Bien sûr, ce texte de Lumen Gentium semble lier l’appartenance "de cœur" à la persévérance dans la charité (et non à la persévérance dans la foi), mais on peut logiquement présumer que – pour être membre de l’Église non seulement "de corps" mais également "de cœur" - il faut persévérer ET dans la charité ET dans la foi.
Can. 1374 - Qui s'inscrit à une association qui conspire contre l'Église sera puni d'une juste peine; mais celui qui y joue un rôle actif ou qui la dirige sera puni d'interdit.
Can. 1364 - § 1. L'apostat de la foi, l'hérétique ou le schismatique encourent une excommunication latae sententiae, restant sauves les dispositions du ⇒ can. 194, § 1, n. 2; le clerc peut de plus être puni des peines dont il s'agit au ⇒ can. 1336, § 1, nn. 1, 2 et 3.
§ 2. Si une contumace prolongée ou la gravité du scandale le réclame, d'autres peines peuvent être ajoutées, y compris le renvoi de l'état clérical.
Matthieu 13, 47 "Le royaume des cieux est encore semblable à un filet jeté dans la mer et ramassant des poissons de toute espèce. 48Quand il est rempli, les pêcheurs le tirent; et, après s'être assis sur le rivage, ils mettent dans des vases ce qui est bon, et ils jettent ce qui est mauvais."
Oui, l'acte extérieur suffit. Il pourrait y avoir un baptême par intérêt que l'on recevrait hypocritement. On deviendrait matériellement chrétien tout en restant pécheur. Le baptême serait valide mais sacrilège. Il pourrait en être de même pour les ordres sacrés.
Il me paraît qu'il vous est difficile d'admettre qu'il y eût dans l'Eglise des pécheurs aussi bien des saints. C'est pourtant la vérité. C'est même évangélique. Cherchez bien avec moi. J'interroge Google : l'histoire du filet qu'on trie sur le rivage. Vous rappelez-vous ?
Haereticus occultus etiam episcopus jurisdictionem suam retinet, h.e., non sortitur solum eam pro necessitatis casu in modum actus transeuntis extraordinariam, similiter ac sacerdos a corpore ecclesiae alienus potestatem absolvendi moribundi recipit, sed tenet eam vi muneris proprii per ipsum jus ex se perennem ordinariam, eandem scilicet illam, quam ante haeresim habebat; quocirca episcopus ejusmodi manet ecclesiae suae caput.
Quisquis extra corpus Ecclesiae versatur, ipso facto omnis ordinariae iuridictionis, puta episcopalis, incapax efficitur. Ratio est quia qui iurisdictionem habet ordinariam seu vere episcopalem, capitis obtinet dignitatem, et nemo esse potest caput particularis etiam ecclesiae, si Ecclesiae membrum non sit. Quod enim unquam fuit caput, quod non fuerit membrum ? nam etsi non omne membrum caput exsistat, omne tamen caput membrum est. Hinc, si haeresis occulta hominem poneret extra Ecclesiam, toties de legitimitate et auctoritate pastorum dubitari posset, quoties de interna eorum fide moralis certitudo non haberetur. Sed absit ut tale ac tantum inconveniens, quo omnis relaxaretur nervus disciplinae, Christi institutio ferat. Neque in hoc probabilibus solum utimur argumentis, quia diserte ac signanter docemur episcopum ratione haereseos non amittere propriam ligandi ac solvendi potestatem, nisi ex quo haeresim praedicat et palam profitetur.
Si l'hérétique formel, mais resté occulte, appartient ou non à l'Église est autant que je sache une question encore disputée.
La profession publique d'une hérésie détruit une fois pour toutes le pouvoir des clefs, de lier et d'absoudre.
"Toute faute, même un péché grave, n'a pas de soi pour résultat - comme le schisme, l'hérésie ou l'apostasie - de séparer l'homme du Corps de l'Eglise."
Pie XII, Lettre encyclique Mystici Corporis, 29 juin 1943.
