''Nous ne pouvons embrasser une interprétation qui n’a aucun fondement solide dans la doctrine des Pères. Et, quand S. Thomas, Suarez, Benoît XIV, etc., nous disent que N.-S. n’a pas entendu déclarer Jean-Baptiste le plus grand de tous les saints, il nous est permis en toute sûreté de nous fier à leur parole.
(…) Certains auteurs qui abordent ce sujet mêlent tout : ils veulent prouver que, d’après l’oracle divin, Jean-Baptiste a été déclaré le plus grand saint, et bientôt oublieux du texte évangélique, dont ils ne peuvent rien tirer, ils font valoir les prérogatives, le ministère du S. Précurseur. (…)
Les paroles si flatteuses de N.-S. ne comparent pas Jean-Baptiste à tous les hommes, bien moins encore sous le rapport de la sainteté; elles le préfèrent seulement aux Patriarches et aux Prophètes de l’Ancien Testament. Elles ne peuvent donc pas s’opposer à la prééminence de S. Joseph, qui, comme le dit Suarez, n’appartient ni à l’Ancien ni au Nouveau Testament, mais à l’Auteur de l’un et de l’autre. (…) Donc encore de ce côté nul obstacle à la supériorité de S. Joseph. (…)
Suarez traitant le même sujet nous fournit un principe qui trouve ici son application. « Il faut, dit-il, entendre une proposition dans son sens naturel; or, le sens naturel de la proposition du Sauveur, même dans la supposition qu’il ait déclaré Jean le plus grand de tous, exige que de la comparaison soient exclus ceux qui de droit, comme la T. S. Vierge (et, devons-nous ajouter, S. Joseph). » En effet, dans la supposition que N.-S. ait déclaré S. Jean le plus grand de tous, cette proposition prise dans sa rigueur mettrait S. Jean au-dessus de la Mère de Dieu. (…)''
''C'est une vérité, reconnue par l'Église, unanimement enseignée par les écrivains sacrés et profondément enracinée dans le coeur des fidèles, que l'ancien Joseph, fils du Patriarche Jacob qui sauva l'Égypte de la famine, fut une figure archétype du chaste époux de Marie. Aussi peut-on affirmer que cette vérité appartient au trésor de la révélation.
« Plusieurs Pères de l'Église, dit Léon XIII, ont été d'avis, et la sainte liturgie elle-même le confirme, que le Joseph des temps anciens, fils du Patriarche Jacob, était une ébauche de la personne et des offices de notre Joseph, annonçant ainsi, par la splendeur de sa sainteté, la grandeur du futur gardien de la divine Famille. » Voyons maintenant les nombreux points de ressemblance qui existent entre les deux Joseph. (…)''
''D'abord, il n'est pas difficile de démontrer la supériorité de saint Joseph sur saint Jean-Baptiste dans l'ordre du mérite et de la gloire.
L'Église exalte le Précurseur de Notre-Seigneur, et avec raison; car, sanctifié dans le sein de sa mère, il était destiné à annoncer au monde et, pour ainsi dire, à montrer du doigt le Christ Rédempteur. Toutefois, saint Jean-Baptiste n'eut pas, comme saint Joseph, le privilège de vivre dans un commerce des plus familiers avec Jésus, et d'apprendre de sa bouche et à son école les secrets de la vie spirituelle. Il vit le Sauveur, mais de loin, l'appelant l'Agneau de Dieu; saint Joseph, au contraire, le porta dans ses bras, l'appelant son fils et s'entendant appeler par lui du doux nom de père. Or, Jésus remplit, nous le savons, tous les devoirs de la loi naturelle, entre autres celui d'aimer ses parents plus que toute autre personne humaine. Il aima donc saint Joseph d'un amour le plus intense après celui qu'il portait à Marie, sa Mère; d'autre part, l'amour de Jésus est précisément la source de toute grâce et de toute gloire.
Contre ce que nous venons de dire, de la prééminence de saint Joseph sur saint Jean-Baptiste, on pourrait objecter ces paroles de Notre-Seigneur: « En vérité, je vous le dis, parmi les enfants des femmes, il n'en a pas surgi de plus grand que saint Jean-Baptiste. » Mais, si l'on examine attentivement ces paroles, à la lumière du contexte, on verra que l'intention du Sauveur n'était pas de comparer le Précurseur avec tous les hommes en général, autrement il faudrait en conclure que lui-même et sa sainte Mère fussent inférieurs à saint Jean-Baptiste.
La comparaison doit donc être faite expressément avec les Prophètes de l'Ancien Testament dont Notre-Seigneur parlait, en tant que ceux-ci annoncèrent le Christ futur, tandis que saint Jean-Baptiste l'annonça comme étant déjà présent, le montrant, pour ainsi dire, du doigt.
