Cher maître, vous êtes attaché à l'idée que l'Epiphanie est une fête plus importante que Noël mais c'est loin d'être exact dans la tradition occidentale !
C'est un lieu commun de mentionner pour cela le fait que l'octave supprimée en 1955 de l'Epiphanie est privilégiée de 2e ordre alors que celle de Noël n'est que de 3e ordre, ce qui serait dans notre liturgie la trace d'un prééminence historique de la première fête sur la seconde.
Mais, si on veut établir un comparatif liturgique des deux fêtes avant 1955, on a :
- Pour Noël un temps de pénitence de préparation de quatre semaines - l'Avent - et une vigile pénitentielle de rite double, qui l'emporte sur le dimanche. Pour l'Epiphanie, on a une "vigile" un peu particulière, qui est plutôt une fête, célébrée en blanc avec Gloria et Credo, mais qui n'est que de rite semi-double et cède le pas à la fête (assez récente il est vrai) du Saint Nom de Jésus en cas de concurrence.
- Pour Noël, des premières et deuxièmes vêpres avec chacune leurs antiennes, leur capitule et leur verset (seul l'hymne et l'oraison sont communes). Les vêpres de l'Epiphanie sont comme pour la plupart des fêtes, identiques à l'exception de l'antienne du Magnificat.
- Naturellement, les trois messes de Noël sont la marque très singulière de ce jour. Pour l'Epiphanie, je n'ai pas connaissance qu'il y jamais ait eu plusieurs messes, même avant saint Grégoire (mais je me trompe peut-être).
- Effectivement, une octave de plus grande préséance pour l'Epiphanie.
- Un jour-octave de la Circoncision de rite double de deuxième classe alors que le Baptême du Seigneur n'est qu'un double majeur.
Ainsi, il me paraît aller de soi que, dans la liturgie latine, Noël est une des fêtes majeure de l'année liturgique, avec Pâques et la Pentecôte tandis que l'Epiphanie est, bien entendu, une grande fête, mais dans la dépendance de Noël.
La distinction des divers degrés d'octave n'est pas très ancienne (Lycobates pourrait sans doute nous abreuver de science liturgique sur ce point !) et je pense qu'on a donné un faible degré à celle de Noël (inférieur à celui de l'Epiphanie et de la Fête-Dieu, égal à l'Ascension et au Sacré-Coeur), essentiellement pour justifier la célébration des fêtes de Saint-Thomas Becket et de Saint-Sylvestre qui se faisait depuis longtemps.
Si nous jetons un œil à une édition plus ancienne du missel (
1624), il n'y a qu'un seul type d'octaves (ainsi, par exemple, le 29 décembre et le 31 décembre, on fait mémoire, de Noël, de saint Etienne, de saint Jean et des saints Innocents). La vigile de Noël est bien de rite double mais il n'est pas indiqué que celle de l'Epiphanie est de rite semi-double etc.
Et puis, si on a là indiscutablement deux grandes fêtes populaires dans l'occident chrétien, qui restent bien connues de notre monde sécularisé, vous avouerez que treize desserts, c'est plus puissant qu'un galette !
