Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=860210
images/icones/sacrecoeur.gif  ( 860210 )Blasphème, inculture, grosse fatigue... ? par BK (2019-01-18 12:29:25) 

Je reviens un peu tard sur votre message, cher Lycobates.

Vous raillez l'offertoire de l'ordo de Paul VI, en particulier les formules panus vitae et potius spiritualis, rendues par pain de la vie et vin du Royaume éternel.

Vous écrivez :

Ces formules ne veulent strictement rien de dire de particulièrement chrétien ou liturgique (mon Chablis d'hier soir fut assez potus spiritualis aussi) et surtout cela n'a rien à voir avec le sacrifice de la Croix.



Or le Christ Se désigne Lui-même comme panus vitae, et potius spiritualis est une expression par laquelle Saint Paul désigne les Flots qui coulent du Rocher qui est le Christ - Flots de Sang et d'Eau qui ont jailli en plénitude sur la Croix.

Du coup, votre remarque me gêne profondément. Je suis navré de faire une fois de plus le sale boulot, mais personne n'y a réagi.

Blasphème, inculture, grosse fatigue... ?
images/icones/fleche2.gif  ( 860212 )"N'importe quoi" par Lycobates (2019-01-18 13:11:00) 
[en réponse à 860210]

Vous raillez l'offertoire de l'ordo de Paul VI, en particulier les formules panus vitae et potius spiritualis



Je corrige (pour les besoins de la fonction "rechercher" de ce forum) :
panis vitae
potus spiritualis

Si je "raille", ce n'est pas ces termes en tant que tels, mais leur caractère absolument inadéquat et équivoque dans ce contexte, puisque ils peuvent être compris soit de façon profane (comme l'est le texte talmudique sur lequel ils sont greffés), soit de façon purement symbolique, non substantielle, soit encore autrement, ou bien "n'importe quoi" : qualunque cosa

Il suffit en effet de citer déjà le Breve esame critico del NOM, de 1969 :

Superfluo notare l'assoluta indeterminatezza delle due formule «panis vitæ» e «potus spiritualis», che possono significare qualunque cosa



auquel je me range complètement.

Il n'y a donc rien de probant pour votre thèse dans ces mots.
Ce qui peut signifier tout ne signifie rien.
images/icones/neutre.gif  ( 860218 )De façon intéressante par Turlure (2019-01-18 15:09:30) 
[en réponse à 860212]

La version française du missel "traduit" potus spiritualis par "Le vin du Royaume éternel", ce qui n'a absolument rien à voir (comme en d'autres occurrences) et, pour ce cas précis, paraît plus adapté, même si vous reprocherez sans doute toujours l'imprécision de la formule.

Quand à panis vitae - "le pain de la vie - il convient bien sûr de comprendre qu'il s'agit de la vie éternelle. La formule ne me paraît pas plus ambiguë que panis angelicus ou panis angelorum, qui est magnifique mais que je n'ai pour ainsi dire jamais très bien compris dans la mesure où le Christ s'est offert pour les hommes et non pour les anges.

Toujours est-il que, pour curieuses et régressives par rapport à l'offertoire romain que soient ces prières, je ne vois pas en quoi elles feraient absolument obstacle à ce qu'un prêtre voulant faire ce que fait l'Eglise consacre validement les saintes espèces.

Par ailleurs, le maintien des prières In spiritu humilitatis et de l'Orate fratres ainsi que le texte des orationes super oblata ne doit-il pas servir de guide pour comprendre ce qui est offert et dans quelle finalité ?
images/icones/neutre.gif  ( 860220 )Il n'y a pas que ça ! par Lycobates (2019-01-18 15:58:17) 
[en réponse à 860218]


Toujours est-il que, pour curieuses et régressives par rapport à l'offertoire romain que soient ces prières, je ne vois pas en quoi elles feraient absolument obstacle à ce qu'un prêtre voulant faire ce que fait l'Eglise consacre validement les saintes espèces.



Il n'y a pas que ça, pris isolément : nous avons ici, dans le NOM, tout un tout, toute une significatio ex adiunctis, selon l'argumentation d'Apostolicae curae pour les ordres anglicans (mais ce principe s'applique à tout sacrement), qui nous fait dire que ce rite est issu d'une volonté générale et affichée (le P. Bugnini le dit clairement) d'opposition, et en partie de négation, comme en témoignent les textes du NOM (et comme nous le savons sans équivoque par la suite de ce qui se passe dans presque toutes les paroisses conciliaires : a fructibus cognoscetis eos), de ce qui existait avant (sinon : pourquoi changer ?), notamment de la théologie du sacrement telle que le Concile de Trente l'a exprimée définitivement (le Breve esame le rappelle), et donc que ce rite, pris dans son ensemble, ne véhicule pas l'intention de faire ce que fait l'Église, non-obstant une éventuelle intention droite chez le célébrant.

