rappeler un exemple de contexte dans lequel cette restauration doit être faite : réformes récentes et indults récents. Et là, j'ai tenté de vous montrer comment l'Orient avait pu, dans ces réformes et indults récents, inspirer le rite romain.
Je maintiens, non pas pour le plaisir de maintenir, mais parce que c'est une évidence, que l'apport oriental n'est pas une violation de SC et ne fait pas du rite romain un rite hybride. De tous temps, les missels se sont enrichis mutuellement, y compris par des croisements entre Occident et Orient. Sans oublier que les exemples que nous avons pu évoquer n'étaient d'ailleurs pas exclusivement d'origine orientale.
Enfin, mais cela on vous l'a déjà dit, il n'est pas nécessaire, dans un débat d'user d'arguments ad hominem.

( 984584 )
du style et des faits par Luc Perrin (2025-02-26 10:50:14)
[en réponse à 984553]
J'ai caractérisé votre style comme on dit cicéronien, hugolien, stalinien ... ce n'est pas un "argument ad hominem".
Je n'ai pas non plus avancé "d'arguments" mais rappelé des faits par rapport à votre récit fantaisiste relatif à SC.
L'histoire-fiction est un genre littéraire honorable mais ici je pratique l'histoire tout court. Je vous laisse la fiction.
Reprenons :
- vous posez une différence radicale entre "homogène" et "développement en quelque sorte organique" dans votre post initial.
Sourire.
- vous prétendez - fiction - que S.C. se réfère aux rits orientaux dans la mention "réformes récentes et indults récents"; c'est évidemment pure fantaisie puisqu'il s'agit des diverses réformes conduites de Pie X à Jean XXIII, issues du Mouvement liturgique. Mediator Dei de Pie XII a été le brouillon à partir duquel S.C. a été construite, c'est un fait établi.
- vous donnez vous-même dans le présent post confirmation de ce que j'avais écrit : S.C. porte sur le rit romain et les autres rits sont invités à s'en inspirer "bien que les normes pratiques qui suivent soient à entendre comme concernant le seul rite romain".
Pas de contradiction ici avec le texte que je connais.
- vous ajoutez une mystification sur "retour aux sources" pour tenter de sauver votre histoire-fiction. Mais je n'ai jamais récusé cette notion qui est écrite dans le n°6 du décret O.R. de 1964 que j'ai cité.
Chacun comprend, les Pères et nous tous - sauf vous ? - que le retour aux sources s'applique aux sources différentes de chaque rit : sources coptes, sources chaldéennes, sources arméniennes etc. L'idée d'un pot pourri mélangeant tous les rits n'est jamais venue à l'esprit des Pères.
C'est radicalement contraire à toute l'histoire des rapports avec les Églises d'Orient depuis Léon XIII, Benoît XV, Pie XI et Pie XII visant à bloquer toute latinisation et revenir aux sources orientales respectives pour ces différents rits. C'était en cours pour le rit syro-malabar et une version plus conforme à la source syriaque a d'ailleurs émergé après Vatican II, en cohabitant avec deux autres versions.
La figure du patriarche melkite Maximos IV, intransigeant défenseur à Vatican II de l'autonomie des Églises orientales unies, est assez connue.

( 984588 )
Vous déformez toujours plus par Ion (2025-02-26 12:37:13)
[en réponse à 984584]
Non, je ne pose pas une différence radicale entre "homogène" et "développement en quelque sorte organique", je ne fais que contester votre interprétation selon laquelle SC ne concerne que le rite romain (reprenez mon premier post dans lequel je conteste votre expression "développement homogène [sic] du rit ... romain")
Non, ce n’est pas de la fiction que de prétendre que SC se réfère (aussi) aux autres rites que le rite romain (reprenez ma citation de SC pour vous en convaincre).
Non, ce n’est pas de la mystification que d’affirmer que faire appel aux sources n’interdit pas, bien au contraire, de s’inspirer d’autres rites que le rite romain. Comme vous le savez sans doute, le Mouvement liturgique, dont SC est en quelque sorte l’aboutissement, s’est largement et explicitement inspiré de recherches historiques et patristiques, en mettant en avant la nécessité d’une plus grande participation des fidèles, à l’instar des liturgies orientales, dans un contexte œcuménique explicitement souhaité notamment avec les … orthodoxes. L’épiclèse des PE, l’anamnèse et autres acclamations de l’Assemblée, ou encore l’enrichissement de l’accès aux lectures bibliques sont des exemples de pratiques liturgiques orientales souhaitées par les Pères, sans que cela ne fasse du rite romain un rite « pot-pourri »

( 984593 )
Pas "pot-pourri" par ptk (2025-02-26 17:43:45)
[en réponse à 984588]
simplement "pourri"

( 984630 )
Pudeur ionienne par Eucher (2025-02-27 19:35:42)
[en réponse à 984588]
Je note, cher ami, que vous avez passé sous un silence pudique « l'inspiration » de la Prex Eucharistica II.
Et pour cause.
Sinon j'ajouterais ceci : il semble y avoir un préjugé, parmi les innovateurs, selon lequel l'Orient aurait été plus fidèle à la tradition que ne le fut le rit romain.
Je ne suis pas sûr que ce préjugé résiste aux faits.
-Eucher.

( 984637 )
L'Orient a innové par Lycobates (2025-02-27 21:54:11)
[en réponse à 984630]
Vous avez bien raison, cher Eucher.
L'Orient a innové, spécialement les communautés schismatiques non chalcédoniennes, mais aussi les simples photiens, et parfois de façon néfaste. Ce qu'on nous présente comme une "tradition orientale" en est souvent une qui ne remonte pas au delà du XVIIe ou XVIIIe s. (l'âge de l'imprimerie chez eux).
Mais comment pouvait-on croire que le Saint-Esprit continuerait à assister et préserver contre toute erreur dans leurs pratiques ces communautés qui s'étaient séparées de leur propre gré de l'unité de l'Église ? C'est aberrant.
Cela demande une élaboration argumentative qui est possible (et qui existe), mais demande un travail de présentation.
Je regrette de ne pas avoir le temps pour des raisons familiales de sortir les études pertinentes, Jugie et Spáčil, pour ne mentionner que deux des plus importants, et de les présenter.
Ravi par ailleurs de vous relire !

( 984710 )
Très intéressant par Roger (2025-03-01 23:49:59)
[en réponse à 984637]
Cher liseur quand vous en aurez le temps pourrez vous nous en dire un peu plus au sujet des innovations orientales svp?
Ce sujet m'intéresse beaucoup.
Je vous remercie par avance de vos observations.

( 984716 )
Le sujet a été évoqué déjà par Luc de Montalte (2025-03-02 13:25:10)
[en réponse à 984710]
Côté schismatiques « orthodoxes » les innovations sont nombreuses ; remplacement du second dimanche de Carême par une fête dédié à leur hérésiarque Palamas pour l’Église orthodoxe russe par exemple.
Mais aussi côté catholiques orientaux, par exemple les textes liturgiques des syro-malabars, de rite chaldéen, étaient imprégnés de nestorianisme lorsque les Espagnols les examinèrent au XVIe siècle.

( 984736 )
Merci par Roger (2025-03-03 04:30:11)
[en réponse à 984716]
Pour ces exemples

( 985105 )
un message de 2022 par Lycobates (2025-03-11 17:17:56)
[en réponse à 984710]
Je n'ai pas (encore) eu le temps d'approfondir, n'étant pas chez moi et mes livres (car je ne suis
doctus que
cum libro !), mais un ancien message en dit quelque chose :
ICI

( 985114 )
Merci beaucoup par Roger (2025-03-11 20:53:00)
[en réponse à 985105]
Cher monsieur.
Le sujet me préoccupe car les défenseurs de la réforme liturgique opposent souvent la fixité des rites orientaux à la plasticité de la liturgie latine.
Je voudrais y voir clair.

( 985116 )
bien sûr par Lycobates (2025-03-11 20:58:27)
[en réponse à 985114]
Ce n'est certainement pas "les défenseurs de la réforme liturgique" qui y voient clair !
C'est surtout, dans tout ce qu'ils appellent le "retour au sources" (certaines troubles), et l' "appèl aux Pères" (certains peu orthodoxes), le flou qu'ils recherchent ! (pour des raisons évidentes, nous le savons)

( 984527 )
Ne disons-nous pas la même chose ? par Candidus (2025-02-24 22:42:49)
[en réponse à 984496]
J'ai conclu mon post par ces mots : "on peut et on doit regretter et critiquer une grande partie des modifications introduites dans le NOM dans la perspective suivante : elles sont archéologisantes et contraires au principe du développement organique de la liturgie." Vous dites finalement la même chose en le développant.
La réserve principale que j'émets concernant le BEC, c'est qu'il ne s'est pas contenté d'attaquer le NOM sous cet angle, il est allé plus loin, trop loin, et a préparé l'identification malheureuse du NOM à la "Messe de Luther", ce qui ne correspond pas aux véritables lacunes de ce rite, ou pseudo-rite, si l'on considère par ailleurs son caractère polymorphe et son instabilité intrinsèque.

( 984532 )
Sa "polymorphie" par AVV-VVK (2025-02-25 09:43:55)
[en réponse à 984527]
est telle que de l' ex-Forme ordinaire une nouvelle forme s' est développée dont l' existence "devrait" être reconnue par les autorités afin de prémunir les fidèles contre une indifférence religieuse progressive: la Forme communautaire.
Sinon la hierarchie se rendra ridicule...