On peut dire encore que la comparaison établie par Notre-Seigneur ne regardait que les vivants, et que, par conséquent, son intention n'était pas de comprendre, dans cette comparaison, les personnes déjà mortes. Il voulait nous enseigner cette grande vérité que, quelle que soit la sainteté d'un homme dans cette vie, celle du dernier des élus dans la gloire l'emporte sur celle-ci, car la sainteté de cette vie peut se perdre, celle de la patrie, au contraire, est inamissible.
Notre-Seigneur voulait donc dire que le dernier des élus dans la gloire, ou dans la hiérarchie céleste, passe avant les justes qui occupent la première place dans la hiérarchie terrestre. Cette interprétation se recommande des paroles qui suivent: « Mais celui qui est le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui. »
Est-il besoin de recourir à une autre interprétation qui semble s'autoriser du mot surrexit, dont se sert le texte sacré? Ce mot semblerait, en effet, se rapporter à l'apparence extérieure de la mission du Précurseur, à sa sanctification dans le sein de sa mère, et aux circonstances merveilleuses qui accompagnèrent sa naissance et sa circoncision, telles que la restitution du langage à Zacharie et l'admiration des peuples, choses qui ne s'étaient vérifiées dans le cas d'aucun autre prophète.
Concluons donc, avec les meilleurs auteurs, que l'on ne peut tirer, des paroles de Notre-Seigneur que nous venons de citer, aucun argument contre la supériorité, dans la gloire, de saint Joseph sur saint Jean-Baptiste.''
chapitre VIII.
Et ses parents descendirent, admirant et louant Dieu de ce que l'enfant ne s'était pas retournée vers eux. Marie était élevée comme une colombe dans Ip tçmpje du Seigneur et elle recevait de la nourriture de la main des anges. Quand elle eut Wm$ r*f* 4f, douze ans, les prêtres se réunirent dans le temple du Seigneur et ils dirent : « Voici que Marie a passé dix ans dans le temple ; que ferons-nous à son égard, de peur que la sanctification du Seigneur notre Dieu n'éprouve quelque souillure? » Et les prêtres dirent au prince des prêtres : « Va devant l'autel du Seigneur et prie pour elle, et ce que Dieu t'aura manifesté, nous nous y conformerons. » Le prince des prêtres, ayant pris sa tunique garnie de douze clochettes entra donc dans le Saint des Saints et il pria pour Marie. Et voici que l'ange du Seigneur se montra à lui et lui dit : « Zacharie, Zacharie, sors et convoque ceux qui sont veufs parmi le peuple et qu'ils apportent chacun une baguette et celui que Dieu désignera par un signe sera l'époux donné à Marie pour la garder. » Des hérauts allèrent donc dans tout le pays de Judée, et la trompette du Seigneur sonna et tous accouraient.
chapitre IX.
Joseph ayant jeté sa hache, vint avec les autres. Et s'étant réunis, ils allèrent vers le grand-prêtre, après avoir reçu des baguettes. Le grand-prêtre prit les baguettes de chacun, il entra dans le temple et il pria et il sortit ensuite et il rendit à chacun la baguette qu'il avait apportée, et aucun signe ne s'était manifesté, mais quand il rendit à Joseph sa baguette, il en sortit une colombe et elle alla se placer sur la tête de Joseph. Et le grand-prêtre dit à Joseph : « Tu es désigné par le choix de Dieu afin de recevoir cette vierge du Seigneur pour la garder auprès de toi. » Et Joseph fit des objections disant : « J'ai des enfants et je suis vieux, tandis qu'elle est fort jeune ; je crains d'être un sujet de moquerie pour les fils d'Israël. » Le grand-prêtre répondit à Joseph : « Crains le Seigneur ton Dieu et rappelle-toi comment Dieu agit à l'égard de Dathan, d'Abiron et de Coreh, comment la terre s'ouvrit et les engloutit, parce qu'ils avaient osé s'opposer aux ordres de Dieu. Crains donc, Joseph, qu'il n'en arrive autant à ta maison. » Joseph épouvanté reçut Marie et lui dit : « Je te reçois du temple du Seigneur et je te laisserai au logis, et j'irai exercer mon métier de charpentier et je retournerai vers toi. Et que le Seigneur te garde tous les jours. »
2. Noli etiam inquirere nec disputare de meritis Sanctorum, quis alio sit sanctior; aut quis major sit in regno cælorum. Talia generant sæpe lites et contentiones inutiles, nutriunt quoque superbiam et vanam gloriam: unde oriuntur invidiæ et dissensiones, dum ille istum Sanctum, et alius alium conatur superbe præferre. Talia autem velle scire et investigare nullum fructum afferunt, sed magis Sanctis displicent, quia non sum Deus dissensionis, sed pacis, quæ pax magis in humilitate vera, quam in propria exaltatione consistit.
