Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=939229
images/icones/bible.gif  ( 939229 )Paix aux hommes qu'il aime ou de bonne volonté? par Métronome (2022-01-23 19:49:40) 

Un ami me pose cette question à laquelle je ne sais quoi répondre :

On dit : paix sur la terre aux hommes qu'il aime
Ou
Paix sur la terre aux homme qui l'aiment ?

Pourquoi pas Aux hommes de bonne volonté ?

J'ai remarqué que dans le lectionnaire de 1965 il est aussi écrit: aux hommes qu'il aime... Et dans le texte de la vulgate il est écrit "bonae voluntatis..." ce que l'on chante aussi dans le gloria...

Pourquoi cette traduction inexacte ?

Merci aux exégètes compétents de leurs réponses!



images/icones/neutre.gif  ( 939233 )Qu'Il aime par Meneau (2022-01-23 20:15:35) 
[en réponse à 939229]

Il y a eu des explications dans cette branche de fil ICI.

Et aussi ICI.

Cordialement
Meneau
images/icones/neutre.gif  ( 939237 )Dans ce cas par Leopardi (2022-01-23 21:15:53) 
[en réponse à 939233]

C'est redondant car Dieu aime TOUS les hommes. Ce sont eux qui ne l'aiment pas.
images/icones/neutre.gif  ( 939275 )[réponse] par Yves Daoudal (2022-01-24 11:01:03) 
[en réponse à 939229]

Il y a deux traditions différentes, la tradition latine et la tradition byzantine et syriaque.

La tradition latine a lu : ἀνθρώποις εὐδοκίας. Anthropis evdokïas : datif puis génitif. Ce qui a été traduit en latin par : « hominibus bonae voluntatis ». Ce qui ne peut se traduire en français que par : « aux hommes de bonne volonté ».

Tous les manuscrits latins ont « hominibus bonae voluntatis ». Lorsque saint Jérôme a révisé la traduction des évangiles il l’a laissé. Et en fait il a explicitement soutenu cette traduction lorsqu’il a traduit les homélies d’Origène sur saint Luc : « hominibus bonae voluntatis ».

Saint Bède, qui synthétise admirablement la tradition exégétique des pères latins, commente : « A quels hommes les anges souhaitent-ils paix ? Ils l’expliquent eux-mêmes en ajoutant : de bonne volonté, c’est-à-dire à ceux qui recevront le Christ qui vient de naître, car il n’y a pas de paix pour les impies, elle est le partage de ceux qui aiment le nom de Dieu. »


La tradition byzantine et syriaque a lu : ἀνθρώποις εὐδοκία : anthropis evdokïa : datif puis nominatif. Le sens est alors : « Paix sur la terre, envers les hommes bienveillance. » Avec un parallèle qui ressemble à un verset de psaume où l’on répète à peu près ce qu’on vient de dire mais avec des mots différents et une autre nuance.

Les plus anciens manuscrits que nous connaissons ont evdokïas. Donc « aux hommes de bonne volonté ». Mais la tradition byzantine n’en demeure pas moins respectable, d’autant que sa version se coule magnifiquement dans cette liturgie (c’est sans doute pourquoi elle s’est imposée.)
images/icones/hein.gif  ( 939304 )J'ai quand même une question par Métronome (2022-01-24 15:04:32) 
[en réponse à 939275]

Puisque la tradition latine avait conservé le ἀνθρώποις εὐδοκίας, savez-vous pourquoi les traductions modernes ont abandonné cette tradition pour la tradition Byzantine?

Je note que la traduction liturgique écrit:


Lc 2,14 « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. »



Alors que la Neo Vulgate conserve:


14 “ Gloria in altissimis Deo, et super terram pax in hominibus bonae voluntatis ”.


Texte de la Vulgate :


14 Gloria in altissimis Deo, et in terra pax hominibus bonae voluntatis.




images/icones/neutre.gif  ( 939309 )[réponse] par Yves Daoudal (2022-01-24 15:34:45) 
[en réponse à 939304]

"aux hommes qu'il aime", ce n'est pas la tradition byzantine. La tradition byzantine dit "pour les hommes bienveillance". La liturgie de Noël se complaît, c'est le cas de le dire, dans cette idée, au point que εὐδοκία devient presque un nom propre: c'est la bienveillance du Père qui est apparue en ce jour, La Vierge a mis au monde la bienveillance du Père... C'est réellement cela, Noël: la naissance sur terre de la bienveillance du Père pour les hommes.

