Le Forum Catholique
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( 857121 )
"La Classe du Concile" par Candidus (2018-11-19 15:08:37)
Un article éclairant, mais combien déprimant, est paru dans le
National Catholic Register, l'équivalent américain de feu
Témoignage Chrétien. Il traite de 70 séminaristes provenant de plusieurs diocèses américains qui furent envoyés à Rome, au
North American College, quelques jours avant l'ouverture du Concile, pour suivre les cours de théologie de l'Université Pontificale Grégorienne. Durant toute la durée du Concile, ces séminaristes jouissaient du privilège de pouvoir assister aux séances conciliaires.
52 ans après leur ordination en 1966, les 20 survivants de ce groupe, encore en assez bonne santé pour le faire, se sont réunis à Chicago durant 4 jours. Ils se désignent eux-même comme
"la Classe du Concile".
Quelques chiffres tout d'abord :
Sur les 70 séminaristes partis à Rome en 1962, 55 ont été ordonnés.
Sur les 55 ordonnés, 31 n'ont pas persévéré, soit ils ont défroqué, soit ils ont été réduits à l'état laïc. Plus de la moitié de "la Classe du Concile" donc !
Quel était leur état d'esprit en 1962 et quel est-il aujourd'hui ?
En 1962, ils espéraient que le célibat ecclésiastique serait aboli et que la contraception serait autorisée. Grande déception pour eux.
Et aujourd'hui ? Le ton est donné par le sujet de plaisanterie qui a égayé ces journées de retrouvailles :
"Un article partagé par Joe Reid au sujet de la vieille notion théologique selon laquelle un "changement ontologique" se réalise par l'ordination sacerdotale, est devenu un sujet constant de plaisanteries durant les quatre jours passés ensemble. La Classe n'a jamais gobé cette notion, ils en ont bien ri, et ont pris plaisir à la démolir."
Un sentiment fait l'unanimité de ces vétérans du Concile : la reconnaissance envers le Pape François :
"Quand François est arrivé, ce fut comme un retour à 1966. C'était comme la sortie d'un long tunnel obscur... une brise de vent frais [...]
A la fin du pontificat de Jean-Paul II et aussi durant celui de Benoît, nous avons formé un cercle de chariots [allusion aux indiens et aux cow-boys durant la conquête de l'Ouest]
afin de nous protéger. Nous étions contre le Monde. On a vu dès son élection que François avait une manière totalement différente de considérer la réalité."
L'ombre d'un regret apparaît cependant, mais vite tempéré :
"La seule chose que [François] ne comprend pas encore, c'est la place de la femme dans l'Eglise", mais
"on reste pleins d'espoir".
Ce que ne nous dit pas cet article, évidemment, c'est comment ces prêtres et ex-prêtres gèrent le contraste entre le choix initial de vouer leur vie à la transcendance et ce qu'ils sont devenus : des hommes empêtrés dans l'immanence du monde moderne. La dichotomie est telle que l'on se demande comment ils peuvent se convaincre d'avoir réussi leur vie.

( 857128 )
C'est un article du National Catholic Reporter ! par Athanase (2018-11-19 16:36:07)
[en réponse à 857121]
Le National Catholic Reporter est un journal progressiste, mais le National Catholic Register suit plutôt une ligne conservatrice dans la lignée de Mother Angelica et de EWTN. Or vous indiquez le National Catholic Register en raison de cette quasi homonymie.

( 857133 )
Exact par Candidus (2018-11-19 17:09:39)
[en réponse à 857128]
C'est une source de confusion permanente mais le lien est correct.

( 857144 )
ils se réunissent à Chicago, la ville des gangsters cléricaux par Luc Perrin (2018-11-19 18:44:48)
[en réponse à 857128]
c'est assez significatif.
Chicago est une citadelle de l'homocléricalisme et de l'hérésie et des trafics en tout genre depuis au moins le cardinal Bernardin.
Il y a aujourd'hui le féal serviteur des basses oeuvres romaines, Son Eminence le cardinal Cupich. Sans doute le pire des prélats américains après McCarrick auquel il doit sa promotion et son chapeau écarlate.
Depuis la semaine passée, il a pris le contrôle de l'USSCB puisque 137 évêques se sont alignés sur ses positions contre 83 restés catholiques, 3 pleutres ayant préféré s'abstenir.
L'état de l'Illinois a engagé une enquête et on peut s'attendre à un rapport sanguinolent tellement le cloaque de Chicago empeste. C'est bien pire que Boston en 2002.
La culture d'Al Capone est restée prévalente dans cette ville (partout, Obama en sait quelque chose, la police y a été condamnée il y a quelques années pour 20 ans de tortures et de meurtres (!), la mairie est une infection ...) et depuis Bernardin au moins est entrée dans l'Église diocésaine.
Bref le Cardinal-archevêque est parfaitement "inculturé".
Church Militant a mis à jour l'existence de la Casa Jesus, une bonne oeuvre au départ faisant venir des vocations d'Amérique latine pour se former là et animer les communautés hispaniques. Sauf que la Casa Jesus était un pipe-line pour alimenter en "chair fraiche" les appétits de prélats et recteurs de séminaire et pas qu'à Chicago.
Cupich a été contraint devant le scandale de fermer la boutique.

( 857134 )
Ils sont d'une jeunesse qui donne espoir ! par Athanase (2018-11-19 17:28:38)
[en réponse à 857121]
Les photos parlent d'elles-mêmes : les vétérans d'une génération-catastrophe. Aucun habit religieux, les mêmes photos que l'on a pu voir sur des sites diocésains.
Quand je vois la jeunesse des instituts traditionnels, je me demande si les images que l'on pourrait comparer ne sont pas, à elles seules, ironiques !
Sinon, je me dis qu'il y a en partie une manière de résoudre la crise: la solution biologique.

( 857138 )
Sont-ils vraiment prêtres ? par Regnum Galliae (2018-11-19 18:03:15)
[en réponse à 857121]
sur le changement ontologique lié à l'ordination sacerdotale :
La Classe n'a jamais gobé cette notion, ils en ont bien ri, et ont pris plaisir à la démolir.
Ont-ils eu l'intention de recevoir le véritable sacerdoce catholique ? Si ce n'est pas le cas, ont-ils bien reçu le sacrement de l'ordre ?