"Un conseil : relisez Mystici Corporis de Pie XII"
"Absolument parlant, simpliciter, les hérétiques, hypocrites ou manifestes, sont hors de l'Eglise. C'est la signification du passage de la bulle Ineffabilis Deus où Pie IX déclare que ceux qui oseraient nier dans leur cœur le dogme de l'Immaculée Conception de Marie se condamneraient par leur propre jugement, feraient naufrage en matière de foi et abandonneraient l'unité de l'Eglise."
Charles Journet, L'Eglise du Verbe Incarné, rééd. Saint-Augustin, 2000, t. III, p. 1726.
"C'est pourquoi, s'il en était, ce qu'à Dieu ne plaise, qui eussent la présomption d'avoir des sentiments contraires à ce que nous venons de définir, qu'ils sachent très clairement qu'ils se condamnent eux-mêmes par leur propre jugement, qu'ils ont fait naufrage dans la foi et se sont séparés de l'unité de l'Eglise, et que, de plus, par le fait même, ils encourent les peines portées par le droit s'ils osent manifester par la parole, par écrit ou par quelque signe extérieur, ce qu'ils pensent intérieurement."
Pie IX, Bulle Ineffabilis Deus, 8 décembre 1854.
Admettons. Le péché de schisme ou d'hérésie ou d'apostasie formel, même seulement intérieur, exclut de cœur de l'unité de l’Église. On y est encore matériellement, ou visiblement. On n'y est plus spirituellement et réellement. On a fait défection.
Cependant ce péché - par hypothèse - n'est encore connu que des anges - et de Dieu. On appartient toujours au corps de l’Église en tant que société visible - non à son âme. On reste sujet extérieur de l’Église
Mystici Corporis.
"Pourtant, au sens plein de l'expression, seuls font partie des membres de l’Église ceux qui ont reçu le baptême de régénération et professent la vraie foi, qui, d'autre part, ne se sont pas pour leur malheur séparés de l'ensemble du Corps, ou n'en ont pas été retranchés pour des fautes très graves par l'autorité légitime. Tous, en effet, dit l'Apôtre, nous avons été baptisés dans un seul Esprit pour former un seul Corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit hommes libres.
Par conséquent, comme dans l'assemblée véritable des fidèles il n'y a qu'un seul Corps, un seul Esprit, un seul Seigneur et un seul Baptême, ainsi ne peut-il y avoir qu'une seule foi; et celui qui refuse d'écouter l’Église doit être considéré, d'après l'ordre du Seigneur, comme un païen et un publicain. Et ceux qui sont divisés pour des raisons de foi ou de gouvernement ne peuvent vivre dans ce même Corps ni par conséquent de ce même Esprit divin.
Qu'on n'imagine pas non plus que le Corps de l’Église, ayant l'honneur de porter le nom du Christ, ne se compose, dès le temps de son pèlerinage terrestre, que de membres éminents en sainteté, ou ne comprend que le groupe de ceux qui sont prédestinés par Dieu au bonheur éternel. Il faut admettre, en effet, que l'infinie miséricorde de notre Sauveur ne refuse pas maintenant une place dans son Corps mystique à ceux auxquels il ne la refusa pas autrefois à son banquet. Car toute faute, même un péché grave, n'a pas de soi pour résultat - comme le schisme, l'hérésie ou l'apostasie - de séparer l'homme du Corps de l’Église. Toute vie ne disparaît pas de ceux qui, ayant perdu par le péché la charité et la grâce sanctifiante, devenus par conséquent incapables de tout mérite surnaturel, conservent pourtant la foi et l'espérance chrétiennes, et à la lumière de la grâce divine, sous les inspirations intérieures et l'impulsion du Saint-Esprit, sont poussés à une crainte salutaire et excités par Dieu à la prière et au repentir de leurs fautes."
"Mais seuls font partie des membres de l'Eglise ceux qui ont reçu le baptême de régénération et professent la vraie foi, et qui, d'autre part, ne se sont pas, pour leur malheur, séparés de l'ensemble du Corps ou n'en ont pas été retranchés pour des fautes très graves, par l'autorité légitime."
"Toute faute, même un péché grave, n'a pas de soi pour résultat - comme le schisme, l'hérésie ou l'apostasie - de séparer l'homme du Corps de l'Eglise."
