vous auraient pu conduire pas trop loin de mes cousins rhénans, entre le Hunsrück et le Luxembourg, héritiers ou plutôt gardiens, car on n'est jamais que les gardiens et dépositaires de ce qu'on reçoit de ses Pères, de nos terres ancestrales.
Comme je ne conduis pas de voiture (en allemand nous disons :
schlechte Augen und keine Nerven), et il est plutôt rare que je puisse me faire conduire par un de nos jeunots qui ont de préférence d'autres occupations, certaines destinations me sont difficiles d'accès et je suis avec le temps devenu un
aficionado incondicionel des chemins de fer, il est vrai, de plus en plus défectueux, même chez nous. Hélas.
Cependant, il y a pas très longtemps, j'ai pu rendre visite avec un ami au château de Burgk (
Schloss Burgk), appartenant jusqu'en 1945 aux princes de Reuss (branche aînée), comme résidence estivale, où la chapelle du début du XVe s. a été restaurée récemment (elle est luthérienne depuis 1535, et bien entendu dûment baroquisée au XVIIe et XVIIIe), avec son orgue de Gottfried Silbermann de 1742, le frère d'Andreas, préservé à merveille dans son état original. Le château a survécu intact à toutes nos guerres depuis celle des Trente Ans, et même les
Genossen n'y ont pas fait de dégâts, se contentant d'avoir exproprié les propriétaires légitimes qui l'avaient construit.
Les princes de Reuss, luthériens farouches depuis 1535, même si quelques membres de la famille se sont convertis à la fin du XXe s. au ... conciliarisme, n'existent aujourd'hui que dans une branche latérale de la branché aînée (Reuss zu Köstritz), les anciennes branches aînée (Greiz), moyenne (Schleiz) et cadette (Gera) étant éteintes en lignée mâle (
im Mannesstamm), en 1927, 1616 et 1945 (Henri XLV, né en 1895, disparu à Buchenwald en 1945, déclaré mort en 1962), respectivement.
Une petite curiosité : depuis 1122 à ce jour tous les mâles de la maison Reuss s'appellent Heinrich (Henri), sans aucune exception, en honneur de l'Empereur Henri V, le dernier des Saliens, qui en cette année octroya l'honneur de bailli de Weida à un ancêtre, entamant ainsi le
cursus honorum de la famille, comtes immédiats depuis 1673, princes de l'Empire à partir de 1778.
Pour les distinguer on les numérote avec des chiffres romains, d'une séquence continue dans la lignée aînée dernièrement de 1693 à 1927 (I-XXIV), et dans la lignée cadette d'après leur année de naissance par siècle. Un Heinrich I. est donc le premier né d'un siècle, au XXIe nous en comptons déjà VI.
Le chef de la maison est actuellement Son Altesse Sérénissime (
Seine hochfürstliche Durchlaucht) le prince Henri XIV, né en 1955.
Jusqu'en 1918 les deux principautés Reuss, branche aînée et cadette, étaient états souverains du deuxième Empire, régnant sur 316,7 km² avec en 1910 72.769 habitants et sur 827 km² avec en 1910 139.210 habitants, respectivement.
On appelle ça le principe du subsidiarité mis en pratique !
Schloss Burgk :
Les principautés Reuss en 1918, en rose (Greiz) et en violet (Gera) :
