Le Forum Catholique
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( 835770 )
Pointer ce qui est remis en cause dans Amoris Laetitia par Johanis (2017-09-30 18:41:28)
Attention, amateurs d’explications rapides et simplistes, s’abstenir !
Encore un fil sur la dispute d’Amoris Laetitia ?
On remarque qu’il y a un scandale (c’est-à-dire la perception d’un péril pour la foi) suscité par Amoris Laetitia pour ce qui a trait à la possibilité de faire communier des divorcés remariés et aux motifs de cette permission.
Mais on remarque aussi qu’il y a un malaise face à des accusations d’hérésie qui paraissent mon appropriées à un grand nombre, car ils estiment qu’on reproche au pape des affirmations qu’il n’a pas faites. Et il est vrai que les positions du pape sont subtiles et que d’une part un certain sensus fidei est choqué, mais que d’autre part il est difficile de pointer une ou des oppositions claires au magistère universel de l’église, hormis le fait que sera permis dans certains cas ce qui était toujours défendu : la communion de personnes divorcées remarié vivant pleinement comme des époux.
Alors est-il possible de mieux pointer ce qui est litigieux et qui peut-être s’oppose à la doctrine traditionnelle de l’église ?
Je pense que oui, qu’il est possible de mettre le doigt sur les points précis d’une divergence avec la doctrine traditionnelle.
Beaucoup ont relevé que le nœud de la question est celle de l’imputabilité d’actes qui sont intrinsèquement mauvais ; car même s’ils sont intrinsèquement mauvais ils ne seraient pas imputables dans des circonstances où les sujets seraient en état de grâce et dans l’incapacité de bien agir. Là est toute la question.
Or l’exhortation affirme que l’on peut être en état de grâce mais dans des conditionnements où il est impossible de bien agir. Quels sont ces conditionnements ?
- D’une part les sujets peuvent ne pas percevoir « les valeurs contenues dans la norme », ne pas percevoir donc qu’il est bon que le mariage soit indissoluble et les époux tenus à la fidélité,
- d’autre part des vertus non acquises qui empêcheraient de prendre et exécuter les bonnes décisions
Il y a donc une double question:
- est-ce que ces deux sortes de conditionnements peuvent se présenter pour des personnes en état de grâce ?
- Est-ce que ces conditionnements empêchent effectivement d’observer la loi ?
On peut prendre comme témoin de la doctrine traditionnelle, et portée à son plus haut point de précision l’enseignement de Jean-Paul II.
Peut-on grâce à lui donner une réponse, dans l’axe du magistère universel et constant, aux deux questions posées ?
Je donne la conclusion avant de la prouver : oui une personne dans l’état de grâce peut se trouver dans ces conditionnements, et c’est d’ailleurs une situation banale à des degrés variables ; mais non, ces conditionnements n’empêchent pas qu’on soit tenu à l’observation des commandements et qu’il soit possible effectivement de les observer. Et à mon avis le changement doctrinal de grande portée se situe là : la grâce justifiante ne serait pas opérante pour permettre l’observation des commandements, dans certains conditionnements.
La doctrine catholique traditionnelle affirme que Dieu donne la grâce suffisante (à celui qui est justifié par le Christ) pour suivre les commandements qu’il exige ; mais cette affirmation a toujours été comprise comme universelle, c’est-à-dire comme devant s’appliquer à toutes les situations, et donc quels que soient les conditionnements. Mais aujourd’hui le pape François dit : « Certes, les normes générales présentent un bien qu’on ne doit jamais ignorer ni négliger, mais dans leur formulation, elles ne peuvent pas embrasser dans l’absolu toutes les situations particulières » et il ajoute que ce n’est qu’après une progression morale (au nom de la loi de gradualité, mais je montrerai que ce n’est pas cela qu’elle signifie), qu’il sera possible au sujet de sortir de ses conditionnements qui le bloquent.
Si Jean-Paul II dans la fidélité à tout le magistère antérieur affirmait qu’il n’était pas possible aux divorcés remariés vivant comme des époux de communier, c’est parce que pour lui il leur était possible avec le secours de Dieu d’observer les commandements, nonobstant ces conditionnements qu’il connaissait parfaitement et qu’il avait mentionnés dans les documents magistériels en particulier dans Splendor Veritatis. Car pour lui ces conditionnements, ceux-là mêmes auxquels Amoris Laetitia se réfère, ne constituent pas un empêchement d’observer la loi. En effet pour lui c’est la grâce de la justification qui permet une connaissance suffisante commandements de Dieu et permet de les observer. Car ce n’est pas parce qu’on a une bonne connaissance des valeurs contenues dans la norme qu’on peut l’observer, c’est parce qu’il s’agit des commandements de Dieu et que la grâce justifiante permet :
- par la foi de les connaître avec certitude et
- par la charité d’aimer Dieu par-dessus tout et de vouloir par-dessus tout accomplir sa volonté (et donc d’observer ses commandements), et de le pouvoir.
Dire qu’il y a des conditionnements, d’ailleurs très courants, qui font en quelque sorte obstacle à la grâce justifiante, et qu’il y a tout un travail du sujet nécessaire avec l’aide de la grâce pour parvenir à observer les commandements, c’est une forme de pélagianisme.
Et c’est là que la doctrine de la gradualité de la loi est centrale dans cette dispute : pour Jean-Paul II, le processus de gradualité de la loi permet une croissance morale, à ceux qui sont déjà déterminés à observer la loi ; dans cette croissance comme l’explique Saint Thomas dans l’article sur les degrés de la charité, se fera l’acquisition des vertus, il se fera aussi une découverte de ce qu’il y a de bon dans la loi pour l’épanouissement de l’homme. Tandis que pour les tenants de l’interprétation la plus vraisemblable d’Amoris Laetitia, c’est seulement en vertu de la loi de gradualité, moyennant un travail éthique accompagné, que le sujet justifié, prisonnier de certains conditionnements, pourra parvenir, aux conditions de vertu et de connaissance morale nécessaires à l’observation de la loi.
Voici un passage de l’enseignement de Jean Paul II dans lequel il affirme une conception de la loi de gradualité à laquelle s’oppose la nouvelle doctrine : « En réalité on ne peut accepter « un processus de gradualité », sinon dans le cas de celui qui observe la loi divine avec une âme sincère … Ainsi, ladite «loi de gradualité» ne peut s'identifier à la «gradualité de la loi» » (discours de clôture du synode des évêques sur la famille, octobre 1980). Pour lui, repousser le moment de l’observation de la loi c’est graduer la loi : en effet, comme il le dit aussi avec insistance, considérer d’abord la loi comme un idéal à atteindre dans le futur, et dans un deuxième temps seulement lui donner son statut de loi c’est-à-dire d’obligation effective, c’est graduer la loi. Car la graduation de la loi ce peut-être de changer son énoncé, mais aussi de changer son statut de loi. Les tenants de la « nouvelle doctrine » font un contresens sur ce que signifie loi de gradualité et gradualité de la loi par rapport à ce que cela signifie dans l’enseignement magistériel fondamental de Jean-Paul II sur le sujet. Ils disent certainement de bonne foi que comme Jean-Paul II ils tiennent que la loi de gradualité n’est pas la gradualité de la loi, alors que pour Jean-Paul II ce qu’ils défendent c’est en réalité la gradualité de la loi.
Conclusion : les doctrines présentées dans Amoris Laetitia, prises selon leur sens le plus vraisemblable, s’opposent à la doctrine traditionnelle en ce que la possibilité d’observer les commandements du seul fait de la grâce justifiante devient conditionnelle, alors que la Parole de Dieu et le magistère jusque-là l’affirmaient inconditionnelle et ne supposant pas l’acquisition antécédente des vertus et d’une connaissance des valeurs des commandements. C’est un changement très profond, et extrêmement lourd de conséquences concrètes.
Le cheval de Troie emprunté pour ce changement très important est le contresens fait sur la loi de gradualité et la gradualité de la loi.