( 984730 )
Quod pro vobis tradetur par Marco Antonio (2025-03-02 23:15:06)
[en réponse à 984279]
Cher Monsieur,
il est possible que ce qu’a fait le Père Guérard Des Lauriers ait été insuffisant. Mais dans le moment peut-être le plus tragique de la crise dans l'Église, lorsque Paul VI voulait priver le monde de la messe, il fut l'un des rares hommes d'Église à dire un mot, à témoigner de la foi.
Un discours absurde, évidemment, ceci, si l’on ne reconnaît pas comme vraie la volonté de « Rome » de priver le monde du Saint Sacrifice.
L'objection de la prétendue insuffisance du religieux dans la science liturgique ne me paraît, en elle-même, pas du tout décisive. D’un autre côté, elle me semble effrayante si je pense que Fernandez est à la tête de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi ou si je pense à l’état du corps enseignant des séminaires et des académies catholiques.
Je vous laisse quelques pages (27-42) que le Père Guérard a écrit précisément sur le
quod pro vobis tradetur extraites de l'étude "
Réflexion sur le Novus Ordo Missæ, 2019, CLS, pp. 396" (dans cette étude, écrite entre 1976 et 1979, il traite également des objections concernant la comparaison du nouveau rite avec les rites orientaux).
Bien cordialement
________
[14] Il importe de distinguer, en général, pour toute expression : « sens divisé » et « sens composé » ; et, corrélativement, « sens » et « portée ».
[141] Une expression non simple peut être entendue soit au « sens composé », soit au « sens divisé ».
Le « sens divisé » répond à un point de vue analytique. Il est l’enchaînement des significations, supposées cohérentes entre elles, des différents termes composants. Autrement dit, telle expression non simple étant considérée, le « sens divisé » en est postérieur et subordonné aux significations respectives des éléments composants.
Le « sens composé » répond à un point de vue synthétique. Il consiste en ceci. Le « sens divisé » étant présupposé, il est considéré comme base d’interprétation en vue de déterminer, pour chacun des éléments composants, non plus la signification que celui-ci possède par lui-même, mais la portée qu’il acquiert concrètement en vue du rapport qu’il soutient avec l’expression prise comme un tout.
La distinction entre « sens divisé » et « sens composé » n’est que la conséquence, pour l’expression écrite, du comportement qui est propre à l’intelligence rationnelle, à savoir : « diviser et composer ». La pensée que je conçois comme un « verbum mentis » qui est simple, je l’exprime au moyen de mots dont chacun a un sens défini : en quoi, je divise. Mon interlocuteur doit, à partir de ces mots, dont le sens lui est connu, retrouver le « verbum mentis » qu’il fait sien : en quoi il compose. L’expression écrite a donc inéluctablement deux sens. Ecrire ce qu’on pense, c’est forger le « sens divisé » à partir du « sens composé » ; lire en vue de retrouver la pensée, c’est avoir l’intuition du « sens composé » à partir du « sens divisé ». Le « sens divisé » joue un rôle médiateur indispensable dans la communication de la pensée ; mais le sens véritable est le « sens composé », puisqu’il constitue en propre l’objet de la pensée.
[142] La « portée » d’une expression, et la manière d’en entendre le « sens » se commandent réciproquement.
Cette même observation vaut également, « sens » étant considéré soit en général, soit selon la distinction « composé »-« divisé ».
1. Le « sens » et la « portée » d’une même expression se commandent réciproquement.
C’est ce que montre l’observation de sens commun.
Lorsque Jésus dit : « Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et si vous ne buvez son sang, vous ne posséderez pas la vie en vous-même » (Jean 6.53). Il donne à ses propres paroles une « portée » différente de celle que lui attribuent ses auditeurs. La « portée » est, pour lui, spirituelle ; et, pour eux, physique, « Vous, vous êtes d’en bas ; moi, je suis d’en haut » (Jean 8.23). Devrait-on admettre qu’il y eût, pour « chair », deux sens différents correspondant respectivement à ces deux « portées » différentes ? L’hypothèse serait ruineuse, car Jésus parle bien de sa propre chair ; et c’est cette même chair, que les auditeurs peuvent voir et toucher physiquement, qui doit devenir une nourriture spirituellement. Il faut donc affirmer, entre les deux « sens » du mot « chair » une unité pour le moins analogique ; unité qui n’existe pas entre les deux «portées », l’une spirituelle, l’autre physique.
On voit, par cet exemple, que le « sens » tient à l’expression elle-même. Il peut, il est vrai, se ramifier ; mais, s’il s’élargit jusqu’à l’équivocité, l’expression est défectueuse, il faut soit la bannir soit la préciser. Tandis que la « portée » tient à l’ensemble des circonstances concrètes dans lesquelles l’expression est utilisée. La « portée » de la même expression peut être différente pour différentes personnes, selon que celles-ci connaissent ou ignorent ces circonstances, ou sont plus ou moins aptes à en discerner la nature.
Le « sens » commande la « portée », parce qu’il en rend compte intelligiblement; c’est parce que telle expression a tel « sens », « sens » dont l’unité est pour le moins analogique, qu’elle prend, en telle circonstance, telle « portée ».
La « portée » commande le « sens », parce qu’elle est, implicitement mais concrètement, la norme en fonction de laquelle le « sens » est précisé ; et c’est parce que tel groupe humain donne en fait concrètement à telle expression telle « portée », qu’il lui donne un « sens » sur lequel tous les membres du groupe sont implicitement d’accord, même si la plupart d’entre eux sont incapables de définir ce « sens » avec précision.
2. La correspondance réciproque qui existe en général entre le « sens » et la « portée », est spécifiée en particulier par les deux modalités : « sens composé »-« sens divisé ».
En d’autres termes, si le « sens composé » et le « sens divisé » d’une même expression sont différents, la « portée » de cette expression est en général différente, selon qu’elle est prise au « sens composé » ou au « sens divisé ». Et, réciproquement, si tel groupe humain donne en fait concrètement à telle expression telle « portée », il lui donne par le fait même le « sens » qui correspond à cette « portée » ; c’est-à-dire que tous les membres du groupe, qu’ils en prennent ou non conscience réflexivement, comprennent cette expression en lui attribuant spontanément celui des deux « sens » « divisé » ou « composé » qui correspond à la « portée » admise par tous.
[143] Ces normes générales relèvent du sens commun, ce qui en fonde précisément la « portée » ; et si elles vont de soi, elles iront encore mieux après avoir été rappelées.
[15] Le « sens » de la « forme » traditionnelle en a toujours, dans l’Eglise, normé la « portée ».
Nous désignons par « forme », les formules consécratoires. Cet usage se réfère à la mise en œuvre de l’hylémorphisme dans la théologie des sacrements. Le pain et le vin étant la « matière », les paroles consécratoires constituent la « forme ».
[151]Le « sens » de la « forme ».
1. « Hoc est enim Corpus meum ». Formule rapportée par S. Matthieu (26, 28) [le seul des « Hagiographes » qui ait été présent à la Cène], et par S. Marc (14, 22).
Ces Paroles signifient et réalisent la Présence, par mode de substance : du Corps du Christ, en vertu de l’ordination transcendantale des espèces du pain au Christ selon Son Corps ; du Sang, de l’Ame, de la Divinité du Christ, en vertu de l’unité d’être du Verbe incarné, ressuscité et glorifié.
Hoc est enim Corpus meum réalise la Présence, EXCLUSIVEMENT la Présence, et non le Sacrifice.
La Présence n’est pas le Sacrifice.
La Présence est pour le Sacrifice.
Le Sacrifice est enté dans la Présence ; et c’est pourquoi il faut que la Présence soit signifiée, affirmée, réalisée, AVANT que ne s’accomplisse le Sacrifice.
Hoc est enim Corpus meum signifie la Présence, en la réalisant, et ne signifie pas le Sacrifice.
2. « Hic est enim calix Sanguinis mei, novi et æterni testamenti, mysterium fidei, qui pro vobis et pro multis effundetur in remissionem peccatorum ».
Voici, au sujet de cette formule, la réponse que fait S. Thomas à une « difficulté » qui n’est donc pas nouvelle : « [La forme du sacrement] est efficace en vertu de l’institution du Christ. Or aucun des Evangélistes ne mentionne que le Christ ait prononcé toutes ces paroles.
Celles-ci ne constituent donc pas adéquatement la « forme » de la consécration du vin ». Réponse : « Le but des Evangélistes n’était pas de transmettre les formes des sacrements qui, dans la primitive Eglise, devaient rester cachées, comme dit Denys à la fin de la hiérarchie ecclésiastique. Mais ils ont visé à constituer une trame pour l’histoire du Christ. Et cependant tous ces mots peuvent se retrouver dans divers passages de l’Ecriture. Car l’expression Ceci est le Calice se trouve : en Luc 22, 20, et en 1 Cor 11, 25. On trouve, en Mat 26, 28 : Ceci est mon Sang de la nouvelle alliance, qui sera répandu pour beaucoup en rémission des péchés. Les paroles ajoutées : éternelle et mystère de foi viennent de la tradition du Seigneur qui est parvenue à l’Eglise par l’intermédiaire des Apôtres, selon 1 Cor 11, 23 J’ai reçu du Seigneur ce que je vous ai transmis ». (Somme théologique ; III. q78, a3, 9 m ).
Les Paroles de la « forme » signifient et réalisent la Présence, par mode de substance : du Sang du Christ, en vertu de l’ordination transcendantale des espèces du vin au Christ selon Son Sang, et pour autant selon Son Ame ; du Corps, de l’Ame, de la Divinité du Christ, en vertu de l’unité d’être du Verbe incarné, ressuscité et glorifié.
Hic est enim calix... in remissionem peccatorum réalise la Présence ; et, dans la Présence, réalise uniment le Sacrifice. Cette « forme » signifie la Présence, et signifie le sacrifice.
[152] Le « sens » de la « forme » en est le « sens composé »
Il convient d’insister sur ce point ; lequel, non sans grave dommage, a été obscurci par la scolastique décadente et par les manuels qui l’ont suivie.
Observons d’ailleurs que, pour la « forme » de la première consécration « Hoc est enim Corpus meum » il n’y a pas lieu de distinguer « sens composé » et sens divisé.
En ce qui concerne la « forme » de la seconde consécration « Hic est enim... remissionem peccatorum », citons S. Thomas.
« Dans la confection de ce Sacrement, le ministre ne fait rien, sinon en prononçant les paroles du Christ » (S. Thomas III. q78, a1 Fin).
C’est l’intention du Christ qui est efficace. Le prêtre, prononçant les paroles consécratoires « in persona Christi », est l’instrument en acte dont use le Christ pour exercer l’opération qui Lui est propre. Les paroles prononcées ne sont donc pas seulement l’« occasion » de l’opération divine (S. Thomas 4S, D8, q2, a3) ; elles contiennent en acte la « virtus » qu’elles appliquent à l’effet qui les spécifie.
Puis donc que la validité requiert de prononcer les paroles du Christ en tant que celles-ci sont « de Lui », elle requiert par le fait même de les prononcer toutes. Cette clause vaut en particulier pour la consécration du vin. On peut la préciser comme suit.
1. La « forme » est, dans la « confectio » du Sacrement, ce en quoi consiste la « Virtus » d’opérer la transubstantiation. La « forme », ce sont les paroles du Christ prononcées par le prêtre « in persona Christi » en tant qu’elles signifient l’intention du Christ.
2. Il s’ensuit, pour trois raisons qui explicitent d’ailleurs la même vérité, que la « forme » est constituée par toutes les paroles que le Christ a prononcées :
21. La forma est, par nature indivisible ;
22. La cause instrumentale dont use le Christ, c’est le prêtre en tant qu’il est actué selon l’intelligence en prononçant les paroles du Christ. Or, cette actuation ne comporte pas de « parties » qui répondraient respectivement à la signification de chaque parole comprise « in sensu diviso ». L’actuation est simple par nature ; et si elle est produite instrumentalement par la signification des paroles que le prêtre comprend en les prononçant, elle est produite principalement par le Christ, Lui-Même en acte selon l’intention signifiante qu’expriment les mêmes paroles. La virtus conversiva procède donc simpliciter du Christ, du prêtre seulement instrumentaliter.
Le prêtre peut librement user ou ne pas user du pouvoir que lui confère le caractère. Mais le prêtre, en acte, ne peut déterminer les modalités de la virtus conversiva, laquelle est ce qu’elle est en vertu du Christ, et non en vertu de la personne du prêtre. L’instrument ne peut déterminer l’opération de la cause principale, que selon la forme qui lui est propre en tant qu’instrument. Cette forme, c’est en l’occurrence le caractère, actué par l’intention signifiante du Christ, à laquelle le prêtre se rend relatif en prononçant les paroles du Christ ; et ce ne sont pas les déterminations intelligibles que le prêtre peut faire de cette intention signifiante. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le prêtre, en quelque état qu’il soit psychologiquement, consacre validement, dès là qu’il a l’intention de faire ce que par lui veut faire le Christ (Cf 3).
23. L’intention signifiante du Christ est un mystère. Il est donc en droit impossible de distinguer, dans les paroles par lesquelles le Christ Lui-Même l’a signifiée, de l’« essentiel » et de l’« accessoire ».
Le Christ rend il est vrai immanente au prêtre qu’il prend comme instrument, l’opération qui a pour terme la transubstantiation, mais il n’en résulte pas que le prêtre puisse exercer quelque pouvoir sélectif que ce soit au sein de l’opération accomplie par le Christ.