Car pareille éventuelle intention droite ne prévaut jamais contre une intention contraire exprimée dans le texte, si le célébrant ne la change pas en changeant l'énoncé du texte*, tout comme une intention interne contraire à la foi de l'Église, un manque de foi dans le chef du célébrant hérétique ou apostat, ne prévaut jamais contre le texte qui exprime fidèlement cette foi, tant que ce texte est utilisé comme le fait l'Église, et que par conséquent l'intention de faire ce que fait l'Église est ainsi sauvegardée.
Mais ce n'est donc pas le cas avec le NOM, prout jacet.



* Je connais un prêtre NOM, validement ordonné, qui utilise (tacitement en latin) l'ancien offertoire et (elata voce en allemand) le Canon romain (Prex eucharistica nr. 1), non mutilé, dans le contexte d'une célébration NOM. C'est bien entendu gravement irrégulier, mais probablement tout juste valide.
Je lui aurais dit, par tutiorisme, de ne jamais consacrer un ciboire et de le laisser à ses vicaires.
images/icones/livre.gif  ( 860222 )Catéchisme de Saint Pie X par Regnum Galliae (2019-01-18 16:32:17) 
[en réponse à 860220]


Quelle est la matière du sacrement de l’Eucharistie ?

La matière du sacrement de l’Eucharistie est celle qui fut employée par Jésus-Christ, c’est-à-dire le pain de froment et le vin de la vigne.

Quelle est la forme du sacrement de l’Eucharistie ?

La forme du sacrement de l’Eucharistie consiste dans les paroles employées par Jésus-Christ : " Ceci est mon Corps ; ceci est mon Sang ".



Tous ces éléments correspondent au rite de 1969. Le caractère sacerdotale du célébrant est une autre question de même que l'intention de faire ce que fait l'Eglise car tout prêtre catholique sait que le pain devient le corps du Christ après la Consécration. Aucun donc ne peut ne pas avoir cette intention, sauf à être un escroc, situation envisageable également en Saint Pie V.
images/icones/heho.gif  ( 860223 )Vous mélangez un peu tout par Lycobates (2019-01-18 16:57:22) 
[en réponse à 860222]

Il y a matière éloignée et il y a matière proche des sacrements.

Il y a avoir la foi de ce que croit l'Église (condition jamais requise pour la confection valide d'un sacrement, ceteris paribus), et il y a vouloir faire ce que fait l'Église (condition toujours requise pour la confection valide d'un sacrement, et condition remplie d'emblée par l'utilisation matérielle d'un rite catholique, c.-à-d. non équivoque, et tant que l'énoncé de celui-ci n'est pas adultéré).
Par contre pour valider un rite équivoque (même s'il serait toujours illicite de l'utiliser), qui ne véhicule pas en soi la foi de l'Église, ou pas suffisamment, il faut en modifier l'énoncé, jusqu'à ce qu'il le fasse de façon univoque, comme le fait le prêtre NOM d'Osnabrück de mon exemple ; une intention interne seulement tacite (puisque celle-ci s'aligne toujours sur ce qui se fait extérieurement), ne suffirait pas.

"Savoir" que le pain devient le corps du Christ après la Consécration n'a aucune importance, le Dalai Lama le sait aussi, comme vous et moi ; il faut utiliser un rite dont les énoncés non seulement ne l'excluent pas, mais l'affirment clairement.
images/icones/neutre.gif  ( 860240 )Pas d'accord par Meneau (2019-01-18 22:53:41) 
[en réponse à 860223]

Le prêtre qui veut consacrer selon la Foi de l'Eglise (il croit à tous les aspects traditionnels de la Consécration : sacrifice impétratoire, propitiatoire, etc), et respecte pour ce faire le rite officiel (NOM) que lui donne l'Eglise, dont il ne perçoit pas l'ambiguïté, a bel et bien l'intention de faire ce que fait l'Eglise, et consacre donc validement.

