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images/icones/livre.gif  ( 777479 )Discernement psychologique : la constitution cyclothymique par Chicoutimi (2015-05-01 03:34:37) 

Dernièrement, nous avons vu, dans un premier temps, la constitution paranoïaque à partir du Guide Médical des Vocations Sacerdotales et Religieuses (1947).

Puis, dans un deuxième temps, nous avons vu la constitution psychasthénique ainsi que la constitution hystérique.

Voyons maintenant ce qu'est la constitution cyclothymique :

4. La constitution cyclothymique

(…) Le cyclothymique est tour à tour ce pessimiste et cet optimiste; rarement d’une humeur normale, toujours au-dessus ou au-dessous de la moyenne et cela sans cause apparente.

a) Aspect psychiatrique : Cette humeur circulaire peut devenir franchement pathologique et former ce que les psychiatres appellent la « psychose maniaco-dépressive », caractérisée par des épisodes alternants d’excitation maniaque et de dépression mélancolique.

L’accès maniaque est marqué par trois groupes de symptômes fondamentaux : l’agitation motrice, l’humeur euphorique, l’exaltation psychique.

Le maniaque ne peut rester en place, il a un besoin impérieux de mouvement, c’est un instable moteur, qui « se présente avec les yeux brillants, le facies animé et expressif, la démarche assurée, les gestes prompts et incessants, l’allure moqueuse ou hautaine, la tenue débraillée, le costume en désordre ou plus ou moins agrémenté d’ornements bizarres. Il parle sans discontinuer, le débit est rapide, facile, le ton élevé et emphatique ».

Le fond de l’humeur est euphorique, optimiste avec des accès de colère à la moindre contrariété et des passages rapides d’un état à un autre, du rire aux larmes, de la caresse à la violence.
C’est cette instabilité qui fait encore le fond de la pensée et du langage. L’exaltation du psychisme fait affluer à la pensée un grand nombre d’idées, d’images, de souvenirs, qui ne se fixent pas mais se déroulent sans interruption, sans que l’attention cherche à les retenir. De là la mobilité des intérêts et la « fuite des idées » si caractéristiques du maniaque ou de l’hypomaniaque.

L’accès de mélancolie est à l’opposé de l’accès maniaque par ses caractères fondamentaux d’inertie motrice, de ralentissement psychique, de tristesse. Le mélancolique répugne à l’effort et c’est là sans doute le point capital de sa maladie : il est incapable d’agir, de parler, de penser. Il néglige sa toilette, son travail, ses affaires. Il fuit le monde et recherche la solitude. Il est incapable de prendre une décision à cause de l’effort de volonté que cela exige, de concentrer son esprit et de trouver ses mots.

Il est profondément triste, car il se rend compte de son état et il souffre d’être devenu indifférent à ses proches, à ses amis, aux intérêts qui le captivaient naguère. Parfois même il s’accuse d’être responsable du malheur des siens et de fautes plus ou moins imaginaires, se croit damné sans recours.
Presque toujours se mêle à son état une impression d’anxiété, d’angoisse extrêmement pénible, qui peut pousser le malade au désespoir, parfois même au suicide.

(…) Il n’y a point d’accès de manie qui ne soit précédé ou suivi par une phase de dépression mélancolique plus ou moins franche et plus ou moins longue, et réciproquement. Dans l’intervalle des accès le cyclothymique peut présenter un psychisme sensiblement normal; il est rare toutefois qu’il ne soit axé dans son ensemble sur un des deux versants ou de tendance à l’excitation ou de tendance à la dépression.

b) Aspect psychologique et conduite à tenir: (…) Beaucoup de gens normaux peuvent être considérés à certains égards comme des cyclothymiques et passent par des alternatives de dépression et d’excitation, de tristesse et de joie, dont ils seraient bien embarrassés de donner les raisons. À un degré de plus, nous connaissons un certain nombre de malades qui, chaque hiver, engraissent et deviennent apathiques et indifférents et chaque été au contraire maigrissent et retrouvent une activité débordantes.