( 835796 )
pour faire bref... par Johanis (2017-10-01 15:54:19)
[en réponse à 835770]
« C'est un enseignement constant de la tradition de l'Eglise » que « Dans certaines situations, l'observation de la Loi de Dieu peut être difficile, très difficile, elle n'est cependant jamais impossible. » (Jean Paul II Veritatis Splendor §102)
Alors que selon Amoris Laetitia : dans certaines situations, même dans l’état de grâce, l’observation de la loi de Dieu est impossible, et ainsi il y a des situations où il est impossible pour les divorcés remariés de régulariser leur situation ; aussi dans ces situations cette non-observation de la loi n’est pas imputable il n’y a pas péché, il doit leur être permis de recevoir l’absolution et de communier.
Il y a une opposition très importante entre Amoris Laetitia et l’enseignement constant de la tradition de l’église rappelée avec force par Jean-Paul II : la négation qu’il soit toujours possible pour l’homme justifié d’observer la loi.
Voici la citation plus complète de Veritatis Splendor : « Dans certaines situations, l'observation de la Loi de Dieu peut être difficile, très difficile, elle n'est cependant jamais impossible. C'est là un enseignement constant de la tradition de l'Eglise que le Concile de Trente exprime ainsi : « Personne, même justifié, ne doit se croire affranchi de l'observation des commandements. Personne ne doit user de cette formule téméraire et interdite sous peine d'anathème par les saints Pères que l'observation des commandements divins est impossible à l'homme justifié. " Car Dieu ne commande pas de choses impossibles, mais en commandant il t'invite à faire ce que tu peux et à demander ce que tu ne peux pas " et il t'aide à pouvoir. " Ses commandements ne sont pas pesants M M1 Jn 5, 3), " son joug est doux et son fardeau léger " VS§102
il s'agit d'un point fondamental, contenu dans le magistère universel de l'église s'appuyant sur la parole de Dieu. Il n'est pas dans le pouvoir d'un pape de le remettre en cause. Au mieux,Il faudrait qu'il soit maintenant affirmé que les passages d'Amoris Laetitia auquel on donne cette interprétation, sont ambigus et qu'il faut les interpréter conformément au magistère universel.

( 835804 )
Très bonne analyse par Meneau (2017-10-01 17:26:25)
[en réponse à 835796]
Je vous en remercie.
Au mieux,Il faudrait qu'il soit maintenant affirmé que les passages d'Amoris Laetitia auquel on donne cette interprétation, sont ambigus et qu'il faut les interpréter conformément au magistère universel.
Il suffirait de réaffirmer que l'aide des sacrements proposée par AL n'est possible qu'à celui qui s'engage à l'abstinence. Mais gageons qu'il n'en sera rien....
Par ailleurs il reste un autre point à clarifier : celui du scandale. Admettre un divorcé-remarié à la communion publique pose aussi un problème de ce côté-là.
Cordialement
Meneau

( 840258 )
« L'autorité de l'Eglise enseignante me suffit » dixit Meneau par Marquandier (2017-12-09 17:39:27)
[en réponse à 835804]