3. On comprend, par ce qui précède, la fermeté de S. Thomas.
31. « Il faut donc tenir que toutes les paroles [qui suivent « Hic est enim Calix sanguinis mei », jusqu’à l’anamnèse] appartiennent à la substance de la forme (sunt de substantia formæ). Mais « Hic est enim...
signifie la conversion du vin en Sang. Les paroles qui suivent désignent quelle est la vertu du Sang répandu au cours de la Passion, telle qu’elle opère dans ce sacrement » (III. q78, a3).
« Cette vertu n’est, il est vrai, pour le Sang en tant que tel, qu’une propriété ». [Elle est donc dérivée par rapport à la substance du Sang. Par suite, elle ne peut intervenir dans l’opération qui rend présente la substance du Sang ; en sorte que les paroles qui signifient cette « vertu », ne peuvent faire partie de la « forme » de la consécration (telle était l’objection)]. Cependant cette « vertu » est essentielle au Sang du Christ en tant que celui-ci a été répandu au cours de la Passion. Or le Sang du christ n’est consacré séparément d’avec le Corps, que parce qu’il a été répandu au cours de la Passion. Il s’ensuit que les paroles qui en expriment la « vertu » désignent des qualités qui sont essentielles au Sang du Christ en tant qu’il est consacré dans ce Sacrement. Par conséquent, elles appartiennent à la substance de la « forme » ». (4S, D8, q2, a2, qa1, 3 m ).
32.« En ce qui concerne les paroles qui sont en usage dans l’Eglise pour la consécration du Sang, certains estiment que l’intégrité de la forme ne les requiert pas toutes, mais seulement : « Hic est enim Calix Sanguinem mei ». Mais cela ne convient pas (Sed hoc non videtur convenienter dici). Car les paroles qui suivent (Novi et æterni testamenti etc...) sont une détermination du prédicat (Sanguinis mei). Ces paroles concernent donc l’unité et la signification de la locution. Et comme, on l’a souvent répété, les formes des sacrements opèrent en signifiant (significando efficiant), c’est toute la locution prise dans son ensemble qui ressortit à la vertu efficiente de la forme (totum pertinet ad vim effectivam formæ) » (Commentaire 1 Cor 11, 25, n°681)
33. « Les significations [respectives] des parties sont, dans un discours, dispositives à l’égard de la signification du tout : laquelle résulte de la signification de la dernière partie coordonnée à toutes les précédentes. Et comme la « Virtus conversiva » suit la signification [des paroles], c’est dans l’ultime achèvement de la signification qu’est donnée la « vis conversiva » à tout l’ensemble [du discours]. En sorte que les différentes parties du discours n’ont plus qu’un rôle « matériel », au titre de composants de l’ensemble ». [On voit donc que, dans cette perspective qui est la vraie, « Hic est enim Calix Sanguinis mei » loin d’être la partie principale et autosuffisante de la forme, ou la « substance de la forme », en est une partie, au même titre que ce qui suit.
4. Concluons. La « forme » est une, insécable, intouchable. Le « sens » en est expressément le « sens composé ».
Notons, en passant, une importante conséquence. La substitution de pro omnibus à pro multis, introduite dans les traductions en « vernaculaire » pour l’Allemagne, l’Angleterre, l’Espagne, l’Italie, le Portugal, fait déserter l’intention signifiante conçue par le Christ.
Cette substitution rend donc certainement invalide la consécration du vin, et probablement celle du pain.
[153] Le sens de la « forme » traditionnelle en a toujours, dans l’Eglise, normé la portée ; parce que, comme il se doit, cette « forme » a toujours été entendue au « sens composé ».
1. La « portée » de la forme traditionnelle « Hic est enim Calix Sanguinis mei... in remissionem peccatorum » consiste, aussi bien objectivement que pour toute cellule « d’Eglise » à rendre présent sur l’autel le Sacrifice de la Croix, celui-ci étant objectivement renouvelé dans l’ordre sacramentel. Et cela, comme il se doit, formellement et expressément, en vertu de la consécration du Sang.
Comme il se doit ; car le sacrifice de la croix ayant consisté physiquement en la séparation du Corps et du Sang, il convient que le renouvellement en soit accompli dans l’ordre sacramentel, au moment où le sang est rendu présent d’une manière propre, et pas seulement par concomitance avec le Corps.
Formellement ; parce que tout sacrifice requiert, dans l’oblat, un changement objectif qui doit être concomitant à l’oblation. Or la Réalité d’ordre sacramentel qui se trouve objectivement différenciée en vertu de l’opération du christ et du prêtre, c’est la Présence du Sang. Réalisée dans la première consécration en vertu de l’unité d’être du Verbe incarné, elle l’est en outre, dans la seconde consécration, en vertu de l’ordination transcendantale des espèces du vin au Christ, distinctement selon on Sang : la Présence du Sang est, comme telle, la même ; mais le mode de réalisation en est différent. Le « passage » de la première consécration à la seconde, convertible avec la Présence simultanée des deux oblats consacrés, implique donc, pour le mode de réalisation de la Présence du Sang, quoique non pour cette Présence elle-même, un achèvement, et pour autant un changement. Ainsi, en vertu même de l’essence du sacrifice, c’est-à-dire formellement, le Sacrifice se trouve réalisé dans l’ordre sacramentel en vertu de la seconde consécration ; laquelle évidement ne peut être seconde que parce qu’il y en a une première.
Expressément; c’est-à-dire que le Sacrifice est renouvelé, comme on vient de le rappeler, formellement dans la Présence du Sang telle qu’elle constitue l’effet propre de la seconde consécration. Et de plus, le sacrifice n’est pas réalisé selon la Présence du Corps qu’il présuppose cependant nécessairement. Car la Présence du Corps étant réalisée selon le mode maximal dans la première consécration, ce mode n’est affecté d’aucun changement objectif par la seconde consécration.
2. La « portée » de la forme traditionnelle n’est adéquatement exprimée que si on entend cette « forme » au « sens composé ».
La « portée » de la « forme » est en effet, on vient de le voir (1), la réalisation du Sacrifice dans l’ordre sacramentel ; et le Sacrifice n’est mentionné, comme il se doit, qu’au moment où il est accompli, c’est-àdire lorsque sont proférées les paroles qui constituent la seconde partie de la « forme » et qui achèvent d’en déterminer la « portée » dans l’ordre intelligible.
S. Thomas insiste sur ce point dans tous les lieux où il traite des formules consécratoires. « Etant donné que le sacrement de l’Eucharistie est le mémorial de la Passion du Seigneur, c’est seulement le sujet de la Passion qui est « représenté » ( ) dans la consécration du Corps du Christ ; tandis que le mystère de la Passion est « représenté » dans la consécration du Sang. C’est en effet en vertu de la Passion que le Sang du Christ fut à part le Corps ; en sorte que les conditions mêmes de la Passion du Seigneur sont exprimées par les paroles subséquentes [novi et æterni testamenti, mysterium Fidei, qui pro vobis et pro multis effundetur in remissionem peccatorum] dans la consécration du Sang plutôt que dans celle du Corps » (4S, D8, q2, a2 qal, 2 m ). « C’est dans la consécration du Sang qu’est exprimé directement le mystère de la Passion (exprimitur directe) » (4S, D8, q2, a2, qa2) (Idem: qa3, 8 m ).
« La Passion n’est pas signifiée dans la consécration du Corps comme elle l’est dans celle du Sang » (4S, D8, q2, a2, qa3, 6 m ).
3. Voilà donc qui est clair.
La « forme » traditionnelle, fondée, en ce qui concerne la première consécration, sur celle des sources révélées qui est la plus autorisée, exprime avec une rigoureuse exactitude les rapports qui lient étroitement Présence et Sacrifice.
La Présence est pour le Sacrifice, le Sacrifice n’est réel que par et dans la Présence. Il faut donc que la Présence soit réalisée AVANT que le Sacrifice ne le soit lui-même. Et comme il est propre à l’ordre sacramentel de signifier en réalisant, tout comme Dieu connait en créant, le Sacrifice doit être signifié au moment où il est réalisé, c’est-à-dire en l’acte même de la seconde consécration, et PAS AVANT.
Or il est signifié par la « forme », entendue au « sens composé » et prononcée intégralement. Et la formule de la seconde consécration est rigoureusement conforme à la réalité, en précisant : « ... de mon Sang qui va être répandu pour vous et pour beaucoup » ; car le Sang est répandu, c’est-à-dire que le Sacrifice est consommé dans l’ordre sacramentel, en l’instant où le prêtre achève de prononcer toutes ces paroles : instant qui est postérieur à celui où il prononce « va être répandu ».
Objecterait-on que si un prêtre venait par exemple à perdre connaissance après avoir prononcé les mots « Hic est enim Calix Sanguinis mei », la consécration du vin serait valide, bien que la « forme » fût incomplète ? Nous répondons en nous référant à une analogie. Si un prêtre se trouvait mis inopinément dans l’impossibilité physique de procéder à la seconde consécration, en l’instant où il achève la première, cette première consécration serait-elle valide ? La réponse est claire : oui, si ce prêtre avait l’intention de procéder à la seconde consécration, non dans le cas contraire. La raison en est manifeste ; si en effet un prêtre se proposait de ne consacrer que l’hostie et non le vin, il n’aurait ni l’intention de « faire ce que fait l’Eglise » ni par conséquent l’intention du Christ. Or, il en irait de même, en vertu des principes rappelés par S. Thomas, pour un prêtre qui, sciemment et de propos délibéré, mutilerait la « forme », en y distinguant une partie « substantielle » et une autre partie jugée par le fait même « accidentelle », alors que « toutes les paroles appartiennent à la substance de la forme (sunt de substantia formæ) ».
4. Concluons donc que le « sens » de la forme traditionnelle en a toujours, dans l’Eglise, normé la « portée ». Nous allons voir, au cours des paragraphes suivants ( ) que, tout au contraire, il est impossible que le « sens » de la « forme nouvelle » en norme la « portée ».
Avant d’y procéder, observons cependant que la « forme » de la seconde Consécration peut également être entendue, avec vérité, au « sens divisé ».
Hic est enim Calix Sanguinis mei... mysterium fidei : affirmation au présent, qui concerne la confection du sacrement ; Qui pro vobis et pro multis effundetur in remissionem peccatorun : affirmation au futur qui, entendue séparément de la précédente conformément au « sens divisé », signifie : ce même Sang, dont il vient d’être question, est celui qui, le soir du jeudi saint, allait être répandu pour vous et pour beaucoup, en rémission des péchés.
Prononcer les paroles de la « forme » en leur donnant cette « portée » constituerait un « récit » du Sacrifice, mais en écarterait la réalisation dans l’ordre sacramentel. Les deux consécrations seraient donc, ipso facto, invalides.
Il y a donc une manière d’entendre la « forme » qui est « vraie », c’est-à-dire conforme à certains aspects de la réalité ; bien que l’intention spécifiée par cette manière de comprendre et d’interpréter la « forme » détruise la validité.
Celle-ci requiert que la « forme » soit prise au « sens composé » ; elle est annihilée si la « forme » est prise au « sans divisé ».
On comprendra ci-après ([17]) la portée de cette observation.
[16] Il est impossible que, prise au « sens composé », qui est le sens véritable, la forme du n.o.m.
« Hoc est enim corpus meum, quod pro vobis tradetur », ait le même « sens » et la même « portée » que la forme traditionnelle « Hoc est corpus meum ».
Deux modifications ont été apportées à la « forme », le 3 avril 1969. D’une part, quod pro vobis tradetur a été ajouté à Hoc est enim corpus meum. D’autre part, mysterium fidei a été supprimé et converti en « acclamation » proférée par le « peuple ». C’est sur la première de ces modifications que nous fixerons l’attention.
[161] Rappelons tout d’abord que le Sacrifice du Christ n’est renouvelé, dans l’ordre sacramentel, que dans la seconde consécration ([153]3). Et que, dans l’ordre sacramentel, ni le Corps ni le Sang ne sont, au sens propre, « livrés » ; bien que le Sang soit « répandu » .
1. En effet, selon la réalité propre de l’ordre sacramentel, ni le Corps ni le Sang ne sont « livrés », comme ils le furent sur la Croix, par séparation d’avec l’Ame.
C’est donc l’ontologie de la Présence qui tout à la fois précise et fonde l’affirmation [161].
Cette première raison se trouve corroborée comme suit.
Selon la réalité propre de l’ordre sacramentel, le Corps demeure présent d’une manière toujours égale à elle-même, en vertu de la première consécration ; et cela, dans l’Hostie consacrée, soit avant soit après la seconde consécration. Or le Corps n’est pas « livré » lors de la seconde consécration, puisqu’il est alors rendu présent, non « formellement » en vertu de quoi que ce soit ayant raison de changement ou de séparation, mais « formellement » en vertu de la « concomitance » qu’implique l’unité d’esse du Verbe incarné. Il s’ensuit donc que le Corps n’est jamais « livré ».
Semblablement, le Sang n’est pas « livré » lors de la première consécration, puisqu’il est alors rendu présent, non « formellement » en vertu de quoi que ce soit ayant raison de changement ou de séparation, mais « formellement » en vertu de la « concomitance » qu’implique l’unité d’esse du Verbe incarné. Et comme le Sang demeure toujours « un » avec le Corps, en cette même manière, c’est-à-dire par mode de substance, il s’ensuit que le Sang n’est pas « livré », puisque le Corps ne l’est pas.
