Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=810563
images/icones/hein.gif  ( 810563 )Jeûne veille de solennité par Quaerere Deum (2016-08-12 15:14:16) 

Bonjour,

Il me semble qu'il existe traditionnellement une pratique de jeûne la veille d'une solennité.
Quelle est la règle lorsque la veille tombe un dimanche, comme cette année avec l'Assomption, sachant qu'on ne jeûne pas le dimanche, SVP ?
images/icones/1a.gif  ( 810564 )Sauf erreur de ma part par Turlure (2016-08-12 15:23:01) 
[en réponse à 810563]

C'est en 1960 que la règle liturgique a changé : auparavant, la vigile était anticipée au samedi 13, mais dans la liturgie de 1962, elle est purement supprimée.

Il n'y a de toutes façons plus de discipline du jeûne pour les vigiles. Mais, si on veut se préparer par le jeûne à la fête de Notre-Dame, il conviendrait de le faire demain plutôt que dimanche.
images/icones/1a.gif  ( 810565 )Effectivement par Quaerere Deum (2016-08-12 15:35:03) 
[en réponse à 810564]

ça me semble plein de bon sens.

Merci !
images/icones/livre.gif  ( 810566 )La vigile est anticipée par Lycobates (2016-08-12 15:38:28) 
[en réponse à 810563]

Lorsqu'une vigile (sauf celles de l'Epiphanie et de Noël qui se maintiennent au dimanche) tombe un dimanche, on les anticipe au samedi (dans le système 1962 : on les omet).

Ainsi dans notre Missel (1920) la rubrique dit au 13 août:
Si hodie fuerit Sabbatum, fit de Vigilia anticipata Assumptionis B. Mariæ Virg., ut die sequenti notatur, sed loco Commemorationis S. Eusebii fit Commemoratio Ss. Hippolyti et Cassiani Mm.

Et dans les rubriques générales III,3 :
Si Festum habens Vigiliam celebretur Feria secunda, Missa Vigiliæ dicitur in Sabbato, sicut etiam de ea fit Officium, excepta Vigilia Nativitatis Domini, et Epiphaniæ.


Si la vigile est jeûnée, le jeûne et l'abstinence tombent pour une vigile anticipée (depuis le CIC 1917, c. 1252-4, dans le droit ancien on maintenait le jeûne et l'abstinence au samedi).

Ceci dit, il ne subsistent, depuis 1917, que quatre vigiles jeûnées, à part du Samedi Saint : la Pentecôte, la Toussaint (31 oct.), l'Immaculée (7 déc., qui remplace depuis le 25 juillet 1957 la vigile de l'Assomption, 14 août), et Noël (24 déc., parfois réduite ou indultée au 23).

On ne jeûnera donc de toute façon pas le dimanche 14 août, et non plus le 13 août.
Mais rien ne vous empêche de suivre, de façon privée, l'ancienne (pré-1917) règle, et de jeûner samedi.
images/icones/neutre.gif  ( 810567 )Merci par Quaerere Deum (2016-08-12 15:49:00) 
[en réponse à 810566]

de ces détails.

Au passage, savez s'il existe un document qui référence les évolutions du missel romain au XXè siècle jusqu'en 1962 ?
images/icones/1a.gif  ( 810569 )évolutions du Missel par Lycobates (2016-08-12 16:10:28) 
[en réponse à 810567]


savez s'il existe un document qui référence les évolutions du missel romain au XXè siècle jusqu'en 1962 ?



Il me semble, si mes souvenirs sont bons, que le livre de l'abbé Bonneterre sur le mouvement liturgique (que j'ai lu en allemand dans les années 80) en donne un aperçu assez complet.
Aussi le livre plus récent de l'abbé Cekada sur le NOM (Work of Human Hands) en parle, ce livre a été commenté ici sur le FC.

En ligne il existe une petite série d'articles en anglais de l'abbé Ricossa et de Mgr. Dolan qui donnent les détails. Mais je ne saurai en donner le lien, car c'est un site trrrrrrès méchant.
(certains diraient : ces hommes sont respectables mais peut-on en dire autant de leurs options ? )

Si vous lisez couramment l'allemand, et vous voulez tout savoir sur les différences entre le Missel de 1920 (l'édition typique après Divino afflatu), vis-à-vis de la période précédant la réforme de Saint Pie X, il faut lire Franz Brehm, Die Neuerungen im Missale. Zusammengestellt und erläutert, Ratisbonne 1920.
Cet ecclésiastique, d'une grande érudition, fut le liturgiste attitré de la maison Pustet, à Ratisbonne, un des sept typographes pontificaux en Europe (s'y ajoutent deux ou trois en Amérique), mandatés exclusivement pour imprimer les missels latins dans le monde entier.
Il fut un temps.
images/icones/1b.gif  ( 810570 )Excellent ! par Quaerere Deum (2016-08-12 16:18:05) 
[en réponse à 810569]

Je vois que vous avez retenu mes propos. Délicate attention !

Hélas, mon allemand n'est plus au niveau et peut-être ne l'a-t-il jamais été.
On trouve de bonne études sur le bréviaire et la Semaine Sainte mais pourquoi pas autant sur tout le missel ?!
images/icones/1b.gif  ( 810586 )Elephants can remember par Lycobates (2016-08-12 23:44:52) 
[en réponse à 810570]


Je vois que vous avez retenu mes propos.



Je retiens (presque) tout. C'est parfois encombrant.
Mais je ne rebalance (presque) jamais. C'est rassurant.

C'est mon phlegme ancestral qui en porte le mérite.
images/icones/1b.gif  ( 810580 )Allez par Quaerere Deum (2016-08-12 19:36:28) 
[en réponse à 810569]

je veux bien avoir l'adresse de votre site très méchant.
Je veux montrer que je ne suis pas sectaire
images/icones/1j.gif  ( 810588 )site ostracisé par Lycobates (2016-08-13 00:00:29) 
[en réponse à 810580]

Je veux bien.
Je propose que dans ce cas vous me fassiez parvenir une adresse mail pour que je vous l'envoie.
Mon adresse à moi est [mon pseudo ici en minuscules] ad [yahoo] point [de].

Vous voyez, lorsque je me suis inscrit ici, en 2012, j'ai accepté les conditions de ce forum, que vous connaissez.
S'il est vrai que les modérateurs m'accordent beaucoup de libertés, et que tout le monde ici, ou presque, est très gentil avec moi, je n'en déduis aucune Narrenfreiheit, comme on dit chez nous, qui serait un abus et une rupture de confiance, même si je laisse entrevoir, je crois avec courtoisie, si non parfois sans ironie, ce que je pense, sans me trahir.
Mais il y a certaines limitations.
Pacta sunt servanda. Nous sommes éduqués comme-ça.
images/icones/neutre.gif  ( 810619 )[réponse] par Quaerere Deum (2016-08-13 14:17:27) 
[en réponse à 810588]

C'est tout à votre honneur que de respecter le règlement.
C'est bien ce qui vous rend respectable

J'ai pris contact avec vous.
images/icones/livre.gif  ( 810639 )Bientôt une "Histoire du missel tridentin" par Via Romana (2016-08-13 22:24:49) 
[en réponse à 810569]

Pour information, paraîtra fin octobre aux éditions Via Romana une Histoire du missel tridentin.

L'auteur n'est pas un inconnu ici : l'abbé Claude Barthe.

Table des matières :

Introduction : Quatre siècles d’unification mouvementée

Ie PARTIE -- LA FORMATION DE LA MESSE ROMAINE

I. Le culte nouveau, réalisation de l’ancien
De l’Institution au « jour du Seigneur »
La prière chrétienne comme réalisation de la liturgie du Temple et comme revendication de la royauté christique universelle
Les liens entre le culte juif de l’après-Temple et le culte chrétien

II. Aux origines du canon romain
Le contexte
Les documents ecclésiastiques des premiers siècles
Le canon romain
Les autres parties de la messe
Sur l’appellation romaine de la messe

III. L’hybridation romano-franque
Avant les sacramentaires, les libelli
Les sacramentaires
Les autres livres
Les Ordines romani
L’expositio missæ du pseudo Germain

IV. Le sacrifice offert pour les vivants et pour les morts
La multiplication des messes privées
La floraison de « prières privées » ou oraisons secondes
Le développement des commentaires allégoriques du culte divin
Les missels pléniers

IIe PARTIE -- LA STABILISATION TRIDENTINE

V. Le missel de la Curie romaine
Le missel romain au XIIIe siècle
Le progrès du culte eucharistique
La diffusion du missel de la Curie romaine

VI. Le missel romain tridentin
Le missel de saint Pie V
Une liturgie solennelle plus visible
La science liturgique de la Contre-Réforme

VII. Les liturgies françaises des XVIIe et XVIIIe siècles
La diffusion post-tridentine des livres romains
L’apparition d’une nouvelle génération de livres français
Le chant d’église en France sous l’Ancien Régime

VIII. Lumières catholiques, ultramontanisme
Les lumières catholiques
L’ultramontanisme et le missel romain

IX. Le Mouvement liturgique, les réformes de Pie XII, la dernière édition typique du missel tridentin
Le Mouvement liturgique
Les réformes de Pie XII
La dernière édition typique du missel tridentin

IIIe PARTIE -- UN MISSEL « JAMAIS ABROGÉ »

X. Summorum Pontificum
La genèse de Summorum Pontificum
Les dispositions de Summorum Pontificum
Un statut nouveau et atypique pour le missel tridentin

Éléments de bibliographie
images/icones/bravo.gif  ( 810642 )Ah ! par Quaerere Deum (2016-08-13 23:10:09) 
[en réponse à 810639]

Une idée qui vient à point nommé !