Cordialement
Meneau
images/icones/vatican.gif  ( 860244 )“La pensée ou l’intention... par Vianney (2019-01-19 00:55:32) 
[en réponse à 860240]

 
...en tant qu’elle est une chose intérieure, ne tombe pas sous le jugement de l’Église.” (Léon XIII, Apostolicæ Curæ.) Je ne vois donc pas plus que Lycobates comment on pourrait conclure à la validité du N.O.M. sur la base de la seule foi du prêtre dont vous parlez.

Et si l’Institutio generalis du N.O.M., signée par Paul VI, donne à ce rite une définition et des propriétés qui sont en contradiction avec celles que l’Église enseigne au sujet de la Messe catholique en tant que telle, je ne vois pas davantage comment on pourrait avoir une certitude quelconque quant à la validité du N.O.M.

V.
 
images/icones/neutre.gif  ( 860245 )"mais celle-ci doit en juger la manifestation extérieure" par Meneau (2019-01-19 01:07:14) 
[en réponse à 860244]

Il me semble que Lycobates parlait du défaut d'intention, pas du vice de forme.

Or celui qui emploie de bonne foi le rite prescrit par l'Eglise est censé vouloir faire ce que fait l'Eglise.

D'autre part, la forme prescrite par l'Eglise ne peut être déficiente.

Donc il consacre validement. Sauf à dire que l'Eglise n'est pas l'Eglise, mais c'est une autre histoire.

Cordialement
Meneau
images/icones/neutre.gif  ( 860255 )Précisément par Vianney (2019-01-19 11:26:09) 
[en réponse à 860245]


D’autre part, la forme prescrite par l’Eglise ne peut être déficiente.


Certes, mais comment pourrait-elle avoir été prescrite par l’Église si elle contredit la nature de la messe : celle de leur N.O.M. interdisant au célébrant, de l’aveu même de ses concepteurs, d’y prononcer des prières à voix basse, alors que le concile de Trente, traitant de la messe catholique en général, juge digne d’anathème le principe même d’une telle interdiction.

C’est pour avoir reconnu l’existence de telles contradictions que les auteurs du Bref examen critique écrivaient que le N.O.M. mettait les catholiques dans l’obligation de choisir. Et c’est bien la conclusion qu’en ont tirée logiquement les premiers prêtres¹ qui se sont refusés à le célébrer, les autres s’évertuant à prétendre (comme dans un célèbre motu proprio...) que les deux formes étaient de même nature.

Je ne juge évidemment pas leur conscience – ni celle des évêques anglicans dont parlait Léon XIII – mais objectivement, soit ils ignorent l’enseignement de l’Église au sujet de la messe, ou à tout le moins le degré d’autorité de cet enseignement, soit ils sont brouillés avec la logique. “Est, est, non, non” (Matt. V, 37)...

V.

___________

¹ Prêtres au sens large puisque nous savons qu’au moins un évêque, Mgr de Castro Mayer, était du nombre dès cette époque. La plupart, il est vrai, continuaient à croire par ailleurs que l’autorité de Paul VI n’était vraiment pas engagée mais, comme vous l’écrivez, c’est une autre histoire...


images/icones/heho.gif  ( 860332 )Volontarisme vain par Lycobates (2019-01-19 21:24:17) 
[en réponse à 860240]


Le prêtre qui veut consacrer selon la Foi de l'Eglise (il croit à tous les aspects traditionnels de la Consécration : sacrifice impétratoire, propitiatoire, etc), et respecte pour ce faire le rite officiel (NOM) que lui donne l'Eglise, dont il ne perçoit pas l'ambiguïté, a bel et bien l'intention de faire ce que fait l'Eglise, et consacre donc validement.



Le problème est ici surtout dans votre deuxième point :

respecte pour ce faire le rite officiel (NOM) que lui donne l'Eglise, dont il ne perçoit pas l'ambiguïté



Il n'est pas possible - c'est une impossibilité dogmatique - que l'Église prescrive ou tolère dans son sein des rites sacramentels invalides, défectueux, douteux, ou même simplement ambigus.
Donc ou bien le NOM n'est rien de tout cela (et nous nous trompons lourdement), ou bien celui qui le prescrit n'est pas ce qu'il semble être.

Par ailleurs, ce type de volontarisme tel que vous le décrivez ne marche pas dans l'économie des sacrements.