2. Si, selon la réalité propre de l’ordre sacramentel, ni le Corps ni le Sang ne sont « livrés » comme ils le furent sur la Croix, c’est-à-dire par séparation d’avec l’Ame, selon cette même réalité, le Sang est répandu, c’est-à-dire séparé du Corps comme il le fut sur la Croix.
Le Sang est en effet séparé du Corps, lors de la seconde Consécration, en ce sens que la Présence en est alors spécifiquement distincte, quant à la Communication même exercée var le Christ, de la Présence que la première Consécration réalise pour le Corps.
3. Ainsi, en usant de la rigueur d’expression que requiert une matière aussi grave, à la Messe, le Sang est répandu puisqu’il est séparé du Corps dans l’ordre sacramentel ; tandis que ni le Corps ni le Sang ne sont livrés, puisqu’ils demeurent unis à l’Ame. Il s’ensuit la conséquence que voici.
[162] Prise au « sens composé », la forme « nouvelle » ne peut avoir ni le même « sens » ni la même « portée » que la forme « traditionnelle ».
1. Quant au « sens », c’est évident.
« Hoc est enim Corpus meum, quod pro vobis tradetur » signifie en effet le Corps, en tant que celui-ci doit être livré. Tandis que, nous venons de le voir ([161]), « Hoc est enim Corpus meum » signifie, en la réalisant, la présence du Corps, et ne signifie pas que le Corps soit « livré ».
2. Quant à la « portée ».
Le Corps n’étant « livré », en quelque moment que ce soit au cours de l’action consécratoire, l’adjonction de la clause quod vobis tradetur : « qui va être livré », entraîne que, prise dans son ensemble c’est-à-dire au « sens composé », la première formule consécratoires ne peut avoir de portée réelle dans l’ordre sacramentel ; c’est-à-dire selon ce type de réalité qui est en propre celui de l’ordre sacramentel.
C’est dans l’ordre physique que le Corps a été en la situation de « devoir être livré », c’est-à-dire séparé du Sang et de l’Ame, bien que demeurant uni à la Divinité. Et par conséquent, c’est seulement dans l’ordre physique, et c’est seulement avant la mort sur la Croix, plus précisément le soir du jeudi Saint qu’A ETE conforme à la réalité, c’està-dire vraie, l’affirmation prise uniment, dans son ensemble, c’est-à-dire au « sens composé » : « Ceci est mon Corps qui va être livré pour vous ». Cela a été vrai eu égard au Sacrifice de la Croix. Cela n’est pas vrai : et, qui plus est, ce ne peut pas être vrai, eu égard au Sacrifice de la Messe.
3. Cela d’ailleurs ne doit pas surprendre. Car si le « sacrifice » consiste toujours en une « séparation », aussi bien dans l’ordre sacramental que dans l’ordre physique, les modalités de cette séparation sont, ici et là, différentes.
La « séparation » est réalisée, dans la mort physique, entre l’Ame d’une part, le Corps et le Sang d’autre part. La « séparation » qu’inclut analogiquement le Sacrifice de la Messe concerne, « matériellement » si on peut dire, le Corps et le Sang ; et non pas l’Ame puisque celle-ci est toujours également présente, concomitamment soit au Corps soit au Sang. Et le changement, réel dans l’ordre sacramentel, qui constitue le Sacrifice de la Messe en tant qu’il renouvelle le Sacrifice de la Croix, concerne formellement, comme on l’a expliqué ([153]), la Présence du Sang, celle du Corps étant expressément présupposée.
Le Sang est répandu, c’est-à-dire séparé du Corps ; parce que, selon le mode de Présence qu’entraîne directement l’ordination transcendentale de chacune des espèces consacrées au Christ, respectivement selon Son Corps et selon Son Sang, la Présence du Sang est réalisée indépendamment et pour autant « séparément » de la Présence du Corps. Voilà comment le Sacrifice de la Messe est semblable à celui de la Croix, et comment il en est le renouvellement.
Tandis que le corps et le Sang sont unis entre eux, comme ils le sont à l’Ame et à la divinité, au cours de l’une et l’autre consécration. Et, en ce sens, le Sacrifice da la Messe rend présent sur l’autel le sacrifice de la Croix.
Dans Ces conditions, le rapport que soutient avec le Sacrifice le Corps considéré en lui-même distinctement, n’est pas le même à la Croix et à la messe. Dans le Sacrifice de la Croix, le Corps et le Sang y sont rigoureusement à parité ; le Corps est, par la mort, « livré » pour les pêcheurs ; le Sang est, par la mort, répandu [est livré] en vue de la rémission des péchés. La séparation du Corps et du Sang ne fait qu’exprimer, dans l’ordre physique, la séparation ontologique d’avec l’Ame ; séparation en vertu de laquelle le Corps, directement, est « livré », le Sang l’étant parce qu’il est répandu à partir du Corps.
Tandis que, dans le Sacrifice de la Messe, c’est l’Enchaînement organique entre la Présence du Corps et la Présence du Sang, toujours respectivement unis à l’Ame, qui constitue en propre la réalité du sacrifice.
Le rapport entre le Corps et le Sacrifice n’ayant pas la même structure à la Croix et à la Messe, il n’est pas surprenant que le « mode de signifier » qui convient au premier cas soit en fait, quant à la « portée », fallacieux dans le second. Qu’une formule soit « scripturaire » ne suffit pas à en fonder, encore moins à en justifier l’emploi dans la confection d’un Sacrement. Le prétendre est une erreur, dont la Tradition de l’Eglise est demeurée vierge. Cette Tradition a été rompue le 3 avril 1969.
[17] Est-il possible que, prise au « sens divisé », la forme du n.o.m. « Hoc est enim corpus meum quod pro vobis tradetur » ait la même signification que la forme traditionnelle « Hoc est enim corpus meum » ?
Nous allons d’abord ([171]) déterminer, par une analyse d’ordre sémantique, quelles sont les conditions nécessaires pour qu’il en soit ainsi, c’est-à-dire pour que, prise au « sens divisé », la « forme nouvelle » puisse avoir la même signification qua la forme traditionnelle. Nous confirmerons ensuite ([172]) cette détermination par le rapide examen de certaines liturgies grecques, celle de S. Jean Chrysostome en particulier. Nous verrons également ([173]) que les liturgies latines qui remplissaient mal ces conditions ont été rapidement abandonnées, si tant est qu’elles aient jamais existé. Et nous conclurons ([174]) que la « forme » nouvelle, reviviscence sénescente de ces lointains ancêtres ne peut pas même en avoir la « vérité diminuée ».
[171] La « forme » nouvelle, prise au « sens divisé », ne pourrait avoir le même sens que la « forme » traditionnelle, que si la clause « nouvellement » introduite (Paul VI dixit : innovetur) « quod pro vobis tradetur » pouvait être, soit mentalement omise, soit conçue d’une manière seulement implicite.
1. Le « sens divisé » de la « forme nouvelle » est objectivement double.
Ce sens résulte en effet, comme celui de toute expression composée, de l’assemblage supposé réalisé entre les significations respectives des parties composantes, savoir en l’occurrence : d’une part, la signification de la forme traditionnelle « Hoc est enim corpus meum » : d’autre part, la signification de « quod pro vobis tradetur ».
Déterminer le « sens divisé » requiert donc deux actes différents.
Il est dès lors possible que le mot « corps », qui dans l’une et l’autre partie de la « forme » nouvelle, désigne le Corps du Christ, y soit pris respectivement à deux points de vue différents, en deux sens différents, à savoir :
1) « Ceci est mon Corps » : EN TANT QUE le pain est transubstantié ;
2) « Ce Corps qui va être livré pour vous » : EN TANT QU’il demeurait uni à l’Ame, dans l’imminence de la mort qui devait l’en séparer.
Le « sens divisé » inclut donc, en l’occurrence, une irréductible dualité.
2. Or il est impossible qu’un même acte soit spécifié de deux manières différentes.
Il est impossible, pour exercer l’acte de juger exprimé dans le verbe EST, de se placer simultanément à deux points de vue différents.
Il est impossible que l’objet d’un seul et même acte de l’esprit soit pris simultanément en deux sens différents. C’est la raison pour laquelle, nous l’avons observé ([161]), le « sens composé » de la « forme » nouvelle exclut la signification de la forme traditionnelle.
Et donc, si en vue de poser concrètement l’acte d’intelligence que requiert concrètement tel acte de consacrer, on veut utiliser la « forme » nouvelle au « sens divisé », force est de choisir : pour spécifier cet acte, un point de vue et un seul ; pour le mot « corps », une acception et une seule ; et donc, pour l’objet de cet acte, une des deux parties de la « forme » nouvelle et une seule.
SEULE la partie retenue est alors l’objet du jugement proféré dans l’affirmation « est », et exprimée dans un « verbum mentis », auquel correspond normalement un « verbum oris » ; puisqu’en effet, pour un acte de locution supposé conforme à ce qu’en exige la nature, la parole extérieure (« verbum oris ») exprime le verbe mental (« verbum mentis ») (Cf [251]).
3. Donc en vertu de (1) et (2), pour que la « forme » nouvelle puisse avoir le même sens que la « forme » traditionnelle, il faut que la seconde partie, « nouvellement » ajoutée, « quod pro vobis tradetur », ne tombe pas sous l’affirmation EST en laquelle consiste l’acte de juger.
Quelle peut être, dans ces conditions, la « portée » de la clause « quod pro vobis tradetur » ?
Etant supposé que ces mots sont prononcés par le prêtre, il leur correspond par le fait même un « verbum oris ». Mais deux cas sont possibles, selon qu’à ce « verbum oris » est ou non associé un « verbum mentis ».
31. La clause « nouvellement » ajoutée « quod pro vobis tradetur » fait l’objet d’un « verbum oris », et non d’un « verbum mentis ».
Cette prétérition est contre nature, puisque c’est au « verbum mentis » qu’il revient expressément de susciter, de justifier, de faire subsister, le « verbum oris ».
Il s’ensuit qu’au point de vue de la psychologie du sujet, cette prétérition est une « restriction mentale » ; elle « restreint » en effet le « mens » lui-même dans l’exercice de la fonction principale qui est la sienne, quant à la communication de la vérité.
Concluons. La « forme » nouvelle, entendue au « sens divisé », peut avoir, d’une première manière, la même « portée » que la « forme » traditionnelle. Cette première manière consiste en ce que le célébrant prononce seulement par les lèvres, et non par l’esprit, la clause « nouvellement » ajoutée : « quod pro vobis tradetur ». Et cela implique, au sens propre, pour le célébrant, une restriction mentale.
Nous reviendrons au paragraphe [26] sur les conséquences qui en résultent.
32. La clause « nouvellement » ajoutée « quod pro vobis tradetur » est censée faire, uniment comme il se doit, l’objet d’un « verbum oris » et d’un « verbum mentis ».
Il s’ensuit, nous l’allons voir, que ce « verbum mentis » devrait être, supposé que ce fût possible, « implicite ».
En effet, dans les conditions que nous venons de préciser, « qui va être livré pour vous » doit être coordonné intelligiblement à « ceci EST mon corps », sans tomber directement sous le EST dont l’affirmation constitue l’acte de juger. Car, s’il en était ainsi on retomberait inéluctablement : soit, pour le mot « corps », la dualité de « mode de signifier » ci-dessus examinée [(1) et (2)] ; soit, pour l’ensemble de l’expression, le « sens composé ».
Le « sens divisé » de la « forme » nouvelle ainsi interprétée se présente donc comme suit : a) « Hoc est enim Corpus meum ».
Ceci, qui est du pain, EST ceci qui est le Corps du Christ. Le « ceci » est le « sujet virtuel » de la « conversion » en vertu et au terme de laquelle le Christ est substantiellement présent selon Son corps.
Tels sont le « sens » et la « portée » de la « forme » traditionnelle.
b) « Quod pro vobis tradetur » : Ce Corps [quod] va être livré pour vous.
Cette affirmation b) est considérée disjonctivement d’avec l’affirmation a) ; c’est en quoi consiste le « sens divisé » pour la « forme » prise dans son ensemble. Le « mode de signifier » qui doit être attribué à Corps dans l’affirmation b) est donc déterminé par le verbe « va être livré ».
c) Les deux affirmations a) et b) doivent être liées intelligiblement puisqu’elles sont censées être l’objet d’un même acte mental lequel a pour objet la « forme », prise au « sens divisé ». Or elles ne peuvent être liées que par ce qui leur est commun, c’est-à-dire par « corps ». Et comme le sens de la « forme » nouvelle est supposé être celui de la « forme » traditionnelle, « corps » doit être pris explicitement au sens qu’il a dans l’affirmation a), sens qui est parfaitement déterminé par le mode de signifier de l’affirmation EST, laquelle est au présent. Et comme ce mode de signifier exclut celui qui est inhérent å l’affirmation b), il est impossible, nous l’avons observé [21], que ces deux « modes » soient visualisés l’un et l’autre explicitement à parité. Affirmer a) explicitement, en donnant à cette affirmation le « sens » et la « portée » de la « forme » traditionnelle, entraîne donc qu’il est impossible d’affirmer b) explicitement. Cette affirmation de b), supposé qu’elle soit possible, ne peut l’être qu’implicitement.
d) Concluons. La « forme » nouvelle, entendue au « sens divisé », peut avoir, d’une seconde manière, le même « sens » que la « forme » traditionnelle. Cette seconde manière, supposé qu’elle soit possible, consiste en ce que le célébrant n’affirme qu’implicitement la clause « nouvellement » ajoutée : « quod pro vobis tradetur ». Et cela implique, pour le célébrant, une sorte de strabisme mental dont nous examinerons les conséquences au paragraphe [26].