( 857145 )
[réponse] par Tryphène (2018-11-19 20:09:23)
[en réponse à 857138]
Psaume 109
Oracle du Seigneur à mon seigneur : " Siège à ma droite, et je ferai de tes ennemis le marchepied de ton trône. "
De Sion, le Seigneur te présente le sceptre de ta force : " Domine jusqu'au coeur de l'ennemi. "
Le jour où paraît ta puissance, tu es prince, éblouissant de sainteté : " Comme la rosée qui naît de l'aurore, je t'ai engendré. "
Le Seigneur l'a juré dans un serment irrévocable : " Tu es prêtre à jamais selon l'ordre du roi Melkisédek. "

( 857142 )
La désacralisation par Abbé Néri (2018-11-19 18:32:08)
[en réponse à 857121]
Tourner en dérision le « caractère ontologique » du sacrement de l’ordre est particulièrement révélateur d’un état d’esprit clairement hétérodoxe. Mais il s’agit aussi d’une des causes qui a conduit aux scandales qui secouent en profondeur l’Eglise en Amérique.
Une expression largement répandue exprime ce mépris du « changement ontologique » opérée par l’ordination sacerdotale : « le prêtre est un homme comme les autres ».
Il s’agit là d’un manque total du sens du « caractère sacramental ».
C’est une réaction imprégnée de naturalisme qui répugne à la distinction entre sacré et profane. Or, c’est l’effet propre d’une consécration, de mettre à part une chose ou une personne, d’un usage ou activité profane pour l’orienter vers le service de Dieu.
Dans tous les sacrements qui impriment un caractère cette séparation s’accompli en s’intensifiant, le baptême sépare du monde, en rendant l’homme qui le reçoit apte à vivre d’une manière nouvelle, de la vie de la grâce. La confirmation rend le chrétien apte à faire face aux obstacles inhérents à la vie de la grâce par une influence plus grande des dons du Saint-Esprit. Le sacrement de l’ordre met à part celui qui le reçoit par une participation plus étroite au sacerdoce de Jésus-Christ, du reste des fidèles.
En fait cette attitude est une illustration d’un effet parmi les plus visibles qui caractérisent la crise qui s’abat sur l’Eglise : « la désacralisation ».

( 857146 )
Merci M l abbé par Aigle (2018-11-19 20:45:45)
[en réponse à 857142]
Votre interprétation est très claire.
Je note que le ver est entré dans le fruit avant le concile hélas...le concile a donné libre cours à des déviations latentes mais déjà fortement présentes...

( 857147 )
Les orientations du Concile par Jean-Paul PARFU (2018-11-19 20:55:56)
[en réponse à 857146]
n'auraient pas été possibles si le ver n'avait pas été dans le fruit avant le Concile. C'est clair pour tout le monde, Aigle !
C'est d'ailleurs la raison pour laquelle Pie XII avait refusé d'en convoquer un malgré les conseils qui lui étaient donnés à ce sujet.
St Pie X, grâce à ses encycliques et aux mesures qu'il a prises au début du XXème siècle, aura malgré tout réussi à retarder de 50 ans la crise de l'Eglise.

( 857152 )
Fausse interprétation par Signo (2018-11-19 22:05:02)
[en réponse à 857147]
La crise rongeait l'Eglise de l'intérieur depuis au moins le XVIe siècle. La politique de tous les papes de l'Eglise post-tridentine, en particulier S. Pie V et S. Pie X a été de mener ce que j'appelle une politique du "corset": la sève du christianisme s'est desséchée, le corps ecclésial est déjà en phase de putréfaction, donc on l'enserre dans un corset juridico-disciplinaire (codification de la Messe, instauration de l'Index et de l'Inquisition romaine, etc) pour malgré tout le faire tenir debout... mais à aucun moment on ne traite le cœur du problème, qui est la perte de l'esprit traditionnel. La réforme conciliaire de Vatican II n'a fait qu'enlever le corset (c'est à dire cette approche rubricisante de la liturgie, et cet ensemble de règles souvent très contraignantes et pesantes qui régissaient la vie quotidienne des fidèles et du clergé) révélant ainsi au grand jour que les apparences étaient trompeuses et que la véritable spiritualité dans l'Eglise était déjà fortement anémiée. Sans son corset qui le maintenait artificiellement debout, le cadavre s'est effondré puis disloqué. C'est ce qui s'est passé dans les années 1960-1970. Une fois que vous avez compris ça, c'est toute l'histoire de l'Eglise dans la seconde moitié du XXe siècle qui s'éclaire.
Parmi le clergé des années 1950-1960, les vrais progressistes, les vrais idéologues sont certes influents mais ultra-minoritaires. La majorité du clergé n'est pas idéologisée (elle n'en a pas les capacités intellectuelles de toute façon), elle se contente de suivre quelques intellectuels gourous farcis d'idées à la mode, mais de manière très superficielle. Le vrai problème de ce clergé n'est pas d'ordre idéologique, il est d'ordre spirituel: dans les séminaires l'enseignement de la liturgie se limite à savoir restituer méticuleusement les pointilleuses rubriques de la messe de S. Pie V mais sans jamais en expliquer la signification théologique et mystique. Comme ce clergé ne comprend pas le fond de la liturgie qu'il célèbre pourtant docilement, celle-ci lui apparaît comme un ensemble de rites désuets et pesants et il n'a qu'une obsession: s'en débarrasser.
Une génération entière de clercs a vu, dans le Concile qui s'annonçait, la libération qui allait les affranchir des servitudes de l'Eglise d'autrefois et leur permettre de vivre un sacerdoce nouveau, débarrassé des exigences traditionnelles que ces clercs ne comprenaient plus (théologie traditionnelle du sacerdoce, célibat, ascèse, vie de prière, etc). Cette effervescence qui régnait dans les séminaires, les communautés religieuses et les groupes de jeunes pendant la durée du Concile est ce que l'on appelle à tort "l'esprit du Concile", c'est à dire ce concentré de toutes les aspirations, illusions et fantasmes qu'une génération entière de prêtres et de laics a projeté sur le Concile. Le véritable Concile, celui des textes, des Pères et de la redécouverte de la Tradition, n'intéressait personne et d'ailleurs bien rares sont les chrétiens qui en on vraiment lu les constitutions et les déclarations. La douche froide de la restauration wojtylienne (restauration de la dévotion mariale, sanction de nombreux théologiens et clercs hétérodoxes, condamnation du libéralisme moral, rappels doctrinaux multiples...), honnie par la génération 68, plongeait pourtant bien ses racines dans les enseignements du Concile: Sacrosanctum Concilium qui réaffirme la théologie traditionnelle et les principes fondamentaux de la Sainte Liturgie déjà enseignés par Pie XII dans Médiator Dei, Gravissimum educationis qui rappelle l'importance de la philosophie thomiste traditionnelle dans l'enseignement, Presbyterorum ordinis qui rappelle la théologie et la discipline traditionnels du sacerdoce, Lumen Gentium approfondissant l'ecclésiologie traditionnelle, etc.
Le véritable Concile tout entier repose sur un équilibre entre restauration de l'immémoriale Tradition, et ouverture limitée à certains aspects de la culture moderne, ce qui est certes une vraie rupture, mais non pas avec la grande Tradition catholique, mais plutôt avec une certaine attitude défensive et une certaine mentalité de "forteresse assiégée" qui s'était peu à peu emparée des esprits catholiques depuis la restauration tridentine, et bien plus encore à partir du XIXe siècle.