Lorsqu’il ne s’agit que de troubles minimes du caractère et du comportement de cet ordre, ils ne sont pas incompatibles avec une vie religieuse normale, à condition de ne pas laisser ces sujets complètement livrés à eux-mêmes, et de veiller tout particulièrement à leur évolution psychologique pendant les années de formation. Le gros problème est en effet de prévoir si tel sujet habituellement agité ou déprimé ne fera dans l’avenir un véritable accès de manie ou de mélancolie qui obligera à l’internement.

Dans un tel cas il est nécessaire de fouiller le plus soigneusement possible l’hérédité du sujet et ses antécédents personnels. (…) Des réactions exagérées d’exaltation ou de dépression au cours de cette période, chez des sujets qui présentent une telle hérédité, posent une contre-indication nette à la continuation de la vie religieuse. À plus forte raison un seul accès franc de manie ou de mélancolie dans les antécédents personnels doit faire éliminer impitoyablement, même si le malade a retrouvé un équilibre qui paraît parfaitement normal. On sait trop en effet que cette psychose est une maladie à rechutes et qu’une première atteinte doit faire sérieusement réserver l’avenir.

[…] Plus que les autres encore, de tels sujets doivent se soumettre aux lois d’une hygiène mentale et physique bien comprise. On aura souvent intérêt à canaliser l’excès d’activité des petits agités vers des travaux manuels ou des exercices sportifs même violents. Il ne sert à rien de faire reposer ces sujets qui sont infatigables et deviennent malheureux dans l’inaction. Les déprimés constitutionnels doivent être au contraire souvent secourus, encouragés, voire houspillés. Eux aussi profiteront des exercices physiques vers lesquels il faudra les pousser, souvent malgré leur répugnance, et surtout d’une atmosphère d’optimisme et d’enthousiasme.

Source : Docteur R. Biot et Docteur P. Galimard, Guide Médical des Vocations Sacerdotales et Religieuses, Paris, Éditions Spes, 1947, avec nihil obstat et imprimatur, 319 pages.
images/icones/fleche3.gif  ( 777480 )Et la constitution schizoïde par Chicoutimi (2015-05-01 03:37:27) 
[en réponse à 777479]

5. La constitution schizoïde

a) Aspect psychiatrique : (…) Les schizoïdes ont une surface et une profondeur. Brutalité tranchante, insensibilité maussade, ironie, timidité de mollusque, se dérobant imperceptiblement, voilà la surface. Ou bien la surface est nulle, et nous avons devant nous un individu qui se présente comme un point d’interrogation, nous sentons quelque chose de fade, d’ennuyeux, et cependant de problématique.

Il y a comme une cloison entre le schizoïde et le reste du monde; les excitations extérieures semblent ne pas pouvoir pénétrer et provoquent des réactions inadaptées, discordantes. Il apparaît magnifiquement insensible, froid et dur comme une statue, d’une profonde indifférence vis-à-vis de ce qui l’entoure. Cependant même chez les malades froids, pauvres en affectivité, nous trouvons… un délicat noyau de personnalité, retiré au plus profond de l’être et doué d’une sensibilité nerveuse très douloureuse (…).

Qu’y a-t-il donc dans les profondeurs de tels êtres, derrière ce mur qu’ils ont laissé s’édifier et qui les protège et les isole ? Il semble qu’il y ait comme un ruminement ininterrompu de « complexes » affectifs, d’imaginations plus ou moins délirantes, comme une contemplation perpétuelle de soi-même, un égocentrisme poussé à l’extrême qui cherche à ignorer le monde extérieur et à se plonger dans la délectation du moi. Il n’y a par conséquent chez de tels sujets aucune tendance à l’extériorisation voulue, à l’activité pratique ou sociale.