Evidemment ce n'est pas loin de "aux hommes qu'il aime", mais les néo-liturges ont déjà systématiquement traduit 127 fois "miséricorde" par "amour" dans les psaumes, ça suffit, non ?
images/icones/fleche2.gif  ( 939311 )[réponse] par Yves Daoudal (2022-01-24 15:39:56) 
[en réponse à 939309]

La traduction donnée sur le Forum orthodoxe:
"Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre, aux hommes bienveillance!"

Sur l'Anthologhion de l'Eglise italo-albanaise:
"Gloria a Dio nel piú alto dei cieli, pace sulla terra e per gli uomini benevolenza!"
images/icones/idee.gif  ( 939281 )Volonté ? ou bonne disposition ? je choisis ... par Glycéra (2022-01-24 12:15:09) 
[en réponse à 939229]

Volonté ? Disposition ?

Le vocabulaire philosophique qui nous imbibe n’a-t-il pas mis dans le mot « volonté » une décision de l’homme en face de Dieu, presque comme celle d’Eve qui a accepté la suggestion du serpent, et désirait, voulait se faire « comme » Dieu ?
J’ai connu un vieux Monsieur qui préférait dire « de bonne disposition » au lieu de « bonne volonté ». D’abord, superficiellement pour évacuer le sens de « bonne âme » gentille et faiblarde dont le XIX° a saupoudré les « bon Dieu », « petit Jésus » ou autres guimauveries sulpiciennes.
Mais plus profondément, plus divinement dans le cœur humain, pour dire que ce n’est pas la volonté de l’homme qui sauve, mais Dieu. L’homme n’a qu’une tâche, se disposer, rester souple et disponible comme l’argile sous la main du potier.
Dieu demande « Mais quand vas-tu Me laisser faire ? » ce qui est la même chose que « Quand vas-tu te laisser faire ? ». Juste nous dis-poser pour Lui, avec Lui, en Son Cœur, et être le canal où Il désire passer pour faire sur terres le bien qu’Il désire faire.

Ste Thérèse de Lisieux parle d’un « acte de grande volonté » quand elle choisit de ne plus geindre. Est-ce antinomique ? Non, elle décide d’être positivement souple, de ne plus grogner, pleurnicher de ce qu’elle a. Elle accepte ce qui est. C’est-à-dire ce que Dieu fait en elle : pleurnicherie incluse, et comprise, qu’elle comprendra après, mais qu’elle choisit de ne plus alimenter, pour se laisser faire par Dieu, qui la guérit d’un coup.

J’aime ce mot de « bonne disposition ».
Avec mes bonnes salutations
Glycéra


PS Le site projet Babel a une très bonne page
http://projetbabel.org/forum/viewtopic.php?t=21501 sur les racines de ce mot volo / volonté, etc. dans des langues diverses. J’y découvre que le désir, le choix contenu dans volo en a fait « voleur, voler etc… » J’y retrouve ce désir mimétique si bien décrit par René Girard. Ce désir exploité par les propagandes contemporaines et dont on voit où il hypnotise les foules non conscientes de leur propre grandeur humaine, faite pour faire venir Dieu dans leur cœur, donc parmi nous.
images/icones/neutre.gif  ( 939296 )Merci à tous par Métronome (2022-01-24 14:19:46) 
[en réponse à 939229]

pour vos réponses.
Pour ma part je continuerai à dire " de bonne volonté"
images/icones/bible.gif  ( 939313 )Fillion donne les explications suivantes par Regnum Galliae (2022-01-24 16:23:15) 
[en réponse à 939229]


Cependant, ce ne sont pas tous les hommes qui jouiront de la paix messianique ; elle ne sera vraiment accordée qu'aux hommes bonae voluntatis, et il faut voir sous ces deux mots (il n'y en a qu'un seul dans le texte original) la bonne volonté divine, la bienveillance, l'amour du Seigneur envers nous, et non la bonne volonté humaine, les saintes dispositions des hommes envers Dieu. Comp. Ps. 5, 13 ; 50, 20 ; Phil. 2, 13. L'expression « homines bonae voluntatis » est donc opposée à « filii irae » (Eph. 2, 3) ; elle désigne, comme le dit Bossuet, les hommes chéris du ciel. - Il règne entre les deux parties de la symphonie angélique un parallélisme parfait : « pax » correspond à « gloria », « in terra » à « in altissimis », « hominibus bonae voluntatis » à « Deo ».
(...)
Maldonat a dans son commentaire une excellent explication du cantique des anges ; voyez aussi Muntendam, Dissert. de hymno angelico, Amstelod. 1849.