( 984733 )
Quelle prose indigeste ! par Candidus (2025-03-03 03:06:20)
[en réponse à 984730]
Sur la condamnation par le P. Guérard de l'introduction de "quod pro vobis tradetur", je citerai simplement quelques rites vénérables, sans chercher à être exhaustif :
Mozarabe :
Hoc est Corpus Meum quod pro vobis tradetur.
Ambrosien :
Hoc est enim Corpus meum, quod pro vobis confringetur. Ceci est mon corps qui sera broyé pour vous.
Divine Liturgie de St. Basile :
Pr.: “... Car ceci est mon corps qui sera broyé pour vous et pour beaucoup, pour être livré en rémission des péchés. Faites ceci en mémoire de moi.
Fid. : Cela est vrai. Amen.
Divine Liturgie de St. Jean Chrysostome :
Pr. : Prenez, mangez, ceci est mon corps, qui est brisé pour vous en rémission des péchés.
Fid. : Amen.
Liturgie syriaque antiochène maronite (Anaphore des 12 Apôtres) :
Ceci est mon corps qui est brisé et livré pour vous et pour beaucoup, en rémission des péchés et pour la vie éternelle.

( 984768 )
Une prose pas du tout indigeste par Marco Antonio (2025-03-03 22:42:29)
[en réponse à 984733]
Cher Monsieur,
je ne trouve pas du tout la prose indigeste et j'espère que vous ne la trouvez pas indigeste en raison du fait de trouver indigeste le contenu. Par contre, je suis raisonablement sûr que beaucoup la apprécieront (même si c'est clair que ce sont des pages pour des lecteurs avertis) et, surtout, que beaucoup apprécieront le fait que le religieux faisait très bien les choses, en les énonçant avec rigueur, et sans précipitation.
Cordialement