3. Quidam zelo devotionis trahuntur ad hos Sanctos vel ad illos, ampliori affectu, sed humano potius, quam divino. Ego sum qui cunctos condidi Sanctos; ego donavi gratiam; ego præstiti gloriam. Ego novi singulorum merita; ego præveni eos in benedictionibus dulcedinis meæ. Ego præscivi dilectos meos ante sæcula; ego eos elegi de mundo, non ipsi me præelegerunt. Ego vocavi per gratiam, attraxi per misericordiam; ego perduxi eos per tentationes varias. Ego infudi consolationes magnificas; ego dedi perseverantiam; ego coronavi eorum patientiam.
4. Ego primum et novissimum agnosco; ego omnes inæstimabili dilectione amplector. Ego laudandus sum in omnibus Sanctis meis; ego super omnia benedicendus sum et honorandus in singulis, quos sic gloriose magnificavi, et prædestinavi sine ullis præcedentibus propriis meritis. Qui ergo unum de minimis meis contempserit, nec magnum honorat: quia pusillum et magnum ego feci. Qui derogat alicui Sanctorum, derogat et mihi, et omnibus cæteris in regno cælorum. Omnes unum sunt per caritatis vinculum, idem sentiunt, idem volunt et omnes in unum se diligunt.
5. Adhuc autem, quod multo altius est, plus me quam se et sua merita diligunt. Nam supra se rapti et extra propriam dilectionem tracti, toti in amorem meum pergunt, in quo et fruitive quiescunt. Nihil est quod eos avertere possit aut deprimere: quippe qui æterna veritate pleni, igne ardescunt inexstinguibilis caritatis. Taceant igitur carnales et animales homines de Sanctorum statu disserere: qui non norunt nisi privata gaudia diligere; demunt et addunt pro sua inclinatione, non prout placet æternæ Veritati.
6. In multis est ignorantia, eorum maxime qui parum illuminati raro aliquem perfecta dilectione spirituali diligere norunt. Multi adhuc naturali affectu, et humana amicitia ad hos vel ad illos trahuntur; et sicut in inferioribus se habent, ita et de cælestibus imaginantur. Sed est distantia incomparabilis inter ea quæ imperfecti cogitant, et ea quæ illuminati viri per revelationem contemplantur, et speculantur supernam.
7. Cave ergo, fili, de istis curiose tractare, quæ scientiam tuam excedunt; sed hoc magis satage et intende, ut vel minimus in regno Dei queas inveniri. Et si quispiam sciret, quis alio sanctior esset, vel major haberetur in regno cælorum, quid ei hæc notitia prodesset, nisi se ex hac cognitione coram me humiliaret, et in majorem mei nominis laudem exsurgeret? Multo acceptius Deo facit qui de peccatorum suorum magnitudine, et virtutum suarum parvitate cogitat, et quam longe a Sanctorum perfectione distat, quam is, qui de majoritate eorum vel parvitate disputat. Melius est Sanctos devotis precibus et lacrimis exorare et eorum gloriosa suffragia humili mente implicare, quam eorum secreta vana inquisitione perscrutari.
8. Illi bene et optime contentantur, si homines scirent contentari et vaniloquia sua compescere. Non gloriantur de propriis meritis, quippe qui sibi nil bonitatis adscribunt; sed totum mihi, quoniam ipsis cuncta ex infinita mea caritate donavi. Tanto amore divinitatis et gaudio supereffluenti replentur, ut nil desit eis gloriæ, nihilque desit felicitatis. Omnes Sancti quanto altiores in gloria tanto humiliores in se ipsis, et mihi viciniores et dilectiores existunt. Ideoque habes scriptum, quia mittebant coronas suas ante Deum, et ceciderunt in facies suas coram Agno et adoraverunt viventem in sæcula sæculorum.
9. Multi quærunt, quis major sit in regno Dei, qui ignorant an cum minimis erunt digni computari. Magnum est vel esse minimum in cælo, ubi omnes magni sunt: quia omnes filii Dei vocabuntur et erunt. Minimus erit in mille et peccator centum annorum morietur. Cum enim quærerent Discipuli, quis major esset in regno cælorum, tale audierunt responsum: Nisi conversi fueritis et efficiamini sicut parvuli, non intrabitis in regnum cælorum. Quicumque ergo humiliaverit se sicut parvulus iste: hic major est in regno cælorum.
"Si donc l’Église entière est redevable à la vierge mère, puisque c'est par Marie qu'elle a été rendue digne de recevoir le Sauveur, sans aucun doute, après Marie, l’Église doit une reconnaissance et une vénération singulières à saint Joseph. [...] Il est donc figuré avec raison par ce patriarche Joseph, qui conserva le froment aux peuples. Cependant, il le surpasse, car il a fait plus que fournir aux Égyptiens le pain de la vie matérielle ; en nourrissant Jésus avec un soin très vigilant, il a procuré à tous les élus le pain du ciel, qui donne la vie céleste."