( 857168 )
[réponse] par Regnum Galliae (2018-11-20 13:50:32)
[en réponse à 857152]
Pouvez-vous préciser ce que vous entendez par
La crise rongeait l'Eglise de l'intérieur depuis au moins le XVIe siècle.
Qu'il y ait eu une crise au XVIè siècle, certes, mais l'Eglise en a toujours connu : voyez l'arianisme, le Schisme d'Occident. Entre les deux, Notre-Seigneur n'a-t-il pas demandé à St François d'Assise de "rebâtir son Eglise" ? Toutes ces crises ont donné de grandes réformes, de grands saints et de grands siècles chrétiens : le XIIè siècle, le XVIIè, le XIXè.
Je ne vois pas de continuité dans la crise, si ce n'est que la généralisation de l'imprimerie a produit comme un effet cliquet où l'erreur s'est maintenue là où elle était apparue sans être déracinée comme avec l'arianisme ou le catharisme. Mais cela ne retire rien à la beauté de ce que l'Eglise a fait pour redresser les torts qui lui étaient faits.
Vous évoquez un corset là où Notre Seigneur parle à Saint Pierre de "fortifier ses frères dans la foi". Soit, mais vous confondez cause et conséquence. C'st parce que le "corset" s'est délité que l'Eglise, ou plutôt ses serviteurs, sont tombés et non pas l'inverse. Vous semblez dire que l'Eglise est morte (le "cadavre") depuis la Renaissance...

( 857182 )
Réponse et précisions par Signo (2018-11-20 19:30:52)
[en réponse à 857168]
La crise qui prend de l'ampleur au XVIe siècle (et qui commence à couver dès le XIVe s., avec le nominalisme de Guillaume d'Occam) n'est pas qu'une simple vague diffusion d'hérésies comme par le passé (arianisme, monophysisme, catharisme, etc), c'est une très profonde dégradation spirituelle et philosophique. Pour faire simple, c'est l'avènement de la modernité (le "projet moderne" comme dirait Rémi Brague) qui consiste pour l'ensemble des sociétés européennes à se détacher à la fois du réel (rupture avec le thomisme), et du primat divin (autonomisation de la société par rapport au spirituel, l'humanisme néo-païen étant la première phase d'un processus qui conduira au laïcisme et à la sécularisation complète des sociétés). C'est donc plus qu'une hérésie, c'est une crise anthropologique très profonde qui se manifeste par un rejet de plus en plus radical du sacré et de la Tradition, par le culte d'une science exclusivement tournée vers des applications utilitaires et matérielles, etc.
Face à cette crise, l'attitude de l'Eglise a toujours été ambivalente (et pas seulement avec Vatican II). D'un côté, on condamne fermement les idées de la modernité, et on tente d'en conjurer l'influence avec ce corset juridico-disciplinaire dont j'ai parlé dans mon message précédent. Le problème, c'est que cette réaction de l'Eglise se contente de maintenir artificiellement des formes par une multitude de règlements qui imposent des attitudes et des comportements qui jusqu'au Moyen-Age (et aujourd'hui encore chez les chrétiens orientaux) auraient dû rester naturelles. A aucun moment on essaie de régler le fond du problème, qui est la perte de la mentalité traditionnelle, pourtant indispensable à une juste compréhension des vérités de la Foi. Par exemple, on continue jusqu'au milieu du XXe siècle de célébrer la liturgie vers l'Orient mais on ne comprend plus la signification de cette posture (comme par hasard, il me semble que c'est à partir du XVIe siècle que l'orientation des églises cesse d'être systématique). Du coup, petit à petit, les gens (et le clergé lui-même) en arrivent à penser, non pas que le célébrant célèbre vers l'Orient, mais qu'il "tourne le dos au peuple". Le retournement des autels qui a eu lieu dans les années 1960 est donc l'aboutissement logique de la crise qui commence à la "Renaissance".
Attitude ambivalente de l'Eglise face à cette modernité car l'Eglise tridentine, tout en s'opposant aux conséquences ultimes de la crise moderne (le protestantisme), épouse sous bien des aspects la nouvelle culture néo-paienne propre à la Renaissance: l'art sacré est désormais envahi par cet état d'esprit nouveau (fresques de la chapelle Sixtine, Messes de Haydn et de Mozart, diffusion du style baroque qui, contrairement au roman et au chant grégorien, n'est pas un style issu du Sacré chrétien, mais est un style profane que l'on introduit dans le culte divin. Même chose pour le style classique, etc). Il ne faut pas oublier que ce n'est pas un hasard si c'est l'ordre religieux qui incarne le plus la Réforme catholique, à savoir la Compagnie de Jésus, qui se voudra toujours plus moderne que les modernes, et ce jusqu'à aujourd'hui.
Or, perdre le sens de l'orientation de la liturgie vers une réalité cosmique concrète, le soleil levant, rompre avec l'adhésion au réel prônée par le thomisme et la remplacer par des constructions abstraites (idées des Lumières, "valeurs de la République", etc) qui dégénèrent bien vite en idéologies qui nous coupent du réel, c'est provoquer inévitablement une décadence de la religion elle-même, la foi se dégradant en un vulgaire "sentiment religieux" pétri de bons sentiments naïfs et iréniques (post ou néo-catholicisme qui triomphe actuellement).
Quelques précisions:
- on voit que, mis à part quelques passages très limités (et déjà périmés), trop teintés d'un certain optimisme niais dans Gaudium et Spes, Vatican II réaffirme l'essentiel de la foi traditionnelle et remet même en lumière des réalités ecclésiologiques et mystiques traditionnelles quelque peu oubliées depuis le XVIe siècle.
- on ne saurait reprocher quoique ce soit à S. Pie V, S. Pie X, etc. Ils ont fait ce qu'ils ont pu dans le contexte qui était le leur. Il est probable que la "politique du corset" était la seule politique possible pour limiter les dégâts, même si avec le recul des siècles et sachant ce qui est advenu par la suite, on voit désormais clairement les limites de cette politique;
- il ne s'agit pas non plus de condamner les fastes des églises et de la musique baroques. A titre personnel, je sais les apprécier et en reconnaître la splendeur, mais cela ne change rien au fait qu'ils constituent le symptôme d'une perte du sens de la liturgie sacrée par l'invasion du culte par un art qui ne relève pas spécifiquement du sacré mais de la mondanité profane;
- le fait que malgré cette très profonde et très grave crise de la spiritualité qui touche l'Occident depuis le XVIe siècle l'Eglise ait continué de susciter des saints, des martyrs et des docteurs (et au passage ait pu continuer de contribuer au salut de millions d'âmes) est bien la preuve qu'elle est restée l'Eglise du Christ et qu'elle bénéficie toujours de l'Esprit Saint, malgré cette crise épouvantable;
- Enfin, cette analyse confirme que le traditionalisme est une impasse, puisqu'il consiste simplement à rétablir tels quels les usages tridentins en vigueur avant le Concile, sans jamais s'interroger sur les causes profondes et anciennes qui nous ont mené au désastre, se contentant de l'analyse superficielle du "c'est la faute au Concile", "c'est à cause de la nouvelle messe". Comme à aucun moment les traditionalistes ne remettent en cause les excès rubricistes tridentins (qui sont le symptôme d'un esprit traditionnel que l'on a perdu mais que dont on s'acharne à maintenir artificiellement la forme), ils sont incapables pour la plupart de poser le bon diagnostic et donc d'apporter le bon remède.