( 984278 )
[réponse] par Marco Antonio (2025-02-17 10:58:03)
[en réponse à 984262]
Affirmer une hétérodoxie du rite n’est pas conciliable avec les enseignements du magistère sur l’indéfectibilité de l’Eglise romaine dans le domaine liturgique, à moins d’être sédévacantiste ;
Cher Monsieur,
même si j’imagine que cela ne sera pas une source de grande joie pour vous, je voulais vous dire que je suis entièrement d’accord avec la proposition ci-dessus.
Vous soulignez de manière appropriée et beaucoup opportunément une vérité très importante sur l’indéfectibilité de l’Église.
La contradiction de nombreux traditionalistes consiste à affirmer
simultanément que la nouvelle messe est incompatible avec la foi et qu’elle vient de l’autorité de l’Église.
Cette simultanéité est clairement incompatible avec le système catholique.

( 984281 )
Je sais, je sais... par Candidus (2025-02-17 11:12:58)
[en réponse à 984278]
Je n'ai jamais nié que votre approche de la crise de l'Église fasse preuve d'une certaine logique, mais la logique pure n'est pas toujours suffisante.
On attribue à Chesterton ces paroles : "Le fou est celui qui a tout perdu sauf la raison". Evidemment je ne suggère pas que vous soyez fou, loin de là, mais je pense que quelqu'un dont la raison fonctionne sans limite, sans l'influence d'autres éléments essentiels comme l'intuition, l'expérience ou le bon sens, devient vite obnubilé par une idée unique, qu'il pousse à l'extrême, sans équilibre ni ouverture. Et un raisonnement trop rigide ou purement rationnel, peut paradoxalement éloigner de la vérité.
Ceci dit, je n'exclus pas a priori et absolument que l'histoire ne vous donne pas raison un jour, mais je ne pense pas que votre position soit prudente et raisonnable au stade où nous nous trouvons.

( 984468 )
[réponse] par Marco Antonio (2025-02-22 18:52:03)
[en réponse à 984281]
Je n'ai jamais nié que votre approche de la crise de l'Église fasse preuve d'une certaine logique, mais la logique pure n'est pas toujours suffisante.
On attribue à Chesterton ces paroles : "Le fou est celui qui a tout perdu sauf la raison". Evidemment je ne suggère pas que vous soyez fou, loin de là, mais je pense que quelqu'un dont la raison fonctionne sans limite, sans l'influence d'autres éléments essentiels comme l'intuition, l'expérience ou le bon sens, devient vite obnubilé par une idée unique, qu'il pousse à l'extrême, sans équilibre ni ouverture. Et un raisonnement trop rigide ou purement rationnel, peut paradoxalement éloigner de la vérité.
Ceci dit, je n'exclus pas a priori et absolument que l'histoire ne vous donne pas raison un jour, mais je ne pense pas que votre position soit prudente et raisonnable au stade où nous nous trouvons.
Cher Monsieur,
merci de tout cœur pour l'objection.
Sur le beau paradoxe « chestertonien » (cité dans un fil qui parle du professeur McLuhan, à la conversion duquel l'esprit génial de Chesterton a sûrement contribué) et sur le fait que la logique pure ne suffit pas, je suis tout à fait d'accord, à condition qu'en disant cela vous ne voulez pas dire automatiquement qu'il est équilibré, prudent et raisonnable, au stade où nous nous trouvons, de penser que Bergoglio soit le Vicaire du Christ.
Il est bien vrai que la raison doit être « maniée avec prudence ». Donc c'est bien de ne pas laisser la raison toute seule. C'est aussi vrai qu'il faut faire attention à produire un déséquilibre en direction inverse. On attribue à Alessandro Manzoni ces paroles (que je traduis librement) : «
La raison est une lumière qu'un homme peut allumer quand il veut obliger les autres à voir, et qu' il peut éteindre quand c'est lui qui ne veut plus voir ».
Grâce à Dieu, dans notre cas, la foi est décisive. Il me semble décisif aussi le fait (mais il s'agit toujours de la foi) que personne n’a le pouvoir de transiger et de négocier les choses de Dieu.
La précision «
au stade où nous nous trouvons » m'a frappé. Sans polémique, que faudrait-il qu’il se passe, d'après vous, pour que l'on puisse penser qu’il n’y a pas de vrai Pape ?
Cordialement

( 984501 )
oui et non ce n'est pas binaire cher Marco A. par Luc Perrin (2025-02-24 11:27:42)
[en réponse à 984278]
"La contradiction de nombreux traditionalistes consiste à affirmer simultanément que la nouvelle messe est incompatible avec la foi et qu’elle vient de l’autorité de l’Église."
Sauf erreur de ma part, ces "nombreux traditionalistes" n'ont jamais dit cela ergo il n'y a pas de "contradiction".
- les tradis des Instituts en communion avec Rome n'ont jamais dit cela
- je ne crois pas que la F.S.S.P.X ait professé cela, dès les premiers écrits critiques de Mgr Lefebvre dont la brochure au titre provocateur sur la "messe de Luther".
Le pieux archevêque de Synnada in Phrygia et évêque émérite de Tulle disait plus subtilement que le N.O.M. était bien valide mais comme le B.E.C. en s'éloignant des formulations reçues par la tradition liturgique latine et romaine, il ouvrait la porte à une compréhension hérétique/hétérodoxe du saint sacrifice de la Messe.
En somme que, sans être formellement hérétique si correctement compris par des érudits de bonne volonté, le N.O.M. peut être utilisé de façon fautive par nombre de clercs et induire une compréhension erronée pour une masse de fidèles. Ce qui a été sociologiquement et statistiquement observé en Occident et dans une moindre mesure aux Amériques, beaucoup moins ailleurs comme en Afrique.
Ce qui amène à nuancer l'affirmation du post initial : si le médium peut-être le message, si la forme influe parfois grandement sur le fond, ce n'est pas un principe physique ou mathématique qui s'applique partout et pour tout à 100%.
La forme indubitablement médiocre du N.O.M., son déficit sur de nombreux points, son ouverture à tous les vents, cette forme médiocre n'empêche pourtant pas une célébration rigoureuse en fidélité à la Tradition liturgique romaine. C'est après tout ce que le cardinal Ratzinger disait et écrivait avant d'être élu pape légitimement en 2005.
Le V.O.M. est quant à lui une forme de grande qualité, à l'épreuve des siècles, bien plus "mystagogique" pour user du lexique des liturges et néo-liturges.
Entre deux véhicules, l'un de mauvaise qualité mais qui roule et un autre de type Rolls Royce, mieux vaut prendre le second.
Voilà en gros le choix logique prôné par de "nombreux traditionalistes" qui ne se rapporte pas à l'indéfectibilité de l'Église dans les matières de foi.