Saint Bernardin de Sienne, premier sermon sur saint Joseph, cité au deuxième nocturne des Matines de la fête du Patronage de saint Joseph.
"Puisqu'il y eut entre Marie et Joseph un mariage très véritable, contracté par l'inspiration divine, et que, dans le mariage, l'union des cœurs s'établit à ce point que l'époux et l'épouse sont appelés une même personne, pour exprimer une unité presque parfaite, comment un esprit clairvoyant pourrait-il penser que l'Esprit-Saint aurait uni d'une union si étroite à l'âme d'une vierge telle que Marie, une autre âme, si celle-ci n'eût avec la sienne une grande similitude par la pratique des vertus ? Je le crois donc, ce saint Joseph fut l'homme le plus pur en sa virginité, le plus profond en humilité, le plus ardent en amour de Dieu et en charité, ainsi que très élevé en contemplation."
Saint Bernardin de Sienne, id., cité au deuxième nocturne des Matines du deuxième jour dans l'octave de saint Joseph.
"Certes, la dignité de Mère de Dieu est si haute qu’il ne peut être créé rien au dessus. Mais comme Joseph a été uni à la bienheureuse Vierge par le lien conjugal, il n’est pas douteux qu’il ait approché, plus que personne, de cette dignité suréminente par laquelle la Mère de Dieu surpasse de si haut toutes les autres créatures. L’union conjugale est en effet la plus grande de toutes ; à raison de sa nature même, elle s’accompagne de la communication réciproque des biens des deux époux. Si donc Dieu a donné à la Vierge Joseph comme époux, bien certainement il ne le lui a pas seulement donné comme soutien dans la vie, comme témoin de sa virginité, gardien de son honneur, mais il l’a fait aussi participer par le lien conjugal à l’éminente dignité qu’elle avait reçue."
Léon XIII, encyclique Quamquam pluries, 15 août 1889.
"En vérité, je vous le dis, parmi les enfants des femmes, il n’en a point paru de plus grand que Jean-Baptiste."
''Si le Dieu Sauveur a voulu, pour satisfaire sa piété filiale, glorifier le corps aussi bien que l’âme de la très Sainte Vierge au jour de son Assomption, l’on peut et l’on doit croire pieusement qu’il n’en a pas moins fait pour Joseph, si grand entre les saints... Ainsi, cette Sainte Famille, qui avait été unie sur la terre dans les souffrances de la vie et dans les liens de l’amour et de la grâce, règne maintenant en corps et en âme dans l’amour et dans la gloire des cieux.''
1- ''c’est Gerson qui lancera, sous forme de questions prudentes, les notions d’Immaculée Conception , de la mort, de l’Assomption de Joseph, comme Marie, préfigurant le «parallélisme des pèlerinages de foi de Joseph et Marie, évoqué par Jean Paul II dans «Redemptoris Custos».
2- ''Les franciscains Bernard de Sienne, Bernardin de Bustis, enseignent la « préservation (de Joseph) du péché originel », sa mort, sa Résurrection et son Assomption.''
3- ''Au 16° siècle : c’est « l’envolée spirituelle » dans la lignée de Gerson, avec Sainte Thèrése d’Avila (+1582) et St François de Sales (+1622), dont les précurseurs enseignent presque tous la Purification de Joseph dans le sein maternel , sa Mort, sa Résurrection et son Assomption.''
4- ''Le 17° siècle est le « siècle d’or » de la joséphologie, avec Monsieur Ollier, Bossuet et toute l’Ecole de Spiritualité française, qui insistent sur la grandeur de St Joseph. (…) Presque tous les auteurs enseignent, comme au siècle précédent, la Purification dans le sein maternel, la mort, la Résurrection et l’Assomption de Joseph.''
5- ''Dom Guéranger illumine son siècle (et le 20°). (…) Plus qu’un simple enseignement théologique, il demande que l’on peigne Joseph jeune. Il enseigne sa puissance d’intervention, sa Résurrection et son Assomption.''
''Que reste-t-il de plus à dire maintenant, sinon que nous ne devons nullement douter que ce glorieux Saint n’ait beaucoup de crédit dans le Ciel auprès de Celui qui l’a tant favorisé que de l’y élever en corps et en âme; ce qui est d’autant plus probable que nous n’en avons nulle relique çà-bas en terre, et il me semble que nul ne peut douter de cette vérité. (…) Saint Joseph donc est au Ciel en corps et en âme, c’est sans doute.'' (Source
(la traduction se trouve en deux clics)