Une question subsidiaire : le fait que le Gloria emploie "in excelsis" là où la Vulgate a retenu "in altissimis" suggère-t-il que le premier est antérieur à la seconde ?
images/icones/neutre.gif  ( 939321 )[réponse] par Yves Daoudal (2022-01-24 17:39:43) 
[en réponse à 939313]

"In excelsis" est un indice que le Gloria (dans sa version latine, donc, puisque la version grecque est très ancienne) existait avant la Vulgate (ce qui n'est pas surprenant).

Avant la Vulgate on trouvait les deux formules, au gré des Bibles latines et des auteurs. Il est remarquable que saint Irénée, ou plutôt son traducteur, citant saint Luc, écrit "in excelsis", puis, quelques lignes plus loin, "in altissimis"... (Contre les hérésies, III, 10)
images/icones/ancre2.gif  ( 939340 )Belles contributions - un peu de grammaire par Paterculus (2022-01-24 23:21:46) 
[en réponse à 939229]

Bravo aux contributeurs de ce fil, qui font progresser les lecteurs, dont je suis.

Juste une remarque grammaticale, qui aide à situer le débat.
Elle porte sur le génitif, qui peut être objectif ou subjectif.
(Le génitif est la forme que prennent les substantifs quand ils sont compléments de nom.)
Ainsi dans amor parentum (l'amour des parents) :
- si l'on parle de l'amour des parents pour leurs enfants, alors on a un génitif subjectif : les parents sont le sujet de l'acte d'aimer ;
- si l'on parle de l'amour des parents par leurs enfants, alors on a un génitif objectif : les parents sont l'objet de l'acte d'aimer.

Donc l'expression "hommes de bonne volonté" (homines bonae voluntatis) peut avoir deux sens, si l'on se souvient que dans la tradition la volonté est la capacité d'aimer au point que souvent le mot voluntas est employé comme synonyme de amor.
Le premier sens est fonction d'un génitif subjectif, où l'on parle de la bonne volonté des hommes envers Dieu ; le deuxième sens relève d'un génitif objectif, où les hommes sont l'objet de la bonne volonté de Dieu. Dans le premier cas on traduit donc "hommes de bonne volonté", dans le second on traduit "hommes que Dieu aime".

Avouons quand même que cela relève de l'épitre du pseudo-Barsabbas (XIII, 78, al. C) puisque Dieu aime les hommes qui sont bien disposés...

Votre dévoué Paterculus
images/icones/1a.gif  ( 939342 )Le paradigme des deux génitifs par AVV-VVK (2022-01-24 23:34:53) 
[en réponse à 939340]

dans ma grammaire scolaire de latin (rédigée par un jésuite !) était "Amor Dei".
images/icones/1a.gif  ( 939351 )Où trouver cette épître de Barsabbas ? par Glycéra (2022-01-25 10:35:54) 
[en réponse à 939340]



et des détails sur lui ?

Vous attisez ma curiosité, cher Paterculus !

Bien à vous

Glycéra
images/icones/1b.gif  ( 939358 )Un peu sur le FC... par Paterculus (2022-01-25 13:23:01) 
[en réponse à 939351]

... et surtout dans ma tête, chère Glycéra.
VdP
images/icones/fleche3.gif  ( 939375 )Sagesse 8, 17... par Sacerdos simplex (2022-01-25 16:44:34) 
[en réponse à 939340]

Je préfère très nettement la version traditionnelle : "aux hommes de bonne volonté". Il y a un certain nombre d'écrits de saints et de papes qui comportent cette expression - en latin ! - et des scribouillards modernes ont le culot de contre-traduire : "aux hommes que Dieu aime".

Pourtant, le Livre de la Sagesse affirme :

"Moi, j’aime ceux qui m’aiment, ceux qui me recherchent me trouvent."

J'aime ceux qui m'aiment ! Bien sûr, Dieu aime tous les hommes, mais il donne juste une petite quantité de grâces ; et ceux qui répondent par l'amour, alors Dieu les aime infiniment plus.

Dieu aime tous les hommes ?...