( 984506 )
Très clair par Roger (2025-02-24 12:04:46)
[en réponse à 984501]
Cela dit en privé bien des clercs de la FSSPX pensent sans leur for intérieur que la nouvelle messe est probablement nulle

( 984508 )
Ah bon par Pétrarque (2025-02-24 13:05:45)
[en réponse à 984506]
Whaou.
Alors notons cette donnée rigoureusement sourcée et factuellement fondée comme définitivement inattaquable.
Juste une question, vous connaissez combien de prêtres FSSPX qui vous ont confié un digest de leur for intérieur sur la nouvelle messe ?

( 984529 )
A contrario par Roger (2025-02-25 08:52:22)
[en réponse à 984508]
Connaissez-vous beaucoup de clercs fsspx qui auraient défendu en public la validité de la messe rénovée ?

( 984530 )
"Illégitime et néfaste " par Roger (2025-02-25 08:54:39)
[en réponse à 984529]
Voilà la formule que j'ai entendue...

( 984531 )
Très bien... par Pétrarque (2025-02-25 09:37:11)
[en réponse à 984530]
Vous avez entendu ça.
J'en ai aussi entendu. Mais de là à juger du for intérieur et de dégager des majorités, il y a une marge que, pour ma part, je m'abstiendrais d'enjamber.
J'ai aussi vu des prêtres ED avec des images de Mgr Lefebvre dans leur bréviaire, et certains qui critiquaient le néo-modernisme et la nouvelle messe dans leurs sermons.
Mais je ne crois pas cependant qu'il s'agisse d'une tendance lourde dans le milieu...
Bien à vous.

( 984535 )
Disons que par Roger (2025-02-25 11:22:14)
[en réponse à 984531]
Lorsque vous ne reconnaissez JAMAIS ni en public ni en privé la légitimité de la nouvelle messe ni celle du pape ni celle de l'évêque de votre diocèse...Le fidèle normal peut assez vite en déduire des choses...

( 984540 )
Gratuit par Pétrarque (2025-02-25 11:57:27)
[en réponse à 984535]
J'ai rencontré à la FSSPX et dans ses communautés proches des dizaines de prêtres. Je n'en ai JAMAIS entendu UN SEUL m'affirmer que la nouvelle messe était, en elle-même et définitivement, invalide ou hérétique.
En revanche, et de manière évidente, tous s'accordent à dire - et à juste raison - qu'elle est équivoque et dangereuse pour la foi dans la plupart des cas où elle est célébrée, et qu'il ne faut pas y assister.
Pour ce qui est du pape et des évêques, je n'ai JAMAIS entendu un prêtre de la FSSPX ou des communautés amies de celles-ci affirmer, en public ou en privé, que le pape ou les évêques n'étaient pas pape ou évêques.
Sur vingt-cinq ans de fréquentation de ces horribles schismatiques (NB : second degré), peut-être me répondrez-vous que ce n'est pas représentatif ?
Le fidèle déduit ce qu'il veut déduire.
Rien à ajouter en ce qui me concerne.

( 984546 )
d'accord avec Pétrarque c'est la position officielle par Luc Perrin (2025-02-25 13:06:30)
[en réponse à 984540]
de la FSSPX depuis Mgr Lefebvre plus nuancée qu'on ne le dit sur ce sujet.
Que tel ou tel clerc ou fidèle ait des propos plus radicaux est autre chose. Roger a certainement entendu les propos auxquels il se réfère, je n'ai pas de raison de mettre en doute son témoignage.
Il reste et c'est bien à cela que je me référais moi-même ci-dessus que la position officielle de la FSSPX est dans la suite de Mgr Lefebvre.
Le Protocole d'accord du 5 mai 1988 qu'il avait signé stipule cela à l'article 4 :
"4) Nous déclarons en outre reconnaître la validité du Sacrifice de la messe et des sacrements célébrés avec l’intention de faire ce que fait l’Église et selon les rites indiqués dans les éditions typiques du missel romain et des rituels des sacrements promulgués par les papes Paul VI et Jean-Paul II."
Chacun sait et cela a été bien établi que la rupture intervenue pendant la période tendue mai-juin 1988 qui suit ce Protocole n'est en rien liée à cet article 4 mais au délai puis au nombre des futurs évêques à consacrer.
C'était le principal apport du très mauvais livre de Philippe Levillain, bourré d'erreurs factuelles, de fournir les documents pour cette période. On peut aussi retrouver cela dans la biographie de Mgr Lefebvre par feu Mgr Tissier de Mallerais.

( 984563 )
Un exemple par Roger (2025-02-25 16:42:11)
[en réponse à 984540]
Les auteurs de la réforme " ont voulu seulement le sacrement sans le sacrifice. Ils n’ont ni l’un ni l’autre, ni le sacrement, ni le sacrifice. Et c’est le danger des messes nouvelles. On ne parle plus du sacrifice. On ne parle plus que de l’Eucharistie, on fait une « Eucharistie », comme s’il n’y avait qu’un repas. Il risque bien de ne plus y avoir ni l’un, ni l’autre. C’est très dangereux. À mesure que le sacrifice disparaît, le sacrement disparaît aussi, parce que ce qui est présent dans le sacrement, c’est la victime."

( 984575 )
[réponse] par Marco Antonio (2025-02-25 22:37:11)
[en réponse à 984501]
"La contradiction de nombreux traditionalistes consiste à affirmer simultanément que la nouvelle messe est incompatible avec la foi et qu’elle vient de l’autorité de l’Église."
Sauf erreur de ma part, ces "nombreux traditionalistes" n'ont jamais dit cela ergo il n'y a pas de "contradiction".
- les tradis des Instituts en communion avec Rome n'ont jamais dit cela
- je ne crois pas que la F.S.S.P.X ait professé cela, dès les premiers écrits critiques de Mgr Lefebvre dont la brochure au titre provocateur sur la "messe de Luther".
Le pieux archevêque de Synnada in Phrygia et évêque émérite de Tulle disait plus subtilement que le N.O.M. était bien valide mais comme le B.E.C. en s'éloignant des formulations reçues par la tradition liturgique latine et romaine, il ouvrait la porte à une compréhension hérétique/hétérodoxe du saint sacrifice de la Messe.
En somme que, sans être formellement hérétique si correctement compris par des érudits de bonne volonté, le N.O.M. peut être utilisé de façon fautive par nombre de clercs et induire une compréhension erronée pour une masse de fidèles. Ce qui a été sociologiquement et statistiquement observé en Occident et dans une moindre mesure aux Amériques, beaucoup moins ailleurs comme en Afrique.
«
Eh bien, justement, l’insistance que mettent ceux qui nous sont envoyés de Rome pour nous demander de changer de rite, nous fait réfléchir, et nous avons la conviction que précisément ce rite nouveau de la messe exprime une nouvelle foi, une foi qui n’est pas la nôtre, une foi qui n’est pas la foi catholique. Cette nouvelle messe est un symbole, une expression, une image d’une foi nouvelle, d’une foi moderniste
[…]
Or, il est évident que ce rite nouveau est sous-tendu, si je puis dire, suppose une autre conception de la religion catholique, une autre religion.
[…]
Nous ne sommes pas de cette religion libérale, moderniste qui a son culte, ses prêtres, sa foi, ses catéchismes, sa bible œcuménique… Nous ne les acceptons pas. Nous n’acceptons pas la bible œcuménique. Il n’y a pas de bible œcuménique ; il y a la Bible de Dieu, la Bible de l’Esprit-Saint qui a été écrite sous l’influence de l’Esprit-Saint. C’est la parole de Dieu, nous n’avons pas le droit de la mélanger avec la parole des hommes. Il n’y a pas de bible œcuménique qui puisse exister, il n’y a qu’une parole, la parole du Saint-Esprit. Nous n’acceptons pas les catéchismes qui n’affirment plus notre Credo et ainsi de suite. Nous ne pouvons pas accepter ces choses-là. C’est contraire à notre foi ».
Mgr Marcel Lefebvre
(Ordinations sacerdotales à Ecône – 29 juin 1976)
Source :
https://laportelatine.org/spiritualite/sermons/sermon-des-ordinations-sacerdotales-econe-le-29-juin-1976-mgr-lefebvre
Cher Professeur, cela suffit-il à vous convaincre que la contradiction existe ?

( 984560 )
577 ?!? par Athanasios D. (2025-02-25 16:10:26)
[en réponse à 984262]
Y compris les occurrences au sein des prières? En donnant ainsi l'impression qu'il pourrait s'agir du mot le plus fréquemment utilisé dans le nouveau missel, vous déformez la réalité et prenez le risque de troubler
ou bien de conforter ceux qui ne sont pas familiers du NOM. A moins que vous ne fassiez partie de ces derniers, ce qui expliquerait cette posture.
Il y a
1500 pages dans le nouveau missel d'autel. Croiser un "
ou bien" une fois toutes les 3 pages quant il s'agit de choisir entre plusieurs prières, c'est faire une montagne d'une taupinière.
Dans le PDF (213 pages) de l'ordinaire de la messe accessible sur le
site de l'abbé Paul de Tinguy, on croise 31 fois "ou bien".
Mais quand on y regarde de plus près, on constate qu'il y a:
"
ou bien, si l’on chante en latin": 21 fois
"
ou bien, pour des funérailles": 1 fois
"
ou bien, au Temps pascal": 1 fois
"
ou bien" (pour proposer le Kyrie en français au lieu du grec): 1 fois
A quoi on devrait certes rajouter d'autres "
ou bien" pour les Antiennes d'ouverture, de la communion, etc.
31 - 24 + environ 3 = environ une dizaine de choix de prières qui se présentent au prêtre au cours de la messe, mais bien peu concernent directement les fidèles qui s'y associent par leur Amen.
_____
Vous affirmez que "les éléments constitutifs d'un rite ou d'une pratique sociétale tendent à être dévalorisés et négligés, en proportion directe du nombre d'options en vertu desquelles ils peuvent être
omis, remplacés ou modifiés."
Or, si ce n'est l'omission du Confiteor en cas d'usage d'une certaine formule du Kyrie (qui contient une préparation pénitentielle) ou l'aspersion d'eau bénite durant les occasions prévues par le rite, je ne vois pas de prière qui puisse être omise, remplacée ou modifiée. En effet, un prêtre n'a pas le droit d'omettre, remplacer ou modifier le Credo. Il doit y en avoir un et ce devra être obligatoirement celui que propose le missel, en l'occurence le Symbole des Apôtres
ou bien de Nicée-Constantinople.
_____
Concernant le choix des prières, vous y voyez une dévalorisation, j'y vois un enrichissement. Une fois de plus, je vous invite à être tutioriste.
Ath