La Providence a manifestement voulu que les sacrements de la Nouvelle Alliance fussent autant que possible préservés de la mainmise de l'homme. Il fallait que leur validité fût assurée aussi largement possible, à condition toutefois que soient réunis ministre idoine voulant faire ce que fait l'Église, ainsi que forme et matière correctement appliquées par lui, comme causes instrumentales. La cause efficiente en étant Dieu seul. Il fallait en revanche aussi qu'aucun élément subjectif ne pût se substituer à ces trois réalités objectives formant la cause instrumentale.

Vous connaissez bien l'exemple extrême, parfois même repris dans nos catéchismes de paroisses, du baptême conféré in extremis par un musulman ou un bouddhiste à un ami mourant qui le lui demande. Le musulman n'y croit bien sûr pas, il le fait par charité, pour faire plaisir à son ami. Il n'a pas la foi de l'Église, il s'en moque peut-être même, il n'a pas l'intention de contribuer à l'oeuvre sanctifiante de l'Église, de conférer une grâce, comme l'entend l'Église, grâce qu'il ignore peut-être, ou en laquelle il ne croit pas. Mais, pour son ami, il veut bien faire ce que fait l'Église, pas croire ce que croit l'Église, pas entendre ce qu'entend l'Église, mais faire ce que fait l'Église. Poser l'acte physique que pose l'Église. Le minimum minimorum. Et il pose l'acte, physique : il fait l'infusion en disant les paroles que son ami lui avait indiquées comme nécessaires, et le baptême se fait, le sacrement est réalisé, et il a conféré la grâce (in actu secundo) à celui qui n'y pose pas d'obstacle.

Aussi dans le sacrement de l'Eucharistie (le mariage est un peu spécial), c'est donc le Christ lui-même qui effectue et confère le sacrement, l'homme qui le confère - ici le prêtre, l'évêque - n'en est que l'instrument, et son pouvoir est extrêmement limité. Il peut refuser de poser l'action nécessaire, bien sûr, en manipulant forme ou matière (montrant par là ne plus avoir l'intention de faire ce que fait l'Église), mais s'il la pose dans un rite établi et de manière non dérisoire, se conformant extérieurement à l'acte à poser, le sacrement se fait. Facere quod facit Ecclesia, pas necessairement intendere quod intendit Ecclesia.
Et le sacrement se fait - infailliblement - par cet opus operatum, cette action externe, physique, pas morale, qui consiste en l'application correcte de la matière et de la forme dûment combinées. Rien de moins et rien de plus.

Saint Bellarmin dit ainsi (De sacramentis 2,1 :)
Id quod active et proxime atque instrumentaliter efficit gratiam iustificationis est sola actio illa externa, quae sacramentum dicitur et haec vocatur opus operatum, accipiendo passive, ita ut idem sit sacramentum conferre gratiam ex opere operato, quod conferre ex vi ipsius actionis sacramentalis a Deo ad hoc institutae, non ex merito agentis vel suscipientis.


Mais ce principe s'applique aussi a contrario !
S'il est impossible d'invalider un sacrement, une fois que sont réunis ministre idoine voulant faire ce que fait l'Église (sans plus, comme expliqué plus haut), ainsi que forme et matière correctement appliquées par lui, il n'est pas non plus possible de le valider par un simple acte de la volonté voire un acte de foi, si un des éléments essentiels, ministre, forme ou matière, font défaut, sans être réparés d'abord.
Il est peut-être possible qu'un prêtre ne se rende pas compte de bonne foi de l' "ambiguité" dogmatique de ce qu'il fait, il en sera excusé dans son for interne devant Dieu, mais cela ne suffit pas en l'occurrence pour valider son action, pour laquelle les conditions nécessaires ont été préétablies par Dieu dans l'economie des sacrements, en dehors de la portée des hommes.
Deus non irridetur.
images/icones/neutre.gif  ( 860340 )Non, ça ne marche pas a contrario par Meneau (2019-01-19 23:42:36) 
[en réponse à 860332]

La forme du sacrement de l'Eucharistie, ce sont les paroles de la Consécration : "Ceci est mon Corps", "Ceci est mon Sang, etc...", et seulement cela:

Il faut donc soutenir que si le prêtre ne disait que les paroles en question, avec l'intention d'accomplir ce sacrement, celui ­ci serait réalisé, parce que l'intention ferait comprendre que ces paroles sont prononcées au nom du Christ, même si ce n'était pas signalé par le récit des paroles précédentes. Cependant ce prêtre pécherait gravement, comme n'observant pas le rite de l'Église.