Leurs gestes, leur mimique ne tiennent pas compte du monde ambiant mais se produisent par une nécessité interne; aussi apparaissent-ils comme bizarres, discordants, explosifs; ce sont des tics, des rires subits, des impulsions soudaines qui restent incompréhensibles. Dans les cas graves l’évolution de la constitution schizoïde se poursuivra jusqu’à la schizophrénie (…).

b) Aspect psychologique : La tendance constitutionnelle à la schizoïdie peut se manifester très tôt, chez le tout jeune enfant. Au lieu de se livrer aux jeux bruyants de son âge, il marque un précoce penchant pour la solitude, la lecture, les jeux calmes. Il demeure distrait et silencieux. Quand on l’interpelle, il sursaute, comme tiré brusquement d’un rêve. Parfois intelligent, travailleur, « fort en thème », il s’adonne aux études dans la mesure où elles favorisent le reploiement sur sa vie intérieure, leurs applications pratiques le laissent indifférent. (…)

Le schizoïde est un observateur impartial, il ne déforme pas la réalité. Mais il la fuit sans être dupe des conceptions où il s’enferme, sans vouloir les accorder avec la vie du dehors, établissant entre elle et lui une cloison étanche. Ainsi les schizoïdes sont-ils les moins suggestibles des individus.

Tel est cet enfant, tel est l’adolescent, enclin à la rêverie sans fin, à se réfugier dans son jardin intérieur. Il faut tout mettre en œuvre pour empêcher le schizoïde de se replier sur lui-même. Il faut lui apprendre à s’émouvoir, à sentir, à s’intéresser à ce qui se passe autour de lui, cultiver son goût pour telle ou telle chose et de là essayer d’étendre ses intérêts.

D’autre part, il faut le forcer à agir et à agir vite. Il faut exiger que la rumination chère au schizoïde ne reste pas stérile, mais se transforme en une réalité objective : écrit, travail, action; on doit un peu le bousculer, le harceler, afin d’obtenir de lui qu’il sorte de lui-même; mais en même temps, on restera avec lui très compréhensif, très affectueux, sans s’attacher le moins du monde à ses bizarreries, à ses révoltes, et surtout sans heurter cette sensibilité apparemment inerte, mais parfois extraordinairement aiguë et douloureuse.

Source : Docteur R. Biot et Docteur P. Galimard, Guide Médical des Vocations Sacerdotales et Religieuses, Paris, Éditions Spes, 1947, avec nihil obstat et imprimatur, 319 pages.
images/icones/fleche2.gif  ( 777481 )Et enfin, la constitution émotive par Chicoutimi (2015-05-01 03:40:06) 
[en réponse à 777480]

6. La constitution émotive

"L’émotif constitutionnel réagit d’une manière exceptionnellement violente aux excitations extérieures. Un événement banal, une surprise, une discussion qui, chez la plupart des gens, ne provoque que des réactions très minimes, fait apparaître chez lui des phénomènes psychologiques et physiologiques d’une grande intensité, rougeur puis pâleur du visage, faiblesse des membres avec tremblement et incoordination, vertiges, tachycardie, transpirations abondantes, parfois crises diarrhéiques ou polyuriques, troubles de la vue, sentiment d’angoisse avec gêne précordiale. Psychologiquement, c’est le désarroi de la pensée, le bégaiement, parfois l’inhibition complète de la parole.

De telles réaction sont indépendantes de la volonté et plus le sujet essaye de prévoir les événements possibles et de prévenir les manifestations de son hyperémotivité, plus celles-ci sont importantes. Se connaissant ainsi, il n’est pas étonnant que l’émotif soit en général un timide, car l’épreuve de la société est particulièrement pénible pour son amour-propre. Mais tous les timides ne sont pas des émotifs et il y a des émotifs qui ne sont pas timides. Il ne faut pas confondre les deux. L’hypersensibilité de l’émotif est plus encore physiologique que mentale et c’est lui qui pourrait le mieux illustrer la théorie de William James, assurant qu’on a peur parce qu’on se sent trembler, qu’on est triste parce qu’on pleure… Le vrai timide, au contraire, s’apparente souvent dans une certaine mesure au paranoïaque qui craint de souffrir dans son amour-propre, en se montrant inférieur.

L’émotif ne se confond pas non plus avec le psychasthénique, car il est peu porté aux idées fixes, une impression chassant l’autre par une affectivité invulnérable…; il a l’humeur assez versatile, passe aussitôt de l’enthousiasme au désespoir sous la moindre influence, un temps plus sombre, une petite déception. Son activité revêt une forme spasmodique. Peu constant et faible d’ordinaire, il présente de brefs accès d’énergie, mal coordonnés d’ailleurs et qui le laissent pantelant. Il est impulsif et sentimental.