( 857184 )
Évidemment, si vous lisez Brague pas étonnant par BK (2018-11-20 19:47:49)
[en réponse à 857182]
que vous voyiez les choses avec un recul dont peu sont capables...
Et ce n'est pas parce qu'il a eu le prix Ratzinger que je dis ça, mais parce que c'est vrai.

( 857186 )
Qui vous dit Signo par Jean-Paul PARFU (2018-11-20 20:41:35)
[en réponse à 857182]
que le traditionalisme ne s'interroge pas sur les causes profondes de la crise de l'Eglise et qu'il serait donc une impasse alors qu'il a déjà sauvé ce qui pouvait encore l'être ?

( 857192 )
Ce qui me dit... par Signo (2018-11-20 21:50:30)
[en réponse à 857186]
... que le traditionalisme dans son ensemble ne s'interroge pas sur les causes profondes de la crise c'est:
- que JAMAIS je n'ai entendu un seul prêtre "traditionaliste" s'interroger avec un minimum de lucidité sur les multiples défauts du Missel de 1962 tel qu'il est mis en oeuvre dans les instituts traditionalistes. On fait comme si la Tradition se confond avec l'approche traditionaliste de la liturgie, ce qui est faux, comme l'on démontré de nombreux liturgistes parfaitement traditionnels et orthodoxes (Jean Hani, Louis Bouyer, J. Ratzinger...);
- que dans les chapelles traditionalistes, c'est presque toujours le même décorum qui est déployé: un decorum souvent lourd hérité du XIXe siècle (déjà bien décadent sur le plan de la liturgie), decorum qui n'a rien à voir avec la Tradition, avec cette chasuble "boîte à violons" devenue incontournable voire quasi obligatoire dans certaines chapelles pour ne pas passer pour un moderniste (lire ce que Dom Guéranger écrivait à propos de ce type de paramentique), ces dalmatiques raides, cette attitude rigide des ministres à l'autel dont les gestes, en manquant singulièrement de naturel, évoquent d'avantage les mouvements de robots que l'alter Christus que le prêtre est sensé incarner. Sans parler de ce qui est peut-être le pire, à savoir ces insupportables tics dans la manière de célébrer, surtout les messes basses, consistant à avaler à toute vitesse les prières latines, comme si la liturgie se réduisait à un ritualisme froid et sec, un ensemble de gestes à accomplir mécaniquement et machinalement, sans prendre le temps de la prière, du recueillement... c'est exactement cette approche formaliste et juridique de la liturgie (que l'on ne retrouve pas dans les monastères, comme Fontgombault ou le Barroux, heureusement) qui a fait l'objet d'un rejet massif de toute une génération (et on les comprend!), génération qui, en jetant le bébé avec l'eau du bain, nous a précipité dans le désastre actuel.
- enfin, que la liturgie ne suscite que peu d'intérêt dans les milieux traditionalistes, peu de discussion, encore moins de réflexion. Il n'y a pas de curiosité sur le sujet. On y critique la messe de Paul VI, on loue la messe de Pie V, et... cela s'arrête là. Quelques prêtres tradis se sont intéressés à la question en publiant des ouvrages ou des articles de fond (abbés Barthe, Gouyaud...) mais ce sont des exceptions dans le monde traditionaliste et d'ailleurs il est révélateur que ces prêtres liturgistes ont tous fini par quitter leurs communautés d'origine (FSSPX, FSSP) pour rejoindre le clergé diocésain, comme s'il était impossible de poser les bonnes questions en restant au sein des instituts...
Au bilan donc, on peut certes être reconnaissant aux instituts traditionalistes d'avoir conservé et transmis la foi et la messe au milieu de la tempête des années 1970-1980... mais maintenant, il serait peut-être temps de surmonter certaines crispations pour remonter le fleuve de la Tradition pour retrouver la Source...

( 857210 )
Jean Hani cité comme liturgiste de référence par Pétrarque (2018-11-21 06:25:03)
[en réponse à 857192]
Vous y allez un peu fort.
Si Jean Hani est "traditionnel", ce n'est certainement pas au sens catholique du terme...

( 857228 )
Alors, c'est que votre sens de "traditionnel" n'est pas le juste sens ! par Glycéra (2018-11-21 10:23:07)
[en réponse à 857210]
Si vous avez lu Jean Hani, sur la liturgie, sur le symbolisme du temple chrétien, sur tous ces sujets, il est centré dnas la tradition la plus vénérable.
Si vous limitez le mot tradition , même en l'affublant d'une majuscule propriétaire que d'aucuns s'auto-attribuent en exclusivité, comme un brevet qu'ils auraient fait enregistrer, alors vous aurez bon de dire que tel ou tel n'est pas ...
Si tous les écrivains avaient le sens profond, ancré dans l'âme, que Jean Hani a, et si nous les lisions avec l'oeil du Coeur, nous ne serions pas dans le marais où cela patauge.
Les desseins de la Providence sont hors de portée de nos petites idées.