III, q78, a1, ad4

La forme du NOM (tout au moins pour la Prex 1) est donc valide.
La matière, sauf exceptions, l'est aussi.
L'intention doit être celle de faire ce que fait l'Eglise :
1 - dans le cas d'un rite qui exprime explicitement la Foi de l'Eglise, le simple fait de se conformer au rite manifeste suffisamment cette intention
2 - dans le cas où le rite contredirait explicitement la Foi de l'Eglise, le fait de se conformer à ce rite manifesterait éventuellement une intention contraire, invalidant le sacrement. Sauf si éventuellement le prêtre ne comprend pas qu'il y a contradiction et conserve bel et bien l'intention de réaliser le sacrement. On parle ici d'une contradiction explicite dans le texte du rituel, l'intention de ceux qui ont fabriqué le truc n'entre pas en ligne de compte.
3 - dans le cas d'un rite ambigü, ou incomplet, qui n'exprimerait pas exaustivement l'intégralité de la Foi de l'Eglise (mais sans la nier non plus), tout dépend de ce comprend le prêtre et donc de ce qu'il pense qu'il fait. Mais Apostolicae Curae est très claire :

Ainsi, quelqu’un qui, dans la confection et la collation d’un sacrement, emploie sérieusement et suivant le rite la matière et la forme requises, est censé, par le fait même, avoir eu l’intention de faire ce que fait l’Église.




Il vous reste donc à démonter soit que le NOM contredit explicitement la Foi de l'Eglise (2 ci-dessus), soit que l'intention du prêtre est déficiente (3 ci-dessus). De plus, il vous faut restreindre cette analyse à ce qui est strictement nécessaire (et suffisant) à l'accomplissement du sacrement : matière et forme.

Même le Bref examen critique ne va pas jusqu'à affirmer que toutes les célébrations NOM sont forcément invalides :

La conséquence de tout cela est d'insinuer un changement du sens spécifique de la Consécration. Selon le nouvel ORDO MISSAE, les paroles de la Consécration seront désormais énoncées par le prêtre comme une narration historique, et non plus comme affirmant un jugement catégorique et intimatif proféré par Celui en la Personne de qui le prêtre agit : HOC EST CORPUS MEUM et non HOC EST CORPUS CHRISTI (21).

(Note 21) Telles qu'elles figurent dans le nouvel ORDO MISSAE, les paroles de la Consécration peuvent être valides en vertu de l'intention du prêtre ; mais elles peuvent aussi ne l'être pas : elles ne le sont plus par la force même des paroles, ou plus précisément : elles ne le sont plus en vertu de leur signification propre (du modus significandi) qu'elles ont dans le Canon romain du Missel de saint Pie V. -- Les prêtres qui, dans un proche avenir, n'auront pas reçu la formation traditionnelle, et qui se fieront au nouvel ORDO MISSAE et son Institutio generalis pour " faire ce que fait l'Eglise ", consacreront-ils validement ? II est légitime d'en douter.

BEC

Cordialement
Meneau

images/icones/fleche2.gif  ( 860569 )Quelques précisions encore par Lycobates (2019-01-23 00:01:45) 
[en réponse à 860340]

Cher Meneau !


La forme du sacrement de l'Eucharistie, ce sont les paroles de la Consécration : "Ceci est mon Corps", "Ceci est mon Sang, etc...", et seulement cela: Il faut donc soutenir que si le prêtre ne disait que les paroles en question, avec l'intention d'accomplir ce sacrement, celui ­ci serait réalisé, parce que l'intention ferait comprendre que ces paroles sont prononcées au nom du Christ, même si ce n'était pas signalé par le récit des paroles précédentes. Cependant ce prêtre pécherait gravement, comme n'observant pas le rite de l'Église. III, q78, a1, ad4
La forme du NOM (tout au moins pour la Prex 1) est donc valide.



Il ne s'agit ici pas du même cas de figure. Ce n'est pas la même chose que d'utiliser la bonne forme, "nue", sans plus, ou de l'utiliser mais dans un contexte hétérodoxe ou douteux.

(D'ailleurs pourquoi "tout au moins pour la Prex 1" ? La forme dans le NOM est la même dans la Prex 1 que dans les autres, elle est mutilée dans tous les cas, le promulgateur en a pris soin ("iussimus verba dominica [huhu] in qualibet Canonis formula una eademque esse" et pas ceux du Canon romain), comparez cela avec Saint Thomas IIIa, q. 78, art. 3, resp., mais là je vous mets un piège, ce n'est pas gentil)

Dans le cas envisagé par le saint Docteur dans votre citation il n'y a pas de contexte du tout (sola verba praedicta [de la forme] dit-il), donc pas non plus d'autre texte entourant la forme et capable d'en influencer l'énoncé.