Pie XII, Lettre encyclique Mystici Corporis, 29 juin 1943.
Siquidem non omne admissum, etsi grave scelus, eiusmodi est ut — sicut schisma, vel haeresis, vel apostasia faciunt — suapte natura hominem ab Ecclesiae Corpore separet.
Il emploie "scelus" et non "peccatus", mais surtout il dit "sicut... faciunt", donnant autonomie aux sujets "schisma, haeresis,..." par rapport au verbe faciunt.
Il ne précise pas s'il s'agit seulement de schisme, hérésie ou apostasie publique ... ou aussi de schisme, hérésie ou apostasie occulte.
la préférence manifestée par certains pour lire des auteurs ayant écrit récemment et dans leur propre vernaculaire plutôt que les auteurs les plus approuvés n'est pas étrangère à certaines divergences regrettables ...
"Occulte, s'il n'est pas public ; occulte matériellement, si le délit lui-même est caché ; occulte formellement, si son imputabilité seule est cachée."
Raoul Naz, Traité de Droit canonique, t. IV, 1954, p. 584.
"C'est pourquoi, s'il en était, ce qu'à Dieu ne plaise, qui eussent la présomption d'avoir des sentiments contraires à ce que nous venons de définir, qu'ils sachent très clairement qu'ils se condamnent eux-mêmes par leur propre jugement, qu'ils ont fait naufrage dans la foi et se sont séparés de l'unité de l'Eglise, et que, de plus, par le fait même, ils encourent les peines portées par le droit s'ils osent manifester par la parole, par écrit ou par quelque signe extérieur, ce qu'ils pensent intérieurement."
1. En quoi consiste proprement et formellement l’hérésie ?
2. Les hérétiques peuvent-ils en quelque manière appartenir à l’Église ?
3. Quel sens faut-il accorder au passage de la bulle cité ci-dessus ?
"Et donc, lorsque le pape parle de ceux qui se séparent de l'unité de l'Eglise, en ayant la présomption d'avoir des sentiments contraires à sa définition, cela doit s'entendre au sens où rejetant dans leur cœur la foi catholique ils cessent d'être nôtres du point de vue de leurs dispositions intérieures. Mais rien dans le propos de Pie IX ne laisse entendre qu'ils ont aussi cessé d'appartenir au corps de l'Eglise, au sens où, en raison d'une hérésie qui resterait encore occulte dans leur for intérieur, ils n'appartiendraient déjà plus à l'organisme visible de l'Eglise."
"De la sorte, Pie IX s'est exprimé sans rentrer dans les détails, en faisant allusion à l'une des opinions théologiques, et en conservant à l'autre toute sa probabilité."
"De la sorte, Pie IX s'est exprimé sans rentrer dans les détails, en faisant allusion à l'une des opinions théologiques, et en conservant à l'autre toute sa probabilité."
On affirme, par conséquent, que ceux qui ont eu la présomption de disconvenir en leur cœur ont fait défection de l’unité de l’Église dans la mesure où en rejetant de cœur a foi catholique ils ont cessé par leur disposition intérieure d’être des nôtres. Mais il n’y a rien par lequel il serait signifié qu’ils ont également quitté le corps de l’Église de sorte qu’à cause de l’hérésie encore cachée dans leur cœur ils n’appartiennent plus dès lors à la visible structure de l’Église.
Évidemment, le Pape n’a pas voulu dirimer la controverse qui existe sur le chapitre des hérétiques occultes.
Il ne saurait donc être question ici que de la défection purement intérieure consommée par le péché d’hérésie.
« Ils sont sortis d’entre nous, mais ils n’étaient pas des nôtres... c’est afin de manifester que tous ne sont pas des nôtres. » (1 Jn 2, 19)
"Par conséquent, si quelqu'un, ce qu'à Dieu ne plaise, osait volontairement mettre en doute ce qui a été défini par Nous, qu'il sache qu'il a totalement abandonné la foi divine et catholique."
Il est frappant que Pie XII parle ici des péchés de schisme, d'hérésie ou d'apostasie. Pour ces trois espèces, le péché suffit à "séparer l'homme du Corps de l'Eglise". Or le péché est déjà constitué dans le cas de l'hérésie (ou du schisme, ou de l'apostasie) occulte(s).