( 857256 )
Jean Hani est un guénonien par Pétrarque (2018-11-21 18:50:49)
[en réponse à 857228]
Ce n'est pas une injure, j'ai lu certains de ses livres et les ai appréciés.
Pour ce qu'ils sont.
C'est à dire pas, au sens strict du terme, des ouvrages catholiques.
Il y a tradition et tradition.

( 857265 )
Et à part cela, le connaissez-vous ? par Glycéra (2018-11-21 21:35:16)
[en réponse à 857256]
Avoir lu quelques livres, ou l'avoir entendu parler de la messe qu'il aimait sont deux choses tellement éloignées que cela me confirme que vous jugez sans savoir ...
Ce n'est pas parce qu'on a lu et apprécié la clarté de Guénon qu'on n'a pas de tradition ecclésiale viscérale !

( 857523 )
Vous ne m'avez pas compris, Glycéra... par Pétrarque (2018-11-24 15:58:51)
[en réponse à 857265]
Je ne juge rien ni personne, je me borne à constater que Jean Hani ne peut être tenu pour un liturgiste catholique.
C'est un tenant de l'ésotérisme chrétien, comme Jean Borella, comme l'abbé Stéphane, toutes personnes éminemment respectables et dont les travaux peuvent être fort intéressants, mais qui doivent être pris avec prudence.
La plupart des livres d'Hani ont été publiés chez des éditeurs qui n'ont rien de catholique.
J'ai lu Jean Hani, je vous remercie, et j'en ai tiré deux conclusions :
- c'est passionnant
- ce n'est pas catholique.
Il ne suffit pas de parler de la messe, fut-ce avec une émotion et une piété communicatives, pour être catholique et fiable dans toutes ses affirmations.
Parenthèse refermée en ce qui me concerne.

( 857195 )
Approbation et ... autres précisions et hypothèses par Paterculus (2018-11-20 22:33:13)
[en réponse à 857182]
Dans ce
message, je dis des choses assez semblables à ce que vous exposez dans le vôtre.
A mon avis il faut remonter au-delà d'Occam. Je pense que l'évolution dont vous parlez vient de l'adoption des chiffres arabes au XIIIème siècle. Ils sont utiles dans leur ordre, celui de la mesure, mais comme ils sont fascinants, on adopte le mode de raisonnement qu'ils entraînent pour l'appliquer à tout.
En effet, les chiffres arabes permettent de parler de 1,7 enfants par femme. "1,7 enfants" n'est pas un être réel. Avant on raisonnait par fractions. On aurait dit par exemple "dix femmes ont en moyenne 17 enfants. L'abstraction mathématique a comme changé de nature. Et non seulement on a des expressions comme "1,7 enfants" qui ne désignent pas d'être réels, mais qui permettent seulement de compter les êtres réels, mais en plus on a de nouveaux concepts, comme le zéro et l'infini qui explicitement ne désignent aucune réalité.
On voit dans Joinville que Saint Louis a demandé un jour à ses proches s'ils savaient ce que signifie que Dieu est infini : l'idée est totalement nouvelle à cette époque. D'ailleurs dans la liturgie on ne parle pas à "Dieu infini" : à la rigueur on peut trouver des expressions comme "Dieu d'infinie bonté", mais j'aimerais savoir à quelle époque ont été rédigées les formules qui les contiennent.
Donc on a au XIIIème siècle l'apparition d'un mode de raisonnement qui se sert de concepts qui ne désignent rien de réel, et au XIVème siècle Guillaume d'Occam développe son nominalisme qui affirme que nos mots ne désignent rien de réel.
Vous connaissez l'histoire de la philosophie ensuite, avec l'idéalisme, etc.
Ce que je constate aujourd'hui c'est qu'on raisonne avec des concepts mathématiques sur des réalités qui ne devraient pas relever de ce raisonnement.
Distinguons par exemple le nombre nombrant et le nombre nombré, comme on dit en philosophie traditionnelle. Dans l'expression "trois verres", le nombre nombrant est "trois", le nombre nombré est "trois verres" (peut-être devrait-on dire "réalité mesurée", plutôt que "nombre nombré"). Cela permet d'y voir clair dans la question : le monde est-il infini ? Beaucoup répondent "oui", mais la question est mal posée. Car l'infini est de l'ordre du nombre nombrant, tandis que le monde est de l'ordre de la réalité à mesurer. La bonne réponse est que l'espace, concept qui est un être de raison (un être qui relève de l'abstraction mathématique), est effectivement infini, mais que le monde, lui, ne l'est pas. De même pour le rapport du monde avec le temps... Et les gens qui font ces confusions ont bien du mal avec le dogme de la création, car quand on dit que Dieu est le Créateur de l'univers visible (des êtres visibles, dit le texte latin - c'est à dire sensibles), cela signifie qu'il est le Créateur de tout de que nous pouvons mesurer dans l'espace et le temps.
Autre exemple : la façon dont nos dirigeants pensent aux personnes qu'ils gouvernent. Leur approche économique (dans laquelle les mathématiques ont une grande part) leur fait envisager l'homme comme on considère un point : par un point on peut faire passer une infinité de droites, et ainsi on pense que l'homme est capable d'avoir un nombre illimité de relations, ce qui est faux. Par exemple les relations d'amitié : elles ne peuvent être qu'en nombre restreint, à tel point que le mot "ami" change de sens quand on le met au pluriel. Cela fait que nos dirigeants agissent comme si l'on pouvait déraciner l'homme à l'infini pour les besoins de l'économie. Or on a besoin de relations stables avec les gens qu'on aime, avec les lieux qui sont familiers, etc.
Un autre exemple est celui de l'emploi du mot "hasard" : je crois que lui aussi relève de l'abstraction mathématique, en tout cas ce concept me paraît apparenté au zéro et à l'infini, et lui aussi nous vient de l'arabe. On entend dire parfois que le monde s'est fait par hasard. Mais le hasard n'est pas un être réel, il ne peut être cause de rien !
Que ceux qui aiment les mathématiques ne m'en veuillent pas. Pour leur part ils contemplent la création d'une certaine façon. En effet c'est Dieu qui a créé la matière comme mesurable, on peut donc dire que du même coup il a créé les êtres mathématiques qui servent à mesurer cette matière. Ce que je critique c'est l'application du raisonnement mathématique à l'examen de réalités qui relèvent d'un autre type d'approche. C'est pourquoi je souhaite que dans toutes les écoles où l'on a encore un peu de liberté d'enseignement, on fasse, dès la troisième ou la seconde, des cours d'initiation à la philosophie : à ce qu'est une abstraction, à ce qu'est un nombre, etc. Je dis souvent à des jeunes de ces âges-là "Si tu sais ce qu'est un nombre, tu domineras les mathématiques, sinon ce sont eux qui te domineront."
Pardonnez-moi, je suis plus long que je le pensais. Pour en revenir à un autre aspect de votre message concernant le symbole de l'orientation de la liturgie, il s'agit de ce que j'appelle dans mon autre message un symbolisme de comportement. "Quand tu pries à la messe, tu t'adresses à Dieu le Père (car on a assez généralement oublié que le prêtre, dans la liturgie eucharistique, parle à Dieu le Père) pour hâter le retour de son Fils : alors tourne-toi dans la direction d'où Il reviendra d'auprès du Père, Lui qui est
Oriens ex alto".
Et il est clair que ce type de raisonnement n'a rien à voir avec ce qui se mesure.
Bref nous sommes à une époque dominée par des barbares ("il n'y a pas de civilisation française", disent-ils et effectivement ils sont incapables de saisir cette civilisation) qui ont des tentations de démiurges. Et ce type d'hommes se trouve aussi dans l'Eglise, jusqu'aux plus hauts rangs, ce qui explique que certains puissent estimer qu'on doive bazarder un tas de choses qu'on ne comprend plus, en liturgie ou en morale et même en dogme.
Votre dévoué Paterculus