Mais pourquoi ce titre ? L'ouvrage aborde plus généralement le missel romain, semble-t-il.
images/icones/1i.gif  ( 810649 )Ne pourriez vous pas faire paraître aussi vos ouvrages par Ritter (2016-08-14 00:31:23) 
[en réponse à 810639]

En format électronique
Vous remerciant
images/icones/neutre.gif  ( 810707 )Cette annonce est une avant-première… par Eucher (2016-08-16 14:48:47) 
[en réponse à 810639]

…puisque votre site web ne paraît en faire aucune mention. Dommage, j’aurais voulu en précommander deux exemplaires.

-Eucher
images/icones/neutre.gif  ( 810708 )Il est mentionné par Quaerere Deum (2016-08-16 15:01:01) 
[en réponse à 810707]

dans la section "A paraître".
images/icones/neutre.gif  ( 810713 )En effet, merci par Eucher (2016-08-16 17:12:27) 
[en réponse à 810708]

Pour le mois de septembre... mais de tells retards ne sont pas insolites dans le monde de l'édition.
images/icones/fleche2.gif  ( 810573 )complément par Attente ac devote (2016-08-12 17:41:29) 
[en réponse à 810567]

Sur le site Introibo vous trouverez les textes officiels des réformes sous Pie XII puis Jean XXIII, ainsi que des textes de commentaires ou de critiques très instructifs (à gauche dans "réforme liturgique" puis dans les différents sous-menus).
images/icones/hein.gif  ( 810568 )Sur l'appellation "messe de vigile" par Quaerere Deum (2016-08-12 16:07:14) 
[en réponse à 810566]

Autre question : la messe de vigile est comme son nom l'indique une messe de la veille.
A quel moment doit-elle être célébrée ? Plutôt dans la soirée après les vêpres ?
images/icones/1i.gif  ( 810571 )Du tout ! par Lycobates (2016-08-12 16:27:57) 
[en réponse à 810568]


A quel moment doit-elle être célébrée ? Plutôt dans la soirée après les vêpres ?



Du tout !
La messe est au matin, comme en principe toutes les messes.

Notre laisser-aller généralisé nous donne la tendance d'oublier (je ne fais pas exception, je le confesse volontiers) que les messes du soir n'existent que depuis la deuxième guerre mondiale, et qu'elles n'ont été généralement permises qu'en 1953, à partir de 16 heures de l'après-midi, et seulement si rerum adiuncta id necessario postulant.
L'histoire de l'Eglise avant 1940 ne connaît pas des messes du soir.

Si vous voulez faire revivre la pratique antique des premiers chrétiens, plutôt austère, cela est autre chose, dans ce cas vous commencerez votre veille dans la soirée, avec le chant de l'office, pour la continuer toute la nuit, tout cela à jeûn, et faire la messe de la vigile dans la nuit ou au petit matin (mais jamais avant minuit), pour enfin chanter la messe de la fête en matinée. Enfin, bref.
images/icones/neutre.gif  ( 810578 )Mais par Quaerere Deum (2016-08-12 19:35:02) 
[en réponse à 810571]

comme dit Turlure, c'était après none à l'origine.
Le célébration des messes de vigile le matin semble être une «dérive» mais c'est encore certainement le cas dans votre missel de 1920.
images/icones/neutre.gif  ( 810583 )à partir de 16h? par AVV-VVK (2016-08-12 21:26:39) 
[en réponse à 810571]

Vous êtes optimiste. Il y en a qui, ayant assisté dans la matinée du samedi à une messe de funérailles, croient qu 'ils ne doivent plus aller à la messe dominicale. Ce qu 'on appelle de la rationalisation.
images/icones/fleche3.gif  ( 810590 )La rationalisation par Lycobates (2016-08-13 02:53:50) 
[en réponse à 810583]

Oui, la "rationalisation" est un grand dada des liturgistes jansénisants et modernistes.

Mais ici il ne s'agit pas de la substitution d'une messe du soir le samedi pour faciliter aux paresseux de satisfaire au devoir dominical.
Il va de soi que, dans le Nouveau Testament, le devoir dominical concerne le dimanche, le jour de la Résurrection, qui va de minuit à minuit, et je me demande si le Pouvoir des Clefs, même s'il était opérationnel, a le pouvoir de changer cela, puisque cette institution est apostolique.
Peut-être.
N'importe.

Nous parlions des messes du soir en général, pas forcément le samedi soir.
Des messes du soir n'ont jamais existé avant la Guerre de 40.
Pendant la guerre un indult a été concédé (notamment pour l'Allemagne) aux prêtres de célébrer au soir, le dimanche et jours d'obligation, sans distribution de Communion (sauf viatique) et avec l'obligation pour le prêtre de rester à jeûn (sauf les exceptions prévues par le droit) jusqu'au moment de la célébration, lorsque la messe dominicale ou de précepte avait dû être interrompue ou supprimée le matin, à cause d'une attaque aérienne.
Dans ces cas, et dans ces cas seulement, le prêtre pouvait, l'alarme passée, reprendre sa messe, plus tard dans la journée, pour que les fidèles puissent satisfaire à leurs devoirs dominicaux.

Après 1953, pour des raisons "pastorales", le pape Pie XII a cru bon de généraliser cet indult, de permettre des messes du soir, à partir de 16 heures, ce qui nous amène à la situation actuelle.

Les messes pendant les attaques aériennes, ce n'était pas pour rigoler, ce n'est pas comme Sainte Rita à Paris il y a quelques jours.

C'est un peu comme sur cette photo, de la cathédrale Saint Paul de Münster, en Westphalie, prise après octobre 1943, pendant une accalmie.

images/icones/neutre.gif  ( 810625 )Le dimanche par Turlure (2016-08-13 17:52:55) 
[en réponse à 810590]


Il va de soi que, dans le Nouveau Testament, le devoir dominical concerne le dimanche, le jour de la Résurrection, qui va de minuit à minuit, et je me demande si le Pouvoir des Clefs, même s'il était opérationnel, a le pouvoir de changer cela, puisque cette institution est apostolique.



Mais justement, aux temps apostoliques, le dimanche allait-t-il de minuit à minuit ? Il me paraît évident que non, il s'agissait de premier jour de la semaine juive, allant du soir après le Sabbat à l'après-midi suivant.

L'application à la liturgie du découpage moderne des jours, de minuit à minuit, ne daterait-il pas de saint Pie X ?

Par ailleurs, les fêtes simples avaient autrefois des premières vêpres mais pas de deuxièmes : leur office finissait à none.

Je ne dis pas cela pour défendre la célébration de la messe dominicale le samedi soir, ce qui est effectivement nouveau et sans précédent dans l'histoire de l'Eglise, quoi qu'on pense du bien-fondé de cette possibilité.
images/icones/neutre.gif  ( 810753 )De temporis supputatione par Lycobates (2016-08-18 01:00:54) 
[en réponse à 810625]


Mais justement, aux temps apostoliques, le dimanche allait-t-il de minuit à minuit ? Il me paraît évident que non, il s'agissait de premier jour de la semaine juive, allant du soir après le Sabbat à l'après-midi suivant. L'application à la liturgie du découpage moderne des jours, de minuit à minuit, ne daterait-il pas de saint Pie X ?



Je n'ai pas de réponse certaine à votre question, sinon que la computation de minuit à minuit est certainement beaucoup plus ancienne que Saint Pie X, puisqu'elle provient du droit romain antique, que notre droit canon de 1917 a repris en partie.
Ainsi il faudrait chercher les origines ou les sources du canon 1246. Mon édition maior, annotée par le cardinal Gasparri, qui ne m'est pas particulièrement sympathique, mais qui était un grand érudit et un éminent juriste, n'en dit rien, mais cela ne veut pas dire que rien n'existe.

Quant aux temps apostoliques, je veux bien croire que ces braves gens commençaient de célébrer le dimanche au soir du samedi, mais à mon avis il est complètement exclu qu'ils aient célébré une messe le samedi soir pour pouvoir faire la grasse matinée le dimanche. Ce n'est pas leur style.
On l'a déjà dit, des messes du soir n'existaient tout simplement pas. Il fallait attendre les efforts assidus de la Royal Air Force, et la paresse imputée au brave peuple de Dieu par nos pastoraux pour concevoir pareille nécessité.

Les premiers chrétiens auront peut-être fait une veille de prières, et auront certainement respecté, à la manière juive, le repos dominical dès le samedi soir, mais c'est tout.