Malachie 1, 3 :
02 Je vous ai aimés, dit le Seigneur, et vous dites : « En quoi nous as-tu aimés ? » Ésaü n’était-il pas frère de Jacob ? – oracle du Seigneur. J’ai eu de l’amour pour Jacob
03 mais je n’ai pas aimé Ésaü. J’ai livré ses montagnes à la désolation, son héritage aux chacals du désert.

A juste titre, la traduction officielle dit pudiquement "je n'ai pas aimé Esaü", mot à mot, ce serait plutôt : "j'ai haï...".
Cette citation est reprise en Romains 9, 13.
Et Dieu "hait" certains : expression toujours à prendre avec prudence, de même que Jésus aimait Judas jusqu'à la fin.
Psaume 10 :
03 Quand sont ruinées les fondations, que peut faire le juste ?
04 Mais le Seigneur, dans son temple saint, + le Seigneur, dans les cieux où il trône, garde les yeux ouverts sur le monde. Il voit, il scrute les hommes ; +
05 le Seigneur a scruté le juste et le méchant : l'ami de la violence, il le hait.
06 Il fera pleuvoir ses fléaux sur les méchants, + feu et soufre et vent de tempête ; c'est la coupe qu'ils auront en partage.
07 Vraiment, le Seigneur est juste ; + il aime toute justice : les hommes droits le verront face à face.


J'aime ceux qui m'aiment !
La phrase n'aurait pas de sens si on s'en tenait à l'amour (général) de Dieu pour tous les hommes.
Et cet amour particulier de Dieu est bel est bien causé par le fait que ces personnes aiment Dieu.
Il ne dit pas : "parce que je les aime, ils m'aiment".
Mais : parce qu'ils m'aiment, je les aime.

Dans Ste Gertrude (ou Ste Mechtilde ?), il y a cette idée : "le Saint-Esprit c'est la bonne volonté", au sens très, très fort que cette expression a chez cette sainte.

Enfin, une certaine mystique italienne, dans un livre qui n'est PAS et n'a jamais été mis à l'index, raconte brièvement sa vision du 13 décembre 1944, où elle a vu la nativité, et les anges qui chantent "Paix aux hommes de bonne volonté" (inutile de chercher dans "L'Evangile tel qu'il m'a été révélé", ce n'est pas là).

Bref, j'aime bien la formule classique.

Ah, dernière chose : la nouvelle traduction en français ajoute une virgule bienvenue : "aux hommes, virgule, qu'Il aime". C'est légèrement moins mauvais.




images/icones/neutre.gif  ( 939384 )La virgule par Meneau (2022-01-25 17:35:40) 
[en réponse à 939375]

en fait effectivement une subordonnée relative explicative et non plus déterminante, de sorte qu'on peut comprendre "paix à tous les hommes; Il les aime, tous ces hommes".

Mais bon, dans un texte appelé à être prononcé, je doute que beaucoup fassent une différence dans la diction et dans la compréhension.

Cordialement
Meneau
images/icones/neutre.gif  ( 939391 )Sainte Gertrude, le Héraut, IV, 17. par Yves Daoudal (2022-01-25 19:57:07) 
[en réponse à 939375]


Quia Spiritus Sanctus est bona voluntas, studeas super omnia ut habeas bonam voluntatem...

Pendant la messe, elle écouta attentivement la lecture de l'épître, afin de choisir, parmi les vertus qui s'y trouvent énumérées, celle qu'elle pourrait imiter ou enseigner aux autres avec le plus d'utilité. Comme elle ne recevait à ce sujet aucune lumière, elle dit au Seigneur: « Enseignez-moi, ô mon très doux amant, par quelles vertus je pourrai vous plaire davantage, puisque je ne puis les pratiquer toutes chaque jour. » Le Seigneur répondit : « Considère que dans l'énumération des vertus se trouvent ces mots : In Spiritu sancto ; et parce que l'Esprit-Saint est la Bonne Volonté, applique-toi par-dessus tout à posséder cette bonne volonté, alors tu pourras avoir la beauté et la perfection de chaque vertu, car la bonne volonté est plus fructueuse que tout. Celui qui a la bonne volonté de me louer, de m'aimer par-dessus toute créature, de me rendre grâces, de compatir à mes douleurs, de pratiquer les vertus de la manière la plus parfaite s'il le pouvait, celui-là sera infailliblement récompensé par ma divine libéralité, et même avec plus de largesse qu'aucun homme ne l'aurait été en accomplissant réellement une bonne oeuvre. »