( 857216 )
Vrais et faux problèmes par Peregrinus (2018-11-21 08:41:07)
[en réponse à 857182]
Cher Signo,
Il me semble que vous soulevez simultanément trop de problèmes pour qu'il soit possible d'y répondre de façon satisfaisante. Je n'aurai donc pas cette prétention. Mais il me semble que parmi cette foule de graves questions, il faut distinguer les vrais et les faux problèmes.
Vous le savez, puisque je l'ai déjà écrit, je pense tout à fait caricatural le jugement que vous portez sur l'art de la Renaissance, l'art baroque, l'art classique ; en un mot, de l'art de ces époques heureuses où le monde catholique savait sans se renier rester uni à ce que la civilisation du temps produisait de meilleur, au lieu de tomber dans les pastiches et le néo-médiévalisme - parfois artificiel pour le coup, même si je ne déteste pas toujours les églises néo-romanes ou néo-gothiques, loin de là - qui ont été l'effet des inventions du XIXe siècle sur la "Renaissance païenne". Même pour le chant d'église, vous semblez négliger que dans la France classique, les plus grands compositeurs écrivaient du plain-chant, et que ce plain-chant n'a jamais cessé d'irriguer leurs œuvres en musique.
Je crois donc que vous vous méprenez à la fois sur le Moyen Age et sur les époques qui ont suivi.
De même, je n'ai guère de sympathie pour la spiritualité jésuite ou pour les nouveautés molinistes, mais ce que vous écrivez sur la Compagnie de Jésus est extraordinairement réducteur ; comme est réductrice la dénonciation très tarte à la crème des excès du soi-disant juridisme, qui n'était rien d'autre en réalité que la garantie contre l'arbitraire d'une part, contre l'inféodation de l'Eglise à la puissance temporelle d'autre part.
Enfin, et je rejoins entièrement sur ce point M. Parfu dans la réponse qu'il vous fait, le fait que la plupart des traditionalistes ne réfléchiraient pas - ce qui reste à prouver - aux causes profondes du désastre actuel est pour le coup un faux problème.
La majorité des traditionalistes n'y réfléchissent pas ? Mais qui leur leur demande ? Personne. Ce n'est pas leur rôle. Je ne crois pas pour ma part qu'il faille rêver de chapelles de raisonneurs en rond, de faiseurs de théories incapables de les étayer ; je dirais même qu'il y en a déjà trop et beaucoup trop. Les fidèles chrétiens ne sont pas là pour réfléchir aux origines de la crise : ils sont là pour sauver leur âme, vivre de l'amour de Dieu qui nous a aimés le premier.
Sans doute, il faut se former, mais toujours dans la mesure de ses moyens et selon ce qu'imposent les devoirs d'état, et en se gardant toujours de s'enfler.
Quant aux prêtres, personne ne leur demande non plus d'être tous des spécialistes d'histoire de la liturgie - comme personne ne leur demande d'être tous docteurs en droit canon. Ce qui leur est demandé en matière de liturgie, c'est de respecter avec soin les rubriques et de célébrer les saints mystères avec l'esprit de religion convenable.
Peregrinus

( 857223 )
Petit éloge du préjugé ou du suivisme aveugle ? par BK (2018-11-21 10:14:17)
[en réponse à 857216]
Comment 'juger' de la situation actuelle (vous parlez de crise) sans en chercher les causes ?
Comment 'juger' des réformes liturgiques sans se former consciencieusement et rigoureusement à l'histoire réelle de la liturgie ?
Je serais d'accord avec vous si vous ajoutiez le devoir pour tous d'obéissance religieuse de la volonté et de l'intelligence au Souverain Pontife en son Magistère - car c'est un commandement de l'Église, et une loi qui forme l'intelligence des simples à la vérité.
Mais vous ne le faites pas, et pour cause, j'imagine.
Je crains donc que vous ne fassiez l'éloge du préjugé et du suivisme aveugle.
Tenons-nous bien chaud dans notre chapelle et surtout abstenons-nous de réfléchir.
PS : faites attention avec la sanctification des laïcs dans leur travail, on va vous prendre pour un afficionado de l'Opus Dei. C'est déjà arrivé, je préfère vous mettre en garde.

( 857234 )
la sanctification dans le travail n'est pas spécifique à l'Opus Dei par Regnum Galliae (2018-11-21 11:16:42)
[en réponse à 857223]
C'est un cas particulier du commandement de se sanctifier dans les petites choses que l'on voit déjà dans l'Evangile ("C'est bien, bon et fidèle serviteur ; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton maître")
Cet amour des petites choses était déjà évoqué par Saint Augustin, puis, plus près de nous, Sainte Thérèse de Lisieux et saint Jean de la Croix.
Pie XI dit de saint Bénidle Romançon, ayant vécu au XIXè siècle : " La sainteté ne consiste pas à faire des choses extraordinaires, mais des choses communes d'une manière non commune ".
St Joseph-Marie n'a donc rien inventé (heureusement me direz-vous) mais il est exact, et c'est là son mérite, qu'il a insisté sur le cas particulier du travail alors qu'avant lui, ce devait être chose évidente alors que la population était quasi-exclusivement composée de paysans n'ayant jamais quitté le territoire de leur paroisse de manière durable.