En tout cas, on l'a relevé aussi pour le jeûne des vigiles, il faut distinguer la computation liturgique (depuis les premières vêpres) et la computation canonique, p.ex. pour le jeûne. Cela ne coïncide pas forcément.
images/icones/neutre.gif  ( 810765 )Nous sommes d'accord par Turlure (2016-08-18 10:35:34) 
[en réponse à 810753]

Vous avez raison de me corriger sur l'ancienneté de la computation des jours a media nocte ad mediam noctem. On a par exemple du mal à imaginer une règle d'abstinence le jeudi soir, en tous cas après l'an mil (car je verrais plus là une origine médiévale qu'antique). Il faudrait peut-être chercher chez Gratien, ou ailleurs dans le Corpus.

Mais - corrigez moi si je me trompe - c'est sous Pie X que l'on a fait courir l'office des fêtes simples de matines à complies alors qu'il s'étendait de vêpres à nones. Il est vrai que pour les féries, on compte de longue date (peut-être par abus de langage à l'origine) les jours de minuit à minuit : les matines du vendredi succèdent aux complies du jeudi.

Je vous suis evidemment sur le sujet les veilles antiques. Il n'est nullement question de messes du samedi soir. Les vigiles de Pâques de la Pentecôte ainsi que les samedis des Quatre Temps sont les témoignages de ces nuits passées en prière, alternant traits et lectures avant le chant de l'Evangile et le Sacrifice au lever tant attendu du soleil dominical. Si je ne me trompe pas, c'est quelques siècles plus tard (VIe-VIIIe ?), alors que la distinction entre la messe et l'office quotidien s'est plus formalisée, que ces célébrations se sont placé entre none et vêpres du samedi, perdant leur statut de messes dominicales. Plus tard encore, on les a avancées au matin.

Quant à la distinction entre computation canonique et liturgique, elle est compréhensible mais, je le maintiens, étrange lorsqu'elle fait continuer un jeûne de vigile après les premières vêpres d'une fête (on en parlait le 24 décembre dernier) !
images/icones/1e.gif  ( 810936 )Messe "du soir" par Alexandre (2016-08-22 17:11:20) 
[en réponse à 810590]

Quand vous écrivez que

« Des messes du soir n'ont jamais existé avant la Guerre de 40 »


je vous suggère de préciser : plus tard qu’une heure après None.

En effet, je ne vous apprendrai pas que tous les Missale Romanum imprimés jusqu'en 1960 comportaient encore, dans les Rubriques générales, un paragraphe XV intitulé : De hora celebrandi Missam, dans lequel il était prescrit que « Missa Conventualis et solemnis sequenti ordine dici debet. (…) In Adventu, Quadragesima et Quatuor Temporibus, etiam infra Octavam Pentecostes, et Vigiliis quae jejunantur, quamvis sint dies solemnes, Missa de Tempore debet cantari post Nonam. (La messe conventuelle et solennelle [par opposition à la messe privée, évoquée au début du paragraphe] doit être dite selon l’ordre suivant. […] Pendant l’Avent, le Carême et aux Quatre-Temps - même à ceux de Pentecôte -, ainsi qu’aux Vigiles de pénitence [où l’on jeûne], bien que ce soient des jours solennels, la Messe du Temps [c'est-à-dire où l’on célèbre la férie, non un saint] doit être chantée après None) » Même prescription pour le 2 Novembre.

Or, « soir » a longtemps désigné le temps qui va de midi au coucher du soleil et même l’édition actuelle du Petit Robert donne au 3° la définition suivante : « Temps qui va de midi à minuit (dans le décompte des heures). »

Certes, il y avait longtemps, avant même 1940, que les messes devaient être célébrées avant midi (cf. notamment la bulle [?] de Pie V du 29 mars 1566), quitte à dire None le matin pour respecter la lettre de la loi (comme on disait Vêpres avant le déjeuner, pour respecter la rubrique du bréviaire), mais il y a bien une époque où None était chantée… à None, c'est-à-dire à la fin de la neuvième des douze heures qui séparent le lever du coucher du soleil.

Je me suis amusé à chercher à quelle heure civile correspondait cette neuvième heure dans ma bonne ville de Granville le 21 juin, jour le plus long de l’année dans l’hémisphère Nord. Et cela donne 17 heures 11, ce qui semble assez tardif et donne une messe conventuelle de férie de Carême vers 17 heures 30, le ventre absolument vide depuis la veille au soir, naturellement.

De fait, il y a longtemps que midi (le milieu du jour) n’est plus à 12 heures, en France...
images/icones/union-jack.png  ( 810941 )Midi = noon = none = grand n'importe quoi astronomique par PEB (2016-08-22 18:14:04) 
[en réponse à 810936]

Cet idée un peu bizarre de ne célébrer la messe que none sonnée, a entraîné un décalage horaire de 3 h en temps solaire moyen. Du coup, les heures de la liturgie ne veulent plus rien dire. Et pourtant

Cela se retrouve en anglais ou la nona hora était donc chantée à midi, qui, se retrouva en anglais sous l'appellation noon. Afernoon représente donc l'après-midi.

A Solesmes, la grand messe est célébrée après tierce, soit normalement à 10 h.

En théorie, les heures solaires de ce jour sont:
6 h 53 min prime (lever du soleil)
10 h 22 min tierce (Pentecôte)
13 h 53 min sexte (Crucifixion)
17 h 21 min none (Mort, office des défunts)
20 h 51 min vêpres (coucher du soleil)

Pourquoi donc avoir cassé le bel ordonnancement astronomique? Est-ce limité aux hautes latitudes où les journées estivales et les nuits hivernales n'en finissent pas?

N'aurait-on pas pu changer la rubrique pour éviter ce décalage horaire intempestif, sachant que depuis le XVIème siècle, le soleil ne se couche jamais plus sur le Saint Sacrifice?
images/icones/4a.gif  ( 810938 )Correctif sur l'heure de None... par Alexandre (2016-08-22 17:44:39) 
[en réponse à 810590]

A la fin de mon post sur les messes "du soir", j'ai écrit :

Je me suis amusé à chercher à quelle heure civile correspondait cette neuvième heure dans ma bonne ville de Granville le 21 juin, jour le plus long de l’année dans l’hémisphère Nord. Et cela donne 17 heures 11, ce qui semble assez tardif et donne une messe conventuelle de férie de Carême vers 17 heures 30, le ventre absolument vide depuis la veille au soir, naturellement.


Je me suis trompé dans les calculs, car je les ai faits en heure d'hiver.

Pour Granville, en Normandie, le 21 juin, None est à 18 h. 10.

Une messe conventuelle célébrée post Nonam le serait donc vers 18 h. 25, toujours en heure légale...

Heureusement que le Carême tombe toujours au printemps !
images/icones/hein.gif  ( 810947 )A propos de solstice... par Sacerdos simplex (2016-08-22 18:49:53) 
[en réponse à 810938]

(cette année, le solstice était le 20 juin, d'après mon agenda, pas le 21).


Quel est l'endroit de France métropolitaine où le coucher de soleil est le plus tardif ? La pointe de la Bretagne, celle de la Normandie ou bien au Pas de Calais ? Et à quelle heure est-ce ?...

Merci.
(c'est juste par curiosité)

images/icones/1a.gif  ( 810950 )Coucher du soleil tardif au solstice d'été par Alexandre (2016-08-22 20:51:05) 
[en réponse à 810947]

Monsieur l'Abbé,

J'ai mis le 21 juin par commodité : le solstice varie effectivement.

Au solstice d'été, à longitude égale, le soleil se couche le plus tard au Nord. Mais à longitude différente, c'est plutôt à l'Ouest.

Pour répondre concrètement à votre question, voici l'heure du coucher de soleil le 20 juin 2016 aux trois endroits demandés :

Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais)
Basilique Notre-Dame (50°43’34"N – 1°36’53"E)
Coucher du soleil à 22h08

Cherbourg (Manche)
Basilique de la Sainte-Trinité (49°38’31"N – 1°37’23"O)
Coucher du soleil à 22h18

Brest (Finistère)
Église Saint-Louis (48°23’19"N – 4°29’25"O)
Coucher du soleil à 22h23

Bien à vous.

Alexandre
images/icones/fleur.gif  ( 810963 )Merci. Cela veut qu'avec l'heure d'été... par Sacerdos simplex (2016-08-23 10:44:08) 
[en réponse à 810950]

...la nuit tombe presque une heure avant minuit à Brest.

Avec tous les problèmes que cela représente, par exemple pour convaincre les enfants d'aller dormir, ou pour s'endormir alors qu'il fait encore trop chaud.
Et puis à chaque changement horaire, je prends (et je ne suis sûrement pas le seul) l'habitude me coucher encore plus tard, mauvaise habitude qui s'installe ensuite pour toute l'année.
De telle sorte que :
- le soi-disant avantage énergétique pour l'éclairage est un peu fictif (d'autant plus que les ampoules consomment moins - mais sont très mauvaises pour la santé, et grillent plus souvent ?) ;
- du point de vue médical, la durée de sommeil est encore diminuée : on est bien obligé de se lever le matin pour aller travailler, et ce sommeil est décalage par rapport au cycle naturel.


images/icones/1b.gif  ( 810964 )Le carême oui par Turlure (2016-08-23 12:47:50) 
[en réponse à 810938]

Mais pas les vigiles de saont Jean-Baptiste et des saints Pierre et Paul.
images/icones/1a.gif  ( 810574 )Après none par Turlure (2016-08-12 18:54:15) 
[en réponse à 810568]

C'est traditionnellement à cette heure liturgique qu'on célébrait les messes des vigiles jeûnées (donc pas celles de l'Epiphanie et de l'Ascension, ni celle de Noël lorsqu'elle tombe le dimanche.