Mais dans d'autres cas, comme précisément le NOM, il y a aussi à prendre en compte (établie comme principe par Apostolicae curae) la significatio ex adiunctis, l’interprétation (de la forme et matière) faite (et à faire) à partir du contexte, qui peut en changer le sens, sur ce plus bas.

Je vous concède que le Breve esame critico que vous citez en français à la fin de votre message ne va pas au bout de cette logique, mais la question de la validité n'y est abordée encore que de façon marginale, ce texte étant tout au début (1969 !) des considérations, d'autres études plus pointues sur ce point ayant suivi. (Le BEC, on le sait, à aussi souffert du fait qu'un Jubilator praecox, prêtre de son état, ait cru bon de le publier avant son arrivée à destinaire).
Le BEC a au moins eu le mérite d'obliger le promulgateur du NOM, humiliation bien ressentie, de retirer sa première version de l'Institutio generalis, bien entendu sans modifier les textes mêmes qui en restent par conséquent foncièrement viciés. Mais quand-même.



L'intention doit être celle de faire ce que fait l'Eglise :

1 - dans le cas d'un rite qui exprime explicitement la Foi de l'Eglise, le simple fait de se conformer au rite manifeste suffisamment cette intention

2 - dans le cas où le rite contredirait explicitement la Foi de l'Eglise, le fait de se conformer à ce rite manifesterait éventuellement une intention contraire, invalidant le sacrement. Sauf si éventuellement le prêtre ne comprend pas qu'il y a contradiction et conserve bel et bien l'intention de réaliser le sacrement. On parle ici d'une contradiction explicite dans le texte du rituel, l'intention de ceux qui ont fabriqué le truc n'entre pas en ligne de compte.

3 - dans le cas d'un rite ambigü, ou incomplet, qui n'exprimerait pas exaustivement l'intégralité de la Foi de l'Eglise (mais sans la nier non plus), tout dépend de ce comprend le prêtre et donc de ce qu'il pense qu'il fait. Mais Apostolicae Curae est très claire : Ainsi, quelqu’un qui, dans la confection et la collation d’un sacrement, emploie sérieusement et suivant le rite la matière et la forme requises, est censé, par le fait même, avoir eu l’intention de faire ce que fait l’Église.



ad 1 : Exact.

ad 2 : Pas exact. Je répète et j'insiste : La bonne foi du prêtre ne prévaut pas le cas échéant sur une intention contraire véhiculée par le texte (pris dans son ensemble, significatio ex adiunctis, voir plus bas) qu'il utilise. Car en l'utilisant il s'y conforme, quoiqu'il croie ou pense, comme la mauvaise foi du prêtre utilisant un rite catholique ne prévaut pas non plus sur l'intention correcte véhiculée par ce texte s'il l'utilise de façon non dérisoire.

L’Église a toujours maintenu coûte que coûte l’objectivité absolue de l’économie des sacrements, in actu primo s'entend. Celle-ci demeure autant que possible en dehors de la portée humaine.

Il faudrait démontrer sinon que l'Église a reconnu dans le passé comme valides des sacrements réalisés avec un rituel hérétique (hérétique notamment concernent le point précis du sacrement duquel il s'agit) ou, au moins, pour reprendre l’expression du pape Léon XIII, lui-même citant son prédécesseur Jules III : des sacrements conférés minus rite et non servata forma Ecclesiae consueta, moins correctement et en ne gardant pas la forme coutumière de l'Église, ce qui suffit déjà, même par des prêtres qui n’étaient eux pas hérétiques (au moins sur ce même point de doctrine), ou qui étaient de bonne foi.

Vous en connaissez des cas ? Je vous en féliciterais. Vous m’apprendriez une chose et je vous en saurais gré. Mais je crois que vous n’en trouverez pas.

ad 3 : Exact iuxta modum. Car ce dont parle Apostolicae curae dans le bout que vous citez est un rite catholique, dummodo ritu catholico, dit le Pape, "pourvu que le rite soit catholique", il ne faut pas l’omettre de votre citation ; mais si en revanche le rite n'est pas d’emblée catholique, ou s’il est douteux, on revient au cas 2.