( 857232 )
[réponse] par Regnum Galliae (2018-11-21 10:48:46)
[en réponse à 857182]
Merci pour votre développement très intéressant.
Je suis d’accord avec vous : le ver était déjà dans le fruit et il n’y a pas eu besoin de Vatican II pour que notre civilisation produise des Luther, des Voltaire, des Robespierre, des Marx, des Combes, des révolutions, des guerres meurtrières, des apostasies, des chutes de la pratique religieuse (mais des vocations oui, il le semblerait). Le ver était dans le fruit et vous le placez à la Renaissance. Mais la bonne question est :
qui a mis ce ver dans le fruit ? quand et comment ? En répondant à cette question, vous verrez qu’il y est depuis le début et que ce ver, c’est le démon.
Satan a toujours cherché à détruire l’Eglise, mais il a affiné sa stratégie : persécutions physiques, puis hérésies, l’arianisme et son frère presque jumeau l’islam, schismes. A partir de la Renaissance en effet une tentative plus intéressante avec l’humanisme et le retour de l’étude des auteurs païens. A ce sujet lire
Gaume et sa
réfutation. J’avoue ne pas les avoir suffisamment lus en profondeur pour trancher entre les deux, mais regardez ce qu’il y avait avant : même les Papes du Moyen-Âge n’étaient pas tous des saints et certains rois n’avaient déjà pas hésité à braver l’autorité du Pape (Philippe Auguste et Frédéric Barberousse pour les plus connus). Observez aussi les crimes imputés aux Templiers ! Tout cela ne concerne certes qu'une élite, mais il en est de même pour l'humanisme de la Renaissance. Le bon peuple lui n'a rien senti.
Il est vrai toutefois que la Renaissance marque une rupture intellectuelle et spirituelle sans précédent dans la mesure où elle a une sorte d'effet cliquet dû au progrès techniques qui lui permettent de durer dans le temps et de se répandre dans l'espace : l’imprimerie (n’oublions pas que Luther avait eu des précurseurs pendant le Moyen-Âge mais ceux-ci étaient restés locaux faute de pouvoir en diffuser les idées), les grandes découvertes qui font que la Chrétienté n’est plus en vase clos mais s’ouvre à d’autres cultures elles aussi païennes. Les armes à feu qui gonflent l’homme d’orgueil. Et bien sûr la Réforme. Et c’est là que l’Eglise a admirablement réagi avec Trente. Ce Concile fut ce qu’il fallait faire. D’ailleurs l’Eglise avait besoin de réformes, c’est justement ce que lui reprochaient Luther et Calvin. Et cela a donné le grand XVIIè siècle, qui n’a pas à rougir à côté de l’inégalable XIIè siècle ! Cette effet cliquet a toutefois donné lieu à ce qui est à mon sens la vraie rupture dont nous ne nous sommes jamais remis : la crise de la conscience européenne dont parle Paul Hazard. Cette génération de 1680 à 1715 pendant laquelle les gens qui pensaient comme Bossuet se sont mis à penser comme Voltaire. Et c’est là que l’Eglise a eu du mal à réagir. Certes elle a condamné la maçonnerie mais avec quel effet ? Ce XVIIIè siècle n'a donné aucun saint mais a produit le premier Pape acquis aux idées modernes, Pie VII qui, encore cardinal, avait été qualifié de « jacobin » par Bonaparte pour avoir osé déclarer « O
ui ! mes chers frères, soyez de bon chrétiens, et vous serez d'excellents démocrates. La forme du gouvernement démocratique adoptée chez nous n'est point en opposition avec les maximes que je viens de vous exposer. Elle ne répugne pas à l'Évangile. Elle exige, au contraire, ces vertus sublimes qui ne s'acquièrent qu'à l'école de Jésus-Christ. » L’Eglise, devenue minoritaire, a donc eu du mal à réagir, d’où ces rustines que vous qualifiez de corset. En effet, les encycliques des Papes du XIXè siècle jusqu'à Pie XII apparaissent avec le recul comme des tentatives déséspérées de maintenir l'orthodoxie de la doctrine, mais le rôle de l'Eglise n'est-il pas d'assurer la translission du dépôt de la foi envers et contre tout ? Mais la réponse adaptée était-elle de défaire ce corset, ou plutôt de faire en sorte qu’il n’y en ait plus besoin ? A cet égard, Vatican II fut-il un succès (je parle de son efficacité pas de la pertinence intrinsèque de ses textes) ?
Vous riez des messes traditionnelles et de leurs ornements mais que proposez-vous ? Préférez-vous les étoles en grosse laine, les patènes en bois et les crucifix diformes ? La liturgie doit exprimer le mieux possible la réalité de ce qui s’y passe et à cette aune, le missel traditionnel est largement gagnant. D’ailleurs vous convenez que la réforme liturgique, loin d’apporter une réponse aux excès « juridico-disciplinaires » en a été l’aboutissement logique en retournant les autels. Sur le « dos au peuple », c’est absurde : dans tous les cas, le prêtre est tourné vers un crucifix (donc symboliquement vers Dieu, même si ce dernier est bien évidemment partout), et les fidèles avec lui. Le prêtre ne me tourne pas plus le dos que la personne qui est devant moi. Pour remédier à cette erreur de perspective, peut-être que Paul VI n’est pas allé assez loin ; il aurait dû rétablir le jubé !