( 984734 )
Rite d'introduction du NOM par Candidus (2025-03-03 03:20:08)
[en réponse à 984560]
La Présentation générale du missel romain au chapitre II, sous-chapitre III, alinéa A, articles 47 et 48, indique au sujet de l'introït :
L'introït peut être récité ou chanté par :
la chorale et le peuple
le chantre et le peuple
le peuple seul
la chorale seule
un lecteur
le prêtre
Les contenus possibles de l'introït sont :
L'antienne et son psaume tirés du Graduale romanum
L'antienne et son psaume tirés du Graduale simplex
Un chant accordé à l'action sacrée
Un chant accordé au caractère du jour
Un chant accordé au caractère du temps liturgique
Une monition d'ouverture par le prêtre
Il existe 6 x 5 + 1 options possibles pour l'introït ( le + 1 est l'option de la monition qui est réservée au prêtre). Notons que l'option de la monition constitue en elle-même une possibilité illimitée d'improvisation.
En résumé, il existe 30 options pour l'introït du N.O.M, plus une possibilité illimitée d'improvisations de la part du prêtre dans le cadre de sa "monition d'ouverture". Si ce n'est pas une multitude d'options, qu'est-ce que c'est ?

( 984747 )
Cette monition par AVV-VVK (2025-03-03 15:42:31)
[en réponse à 984734]
doit être brève. Donc, pas une homélie raccourcie...

( 984748 )
Sérieusement ? par Athanasios D. (2025-03-03 16:31:30)
[en réponse à 984734]
Vous exagérez beaucoup la portée de tout ceci.
On parle seulement du chant d'entrée qui peut parfaitement être omis s'il n'y a personne pour l'exécuter, ce qui en dit suffisamment sur sa "nécessité" pour la parfaite intégrité de la messe.
De fait, en l'absence de chant d'entrée, l'antienne proposée par le Missel doit alors être récitée par les fidèles ou le prêtre, qui peut aussi l’adapter sous forme de brève monition d’ouverture.
Ath

( 984749 )
L'effet psychologique par Candidus (2025-03-03 16:39:33)
[en réponse à 984748]
Ces 30 options vous paraissent peut-être anecdotiques, mais ce qu'elles génèrent, avec toutes les autres options qui parsèment ce missel, c'est une atmosphère générale d'instabilité, de liquidité.
S'il existe 30 options, + une liberté d'improvisation pour la monition, comment voulez-vous que le célébrant ne soit pas conduit à considérer qu'en rajouter une 31ème, celle que lui inspire sa créativité, constitue un abus liturgique ?

( 984750 )
Cet effet d' "instabilité" par AVV-VVK (2025-03-03 17:03:16)
[en réponse à 984749]
est renforcé par le fait que le missel romain rénové en latin permet des variantes légitimes propres aux diocèses d' une région linguistique.

( 984751 )
C'est vous... par Athanasios D. (2025-03-03 17:41:29)
[en réponse à 984749]
... qui y voyez 30 options quasi substantiellement différentes.
Pour le simple fidèle que je suis (et qui n'avait jamais pensé à faire un tel calcul), la messe commence par un chant d'entrée ou une antienne/monition. Point.
Je ne vois pas d'instabilité du simple fait que c'est un chantre ou une chorale qui exécute le chant, avec ou sans l'assemblée pour lui répondre.
Et que le prêtre se voit proposer la possibilité d'introduire la messe du jour par une brève monition en rapport avec les circonstances immédiates ne constitue en rien une invitation à improviser tout ou partie de la messe.
Du reste, quand il m'arrive d'aller à une messe VOM, le chantre invite également l'assemblée à prendre tel ou tel chant dans le livret à disposition. Cela ne vous émeut-il pas?
Je le répète, c'est faire une montagne d'une taupinière car ces considérations demeurent purement théoriques. Que ça plaise ou non, l'Eglise ne désire plus imposer "la rigidité d'un libellé unique" (cf. SC 37-40) en matière liturgique.
Ath

( 984752 )
Athanasios, "Bouche d'Or" ! par Candidus (2025-03-03 17:59:24)
[en réponse à 984751]
Vous venez de tout résumer excellemment : "l'Église ne désire plus imposer "la rigidité d'un libellé unique" en matière liturgique." Ajoutez à cela le vernaculaire (évidemment, car comment tordre le cou à la "rigidité liturgique" dans le contexte du latin ?!) et nous avons la matrice de tous les abus liturgiques. Étonnez-vous après cela qu'une dynamique créatrice se soit enclenchée et que l'on en soit arrivé à la situation actuelle !

( 984785 )
Cela vous aura échappé, ... par Athanasios D. (2025-03-04 11:15:14)
[en réponse à 984752]
... je ne fais que
radoter en répétant la volonté expresse des Pères réunis en concile oecuménique.
Vous parlez de "dynamique créatrice", j'y vois plutôt d'inévitables encyclies post-conciliaires qui s'estomperont avec le temps. Vous m'accorderez qu'on ne croise plus de prêtres "consacrant" du lait et du miel, comme cela a pu être observé dans les années 70. Ainsi donc, la réforme liturgique post-Trente n'a pas échappé à ce genre de soubresauts. Denis Crouan nous rapporte à ce sujet:
Quant à saint Vincent de Paul (1581-1660), témoin de la mise en oeuvre des directives de Trente, il écrit: "Si vous aviez vu la diversité des cérémonies de la messe il y a 40 ans (30 ans après le Concile de Trente, NdAth), elle vous aurait fait honte; il me semble qu'il n'y avait rien de plus laid au monde que les diverses manières dont on la célébrait; d'aucuns commençaient la messe par le Pater noster; d'autres prenaient la chasuble entre leurs mains et disaient l'Introïbo; et puis ils mettaient sur eux cette chasuble. J'étais une fois à Saint-Germain-en-Laye où je remarquais 7 ou 8 prêtres qui dirent tous la messe différemment; l'un faisait d'une façon, l'autre d'une autre; c'était une variété digne de larmes (...) On sait que cette variété ne fera qu'augmenter au cours des années qui vont suivre..."
Aujourd'hui comme alors, la seule raison des abus liturgiques - qu'ils proviennent de l'ignorance ou de l'orgueil - est
in fine le non respect du Missel reçu de l'Eglise.
Ath

( 984753 )
Franchement ! par Ion (2025-03-03 19:28:41)
[en réponse à 984749]
Vos calculs ne sont franchement pas sérieux ! 577 utilisations de "vel" dans les rubriques ! 30 options de chants d’entrée !
Vouloir juger un missel par des considérations de ce type vous disqualifie complètement.
Non, il n’y a ni instabilité ni liquidité ! Ni sentiment d’instabilité ou de liquidité. Ou si ce sentiment existe c’est qu’il y a abus, et cela existe mais c’est une toute autre histoire et ce n’est pas le missel qui est en cause ms ceux qui commettent des abus.
Quand on va à la messe, on sait parfaitement d’avance ce que l’on va vivre, car tout est normé. Prenons le carême qui va bientôt commencer. Ce qui relève du choix du célébrant est essentiellement le choix de la prière eucharistique et de sa préface : même les 5 préfaces de carême ont une connotation qui les destine à une progression particulièrement bien adaptée au cheminement spirituel du carême et des semaines qui vont se suivre : appel à la pénitence (Préface 1), conversion intérieure (2ème), fruits du jeûne et de la pénitence (3ème), chemin de libération (5ème à l’approche de Pâques) …
En plus du choix de la PE, ce qui différera d’une paroisse à l’autre le même dimanche sera le choix des intentions de la Prière universelle. Mais on en a déjà parlé.
Et puis, il y aura les chants ...
Et c’est tout (j’oubliais depuis la nouvelle traduction en 2021, le choix de traduction de l’Orate Fratres).
Bref, comme vous le dit Athanasios, vous inventez une montagne ... pour rien. Et le tout, avec des calculs puérils ...

( 984755 )
Les quatre préfaces par AVV-VVK (2025-03-03 19:47:09)
[en réponse à 984753]
Praefatio I De Quadragesima: De spiritali significatione Quadragesimae
II : De spiritali paenitentia
III : De fructibus abstinentiae
IV : De fructibus ieiunii
Une cinquième préface manque (Missel 1983)

( 984756 )
La "cinquième" ... par Ion (2025-03-03 19:58:21)
[en réponse à 984755]
... est la première de la Passion, pour la cinquième semaine de carême ("La puissance de la croix")

( 984757 )
Exact, résumons par AVV-VVK (2025-03-03 20:18:05)
[en réponse à 984756]
Praefatio I De Passione Domini: De virtute Crucis (e.a. Pour la cinquième semaine de carême)
II De Passione Domini: De victoria Passionis

( 984760 )
De fructibus ieiunii par Regnum Galliae (2025-03-03 20:32:15)
[en réponse à 984755]
La préface dit ceci : "Toi qui, par le jeûne corporel, réprimes les vices, élèves l’âme, accorde la force et la récompense : par le Christ notre Seigneur."
C'est bien mais on peut se demander pourquoi le jeûne a quasiment disparu des commandements de l'Eglise (limité au Mercredi des Cendres et au Vendredi Saint, même le jeûne eucharistique ayant été supprimé).