( 840264 )
Sérieusement ? par Meneau (2017-12-09 18:08:59)
[en réponse à 840258]
Vous voyez les mêmes marques d'autorité dans les bulles dont nous parlions que dans Amoris Laetitia ? La même force contraignante ? La même volonté d'obliger à croire ? Les mêmes signes d'invocation de l'autorité du Magistère ? Les mêmes appels à l'autorité de Saint Pierre et Saint Paul ?
Soyons sérieux deux minutes !
Si vous relisez honnêtement les discussions avec BK dont vous parlez, ou bien les discussions autour de la liberté religieuse, ou encore les échanges avec Parfu sur les canonisations, vous verrez comment j'y défends l'autorité du Magistère. Ma position est connue des liseurs. En général il n'y a guère que les "p'tits nouveaux" (ceci dit sans vouloir être péjoratif à votre endroit, mais vous n'êtes pas le plus ancien des liseurs) pour m'accuser de mauvaise foi.
Quant à l'histoire du "magistère authentique" pour AL, j'avoue ne pas avoir lu le fil. Comme je vous l'ai dit, j'ai un accès restreint à internet (via mon smartphone professionnel - j'essaye donc de ne pas en abuser). Mais même le magistère authentique n'est pas du même degré d'autorité que des condamnations pour hérésie invoquant l'autorité apostolique des Saints Pierre et Paul. Cela dit, je vais aller faire un tour dans ce fil dès que je pourrai.
Pour finir, votre remarque n'enlève rien à l'argumentation que j'ai produite dans le post sur le jansénisme auquel vous faites référence.
Cordialement
Meneau

( 835807 )
Excellent! par Rodolphe (2017-10-01 17:35:02)
[en réponse à 835796]
Vous avez parfaitement résumé le glissement opéré par AL en ce qui concerne le nœud du problème de l'imputabilité. Il est dommage que la correcrio n'ait pas sérieusement abordé ce point crucial.

( 840277 )
Je ne pense pas que l'imputabilité soit en cause. par Paterculus (2017-12-09 20:06:52)
[en réponse à 835807]
Dans les discussions, oui, elle est en cause.
Mais pour Saint Jean-Paul II, ce qui empêche les divorcés "remariés" de recevoir les sacrements, c'est leur situation, non la conscience qu'ils en ont.
Votre dévoué Paterculus

( 835810 )
Fausse analyse par Ion (2017-10-01 17:44:25)
[en réponse à 835796]
Tout comme dans la pseudo-correctio, on trouve dans votre analyse une déformation flagrante de l'exhortation AL.
Vous ne trouverez en effet nulle part dans AL que la Loi de Dieu puisse être impossible à appliquer, vous n'y trouverez nulle part qu'il n'y a pas de péché ou pas d'imputablité.
Vous trouverez seulement que la Loi est parfois difficile (et non impossible) à appliquer et que l'atteindre ne peut se faire que par étapes et graduellement; vous y trouverez que l'imputabilité est parfois diminuée et non éliminée.
Pourquoi déformez-vous ? Pourquoi faites-vous dire à AL ce qu'elle ne dit pas ?
La preuve que vous déformez ? Vous êtes obligé de reformuler à votre manière au lieu de citer AL. Tout comme la pseudo-corectio.
Ion

( 835811 )
Pipeau par Meneau (2017-10-01 18:18:22)
[en réponse à 835810]
Ce n'est peut-être pas en toutes lettres dans AL, mais c'est l'interprétation d'AL par François.
Amoris Laetitia :
L’Église reconnaît des situations où « l’homme et la femme ne peuvent pas, pour de graves motifs – par exemple l’éducation des enfants –, remplir l’obligation de la séparation »
(note 329) Dans ces situations, connaissant et acceptant la possibilité de cohabiter « comme frère et sœur » que l’Église leur offre, beaucoup soulignent que s’il manque certaines manifestations d’intimité « la fidélité peut courir des risques et le bien des enfants être compromis »
Evêques de Malte, jamais contredits par François :
9. Grâce au processus de discernement, nous devrions aussi examiner la possibilité de l’abstinence conjugale. Bien que cet idéal soit difficile à atteindre, certains couples sont peut-être prêts, avec l’aide de la grâce, à pratiquer cette vertu sans remettre en question d’autres aspects de leur vie commune. D’autre part, il existe des situations complexes où ce choix de cohabiter « comme frère et sœur » devient humainement impossible et cause un préjudice encore plus grave (voir AL, note 329).
Evêques argentins, félicités par François. "Il n'y a pas d'autre interprétation d'AL" selon lui :
5. Quand les circonstances concrètes de la vie d’un couple le permettent, en particulier quand les deux personnes sont chrétiennes et témoignent d’un parcours de foi, il est possible de leur proposer de s’engager à vivre dans l’abstinence. Amoris laetitia n’ignore pas les difficultés de cette option (cf. note 329) et laisse ouverte la possibilité d’accéder au sacrement de la Réconciliation en cas de défaillance (cf. note 364, Lettre de Jean-Paul II au cardinal 22 mars 1996).
6. En d’autres circonstances plus complexes, et lorsqu’il n’a pas été possible d’obtenir une déclaration de nullité, l’option mentionnée peut ne pas être, de fait, réalisable.
Cordialement
Meneau