( 857247 )
Anachronismes et mépris ne font pas bon ménage par Mandrier (2018-11-21 14:50:54)
[en réponse à 857182]
Le problème de votre hypothèse c'est que vous raisonnez en partant du principe que les clercs des XVIe-XVIIe ont votre recul sur leur histoire et leur futur. Je crois que la modernité de la Renaissance c'est surtout ce qu'en ont fait les historiens des XIXe, XXe. Les hommes du XVIe sont dans la droite ligne et la continuité du Moyen-Âge. C'est nous qui y voyons une rupture. Le roi chevalier c'est François Ier, les princes d'Este ont des prénoms issus de la Table Ronde. Je crois que le "projet moderne" de la Renaissance n'est rien d'autre que le plaquage de celui-ci par ses promoteurs des XIX-XXe siècles.
Quant à l'orientation, s'il est juste que l'époque moderne ne l'a plus rendue systématique, c'est avant tout face à une impossibilité : la croissance urbaine et l'intégration de nombreuses communautés religieuses à l'intérieur des villes après les grandes guerres des XIV-XVe. Quand on regarde par exemple l'emplacement des couvents et églises des frères prêcheurs en Provence, on les retrouves hors des murs avant le XIVe, détruites puis reconstruites dans les murs aux XV-XVIe. Donc pour des raisons évidentes il n'était pas toujours possible d'orienter le choeur.
Mais lorsque vous dites que dans l'esprit du peuple le célébrant est alors dos au peuple, vous faites un anachronisme, d'abord parce que bien souvent avant le XVIe le célébrant pouvait ne pas être vu par le peuples (jubés), ensuite parce que l'orientation réelle se prolonge par l'orientation symbolique vers la Croix et le retable qui montre parfois une gloire (soleil levant) qu'aujourd'hui évidement nous ne percevons pas. Votre coupure du réel ne tiens pas à mon avis. Car la croix est réelle, elle est autant le symbole de la Rédemption que le soleil levant est celui de la Résurrection. Et cette croix, le fidèle du XVIe la voit en continuité avec l'élévation et sur la chasuble que revêt le célébrant.
Quant à votre analyse du baroque contre le roman, je la crois erronée et ici encore teintée d'anachronisme. Le roman, comme le gothique, comme le baroque, sont autant de tentatives de traduire la "renovatio imperii romanorum" de Charlemagne à Charles Quint dans les pierres. Que l'on soit dans une basilique ottonienne comme Hildesheim avec le modèle des basiliques romaines ou dans la Notre Dame de Paris qui traduit dans la pierre la Lux Continua néo-platonicienne (païenne ?) de l'abbé Suger et qui aligne les files de colonnes les cinq vaisseaux romain et le plan circiforme.
Enfin sur votre critique sempiternelle des "excès traditionalistes" (c'est vrai que c'est vraiment le principal problème de notre siècle) elle montre surtout, ou une méconnaissance, ou une mauvaise foi et elle est agaçante par le mépris arrogant teinté d'un vernis érudit qu'elle affiche.
J'ai bien des fois rencontré des prêtres qui s'interrogent sur les causes de la décadence liturgique sans tomber d'ailleurs dans la caricature pseudo-historique que vous promouvez et si beaucoup de traditionalistes n'ont pas de grandes connaissances liturgiques, ils sont en cela bien ressemblant à leurs contemporains modernistes ou à leurs ancêtres. Je ne crois pas que l'Église ait jamais demandé d'être docteur en liturgie ni de "comprendre" à tout prix. C'est bien de le faire, mais tout intellectualiser c'est aussi se couper du mystère et cela amène à cet "esprit moderne" que vous brocardez et aux excès réformistes des années 60.

( 857157 )
empêtrés dans l'immanence du monde moderne ils sont par Luc Perrin (2018-11-19 23:44:09)
[en réponse à 857121]
mais ils étaient déjà embourbés dans cette immanence vide de Dieu en 1962.
Ce qui est éclatant dans le témoignage, c'est que RIEN N'A CHANGE pour eux et c'est le plus affligeant.
Une vie de prêtre englué dans le monde sans rien avoir d'essentiel à transmettre et on balaie d'un revers de dédain les drames effroyables de Pennsylvanie, de Boston, de Chicago, exactement comme leur modèle Cupich qui a de suite déclaré que le Pape avait des choses plus importantes à considérer comme l'excès de plastique dans les océans ...
On disait de Charles X qu'il n'avait rien appris et rien oublié : cette bien triste classe de joyeux lurons cléricaux fait penser à cette formule. Une vie les yeux fermés et les oreilles bouchées.

( 857158 )
Où placer le début de leur dérive ? par Candidus (2018-11-20 02:56:39)
[en réponse à 857157]
Lorsqu'ils sont arrivés à Rome, ils étaient déjà séminaristes depuis quelques années. Envoyés à la Grégorienne pour y étudier la théologie, ils avaient sans doute effectué deux années de philo durant lesquelles les supérieurs avaient distingué leurs qualités intellectuelles.
On peut se poser la question si, lorsqu'ils ont envisagé le sacerdoce, ils étaient déjà acquis à ces erreurs. Je serais porté à croire que leur réponse initiale à l'Appel Divin était authentique, et que c'est à une formation déficiente dans une matière aussi fondamentale que la philosophie, qu'ils doivent leur dérive immanentiste.

( 857167 )
du cas par cas mais cependant par Luc Perrin (2018-11-20 13:24:26)
[en réponse à 857158]
on note des similitudes : la dérive au sein de la Société de Jésus est largement préparée dans les années 1950 par ex. ; dans les séminaires français, les modèles du prêtre-copain ou du prêtre-travailleur-camarade-syndiqué-militant de la "Paix" sont déjà extrêmement présents au même moment.
Louis Bouyer note vers 1960-1962 un dérapage du Mouvement liturgique dont il s'éloigne ensuite.
Dans La Paix de Mgr Forester, Brian Houghton indique l'abandon massif et rapide de la liturgie latin en 1964-1965 alors que ce n'était pas encore imposé. Il constate après coup que ses confrères n'avaient aucune colonne vertébrale liturgique donc spirituelle.
Le cardinal Dearden arrive à Détroit en 1961 et il y installe un réseau homoclérical ultra-libéral qui continue à faire des ravages. Les exemples sont innombrables tant chez les séculiers que les réguliers et les religieuses. Il y a une réforme pacellienne dans ces congrégations lancée depuis 1950 que l'on oublie toujours : c'est un peu un parallèle avec la réforme de la Semaine Sainte. Acceptable et contrôlée mais quand l'autorité tombe en capilotade, les éléments sont déviés et tournés contre ce qui fait l'essence de la vie religieuse, l'immanentisme écrase ce qui était adaptation pastorale en vue de la Mission.
La pensée théologique évolue aussi de la même façon depuis la fin des années 1940 : cf. Humani generis (1950) qui vise les Blondéliens, Blondel et ses épigones ayant tenté de mettre l'immanence au centre.
Le blondélisme envahit les mouvements d'Action catholique spécialisés qui ont, à l'époque, une vraie surface et un rayonnement réel.
Bref la période 1940-1960 est certainement l'incubateur des pires erreurs qui se déploient ensuite et jusqu'à nos jours par effet de radicalisations successives, avec aussi un effet de cliquet : quand les néo-modernistes ont miné un bastion (ex. la Messe traditionnelle, le néo-thomisme), il leur est plus facile d'assiéger et d'emporter le suivant (le sacerdoce, le rapport au monde, le sacré ...) et aujourd'hui c'est à la morale, au décalogue qu'ils en veulent.