Mais, comme le rappelle Lycobates, il y a bien longtemps qu'on les célébrait en réalité le matin (mais après avoir chanté toutes les petites heures si on dit l'office in choro).

Dans le missel de 1962, les messes conventuelles sont toutes censées être chantées après tierce, en ce compris les féries et les vigiles, à l'exception notable de celle de la Pentecôte, qu'on a gardée après none (mettons de côté les deux premières messes de Noël et les trois derniers jours de la Semaine Sainte).
images/icones/neutre.gif  ( 810577 )Il me semblait bien par Quaerere Deum (2016-08-12 19:32:37) 
[en réponse à 810574]

que c'était l'après-midi.
Il n'y a pas si longtemps, j'ai assisté à une messe de vigile de Pentecôte au Barroux qui fut célébrée comme vous dites, si mes souvenirs sont bons.
images/icones/fleche2.gif  ( 810589 )Correct par Lycobates (2016-08-13 00:49:40) 
[en réponse à 810574]

C'est tout à fait correct.

La Messe est dans ces cas après None, et None était, dans l'antiquité, à trois heures de l'après-midi. Ce n'est donc pas une messe du soir dans le sens moderne (j'insiste !), c'est une messe matutinale très tardive, largement dépassé midi, le jeûne eucharistique (même pas une goutte d'eau ! jusqu'en 1953 !) étant maintenu strictement depuis minuit jusqu'à 15 heures bien passées.

[La pratique actuelle, je veux dire du droit de 1917, sans prendre en compte les messes du soir depuis 1953, permet, sauf indult, d'entamer la célébration de la messe une heure avant l'aurore, et jusqu'à 13 heures de l'après-midi, 15 heures dans les églises des réguliers, là on n'est pas trop loin de la None antique]

[Il faut rappeler aussi, John Daly l'a encore fait il y a quelque temps, que le jeûne eucharistique, contrairement au jeûne de pénitence normal, n'admet aucune "parvitas materiae" (légèreté de la matière), c.-à-d. que la moindre rupture de ce jeûne exclut impérativement de la communion pour ce jour. Je me rappelle que feu mon père, qui avant la guerre était servant de messe, me racontait qu'il avait, tôt le matin allant à l'église, avalé par inadvertence un grain de céréale, cueilli en cours de route. Pris d'un scrupule il en parla au curé, et ce jour-là le servant de messe ne communia pas.]

Cela explique qu'on ait avancé les petites heures dans la matinée, comme vous le dites bien, et les jours de jeûne, même les vêpres sont chantées avant midi, ante comestionem.
C'est peut-être une "dérive", mais c'est plus honorable, à mon avis, que de concéder ces piètres "trois heures" de jeûne avant la communion, la pratique depuis 1953 (et depuis 1957 même applicables aux messes du matin).
Alors ne critiquons pas trop notre pieux Moyen Âge.
Nous avons bien démérité.
images/icones/bible.gif  ( 810593 )Missel de 1920 ? par Nemo (2016-08-13 09:11:12) 
[en réponse à 810566]

Je lis "notre missel", 1920.

Pouvez-vous me dire en quelques mots pourquoi cette édition particulière du missel ? Je suis plus libéral, j'irais sans grande crainte jusqu'à 1955. Après, la pollution est trop grande et culmine avec le massacre de la semaine sainte et du calendrier.

Mais je suis prêt à me ranger à vos arguments.

Du reste connaissez-vous une explication simple des différentes éditions typiques du missel. C'est resté pour moi assez nébuleux. Je sais que notre ami qui produit le site excellent introibo, réalisé par un intervenant du forum, dont j'utilise régulièrement le calendrier, effectue un recensement.

Et puisque vous parliez des éditeurs pontificaux, quelle est la typographie qui a votre préférence, sachant que Plantin date un peu...

Je suis d'accord avec vous, ce sont les sites "politiquements incorrects" et vénéneux qui donnent dans ce domaine les analyses les plus intéressantes en règle quasi générale (celui que je mentionne mis à part).
images/icones/fleche2.gif  ( 810613 )Édition typique de 1920 par Lycobates (2016-08-13 13:18:30) 
[en réponse à 810593]


Pouvez-vous me dire en quelques mots pourquoi cette édition particulière du missel ? Je suis plus libéral, j'irais sans grande crainte jusqu'à 1955.



Cher Nemo,

Je me suis peut-être mal exprimé.
Si je dis "notre missel" de 1920, je le dis parce qu'en 1920 la dernière édition typique du Missel après Divino afflatu et avant celle de 1962 a vu le jour. Toutes les éditions (je parle bien sûr des édition latines, d'autel) faites entre 1920 et 1962 reprennent ce Missel, avec des ajouts de nouvelles fêtes, bien entendu. Mais la Semaine Sainte de 1955 fut éditée séparément et jamais incluse dans une édition du Missel avant 1962; idem pour la réforme des rubriques de 1955 (censée par ailleurs provisoire à l'époque, depuis 1960 nous savons pourquoi).

Ce n'est que celle de 1962 qui entérine toutes les réformes discutables de la Commission Bugnini depuis 1948, notamment la version light de la Semaine Sainte, le massacre des rubriques, etc. Ce qui plus est, cette édition date de 1962, donc après 1958. Je ne développerai pas ici.
L'édition de 1920 est donc l'édition à suivre, non pas parce que'elle est parfaite, mais parce qu'elle est la dernière en date pour le moment.
Mais je suis bien d'accord d'y inclure toutes les nouvelles fêtes introduites après cette date sous les papes Pie XI et Pie XII. C'est d'ailleurs en principe obligatoire. Et c'est beaucoup.
Disons 1955 (saint Pie X et Marie Reine en dernier lieu) comme date limite. Comme vous dites : après la pollution devient grande et l'Opifex de 1956 annonce déjà furieusement le NOM. On en a parlé ici.


Du reste connaissez-vous une explication simple des différentes éditions typiques du missel. C'est resté pour moi assez nébuleux.



Les éditions typiques se font une ou deux fois par siècle pour consolider les ajouts, puisqu'il est incommode de travailler avec des feuilles séparées qu'il faut coller dedans. Il s'agit surtout de ça : les nouvelles fêtes, très rarement d'autres changements ont eu lieu (évidemment Divino afflatu de 1911, donnant l'édition de 1920 fait exception).
Cette édition (Brehm décrit le procédé) est alors envoyée sur papier, aujourd'hui on le ferait avec un fichier d'ordinateur, à la dizaine d'éditeurs pontificaux qui commencent à l'imprimer et le multiplier. Personne d'autre n'a le droit de le faire, ainsi fut la pratique jusque sous le pape Pie XII. Un liturgiste attitré par la SCR compare, lettre par lettre, l'édition typique envoyée de Rome avec les imprimés du typographe, après le Concordat cum originali est donné par l'Ordinaire et le livre peut être vendu. (Ce qui n'empêche pas des erreurs, j'ai trouvé deux fautes d'impression dans mon édition de 1930, que j'utilise couramment, c'est peu sur plus de mille pages.)
C'est très artisanal, mais c'est sérieux.


Et puisque vous parliez des éditeurs pontificaux, quelle est la typographie qui a votre préférence, sachant que Plantin date un peu...



Pustet à Ratisbonne sans discussion, et pas parce que je suis chauvin. De belles gravures, une belle lettre très claire et incisive, pas trop petite, une impression intelligente qui évite de devoir tourner les pages au mauvais moment, une composition commode répétitive qui évite d'aller chercher des portions de messes prises du commun, ou des mémoires, etc.
C'est le mérite de l'abbé Brehm, le liturgiste de Ratisbonne qui a pu influencer dans ce sens aussi l'édition typique, car il était aussi consulteur à la SCR et assez influent.
Les autres que je connais, Marietti, Mame, Dessain, Desclée, me plaisent moins.

Plantin reste bien entendu magnifique, mais la maison n'est plus typographe pontifical depuis un moment. Je possède de lui (plus exactement de son petit-fils Balthasar Moretus) une splendide Semaine Sainte manuelle de 1638, que j'utilise parfois (le volume est fragile).
C'est une émotion spéciale que d'utiliser un livre liturgique vieux de presque 400 ans et de s'y retrouver parfaitement.
images/icones/hein.gif  ( 810624 )La "dead line" de 1955 par Turlure (2016-08-13 17:17:55) 
[en réponse à 810613]


Disons 1955 (saint Pie X et Marie Reine en dernier lieu) comme date limite.