C’est précisément là le point contesté du NOM !
Puisque un rite catholique, prescrit par l'Église, ne peut pas être "ambigü, ou incomplet, ni être sans exprimer exhaustivement l'intégralité de la Foi de l'Église".

Ce qui peut arriver, c’est qu’un prêtre individuel, disons farfelu ou inculte, comme dans l’exemple de saint Thomas que vous citiez, modifie le rite, d’abord catholique, insistons, et le rend ambigu ou incomplet. Dans ce cas la validité dépendra en effet de ce prêtre, s’il agit, avec saint Thomas, encore cum intentione conficiendi hoc sacramentum, alors : perficeretur hoc sacramentum, même si le prêtre graviter peccaret.

Mais le point de départ ici est autre : le rite catholique amputé par le célébrant.

Le cas du NOM qui nous occupe est l’inverse: un rite amputé que le célébrant prétend sauver. Et cela c’est en vain.



Il vous reste donc à démonter soit que le NOM contredit explicitement la Foi de l'Eglise (2 ci-dessus),



Cette démonstration a été faite, il existe une ample littérature dans plusieurs langues européennes à ce sujet, depuis bientôt 50 ans, de valeur parfois inégale ou fragmentaire certes, mais dans son ensemble convaincante et proportionnant une certitude morale suffisante.

Maintenant si Meneau m'invite à faire cette démonstration ici-même, Un modérateur pourrait intervenir et me dire : stop !
Alors, que faire ?


Vous l’avez vous-même fait remarquer ici à une âme zélé, et je vous en remercie (vous êtes comme nous disons ein Ehrenmann, dont l’espèce est en extinction de nos jours, mais dans nos milieux ce mot n'est pas encore vain) : mes mains sont ici liées.

Je m'arrête là.



soit que l'intention du prêtre est déficiente (3 ci-dessus). De plus, il vous faut restreindre cette analyse à ce qui est strictement nécessaire (et suffisant) à l'accomplissement du sacrement : matière et forme.



Eh bien non.
Ici aussi Apostolicae curae nous sert de guide. On se rend compte du caractère absolument providentiel de cette lettre apostolique, au vu de ce qui allait se passer au XXe siècle, mérite involontaire de l'abbé Portal et des siens, car elle énonce des principes de théologie sacramentelle d'une façon absolument limpide et tranchante, quoique concernant une controverse au fond décidée depuis belle lurette, et seulement, comme le dit le Pape, exsuscitata, à cause du fait qu'on n'a pas pris assez en compte les décisions pontificales d'avant lui, documentis haud satis quam oportuerat cognitis.
Aujourd'hui nous lui en savons gré (sans parler de l'empreinte de latiniste incomparable que porte ce texte, chapeau au presque nonagénaire).
Le Pape dit que "pour apprécier d'une façon exacte et complète" la validité, "rien assurément ne vaut l'examen scrupuleux des circonstances dans lesquelles il [le rituel en question] a été composé et publié" (quibus adiunctis rerum conditum sit et publice constitutum : voilà la significatio ex adiunctis à prendre en compte). Ainsi des paroles en soi orthodoxes ou pouvant au moins être interprétées de la façon, acquièrent un sens équivoque, non par elles-mêmes, mais par leur contexte : semel novato ritu, minime constat formula, une fois le rite changé, les formules ne signifient plus la même chose.
Il faut donc, pour juger correctement, prendre en compte "quel esprit animait les auteurs", "quels appuis ils ont demandé aux sectes hétérodoxes" (huhuhu) et "quel but ils poursuivaient". Nimis enimvero scientes quae necessitudo inter fidem et cultum, inter legem credendi et legem supplicandi intercedat : ne sachant que trop la relation nécessaire (oui !) qui existe entre la foi et le culte, entre la loi de croyance et la loi de prière, liturgiae ordinem, specie quidem redintegrandae eius formae primaevae, ad errores Novatorum multis modis deformarunt : ils ont grandement défiguré l'ensemble de la liturgie conformément aux doctrines erronées des novateurs, sous prétexte de la ramener à sa forme primitive (huhuhu).
Bon, vous avez compris.

Je maintiens donc, avec la parole du pape Léon XIII, et dûment prise en compte la significatio ex adiunctis, que les formes sacramentelles dans le NOM sont et demeurent nomina sine re.