( 835813 )
Ah oui, et j'oubie par Meneau (2017-10-01 18:36:43)
[en réponse à 835811]
le Cardinal Schönborn, porte-parole officieux du Pape en la matière, celui que le Pape hier encore nous conseillait comme le plus grand théologien contemporain, sur lequel s'appuyer quant au thomisme d'AL :
Dubia n°1:
1. Il est demandé si, en conséquence de ce qui est affirmé dans “Amoris lætitia” aux nn. 300-305, il est maintenant devenu possible d’absoudre dans le sacrement de Pénitence et donc d’admettre à la Sainte Eucharistie une personne qui, étant liée par un lien matrimonial valide, vit “more uxorio” avec une autre personne, sans que soient remplies les conditions prévues par “Familiaris consortio” au n. 84 et réaffirmées ensuite par “Reconciliatio et pænitentia” au n. 34 et par “Sacramentum caritatis” au n. 29. L’expression “dans certains cas” de la note 351 (n. 305) de l’exhortation “Amoris lætitia” peut-elle être appliquée aux divorcés remariés qui continuent à vivre “more uxorio” ?
Réponse du Cal Schönborn : oui.
Cordialement
Meneau

( 835881 )
Vous esquivez la question ... par Ion (2017-10-01 23:25:42)
[en réponse à 835811]
... qui était, entre autres : AL dit-elle qu'observer la Loi ed Dieu est parfois impossible ?
Johanis l'affirme et vous approuvez Johanis, qualifiant même son analyse d'excellente !
ALors qu'AL dit que dans certains cas, l'observance est impossible humainement. C'est tout différent.
L'analyse que vous avez approuvée, loin d'être excellente, est bien déformée, je maintiens.
Je ne pense pas que vous arriverez, pas plus que les auteurs de la pseudo-correctio, et pourtant ils ont dû se donner beaucoup d'efforts, à faire autrement que déformer AL pour pouvoir l'attaquer.
Ion

( 835883 )
Ah ah ! par Meneau (2017-10-01 23:40:53)
[en réponse à 835881]
Je peux le faire aussi.
Vous affirmez que je qualifie son analyse d'excellente. Alors que je l'ai qualifiée de "très bonne". C'est tout différent.
Mais arrêtons de jouer sur les mots. Si vous relisez l'analyse initiale de ce fil (pas le résumé plus court et forcément moins précis), vous verrez que c'est plus subtil que cela.
Cordialement
Meneau

( 835816 )
Lisez bien vous-même AL par Johanis (2017-10-01 18:55:13)
[en réponse à 835810]
Pas dit dans AL qu'il est impossible d'appliquer les commandements ?
"Un sujet, même connaissant bien la norme, peut avoir une grande difficulté à saisir les « valeurs comprises dans la norme »[339] ou peut se trouver dans des conditions concrètes qui ne lui permettent pas d’agir différemment et de prendre d’autres décisions sans une nouvelle faute".
"des conditions concrètes qui ne lui permettent pas d'agir différemment" : ça veut bien dire qu'il est impossible au sujet d'agir différemment, c'est-à-dire en observant les commandements.
Pas dit dans AL qu'il n'y a pas de péché ou pas d'imputabilité ?
"À cause des conditionnements ou des facteurs atténuants, il est possible que, dans une situation objective de péché - qui n'est pas subjectivement imputable ou qui ne l'est pas pleinement -, l'on puisse vivre dans la grâce de Dieu," Il est bien dit qu'il est possible que le péché ne soit pas imputable. Donc, vous-même lisez bien AL.

( 835884 )
Non par Ion (2017-10-01 23:46:45)
[en réponse à 835816]
Dans des situations concrètes qui empêchent d'agir différemment on reste sur le plan humain, à une impossibilité humaine. Rajoutez humaine à votre commentaire, et nous serons d'accord, et vous serez alors en phase avec AL.
En réalité, vos citations concluent à la négation [par AL] qu’il soit toujours possible pour l’homme justifié d’observer la loi. Et c'est cela qui déforme gravement AL. C'est tout le contraire du message d'espérance d'AL. Que la méthode (graduelle) ne vous convienne peut-être pas ne doit pas vous autoriser à changer le message d'AL.
Quant à l'imputabilité, là encore, une partie du message d'AL tourne autour de la diminution de l'imputabilité, pas de son élimination totale, et surtout pas dans le temps. Si le début du chemin commence avec une situation où par manque de conscience, il puisse ne pas y avoir de péché, le fait même que le chemin soit long, que la conscience s'éclaire petit à petit (du pas imputable, on passe au pas imputable pleinement), qu'un discernement soit nécessaire avec l'aide d'un prêtre, on comprend clairement que l'enseignement d'AL n'élimine pas le péché comme votre analyse pourrait le laisser penser.
Ion

( 835914 )
En effet : quelle gradualité ? par Johanis (2017-10-02 13:27:18)
[en réponse à 835884]
vous mettez le doigt sur le nœud de la question : que signifie et quel est la portée de la loi de gradualité ?
Je développe
ici la grande confusion qu'il y a à ce sujet.
En très bref : la loi de gradualité ne saurait être un chemin progressif vers l'observation de la loi :
« En réalité on ne peut accepter « un processus de gradualité », sinon dans le cas de celui qui observe la loi divine avec une âme sincère et recherche ses biens, …. Ainsi, ladite «loi de gradualité» ou chemin progressif ne peut s'identifier à la «gradualité de la loi» (JP II - Discours de clôture de la cinquième Assemblée générale du synode des évêques, 25 octobre 1980, n. 8).
Pour plus d'explications vous pouvez vous reporter au lien ci-dessus.
Cordialement,

( 840278 )
Vous êtes bien seul... par Paterculus (2017-12-09 20:08:59)
[en réponse à 835810]
à ne pas voir cela dans AL : de nombreux cardinaux et théologiens l'y voient, qui autorisent la communion aux divorcés "remariés".
VdP