[…]

Dans certains cas, l’hypersensibilité de l’émotif peut devenir assez violente pour se transformer en une véritable anxiété. Pour la moindre émotion, pour le moindre bruit, le sujet est pris d’une crise d’angoisse avec douleur thoracique en étau, suffocation, pâleur et sueur froide. (…)

Dans la vie de tous les jours, l’émotif est un « infirme psychique ». Les examens scolaires, même les simples interrogations orales, le mettent dans des transes pénibles. La prédication est pour lui un véritable cauchemar et certains émotifs doivent renoncer à prêcher pendant toute leur vie sacerdotale.

Sauf dans les cas de grande émotivité anxieuse et dans ceux où il existe une association avec d’autres troubles psychopathologiques, la constitution émotive ne pose pas de contre-indication à la vie du clerc; mais il faut prévoir pour de tels sujets un cadre d’activité où puisse s’accommoder et d’atténuer son défaut constitutionnel.

L’émotif a besoin, comme beaucoup d’autres malades psychiques, de plus d’affection, de plus de compréhension que les gens normaux. Comme le psychasthénique, il a besoin d’être guidé et soutenu, dirigé par un esprit calme et ferme qui lui évite les imprudences et lui fasse acquérir, très lentement, très graduellement, de plus en plus d’assurance et de maîtrise de ses réflexes. Certains traitements médicamenteux, une accoutumance progressive aux chocs émotifs, la pratique régulière des exercices physiques et des compétitions sportives (souvent les émotifs sont de purs intellectuels, la maîtrise plus grande de leur corps favoriserait leur équilibre) peuvent améliorer cette constitution et en faire disparaître les manifestations les plus pénibles. Lorsque l’hyperémotivité est très marquée, il faut toutefois éviter aux sujets qui en sont atteints les postes qui exigent beaucoup de sang-froid ou qui sont trop lourds de responsabilité."

Source : Docteur R. Biot et Docteur P. Galimard, Guide Médical des Vocations Sacerdotales et Religieuses, Paris, Éditions Spes, 1947, avec nihil obstat et imprimatur, 319 pages.
images/icones/1i.gif  ( 777487 )le démon et la maladie par jejomau (2015-05-01 09:37:26) 
[en réponse à 777479]

je reviens sur l'échange que nous avons eu dans un fil précédent. Vous soulignez avec justesse qu'il faut distinguer les maladies des états diaboliques tout en reconnaissant que ce n'est pas facile.

Il est une autre question que je me pose.

Ne peut-on avoir, chez ces personnes affectés par une maladie psychologique (donc "non possédés" ou "non infestés" mais réellement malades eu sens strict de la médecine) des intrusions diaboliques, des sortes d'aller-retour qui de temps à autre fait qu'elles seraient "possédées", puis le démon s'effaçant, ne laisseraient plus que la maladie s'exprimer...; avant de revenir puis de repartir, etc ?

En clair, il n'y aurait pas soit une personne malade, soit une personne possédée de façon aussi tranchée. En outre, une personne déclarée "malade" à un moment donnée (et donc "non possédée") pourrait être violemment "attaquée" deux secondes après et vice-versa.
Quelle valeur peut avoir alors le diagnostic d'un médecin à un instant T ?

Prenons le cas d'un épileptique. On dit aujourd'hui que c'est une maladie qui se soigne et non la manifestation du démon ainsi qu'on le pensait il y a 2000 ans.

Est-ce si simple ? Quand une crise épileptique a lieu, qui peut dire si le démon ne se manifeste pas à cet instant très bref... puis se retire ? Il me semble que la faille psychologique dûe à la maladie (état médical) permet justement au démon d'agir plus facilement sur la personne et d'exercer une emprise à certains moments de faiblesse... De la même manière que le démon fait plus facilement ressentir son attaque sur une personne qui jeûne parce qu'elle est affaiblie, ce dont témoignent tous les ermites.