Sat prata biberunt !


images/icones/neutre.gif  ( 860355 )Ou bien… ou bien… par pacem tuam da nobis, Domine (2019-01-20 13:57:59) 
[en réponse à 860332]

«Donc ou bien le NOM n'est rien de tout cela (et nous nous trompons lourdement), ou bien celui qui le prescrit n'est pas ce qu'il semble être.»

Autrement dit, ou bien j'ai tort[*] – hypothèse toute d'humilité et de prudence que ne saurait envisager un Lycobates – ou bien celui qui a prescrit le NOM et celui qui le prescrit aujourd'hui encore n'est pas ce qu'il semble être, veuillez comprendre – M. Lycobates a de ces pudeurs… – «le pape» . Magnifique déclaration de sédévacantisme.
M. Lycobates comprendra que le soussigné trouve plutôt comique qu'un sédévacantiste vienne nous[**] donner des leçons d'orthodoxie.
Cordialement.
Pacem tuam da nobis, Domine
P.-S.: Merci à BK d'avoir «fai[t] le sale boulot»!
PP.-SS.: Meneau pourrait-il préciser les raisons pour lesquelles les prières eucharistiques 2, 3 et 4 ne seraient peut-être pas valides, ainsi que le laisse entendre sa parenthèse «tout au moins pour la Prex 1»?
PPP.-SSS.: Des notes d'un cours donné par l'Abbé Thomas Dowd (actuellement évêque auxiliaire de l'archidiocèse de Montréal) prises par un Claude Roy: elles sont loin d'être inintéressantes.
C'est par ici.
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Notes
[*] Mais quel est ce «nous»? Un «nous» de majesté? Pas de problème alors. Un «nous» incluant subrepticement d'autres liseurs, voire, tout bonnement, les liseurs du FC? Là, c'est un peu gros comme ficelle rhétorique: je ne dois pas être le seul sur ce forum à estimer le NOM valide… Que Lycobates assume personnellement ses options personnelles.
[**] «Nous», ici, ce sont tous les catholiques qui tiennent le NOM pour valide : le pape, les évêques (tout de même 5'304 en 2017 me signale le web), les prêtres (tout de même 415'656, sans compter bien sûr les moines et moniales), les diacres, les centaines de millions de catholiques qui, jour après jour, dimanche après dimanche, célèbrent ce rite sans voir ni comprendre que, « pris dans son ensemble, [il] ne véhicule pas l'intention de faire ce que fait l'Église».
Heureusement que dans cette nuit spirituelle et liturgique qui recouvre de ses ténèbres “la machine ronde” toute entière brille ce «phare allumé sur mille citadelles» qu'est Lycobates pour dessiller nos pauvres yeux d'aveugles et nous faire comprendre que l'Église pratique un rite qui ne véhicule pas l'intention de faire ce que fait l'Église. Traduit en clair: l'Église fait ce que l'Église n'a pas l'intention de faire. Faut oser!
images/icones/neutre.gif  ( 860382 )Mouais... par Meneau (2019-01-20 21:26:58) 
[en réponse à 860355]

Aucun de vos arguments ad hominem ne répond sur le fond. La "pudeur" dont vous parlez lui est imposée par les règles du forum, mais Lycobates ne s'est jamais caché de son sédévacantisme. Quant aux leçons d'orthodoxie, je suis à peu près sûr qu'il pourrait vous en donner, comme à moi d'ailleurs, son érudition dépassant probablement la somme des deux nôtres. De par leur position délicate, les sédévacantistes ont souvent planché sur ces questions beaucoup plus que vous et moi. Un peu d'humilité ne vous ferait pas de mal à vous non plus.

Pour répondre à la question que vous me posez : j'ai dit "au moins Prex 1" parce que c'est la plus proche du canon romain, et que je n'ai pas eu le temps de chercher pour les autres. Mais il y eu par exemple de nombreuses controverses quant à la validité sacramentelle de l'anaphore d'Addaï et Mari.

Cordialement
Meneau



images/icones/interdit.gif  ( 860286 )Mes excuses, Lycobates, c'est chez vous aveuglement idéologique par BK (2019-01-19 15:52:47) 
[en réponse à 860212]

vous rejetez de considérer l'origine de l'expression potus spiritualis (merci pour la correction de ma coquille) chez Saint Paul, et son renvoi explicite aux Flots jaillis du Côté ouvert du Christ sur la Croix.

Le Bref examen n'est pas plus malin sur ce point.


Je vous concède que les traductions ne sont pas heureuses, mais votre critique portait bien sur le latin.