( 835868 )
Une question pour vous, Johannis... par Rodolphe (2017-10-01 22:23:59)
[en réponse à 835796]
Vous affirmez que "selon Amoris Laetitia: dans certaines situations, même dans l’état de grâce, l’observation de la loi de Dieu est impossible, et ainsi il y a des situations où il est impossible pour les divorcés remariés de régulariser leur situation ; aussi dans ces situations cette non-observation de la loi n’est pas imputable il n’y a pas péché, il doit leur être permis de recevoir l’absolution et de communier. "
Il me semble que c'est bien là l'orientation d'AL, sauf peut-être lorsque vous dites que selon AL l'observation de la loi de Dieu pourrait être impossible dans certaines circonstances. C'est bien le message qui risque d'être véhiculé en pratique, mais est-il affirmé en tant que tel -sur le plan doctrinal- dans l'exhortation ? Je n'en suis pas certain.
Ma question est la suivante: Ne pensez-vous pas que déjà dans Familiaris Consortio, il avait été considéré qu'il y avait des "situations où il est impossible pour les divorcés remariés de régulariser leur situation "? En effet, on y préconisait expressément l'abstinence dans le "remariage" quant la séparation s'avérait inenvisageable. C'est dire qu'on n'exigeait déjà plus -pour des raisons compréhensibles- une pleine régularisation, laquelle aurait nécessairement impliqué un l'abandon de la vie commune.
En somme, il y aurait bien malgré tout un certain continuum logique entre FC et AM, même si FC pose, à mon sens, bien d'autres questions.

( 835876 )
Toutefois par Meneau (2017-10-01 22:59:48)
[en réponse à 835868]
l'abandon de la vie commune est surtout l'abandon de l'occasion de péché, la vie commune dans l'abstinence n'étant pas forcément péché (nonostant d'autres considérations quant à l'époux lésé, les enfants de la 1ère et de la 2ème union, etc).
L'adultère quant à lui reste bien un péché.
Cordialement
Meneau

( 835913 )
Réponse à Rodolphe par Johanis (2017-10-02 13:16:59)
[en réponse à 835868]
Pour répondre à votre question : ce n’est pas énoncé explicitement. C’est si on adopte l’interprétation courante d’Amoris Laetitia sur le point le plus litigieux, qu’on peut dire qu’il est implicitement affirmé qu’il y a des situations où malgré la grâce justifiante il est impossible d’observer la loi interdisant l’adultère. Ce n’est qu’en l’admettant qu’on peut justifier que l’adultère ne soit pas imputable dans certaines situations.
Pour que l’adultère ne soit pas imputable il faut qu’il soit impossible d’observer la loi :
- soit parce qu’on ne peut connaître réellement que l’interdiction de l’adultère est un commandement de Dieu,
- soit parce que le sachant, on ne peut pas l’observer parce qu’on n’en a pas la force, sans faute de notre part.
Ces deux raisons sont d’ailleurs invoquées par AL : il est affirmé qu’on peut ne pas connaître réellement la loi parce qu’on n’a pas découvert les valeurs qu’elle contient, et par ailleurs le manque de vertu peut ne pas permettre d’observer une loi connue.
Donc, toujours dans le cadre de cette interprétation courante, je pense qu’on peut dire qu’il est implicitement affirmé que par ignorance ou par faiblesse on ne peut pas dans certaines situations observer la loi ; et cela constitue une négation de la doctrine constante de l’Eglise sur ce point.
Je détaille cela ici :
ici
Pour ce qui est de l’acceptation par Jean-Paul II d’une non régularisation en permettant dans certains cas la vie commune, il faut dire que bien que ce ne soit pas normalement souhaitable, cela ne constitue pas formellement l’adultère. Autre chose est la régularisation, autre chose est la renonciation à l’adultère formel. Permettre la continuation de la vie commune et permettre la continuation de l’adultère sont deux choses de nature différente.