C'est ce qui m'étonnera toujours chez vous. Nous sommes habitués à vous lire nous exposer avec une précision quasi-rabbinique et une intransigeance tout-à-fait germanique les règles canoniques et liturgiques censées toujours en vigueur selon les "réalités ecclésiologiques de 2016" telles que vous les envisagez. Et vous rappelez qu'il ne nous appartient pas de les modifier d'un iota, ce que seule l'autorité légitime pourrait faire.

Et sur ce sujet précis, vous devenez subitement vague et subjectif. La nouvelle Semaine Sainte, la décapitation des octaves, la noyade des vigiles, la mise en pièce des semi-doubles et la fête de l'opifex reposent pourtant bien sur des décisions de l'autorité légitime.

Et pour quel motif écartez-vous ces réformes ? Parce que, "la pollution devient grande", qu'elles annoncent "furieusement le NOM", ce qui paraît bien subjectif lorsqu'on a une si interprétation aussi maximaliste de l'infaillibilité pontificale et de l'obéissance au pape que la votre.

Notez que je suis sur le fond plutôt d'accord avec vous sur la qualité intrinsèque des réformes des années 1955. Mais y trouve-t-on des hérésies "en bonne et due forme" ?

Au fond, pourquoi la suppression de l'octave de l'Immaculée Conception au XXe siècle est-elle moins valable que son institution accompagnée de la réduction au strict minimum de celle de la Nativité de Notre-Dame cent ans plus tôt ?

Pourquoi la plus grande importance donnée au temporal en 1955-1960 est elle "janséniste" (terme fourre-tout de façon générale et particulièrement en l'occurrence) alors qu'avec saint Pie X, c'était un sain rééquilibrage ?

Pourquoi Marie Reine est-elle une fête bonne pour notre sanctification alors que la Saint-Joseph du 1er mai est streng verboten ?

Je ne dis pas que vos raisonnements n'ont pas de justification, mais en quoi le jugement d'un catholique ordinaire peut-il ici remettre en cause une décision de l'autorité papale dont vous ne contestez pas l'existence en 1955-1958 ?
images/icones/fleche2.gif  ( 810645 )Vous posez les bonnes questions par Lycobates (2016-08-13 23:42:27) 
[en réponse à 810624]

Vos questions sont tout à fait justifiées et pertinentes et démontrent en outre que vous m'avez bien lu et que je me suis bien fait comprendre. Ce qui me rassure et me fait honneur.

Pourtant la position que je défends (et je ne suis pas le seul, même si pas tout le monde dans "notre camp", pour l'appeler ainsi, est d'accord, car c'est une position qui ne saurait être imposée par une autorité valable, mais qui doit s'imposer par les seuls mérites de son raisonnement) est bien justifiable et bien justifiée, si l'on accepte certaines prémisses.
Nous en reparlerons. Donnez moi deux ou trois jours - j'ai quelques autres occupations urgentes en ce moment - pour le mettre sur papier.
Merci !
images/icones/fleche3.gif  ( 810738 )La "deadline" de 1955 par Lycobates (2016-08-17 16:33:20) 
[en réponse à 810624]


C'est ce qui m'étonnera toujours chez vous. Nous sommes habitués à vous lire nous exposer avec une précision quasi-rabbinique et une intransigeance tout-à-fait germanique les règles canoniques et liturgiques censées toujours en vigueur selon les "réalités ecclésiologiques de 2016" telles que vous les envisagez. Et vous rappelez qu'il ne nous appartient pas de les modifier d'un iota, ce que seule l'autorité légitime pourrait faire. Et sur ce sujet précis, vous devenez subitement vague et subjectif. La nouvelle Semaine Sainte, la décapitation des octaves, la noyade des vigiles, la mise en pièce des semi-doubles et la fête de l'opifex reposent pourtant bien sur des décisions de l'autorité légitime.



C'est très correct.

Le décret général de la SCR Cum nostra hac aetate du 23.3.1955 sur les rubriques, le décret général de la même congrégation Maxima redemptionis du 16.11.1955 sur la Semaine Sainte (et le décret Instituto a Sanctissimo de la SCR du 24.4.1956 instituant la fête de l'Opifex, sur ce déjà ailleurs), sont deux (trois) décrets, signés par le préfet de la SCR, non pas par le Pape, mais bien sous mandat du Pape, et donc indubitablement légitimes.

Les décrets liturgiques sont des lois, et ces lois obligent en conscience, comme le rappelle le canoniste Bouix (Tractatus de jure liturgico, Paris 1873, 170-171).

Or, une loi, Saint Thomas nous l'a appris, est une régulation destinée au bien commun, promulgué par celui à qui la charge de la communauté est commise : rationis ordinatio ad bonum commune promulgata ab eo qui curam communitatis habet. Une loi doit être, nous explicitent les canonistes et les moralistes (voir p.ex. Regatillo, Aertnys-Damen et d'autres), et elle doit demeurer : possible, physiquement et aussi moralement ; honnête, sans aller à l'encontre d'un droit supérieur ; utile, pour le bien commun ; juste, prise en elle-même, pas dans l'intention du législateur (ex parte operis, non ex parte operantis) ; et stable.
Si une loi, par un changement des circonstances, cesse d'être une de ces choses, il incombe au législateur de l'adapter ou de la casser. À défaut de législateur pour ce faire, une loi peut par elle-même cesser d'obliger, ce qu'on appelle cessatio ab intrinseco.

Étant des lois, et nous parlons bien entendu des lois ecclésiastiques, pas des lois immuables de droit divin, nos décrets sont ainsi sujets aux définitions et interprétations qu'en peuvent donner, d'abord le législateur lui-même, ensuite les canonistes, mais aussi les moralistes dans certains cas. Car si le droit canon et la liturgie, surtout le rubricisme, sont dans une certaine mesure une science exacte, souvent ces deux domaines se mélangent avec le domaine de la morale. Or ce domaine-là est beaucoup plus circonstancié, je ne dirais pas qu'il est "vague et subjectif", mais il appelle des nuances et il permet, et souvent exige, de regarder de près des cas particuliers, ce qui peut avoir comme conséquence, non pas que la loi n'est plus loi (à moins que le législateur lui-même ou son successeur légitime ne l'abroge), mais qu'elle ne s'applique pas dans certains cas ou plus du tout.
Et c'est là qu'entre en jeu une certaine casuistique. Elle n'est pas vague et subjective, mais pour suivre et accepter son raisonnement, il faudra accepter comme véridiques, au moins avec une certitude morale, certaines prémisses, que j'émettrai dans ce Forum, pour des raisons que vous devinez, d'abord comme de pures hypothèses de travail.

Or, première prémisse, je prétends que les décrets en question ne sont pas des décrets à prendre de façon isolée, mais qu'ils s'inscrivent dans une certaine logique réformatrice, étant l'œuvre de la Commission liturgique depuis 1948 (dont les intentions déclarées figurent déjà dans la fameuse Memoria sulla riforma liturgica de 340 pages de 1948). Bugnini lui-même, co-auteur de la Memoria et le véritable architecte de la réforme, le confirme dans un petit livre instructif et pas assez cité (Rome 1955) : La semplificazione delle rubriche : spirito e conseguenze pratiche del decreto della S.C. dei Riti del 23 marzo 1955 (où il n’hésite pas à parler d’un "tournant décisif"), et il le reconfirme, avec moins de pudeur, dans ses fameuses mémoires La riforma liturgica, parues de façon posthume (où il se vante aussi des ruses pour parvenir à ses fins pendant la maladie grave du Pape, une bonne partie de l'année 1954), et même si cette logique ne fut pas forcément perceptible pour tous les contemporains de ces décrets, de 1955 à 1960 ou même 1965, pour nous, qui connaissons son aboutissement dans le NOM en 1969 et ses "fruits" abondants depuis, en passant par 1960/62 et 1965/67, il n'y a pas de doute possible.
Par ailleurs le décret de la simplification des rubriques de 1955 (Cum nostra hac aetate) se définit comme provisoire, s'inscrivant, comme il y est dit, dans la logique d'une "generalis liturgica instauratio", d'une réforme générale de la liturgie, elle fait donc partie de ce processus (qui, nous le savons maintenant, mais personne, sauf les impliqués directs, ne le savait en 1955, culminera dans le NOM) qui est déjà bien en cours en 1955, et doit par conséquent être perçue clairement comme une phase de transition.
Pareil raisonnement vaut pour la nouvelle Semaine Sainte, dont les points saillants annonçant le NOM ont été relevé déjà (p.ex. ICI) et dont par ailleurs les réformateurs ne se cachent pas de la paternité. Il existe une ample littérature sur ces points.

Si l'on accepte cet état de choses, et, deuxième prémisse, l'on considère le NOM de 1969, l'aboutissement de la réforme liturgique, comme gravement préjudiciable pour la foi, et comme gravement défectueux, sinon pire, du point de vue de la réalité sacramentelle, ce qui est un autre aspect relaté, il est impératif de le rejeter (le probabilisme est proscrit dans les questions sacramentelles), et, si l'on rejette l'aboutissement d'un processus qui s’avère nocif, il est logique et obligatoire de rejeter les phases antérieures qui y ont conduit.