Pie XII ne parle pas du péché, mais du crime (ou plutôt du délit, au sens canonique du terme)
Puisque Pie XII parle de crime, il faut exclure l'hérésie occulte per se. Reste l'hérésie occulte per accidens.
"Scelus est un terme moral"
"À mon avis le occultum per se constitue aussi un péché, tout comme le occultum per accidens (et, bien sûr, le péché notoire). Tout délit est péché, mais pas tout péché est délit. La seule différence entre occultum per se et occultum per accidens seraient éventuellement les conséquences canoniques, mais moralement cela revient au même.
Notre droit canon (can. 2197) distingue encore occultum materialiter (si lateat delictum ipsum) et occultum formaliter (si lateat eiusdem imputabilitas)."
Il me semble d'ailleurs, pour ce qui regarde une question voisine de la question ici disputée, qu'on a trop tendance (et a fortiori dans le feu de la controverse tradie, notamment du côté d'Avrillé) à réduire l'opinion des auteurs dominicains aux seules thèses de Cajetan. Que vous en semble ?
Il est frappant que Pie XII parle ici des péchés de schisme, d'hérésie ou d'apostasie. Pour ces trois espèces, le péché suffit à "séparer l'homme du Corps de l'Eglise". Or le péché est déjà constitué dans le cas de l'hérésie (ou du schisme, ou de l'apostasie) occulte(s).
Mais l'appartenance est acceptée par Cano (Loci l. 4, cap. 6 ad 12), Bellarmin (De Ecclesia militante, lib. 3, cap 10),
Nostra autem sententia est, Ecclesiam unam tantum esse, non duas, et illam unam et veram esse coetum hominum eiusdem Christianae fidei professione, et eorundem Sacramentorum communione colligatum, sub regimine legitimorum pastorum, ac praecipue unius Christi in terris Vicarii Romini Pontificis. Ex qua definitione facile colligi potest, qui homines ad Ecclesiam pertineant, qui vero ad eam non pertineant. tres enim sunt partes huius definitionis. Professio vere fidei, Sacramentorum communio, et subiectio ad legitimum pastorem Romanum Pontificem. Ratione Primae partis excluduntur omnes infideles, tam qui nunquam fuerunt in Ecclesia, ut Iudaeu, Turcae, Pagani; quam qui fuerunt, et recesserunt, ut haeretici et apostatae: ratione Secunde excluduntur Catechumeni et excommunicati, quoniam illi non sunt admissi ad Sacramentorum comunionem; isti sunt dimissi:
De ce que nous venons de dire il résulte que trois sortes de personnes seulement sont exclues de l’Eglise: premièrement les infidèles, ensuite les hérétiques et les schismatiques, et enfin les excommuniés. — Les infidèles, parce que jamais ils n’ont été dans son sein, qu’ils ne l’ont point connue, et qu’ils n’ont participé à aucun Sacrement dans la société des Chrétiens. — Les hérétiques et les schismatiques, parce qu’ils l’ont abandonnée, et que dès lors ils ne peuvent pas plus lui appartenir qu’un déserteur n’appartient à l’armée qu’il a quittée. Cependant, on ne saurait nier qu’ils ne restent sous sa puissance. Elle a le droit de les juger, de les punir, de les frapper d’anathème. — enfin les excommuniés, parce qu’elle les a chassés de son sein par sa Communion, tant qu’ils ne se convertissent pas. Pour tous les autres, quelque méchants et quelque criminels qu’ils soient, il n’est pas douteux qu’ils font encore partie de l’Eglise. Et c’est une vérité qu’on ne saurait trop redire aux Fidèles, afin que si par malheur la vie de leurs Chefs spirituels devenait scandaleuse, ils sachent bien que même de tels Pasteurs appartiendraient toujours à l’Eglise, et ne perdraient rien de leur autorité.
Ca m'apprendra à lire trop vite. On parle de l'hérétique "resté occulte". Effectivement Bellarmin donne au chap. X au moins quatre bonnes raisons pour lesquelles ils appartiendraient toujours à l'Eglise.