( 835903 )
Confusion fatale sur la gradualité par Johanis (2017-10-02 12:21:50)
[en réponse à 835770]
Amoris Laetitia affirme que certaines personnes se trouvant dans certaines situations où conditionnements, ne peuvent parvenir à l’observation de la loi que graduellement, sans que leur soit imputable cette impossibilité de l’observer avant le terme de ce processus. Il peut y avoir une période de croissance de la grâce qui est un chemin vers l’observation des commandements, et pendant cette période donc on est justifié de ne pas observer la loi, parce qu’on ne le peut pas encore. Or cela voudrait, selon l’interprétation dominante que le pape soutient par des messages privés rendus publics, pour le commandement de ne pas commettre l’adultère. C’est selon cette interprétation d’AL une conséquence de la loi de gradualité, qui est un effet invoquée dans ce texte.
Or Jean-Paul II a voulu bien spécifier la signification et la portée de la loi de gradualité ; et en particulier il a voulu préciser si effectivement cette loi permettait d’affirmer qu’on pouvait dans la croissance de la grâce, se trouver dans une situation où l’on est en marche vers l’observation des commandements sans pouvoir encore les observer. C’est ce que soutient cette interprétation d’AL : on peut être en progrès vers l’objectif d’observer la loi, alors que légitimement on ne l’observe pas encore.
Son enseignement très clair est qu’il est faux de dire que dans une période de croissance morale dans la grâce (l’état de grâce justifiante), on se trouve dispensé d’observer les commandements : « En réalité on ne peut accepter « un processus de gradualité », sinon dans le cas de celui qui observe la loi divine avec une âme sincère et recherche ses biens, …. Ainsi, ladite «loi de gradualité» ou chemin progressif ne peut s'identifier à la «gradualité de la loi» (Discours de clôture de la cinquième Assemblée générale du synode des évêques, 25 octobre 1980, n. 8). Il affirme que ce serait admettre la gradualité de la loi. Dire qu’on passe d’un stade où la loi peut ne pas être encore observée, mais considérée seulement comme un idéal à réaliser dans l’avenir, à un stade où elle doit être observée, c’est introduire la gradualité dans la loi, dans son statut de loi ; elle passe du statut d’idéal sans impliquer d’obligation, au statut réel de loi impliquant obligation.
Si, ce qui semble être le cas, Amoris Laetitia permet à des divorcés-remariés vivant dans l’adultère de communier, c’est au nom de cette gradualité mal comprise : il faut un cheminement dans l’état de grâce justifiante et en même temps dans l’état de péché objectif (on ne perd pas cette grâce par des actes d’adultère et on peut communier). Mais pour Jean-Paul II il ne s’agit pas là de la loi de gradualité mais de la gradualité de la loi et il la rejette clairement et fermement. Ceux qui disent qu’il ne s’agit pas de gradualité de la loi n’ont pas compris que passer d’une loi « idéale à réaliser dans l’avenir » à une loi effective c’est-à-dire impliquant l’obligation, c’est la gradualité de la loi ; et ils prétendent de façon erronée être fidèles à l’enseignement de Jean-Paul II et rejeter eux aussi la gradualité de la loi.
Considérer la question sous ce point de vue général de la gradualité comme je viens de le faire suffit pour conclure qu’il n’est pas possible de vivre l’adultère tout en étant en état de grâce sans s’opposer au clair enseignement de Jean-Paul II. Et cet enseignement ne fait que préciser sous ce point de vue de la gradualité l’enseignement traditionnel et constant de l’église, qui lorsqu’elle dit que certains commandements doivent être toujours observés, précise que c’est quelles que soient les conditions.
On peut traiter la question à un autre niveau en montrant que ce qui est présenté comme justification de la non-observation de la loi en état de grâce, n’est pas une justification valable.
Dans Amoris Laetitia sont présentées trois sortes de justifications :
1 - les personnes sans faute de leur part n’ont pas encore découvert les valeurs contenues dans le commandement
2 - elles n’ont pas acquis les vertus qui seraient nécessaires pour observer les commandements
3 - elles se trouvent dans des situations trop complexes et difficiles pour pouvoir les observer (l’éducation des enfants, grand risque s’il n’y a pas de relation intime devoir
Sur le premier point, il faut répondre que ce qui est nécessaire pour recevoir le commandement de Dieu comme commandements pour soi, ce n’est pas d’avoir compris que c’est conforme à l’épanouissement de l’homme (ce par quoi c’est une valeur), mais que c’est la volonté du Dieu bon, que par la foi et la charité on connaît avec certitude et qu’on a une inclination radicale à accomplir.
Sur le deuxième point, il faut répondre que la doctrine la théologie traditionnelle disent que l’infusion des vertus théologales suffit, avec ce qui est infusé par la même aux vertus humaines, sans qu’est encore eu lieu le travail d’acquisition de ces vertus humaines. C’est ce qu’explique Saint Thomas dans l’article sur les degrés de la charité, où il dit que d’abord l’énergie de la charité s’emploie principalement à la lutte contre le péché mortel, à l’observation des commandements, en particulier des commandements négatifs ; et c’est dans un deuxième degré que l’énergie de la charité va principalement à l’acquisition des vertus. Ça prouve que l’acquisition des vertus n’est pas présupposée à l’observation des commandements. Il y a un troisième degré qui ne concerne pas directement notre problématique.
Sur le troisième point il faut dire que le devoir d’éducation des enfants ne saurait d’aucune façon obliger à vivre en état d’adultère, d’une part parce qu’il est légitime pour le bien des enfants que les parents vivent ensemble mais sans commettre l’adultère, et d’autre part parce que l’adultère qui est un acte intrinsèquement mauvais ne peut être justifié par un supposé moindre mal, c’est un principe fondamental de la morale catholique.
Il faut remarquer que les deux premiers points relèvent d’un certain pélagianisme : la grâce ne suffit pas à donner la capacité d’observer des commandements, est absolument nécessaire aussi un travail humain. Ce n’est pas parce qu’on dit que ce travail humain nécessite lui-même la grâce qu’on échappe totalement au pélagianisme. Il est impossible dans certaines situations avec la grâce justifiante seule d’observer les commandements ; il peut s’agir de l’impossibilité à faire sien le commandement de Dieu, ou de l’impossibilité à l’observer.
En prenant ce 2e point de vue on arrive, c’est normal à la même conclusion, les justifications avancées pour défendre la non observation de la loi s’opposent à la doctrine de l’Eglise.