En outre, troisième prémisse, nous ne sommes pas en mesure actuellement, selon certains depuis 1958, de nous confier au législateur légitime pour remédier à cet état de choses. Aucun changement positif, c.-à-.d. qui obligerait universellement, n'est donc possible, mais il ne saurait exister une obligation morale (et donc pas non plus canonique ou liturgique) de continuer un état de choses qui, dans les faits, à objectivement contribué et conduit au désastre de 1969.

Ainsi je maintiens que les décrets de 1955 sont d'abord dénués du caractère de stabilité qui caractérise une loi : les décrets s'inscrivent dans un processus, n'ont eu cours que quelques années, de 1955/56 à 1960/62, pour être remplacés par d'autres qui eux n'ont valu qu'entre 1962 et 1969, en passant par encore des changements en 1965 et 1967. Tout le monde qui a vécu cette époque bouleversée se souvient de l'incertitude croissante et du flou savamment entretenu pour préparer les esprits au grand chambardement : rien n'était plus sûr, tout flottait, et dès qu'on avait entériné un changement, avant même de pouvoir s'en accoutumer, un autre était annoncé qui bouleverserait encore tout.
Tout le contraire d'une saine législation, surtout liturgique, qui entre 1570 et 1969 n'avait connu des changements plus conséquents que seulement en 1604, 1634 (les deux premières éditions typiques après 1570), 1884 (l'édition typique suivante du pape Léon XIII) et 1911/1920.
(Dans la Memoria sulla riforma liturgica de 1948, présentée à l'intention du pape Pie XII, signée par le père (après Mgr.) Antonelli et rédigée avec le P. Bugnini, qui est la "charte" de la réforme, qui devait passer d'abord par le bréviaire, le missel, le martyrologe et les autres livres, l'on prétend aboutir à un "code de droit liturgique" pour stabiliser toutes ces réformes [per garantirne la stabilità, §341, une blague, bien entendu ; proposition je suppose ajoutée pour pallier les scrupules du Pape] : ce code ne vit évidemment jamais le jour, et depuis 1969 nous savons ce qu'il en est de la "stabilité" dans le domaine liturgique.)

Ensuite je maintiens que, vu l'aboutissement de la réforme avec le NOM en 1969, les changements prônés par la Commission Bugnini à l’œuvre depuis 1948, notamment ces décrets de 1955, s'avèrent, par le fait même de la promulgation du NOM qui les systématise, nocifs dans leur pratique aujourd'hui, même s'il n'y a pas de doute qu'il y a une aggravation constante entre 1955 – 1960 – 1965 – 1969. Prises en soi, les premières mesures générales de 1955, introduites encore sporadiquement, certaines dans le calendrier, d'autres dans la Semaine Sainte, d'autres encore dans un seul nouveau formulaire de messe (le fameux Opifex, le ballon d'essai de la praeparatio donorum, on en a parlé), mais pas encore dans tout le missel, paraissent bien anodines, éparpillées, sans système. Avant 1969, et surtout avant 1960/62, pour la plupart des concernés, on n'était pas à même d'en mesurer toute la portée, puisqu'on ne pouvait pas savoir à quoi tout cela allait conduire, et les suites depuis 1969 ne sévissaient pas encore, mais aujourd'hui nous le savons et aujourd'hui c'est bien le cas.

Il faut donc considérer que, en acceptant les trois prémisses ci-dessus, les décrets de 1955, s'ils ont bien valu entre 1955 et 1958 ou 1960/62, ont aujourd'hui cessé ab intrinseco, en attendant un législateur légitime qui les modifie ou supprime de façon formelle.
images/icones/bravo.gif  ( 810742 )Merci par Nemo (2016-08-17 19:45:11) 
[en réponse à 810738]

Que ce soit sur les détails, comme la meilleure dernière édition du missel romain, ou les points plus importants qui justifient la date buttoir de 1955, je partage sans aucune restriction les points de vue, ou plutôt analyses, exprimés dans vos messages ci-dessus.

J'aurais été totalement incapable de mettre ça par écrit, bien sûr, par manque d'érudition.

J'espère que vous avez l'idée de rédiger un jour une petite synthèse destinée à la publication. C'est beaucoup de travail mais ça viendrait en complément d'autres études réalisées sur le sujet, études que les jeunes générations ne pourront plus aussi facilement écrire, n'ayant pas vécu elles-mêmes ces événements troublant.

Je constate souvent en effet comment il est difficile d'expliquer aux jeunes générations le flottement terrible des années 70.
Ce qui explique pourtant pourquoi à cette époque nous avons admis, voir, horreur, pratiqué des changements que nous rejetons aujourd'hui. Même Mgr Lefebvre aura signé des documents qui n'auraient pas dû l'être.

Je prétends qu'on pouvait très bien admettre 1962 comme date buttoir à cette époque, alors que nous n'avons plus d'excuses aujourd'hui.
images/icones/1b.gif  ( 810749 )Je constate ... par Lycobates (2016-08-17 23:46:33) 
[en réponse à 810742]

cher Nemo, et avec plaisir, que vous avez bien dû lire au delà de la ligne 20 de mon message pour pouvoir écrire ce que vous écrivez ...

Plus sérieusement, concernant les plus jeunes, vous avez tout à fait raison.
D'une part, il faut être heureux pour eux, que les années 60 et 70, terriblement traumatisantes, surtout pour l'âme d'un enfant et adolescent, leur ont été épargnées. Quand on est "tradi" aujourd'hui, quand on a la grâce de vivre dans un milieu pareil, même imparfaitement catholique, par les injures du temps, beaucoup est gagné d'avance, ce qui n'était pas le cas autrefois, quoique à l'époque, comme c'est mon cas, et le vôtre je crois, on a encore des réminiscences du "bon vieux temps". Mais nous sommes des exceptions à l'avoir maintenu. La preuve : la plupart de notre génération est a-religieuse, athée ou agnostique.
Mais d'autre part, ces jeunes sont beaucoup à plaindre, car l'ignorance - il y a heureusement des exceptions, notamment quelques-uns ici sur ce Forum, je ne citerai pas de noms, pour ne pas froisser les autres -, l'ignorance est de nos jours absolument ahurissante. Sur presque tous les domaines.
Que faire ? Porter témoignage charitablement, dans le milieu qui est le nôtre, c'est à peu près tout ce qu'on peut faire.
C'est une des raisons pourquoi je suis présent ici. Cela élargit en quelque sorte le milieu de tous les jours, et le diversifie.
Et il y a la prière, surtout à la messe, si on peut en avoir une, grâce inestimable.

Quant au "vieux", et pour moi le terme "vieux" n'est pas péjoratif, vous citiez Mgr. Lefebvre, que vous avez connu mieux que moi (j'ai eu l'occasion de le rencontrer et de lui parler, aussi), je suis loin de les accabler pour avoir été fourvoyés au début de leur combat, de s'être trompés, et d'avoir signé et entériné dans une première phase ce qu'il ne fallait pas signer et entériner.
Qu'aurions nous fait, la question est légitime, si le Bon Dieu nous avait mis dans une responsabilité comme la leur, mettons en 1965 ?
Restons humbles et charitables, sans amertume, mais aussi sans perdre de vue et sans mettre sous le tapis, même si c'est douloureux, ce qui en 2016 est luce clarius.
Et ce n'est que le début, je le crains.

Cordialement

images/icones/fleur.gif  ( 810746 )Magistral ! par Eucher (2016-08-17 20:54:00) 
[en réponse à 810738]

Merci de ma part aussi pour cet exposé qui me servira de référence à l’avenir. Vous avez raison évidemment de noter que :


Avant 1969, et surtout avant 1960/62, pour la plupart des concernés, on n'était pas à même d'en mesurer toute la portée, puisqu'on ne pouvait pas savoir à quoi tout cela allait conduire

.

Celui des concernés qui, lui, avait une idée assez précise de ce à quoi devait aboutir ces mesures progressives, c’est bien Mgr Bugnini, comme le révèlent ses expérimentations liturgiques dès la fin des années 1940. Elle se retrouveront dans sa brochure La nostra messa, largement diffusée lors du jubilé de 1950 et jusqu’à la veille du concile. Pour tout cela, lire la biographie d’Y. CHIRON et, pour ceux qui entendent l’italien, l’autobiographie de Mgr Bugnini : Liturgiae cultor et amator, servì la Chiesa (ouvrage capital et pourtant ignoré d’à-peu-près tout le monde, y compris dans nos milieux, hélas).

-Eucher
images/icones/1b.gif  ( 810751 )C'est à moi de vous remercier ... par Lycobates (2016-08-18 00:09:05) 
[en réponse à 810746]

cher Eucher, d'avoir attiré l'attention sur encore deux ouvrages du P. Bugnini, de douloureuse mémoire, dont je connaissais bien
Liturgiae cultor et amator, un opus splendide mendax, comme il ressort déjà du titre, mais dont j'ignorais à ce jour la brochure La nostra messa, je suppose un petit pamphlet parfaitement merdique (pray pardon my French) et que j'essaierai de consulter en petites doses pour éviter des boutons.

