une précision-rectification historique sur les "24 heures"

Le Forum Catholique

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Luc Perrin -  2026-05-28 15:48:00

une précision-rectification historique sur les "24 heures"

J'ai longtemps cru à cette version "enjolivée" de la rupture (partielle) de mai-juin 1988.

Après avoir lu le (très défectueux dans l'ensemble) livre de feu Philippe Levillain, Rome n'est plus dans Rome. Mgr Lefebvre et son église (sic sans majuscule), Perrin, 2010, j'ai révisé ma lecture des événements.

Dans son chapitre "le schisme" (resic), p. 317 sq., il donne le détail des relations Rome-FSSPX entre 1986 et avril 1988, début de la négociation qui aboutit au protocole du 5 mai.
Mais il reproduit la correspondance Lefebvre-Ratzinger/Ratzinger-Lefebvre en mai et juin. Cette correspondance permet de nuancer et même d'infirmer la vision des 24h. Tout n'est pas décidé le 6 mai, c'est un processus où la défiance initiale de Mgr Lefebvre - il avait de quoi être méfiant objectivement - va crescendo et les réponses en forme d'atermoiement le plus souvent ou de rappel à la Fernandez du cardinal Ratzinger ne font rien pour rassurer le vieil archevêque, au contraire.

Mgr Lefebvre fait peu à peu monter les "enchères" à mesure que le Cardinal use de faux-fuyant.
La lettre du 6 mai 1988 de Mgr Lefebvre en réponse à une missive romaine qui ne fixait aucune date pour la consécration prévue n'est nullement une rupture. Au contraire, elle a pour unique objet la fixation de la date si possible au 30 juin comme prévu et indique qu'un dossier a été remis à Rome pour les candidats possibles, qu'une procédure d'examen en vue de délivrer le mandat papal à la mi-juin est possible en version un peu accélérée.

Il souligne son inquiétude quant à l'absence de date retenue du côté romain. Je cite :

"Les réticences exprimées au sujet de la consécration épiscopale d'un membre de la Fraternité, soit par écrit, soit de vive voix [? a-t-il été contacté par des évêques et si oui lesquels ? Sont-ce les déclarations publiques nombreuses à l'époque ?] me font légitimement craindre les délais."

Après 24 heures, le protocole au vu de cette lettre n'est pas rompu du tout, c'est la date de la consécration, unique encore, qui est pomme de discorde. Or la réponse du Cardinal le même jour est évasive.

Même la lettre du 24 mai, beaucoup plus dure et qui met en avant en outre 3 évêques et la majorité dans la commission d'application prévue, laisse encore la porte entrouverte.
Elle a une saveur d'ultimatum et diffère notablement dans le ton de celle du 6 mai, reflet de la déception de Mgr Lefebvre et du sentiment assez net qu'on lui a tendu une sorte de piège (mes mots).

Le 6 mai marque donc non la rupture mais une fissure qui devient brèche puis fracture dans les semaines qui suivent jusqu'au 30 juin.
Il aurait été très facile de colmater la fissure le 6 mai pour le cardinal Ratzinger mais il l'a au contraire élargie.

Peut-être, c'est une hypothèse plausible, avait-il été mis en garde négativement à Rome et devait-il lui-même faire face à une opposition. Mgr Corecco en 1988 après l'été a fait état de critiques à l'égard du Protocole du 5 mai où le cardinal Ratzinger serait allé trop loin dans les concessions.

Plusieurs épiscopats étaient vent debout contre ce Protocole et si Mgr Lefebvre avait encore des amis à la Curie romaine, il y comptait bien plus d'ennemis. Chacun sait que le cardinal Lustiger était froid pour une réconciliation, des prélats britanniques, allemands et suisses autant.

La réponse alambiquée et insatisfaisante du Cardinal le 6 mai est peut-être le reflet de ce rapport de force interne à Rome et à plusieurs épiscopats.
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