( 835916 )
Malentendu sur le terme de loi ? par Ion (2017-10-02 13:52:28)
[en réponse à 835903]
Merci pour ce développement très poussé et instructif.
Le noeud du problème est effectivement "quelle loi de gradualité ?". Il me semble que le malentendu porte sur le terme loi. L'utilisation de ce terme n'est-elle finalement pas malheureuse ?
Plutôt qu'une loi qu'on déciderait de suivre volontairement - je décide de pécher un peu moins, puis encore moins pour un jour ne plus pécher du tout - ce serait plutôt un principe qui s'impose à nous, que l'on constate comme inhérent à tout cheminement du chrétien : j'ai la ferme intention de ne plus pécher du tout avec l'aide de la grâce, et je fais ce que je peux pour y arriver, même si le principe de gradualité qui s'impose à moi - que je constate plutôt que de décider de l'observer - fait que je n'y arriverai que petit à petit. Je ne décide pas de pécher partiellement, c'est mon confesseur qui juge que ce péché ne m'est que partiellement imputable.
Je pense que le chapitre 8 d'AL est bien conforme à cette gradualité là. Pour bien s'en persuader, il faut faire ce que le Pape nous demande de faire : lire toute l'exhortation de A à Z, comprendre comment on en est arrivé là dans le monde d'aujourd'hui, y lire la beauté de l'amour à travers ce magnifique hymne à l'amour (commentaire de St Paul) qu'est le chapitre 4, comprendre comment l'amour peut être blessé, comment ces blessures s'imposent à nous et alors nous comprendrons mieux comment le processus de gradualité s'impose également à nous et comment l'Eglise nou spropose de nous accompagner à travers ce processus.
Qu'en pensez-vous ?
Ion

( 835927 )
Gradualité suite par Johanis (2017-10-02 15:58:00)
[en réponse à 835916]
En effet, il peut y avoir méprise sur la signification de « loi » dans l’expression loi de gradualité. Car bien sûr il ne s’agit pas d’une exigence morale, mais d’une nécessité de la vie morale dans son devenir.
Cela dit, je ne pense pas que la confusion porte là-dessus. Elle porte sur la question de savoir si cette nécessité de progression dans la vie morale permet de dire que certains ne peuvent parvenir à l’observation de la loi (ici le rejet des actes adultères) que moyennant une progression ; si avant le terme de cette progression, puisque c’est une nécessité en quelque sorte naturelle d’y parvenir par une croissance, il n'y a donc pas péché de ne pas observer la loi ; et elle reste un idéal à atteindre dans le futur.
Or c’est cela que Jean-Paul II rejette, en disant que la loi de gradualité n’est valable que pour ceux qui observent la loi (voir la citation), et que la loi ne peut donc pas être un idéal à réaliser dans le futur. La conséquence directe est qu’un prêtre ne peut pas « discerner », que des personnes vivant dans l’adultère peuvent recevoir l’absolution et communier sans prendre la résolution d’arrêter l’adultère (il s’agit d’une résolution ferme et sincère au moment où est reçu le sacrement, ce qui n’empêchera pas qu’il y ait des chutes éventuelles).
La gradualité de la loi signifie une progression morale qui produira
- non pas la possibilité fondamentale d’observer la loi,
- mais un affermissement, une plus grande facilité, le dépassement des durs combats,
- et le fait d’assumer de vivre selon la loi dans toutes les capacités humaines, celles qui ne sont pas immédiatement transformées par la grâce justifiante, mais requièrent la grâce et le labeur humain.
Par rapport à la phrase où vous dîtes (« j'ai la ferme intention de ne plus pécher du tout avec l'aide de la grâce, et je fais ce que je peux pour y arriver, même si le principe de gradualité qui s'impose à moi - que je constate plutôt que de décider de l'observer - fait que je n'y arriverai que petit à petit. »), La première partie est juste et est capitale, mais par contre il n’est pas vrai que « le principe de gradualité qui s’impose à moi… fait que je n’y arriverai que petit à petit ». Je suis en droit d’espérer que la grâce tout de suite va me permettre d’y arriver, il n’y a pas de fatalité au nom de la gradualité à ce que je n’y arrive pas tout de suite. La doctrine de l’église dit que la grâce justifiante suffit, même si ça peut être au prix de grands combats : « Dans certaines situations, l'observation de la Loi de Dieu peut être difficile, très difficile, elle n'est cependant jamais impossible. C'est là un enseignement constant de la tradition de l'Eglise que le Concile de Trente exprime ainsi : « Personne, même justifié, ne doit se croire affranchi de l'observation des commandements. Personne ne doit user de cette formule téméraire et interdite sous peine d'anathème par les saints Pères que l'observation des commandements divins est impossible à l'homme justifié. " Car Dieu ne commande pas de choses impossibles, mais en commandant il t'invite à faire ce que tu peux et à demander ce que tu ne peux pas " et il t'aide à pouvoir. (Veritatis Splendor §102).
Ce que je crois pouvoir dire par rapport à l’exhortation apostolique en elle-même, c’est qu’il y a une marge d’interprétation. Il y a beaucoup d’affirmations mais qui restent vagues dans leur application concrète, et dans leur articulation. Parce que le pape ne fête pas de lien logique ; c’est trop souvent au lecteur de faire le lien et de trouver une logique dans toutes les affirmations.
Mais moi-même quand je la lis, je trouve qu’elle porte fortement à tirer cette conclusion erronée : la loi de gradualité justifie que dans certaines situations on puisse vivre en état d’adultère en reportant dans un futur imprécis l’observation de la loi. Et en conséquence on peut donner dans certaines situations la communion aux personnes qui vivent dans l’adultère sans qu’elle prennent la résolution franche d’en sortir. Or une telle affirmation, fortement suggérée par le texte, est gravement contraire à l’« enseignement constant de la tradition de l'Eglise » et lourd de conséquences, d’autant plus que ça devrait s’appliquer à tous les commandements et tous les désordres moraux, et aussi aux conditions de réception de tous les sacrements.
Toutefois, malgré la vraisemblance de cette interprétation, l’imprécision logique dont je parlais permettrait de « sauver le texte », en disant qu’il faut interpréter conformément à la doctrine constante de l’église et rejeter les interprétations qui s’y opposent.
En espérant que cela pourra un peu vous aider. Et bien sûr vous pouvez me faire part de vos éventuelles objections ou demandes de précisions.
Cordialement,