Laissez-moi vous dire : vous vous faisiez trop rare !
N'avez vous plus lu Plaute récemment ? (Perso, je préfère Térence, mais c'est sans importance)
Il faut nous en parler.
Après les Ménechmes vous auriez terminé je suppose le Mercator, et le premier volume de Lindsay, comme tout Lindsay, excellent.
images/icones/1b.gif  ( 810758 )Pour vous faire mon aggiornamento... par Eucher (2016-08-18 05:21:28) 
[en réponse à 810751]

Cher Lycobates,

En effet vous retenez tout ou presque ! Je vous rejoins (sans mérite aucun : constat omnibus) pour Lindsay, dont les éditions se retrouvent assez facilement en pays anglo-saxon. Récemment, dans un contexte universitaire, j’ai pu relire l’Énéide, mais dans la version anglaise de Fagles (Penguin, 2008) qui d’après moi détrône celle de Fitzgerald chez les modernes. Mais l’on revient toujours à Dryden...
Ces jours-ci je me suis remis à Shakespeare ; tout récemment Macbeth. Le barde doit paraître bien débraillé au lecteur français habitué aux soi-disant « unités » ; moi ce sont le vocabulaire et les tournures de phrase qui m’enchantent—là encore, tout-à-fait common. Pour le latin, je vais bientôt me mettre à la troisième Philippique. Je me suis promis de les lire toutes… Ainsi vous êtes à jour de mes lectures pour un certain temps.

Mêlant un peu ces lectures, je vous renvoie la balle : et tu… ?

Mais while I have you : il y a deux semaines j’ai pu collaborer avec un certain amodum reverendo, cui salutem verbis tuis nuntiavi. Il m’a prié de vous présenter son bon souvenir ; au passage je vous rassure : non est tam capillatus quam ante et il présente bien de ce côté-là. Vous avez également les salutations de l’abbé que nous appelons entre nous Latrator, et dont les origines évoquent celles d’Hilaire Belloc….

Un de ces jours il faudra que nous fassions connaissance face to face, Lycobates.

-Eucher.
images/icones/1a.gif  ( 810814 )Lectures ... par Lycobates (2016-08-19 01:05:57) 
[en réponse à 810758]


Ces jours-ci je me suis remis à Shakespeare ; tout récemment Macbeth. Le barde doit paraître bien débraillé au lecteur français habitué aux soi-disant « unités » ; moi ce sont le vocabulaire et les tournures de phrase qui m’enchantent—là encore, tout-à-fait common. Pour le latin, je vais bientôt me mettre à la troisième Philippique. Je me suis promis de les lire toutes… Ainsi vous êtes à jour de mes lectures pour un certain temps.



Oui, décidément, il me faut reprendre en main Macbeth, qui est une oeuvre impressionnante, et d'autant plus quand on est hanté par la musique de Verdi (j'ignore si vous êtes mélomane), qui, ce me semble, a bien compris et rendu la grandeur dramatique de cette oeuvre, mais à l'italienne (son Falstaff est pour moi raté, Verdi n'est pas pour faire rire), et à condition de trouver une soprano qui est à même de faire face aux notes surhumaines de la Lady.
Et qui avait dit encore que les ouvrages de Shakespeare were built out of music ?

Pour Shakespeare (je vais vous décevoir), mes goûts sont en général moins sérieux, ma pièce favorite à longtemps été Midsummer Night's Dream, dont j'ai connu par coeur, quand j'étais jeune, quelques belles portions.

Cicéron, quand on veut écrire beau (et si l'on écrit latin, ce qui peut arriver, pourquoi se priver d'écrire beau ?), il le faut nocturna versare manu, versare diurna. Après trente ans, trop longtemps, j'ai repris en main cet été le Brutus, de claris oratoribus. Pas Wilkins comme en 1985, mais Wetzel, une édition de 1793, de Halle, impensis orphanotrophei, quel beau geste, que j'ai trouvée, pour le prix d'une mauvaise pizza, à Leipzig, lors du Bachfest, entre deux concerts, chez un bouquiniste.


Un de ces jours il faudra que nous fassions connaissance face to face, Lycobates.



Mais pourquoi pas.
Il est rare cependant que je m'aventure outre-Atlantique. La dernière fois que j'ai visité les États-Unis c'était en 1989. Mais l'année prochaine un congrès latin me tenterait peut-être.
Wait and see.
images/icones/mitre4.png  ( 810762 )l'énigmatique Mgr Bugnini par Regnum Galliae (2016-08-18 09:53:03) 
[en réponse à 810746]

Qu'il ait causé du tort, c'est certain. Mais je me pose la question suivante : était-il de bonne foi et pensait-il vraiment faire quelque chose qu'il estimait nécessaire pour la sanctification des âmes ou avait-il le dessein de diluer la sainte messe ? Dans ce cas, pourquoi ? Ces gens-là ne font-ils aucun cas des fins dernières ?
images/icones/1a.gif  ( 810752 )Merci par Turlure (2016-08-18 00:34:51) 
[en réponse à 810738]

Je suis encore bien plus honoré du temps que vous prenez à me faire cette réponse développée.

Je viens d'écrire un message prolixe pour y répondre mais j'ai omis l'indispensable ctrl+c avant de prévisualiser...

Il repose désormais dans le même caveau que le psautier du cardinal Béa.
images/icones/fleur.gif  ( 810754 )Encore que ... par Lycobates (2016-08-18 01:06:51) 
[en réponse à 810752]

vous savez sans doute que le psautier de Mgr. Bea (qui vous a dit que ce malheureux jésuite était cardinal ? ) a laissé ses traces pédantes jusque dans le missel de 1962, puisque le propre de Saint-Pie X (Extuli electum) est repris, autant que je sache le seul dans le missel, de cette version du psautier ?

Rassurez-vous, nous préparons un Motu proprio pour y rémédier ...
Non, je plaisante. "Sans blague", comme dirait l'autre ...


Je viens d'écrire un message prolixe pour y répondre mais j'ai omis l'indispensable ctrl+c avant de prévisualiser...



Je suis désolé avec et pour vous, et pour moi et les "liseurs", cela m'est arrivé aussi.
En tout cas, Vergelt's Gott, comme nous disons.

Union de prières !
images/icones/bible.gif  ( 810826 )Autres traces du "psalterium pianum" par BdM (2016-08-19 14:35:10) 
[en réponse à 810754]


le propre de Saint-Pie X (Extuli electum) est repris, autant que je sache le seul dans le missel, de cette version du psautier ?


A moins de vous avoir mal compris, d'ajouterais qu'il y a bien d'autres traces du psautier dit Bea dans le missel de 1962. Voyez par exemple les formulaires de messe de l'opifex (encore lui!), de Marie-Reine ou de l'Assomption. Sans parler du ps. 21 au dépouillement des autels du Jeudi Saint, ni du Benedictus aux "laudes" de la fin de la Vigile Pascale.

J'oublie sans doute encore d'autres corps étrangers de ce genre.
images/icones/idee.gif  ( 810828 )En effet ! par Lycobates (2016-08-19 15:18:45) 
[en réponse à 810826]

Je vous remercie de vos précisions qui complètent et corrigent ce que j'avais écrit, sans doute un peu trop vite. Il y a en effet bien plus que la seule messe de saint Pie X.
Mais c'est le "Extuli electum de populo", au lieu de "Exaltavi electum de plebe mea" qui m'avait surtout sauté aux yeux. Ainsi que les bizarres "Gratias Domini" au lieu des "Misericordias" du deuxième verset du même psaume.

Tout ceci est d'autant plus remarquable que le Pape, dans son Motu proprio In cotidianis precibus de 1945, avait seulement autorisé l'utilisation de ce nouveau psautier, sans vouloir l'imposer (si libuerit, utantur).
Mais en reprenant cette version pour les nouveaux formulaires de messe des années 50, pour la SCR il n'est plus question de lubet, mais de oportet. Comme ça, mine de rien. Car on ne saurait changer l'énoncé du formulaire de son propre gré.

Ceci dit, si nos problèmes n'étaient que ce seul psautier, ce serait encore un souci mineur.
images/icones/1a.gif  ( 810838 )Sur la fête de Saint Pie X par Turlure (2016-08-19 19:18:52) 
[en réponse à 810828]

Yves Daoudal avait écrit l'an dernier cet article détaillé.

Personnellement, je trouve que ces particularités sont à conserver : elles font le "charme" d'une liturgie qui s'est construite dans l'histoire.

C'est aussi le cas des pièces les plus anciennes, issues de la vetus latina ou du psautier romain de Saint-Jérome. Il est par exemple intéressant de comparer le trait du premier dimanche de Carême avec le deuxième psaume des complies.

La règle liturgique est quand même la Vulgate, que ces exceptions ne remettent pas en cause.