( 835928 )
Il me semble que votre ... par Ion (2017-10-02 16:39:57)
[en réponse à 835927]
... interprétation de la loi de gradualité est particulièrement restrictive car vous l'appliquez au péché plutôt qu'au pécheur. Et c'est vrai qu'un mal reste reste un mal, même si sa gravité est faible, et on ne peut pas volontairement commettre un mal sous prétexte que sa gravité est moindre que ce qu'on faisait avant. En réalité, la loi de gradualité, appliquée au péché et non au pécheur serait ... la gradualité de la loi.
Et tout ceci resterait théorique, purement doctrinal. Alors qu'AL se place sur le plan pratique et pastoral.
Le principe de gradualité prend en revanche toute sa dimension quand il s'applique au pécheur plutôt qu'au péché. Une conscience mal éclairée fait qu'on ne peut comprendre véritablement les valeurs comprises dans la norme et donc la gravité même de son péché, et ce, pour des raisons ou des circonstances de la vie qui peuvent être très nombreuses et très variées. Ne peut-on même imaginer qu'un divorcé-remarié puisse se retrouver dans cette situation ou sa conscience ne lui permette pas d'admettre les valeurs comprises dans la norme qui voudrait lui faire abandonner immédiatement sa nouvelle situation matrimoniale sans que cela génère (c'est ce qu'il pense sincèrement en tous cas) un mal plus grand ? C'est alors au confesseur de juger du cheminement graduel qu'emprunterait cette personne et du degré de gravité de son péché et même d'un éventuel accès à la communion ...
Dire cela n'est certainement pas contradictoire avec l'enseignement traditionnel selon lequel on ne peut pas dire que l'observation des commandements divins puisse être impossible à l'homme justifié ou que Dieu aide à pouvoir. Au contraire.
Ion

( 835930 )
enfin pouvoir dire que l'on peut enfreindre les commandements sans pécher... par Johanis (2017-10-02 17:04:18)
[en réponse à 835928]
Quand Jean-Paul II affirme que la loi de gradualité ne vaut que pour celui qui observe les commandement, cela concerne la personne, l'état concret de la personne, du pécheur si vous voulez puisque tout homme est pécheur.
Ce que dit Jean-Paul II de la loi de gradualité sera toujours trop restrictif pour celui qui veut que la gradualité s'applique à un chemin qui prend l'homme dans un état où il n'observe par la loi sans être en état de péché.
Cordialement,

( 835931 )
Quand, du fait d'une ... par Ion (2017-10-02 17:35:41)
[en réponse à 835930]
... conscience insuffisamment éclairée (pour toutes les raisons que l'on peut imaginer, en relisant AL, vous verrez comment l'amour peut être blessé et abîmer les consciences), on ne voit pas comment on pourrait ne pas enfreindre un commandement sans en enfreindre un autre, et qu'on fait au mieux de ce que dicte sa conscience, tout en cherchant sincèrement à atteindre la vérité, pèche-t-on ?
Ion

( 835933 )
Le problème est qu'il y a des vérités de Foi.. par Mboo (2017-10-02 18:18:33)
[en réponse à 835931]
Qui disent que:
- Dieu ne peut pas nous éprouver au delà de nos forces
- Que sa grâce suffit pour éviter le péché.
- " L’ignorance involontaire peut diminuer sinon excuser l’imputabilité d’une faute grave. Mais nul n’est censé ignorer les principes de la loi morale qui sont inscrits dans la conscience
de tout homme (CEC 1860 )"
Et on crois d'abord à une vérité de Foi non parce-qu'on a compris ses fondements et principes, mais parce-que c'est Dieu qui l'a dit et que Dieu ne peut pas se tromper, ni nous tromper.

( 835973 )
A fortiori… par Marquandier (2017-10-02 22:32:10)
[en réponse à 835933]
…quand la pastorale doit chercher à éclairer et sanctifier, et non pas mettre sous le boisseau les plus simples vérités morales naturelles.
Une pastorale qui passe sous silence les graves injustices sous prétexte de « difficulté à saisir les valeurs » ne vaut pas tripettes… C’est son rôle et sa grâce de faire saisir les valeurs contenues dans la « norme » !
Le monde à l’envers…

( 835958 )
D'où reçoit-t-on la lumière ? par Johanis (2017-10-02 21:23:03)
[en réponse à 835931]
comme l'explique Mboo si on ne se réfère pas d'abord aux vérités de foi enseignées avec constance par le magistère universel de l'église, on est dans une discussion mondaine, ou aveuglément pastorale, et pour ma part je n'ai aucune envie d'entrer dans un dialogue de sourds, faute d'accord sur les bases de discussion.
C'est un principe moral de base qu'on ne peut pas faire quelque chose d'intrinsèquement mauvais, en vue d'un bon résultat (la fin ne justifie pas les moyens). On ne peut d'aucune façon continuer une relation adultère sous prétexte que l'arrêter pourrait être préjudiciable à l'éducation des enfants.
Si une personne catholique a un trouble de conscience par ignorance sur cette question, elle a le devoir de demander à être éclairée par l'Eglise.
Mais c'est une des choses les plus dramatiques dans ce qui résulte de la publication de l'exhortation que ceux qui sont chargés d'enseigner les fidèles, les prêtres, sont invités au contraire à augmenter le trouble des consciences.
Cordialement,