Que dire aussi de la "correction" des hymnes ambrosiennes par Urbain VIII, qui touche tout le bréviaire romain et rompt l'unité avec les autre rites latins, notamment, monastiques, là encore pour des raisons d'esthétique de la langue latine ?
images/icones/bible.gif  ( 823342 )Réformes de la Semaine sainte de 1955-1956 par Alexandre (2017-02-28 09:58:18) 
[en réponse à 810613]

Cher Lycobates,

Vous écrivez :

la Semaine Sainte de 1955 fut éditée séparément et jamais incluse dans une édition du Missel avant 1962



Or, Mame, à Tours (en 1957), et Dessain, à Malines (en 1959), ont bel et bien intégré les réformes de la Semaine sainte de 1955-56 dans le Missale Romanum aux dates mentionnées, donc avant 1962.
Je ne sais ce qu'il en est, en revanche, de Pustet entre 1956 et 1962...
images/icones/fleche2.gif  ( 823343 )Vous avez l'oeil ! par Lycobates (2017-02-28 10:08:07) 
[en réponse à 823342]

J'aurais dû écrire plus précisément: "jamais incluse dans une édition typique du Missel (entier) avant 1962".

L'Ordo Hebdomadae Sanctae instauratus (comme les réformateurs l'ont nommé) a fait l'objet d'une édition typique séparée en 1956, mais il n'y a pas eu une édition typique complète du Missel entier du vivant du Pape Pie XII.

Merci d'avoir donné l'occasion de préciser !
images/icones/hein.gif  ( 823346 )Certes par Alexandre (2017-02-28 10:22:31) 
[en réponse à 823343]

... c'est plus compréhensible ainsi !

Quant à votre longue explication du refus des réformes de 1955-56, j'en comprends bien les arguments et les remises en cause, sauf une : le refus de la fête de saint Joseph Artisan. Non que n'affectionne particulièrement cette fête (1), mais je ne vois pas en quoi son institution a été provisoire, alors que celle de Marie Reine, en 1954, aurait plus de légitimité à vos yeux, je suppose.

Rejeter cette fête du 1er mai n'ouvrerait-il pas alors la porte à un subjectivisme qui risque d'aller bien plus loin ?

Bien à vous.

Alexandre

(1) Les abbayes de l'Ordre de Saint Benoît, par exemple, comme en témoigne son Breviarium Monasticum de 1963 au 1er mai, ont eu alors la possibilité de garder l'ancienne solennité de saint Joseph, devenue alors fête fixe, ou d'adopter la fête nouvelle.
images/icones/fleche2.gif  ( 823353 )Joseph Artisan par Lycobates (2017-02-28 11:18:29) 
[en réponse à 823346]

Non, l'introduction de la fête de Saint Joseph Artisan (ou: Travailleur, dans le NOM) n'est pas du tout provisoire et pas moins définitive et obligatoire (en principe) que celle de Sainte Marie Reine ou Saint Pie X vers la même époque, si ce n'est que toutes ces fêtes, comme le sanctoral entier, étaient vouées à une réduction massive, souvent à mémoires même facultatives, dans le NOM.
Cette désuétude relativise l' "obligation" sur le long terme. (Nous en sommes aujourd'hui à 40 ans, et davantage).

Pourtant son refus est encore plus fondé théologiquement à mon avis que le refus de la nouvelle Semaine Sainte et certainement que la réforme des rubriques et il est possible (et parfaitement démontrable si l'on accepte pour ce cas précis au moins les deux dernières prémisses énoncées ICI) en argumentant en faveur d'une cessation ab intrinseco de l'obligation de célébrer cette fête, qui est le ballon d'essai de la praeparatio donorum NOMiste.
(Je ne peux pas, dans ce forum, développer avec plus de détails en quoi consiste particulièrement le caractère nocif et fatal de ce changement particulier dans le NOM, voir toutefois ICI).


Rejeter cette fête du 1er mai n'ouvrerait-il pas alors la porte à un subjectivisme qui risque d'aller bien plus loin ?



Sincèrement, je ne le crois pas.
Les arguments des moralistes pour conclure à la cessation automatique d'une loi (en l'absence de législateur compétent, s'entend) sont assez rigoureux et bien établis dans les manuels et les cas de conscience.
Il importe surtout de bien étayer les prémisses qui conduisent à pareille conclusion. Certes, aucune autorité n'existe pour y obliger universellement, sinon le caractère purement persuasif des arguments proposés. Je ne saurai faire plus, ni d'ailleurs en vouloir à quelqu'un qui ne ferait pas siennes ces conclusions, et qui préfèrerait célébrer l'Opifex, la nouvelle Semaine Sainte, et appliquer les rubriques simplifiées.
Beaucoup de prêtres de la vieille génération dans la mouvance "tradi-hard" ont commencé ainsi, pour revenir peu à peu à l'édition typique de 1920, après avoir étudié et compris les implications des travaux de la commission Bugnini à partir de 1948.

Sur l'Opifex désastreux, voir encore ICI, et le message de Nemo y mentionné.
images/icones/vatican.gif  ( 810931 )Sur l'obligation canonique du jeûne depuis 1917 par Alexandre (2016-08-22 16:03:18) 
[en réponse à 810563]

Le Code de Droit Canonique pio-bénédictin (1917) prescrivait en effet le jeûne et l’abstinence la veille de l’Assomption.
Lorsque les vigiles tombaient un dimanche, comme cette année, la liturgie d’alors prévoyait de les anticiper au samedi, comme cela vous a été précisé ici. Toutefois, cette vigile anticipée ne comportait pas l’obligation canonique de jeûne et abstinence (can. 1252, § 4).

D’après ce Code de Droit Canonique, les « jours où sont prescrits à la fois le jeûne et l’abstinence (…) sont le mercredi des Cendres, les vendredis et samedis de carême, les jours des Quatre-Temps; les vigiles de la Pentecôte, de l’Assomption, de la Toussaint et de Noël » (canon 1252, § 2).

Si cela vous intéresse, voici les précisions et modifications qu’a connues la législation canonique latine depuis 1917 :

1920 : la règle de non-anticipation des vigiles s’applique non seulement à la période du carême, mais à tous les temps de l’année (Commission d’Interprétation du Code de Droit canonique, 24 novembre).

1941 : faculté est accordée aux Ordinaires de dispenser totalement du jeûne et de l’abstinence, excepté le mercredi des cendres et le vendredi saint (indult général de la Congr. des Affaires ecclésiastiques extraordinaires du 19 déc. donné pour le temps de la guerre).

1946 : prorogation de l’indult de 1941 (Congr. du Concile, 22 février)

1949 : rétablissement :
. de l’abstinence tous les vendredis de l’année ;
. du jeûne et de l’abstinence quatre jours par an : mercredi des Cendres, Vendredi saint, vigiles de l’Assomption et de Noël.
Pour les autres jours de jeûne et d’abstinence prévus par le Code de 1917, faculté est donnée aux évêques de les rétablir ou non, ce qui laissa des différences de pratique d’un diocèse à l’autre jusqu’en 1966 (Congr. du Concile, 28 janvier).

1951 : (France) transfert de l’obligation du jeûne et de l’abstinence de la veille de l’Assomption, le 14 août, à celle de la Toussaint, le 31 octobre (lettre de la Secrétairerie d’Etat du 20 juillet).

1957 : transfert de l’obligation du jeûne et de l’abstinence de la vigile de l’Assomption, le 14 août, à la veille de l’Immaculée Conception, le 7 décembre (décret de la Congrégation du Concile du 25 juillet).

1959 : faculté de transférer l’obligation du jeûne et de l’abstinence de la veille de Noël du 24 au 23 décembre (décret de la Congrégation du Concile du 3 décembre).

Au moment où s’ouvrit le Concile Vatican II (1962), demeuraient pour l’Église latine comme jours
. de jeûne et abstinence : le mercredi des Cendres, le Vendredi saint, le 7 décembre et le 24 (ou 23) décembre.
. d'abstinence seule : tous les vendredis de l’année.

1966 : le pape Paul VI maintient l’obligation de l’abstinence à tous les vendredis de l’année, excepté les fêtes de précepte, et réduit celle du jeûne et de l’abstinence au mercredi des Cendres et au Vendredi saint (Constitution apostolique Pænitemini, du 17 févr.).

1983 : le Code de Droit canonique révisé, promulgué le 25 janvier 1983 par Jean-Paul II, reprend en substance les dispositions édictées par Paul VI :
« L’abstinence de viande ou d’une autre nourriture, selon les dispositions de la conférence des Évêques, sera observée chaque vendredi de l’année, à moins qu’il ne tombe l’un des jours marqués comme solennité ;
mais l’abstinence et le jeûne seront observés le Mercredi des Cendres et le Vendredi de la Passion et de la Mort de Notre Seigneur Jésus Christ »
(canon 1251).
images/icones/fleche2.gif  ( 810937 )Sur l'abstinence du vendredi par Regnum Galliae (2016-08-22 17:12:14) 
[en réponse à 810931]

Les conférences épiscopales peuvent en substituer l'obligation par toute autre pénitence au choix du fidèle.
images/icones/bravo.gif  ( 810960 )Merci par Quaerere Deum (2016-08-23 09:02:17) 
[en réponse à 810931]

de ce travail de précision, comme d'habitude !