L'annonce des sacres à la FSSPX et l'Evangile des pasteurs intrus

Le Forum Catholique

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Petrus -  2026-05-27 14:09:16

L'annonce des sacres à la FSSPX et l'Evangile des pasteurs intrus

N'est-ce pas un clin d'œil de la Providence que l'annonce par la Maison générale le mardi 26 mai des noms des quatre évêques de la FSSPX qui seront sacrés sans mandat le 1er juillet prochain sur la pelouse d'Ecône se soit faite le jour même (mardi de la Pentecôte) où se lit à la messe l'Evangile des pasteurs intrus ? « En ce temps-là, Jésus dit aux Pharisiens : En vérité. je vous le dis, celui qui n'entre pas par la porte dans la bergerie des brebis, mais qui y monte par un autre endroit, est un voleur et un brigand. Mais celui qui entre par la porte est le pasteur des brebis » (Evangile selon saint Jean, chapitre 10, versets 1 et 2).
On prétend que ces sacres sans mandat, c'est-à-dire sauvages, sont faits pour sauvegarder la Tradition et sauver les âmes alors qu'il s'agit bien plus prosaïquement d'assurer la survie d'une structure épiscopalienne, d'un groupement fonctionnant en circuit fermé, comme le font la quasi-totalité des groupes traditionalistes depuis plusieurs années voire plusieurs décennies, qu'ils se réclament de la position de la FSSPX, de la résistance williamsonnienne, du sédéprivationnisme ou du sédévacantisme.
On prétend agir pour la Tradition mais dans quel catéchisme, dans quel manuel de théologie enseigne-t-on que l'on peut sacrer des évêques sans mandat papal et même, pire encore, contre la volonté explicite, publique, plusieurs fois réitérée, de celui que l'on reconnaît publiquement et tous les jours au canon de la messe comme le vicaire du Christ, « le doux Christ sur la terre » comme le dit sainte Catherine de Sienne du Pape ? Quels sont les exemples des saints, des confesseurs de l'Eglise que l'on peut citer, dont on peut se réclamer pour agir ainsi ? Evidemment aucun. Pie XII l'affirme très clairement dans l'encyclique Apostorum principis donnée à Rome le 29 juin 1958, trente ans quasiment jour pour jour avant les sacres sans mandat de Mgr Lefebvre : aucun groupe de clercs ou de fidèles ne peut s'autoriser, quelles que soient les intentions et quelles que soient les circonstances, à sacrer des évêques sans mandat papal. Ainsi le veut la constitution divine de l'Eglise que l'on n'a pas le droit de fouler au pied.
Or, on prend prétexte des scandales publics, certes ô combien réels, que donnent quotidiennement les modernistes qui occupent le Vatican depuis plus de soixante ans, pour se permettre de s'affranchir de la doctrine immuable de l'Eglise. Et c'est d'ailleurs là toute la contradiction et, disons-le, toute l'imposture d'un certain traditionalisme : au nom du désordre actuel qui n'est hélas que trop réel, on se croit tout permis, on dit et on fait n'importe quoi et on ajoute de la confusion à la confusion, du chaos au chaos, de l'anarchie à l'anarchie. On contribue à déchirer un peu plus la tunique du Christ.
On prétend que l'on fait tout cela pour sauver les âmes ou pour sauver l'Eglise. Quelle présomption ! Mais peut-on sauver l'Eglise en s'en prenant à ses fondements, en violant sa divine constitution ? Peut-on sauver les âmes lorsqu'on s'attribue des dignités ecclésiastiques, un ministère sacerdotal ou épiscopal sans y avoir été appelé par l'autorité légitime dans l'Eglise, c'est-à-dire sans entrer par la porte dans la bergerie du Christ ?
Pour rassurer les âmes inquiètes ou hésitantes devant une telle folie — car en plus on est récidiviste ! — on prétend que les évêques sacrés n'auront aucune juridiction et que l'on n'a nulle intention de constituer une Eglise parallèle. Mais il ne suffit pas d'affirmer cela pour que cette affirmation corresponde à la vérité. Que l'on sache, ces quatre évêques vont recevoir chacun une mitre, une crosse et un anneau qui sont objectivement autant de signes de juridiction. Quand ils se promèneront dans le monde entier pour confirmer et ordonner, sans même en référer à ce qu'ils reconnaissent pourtant publiquement comme l'autorité diocésaine légitime, ils auront leur mitre, leur crosse et leur anneau qui sera baisé à genoux par les fidèles. Dans quelle réalité parallèle vivent ces gens ?
La cérémonie des sacres prévoit obligatoirement la lecture du mandat papal, preuve de son importance capitale, de son impérieuse nécessité. Comme les lefebvristes ne l'ont pas, que vont-ils faire ? Vont-ils supprimer cet élément essentiel ou va-t-on plus probablement, comme en 1988, dans une forme de jeu scénique bien peu reluisant et convaincant, s'inventer un mandat fictif, virtuel venant de « la Tradition » ! Cela fait penser à une ancienne publicité pour le saucisson Emile Bridel : la tradition, ça a du bon ! En tout cas, l'usage immodéré de ce mot permet tout, justifie tout à l'avance. On se dit fidèle à la Tradition alors qu'en réalité ces façons de faire sont très modernes, subversives. subjectives et révolutionnaires. Je fais ce que je veux. Comme le disait sans gêne et sans apparent problème de conscience un prêtre lambda de la FSSPX il y a quelques mois : « si le Pape nous donne le mandat, on sacre avec mandat. Si le Pape ne nous le donne pas, on sacre quand même. Si on a un accord avec Rome, tant mieux. Si on ne trouve pas d'accord, tant pis, on sacre quand même, quitte à être excommunié » Ça se passe comme ça, non pas chez Mc Donald's comme dit la pub, mais à la FSSPX ! C'est ce genre de propos ahurissants montrant une totale perte du sens de l'Eglise et de ce qu'est l'Eglise qui sont tenus aujourd'hui sans vergogne par des clercs dits traditionalistes qui sont autant d'aveugles qui conduisent d'autres aveugles dans la fosse. Décidément les temps ont bien changé depuis l'ultramontain Louis Veuillot et depuis saint Pie X qui enseignait que « là où il y a un dissentiment avec le Pape, il n'y a pas de sainteté ».
Car il faut regarder la vérité en face. N'est-ce pas Bossuet qui écrivait qu'il n'est pire dérèglement de l'esprit que de voir la réalité non pas telle qu'elle est mais telle qu'on voudrait qu'elle soit ? Or, n'est-ce pas objectivement constituer une Eglise parallèle que de sacrer des évêques sans mandat, qui sont des astres errants, qui ne détiennent leur mandat d'aucune autorité légitime, qui ne sont pas d'Eglise et qui vont prêcher et conférer les sacrements sur les cinq continents comme s'ils étaient des princes de l'Eglise pourvus d'une véritable autorité ? On vit dans un monde irréel, fabriqué de toutes pièces pour les besoins de la cause. C'est un décor en carton pâte. C'est une illusion, une imposture. un décor Potemkine. On fait semblant. On joue à être évêque comme l'enfant joue aux Playmobil. Car enfin de quoi parle-t-on ? C'est un simple prêtre sans juridiction (l'abbé Pagliarani), sans titre, ordonné sans lettres dimissoriales en 1996 par un évêque (Mgr Fellay), alors officiellement excommunié, à la tête d'une société sacerdotale supprimée canoniquement (officiellement) depuis plus de cinquante ans (le 6 mai 1975) qui décide seul {« j'ai décidé » a-t-il dans son sermon à Flavigny le 2 février dernier) du sacre sans mandat de quatre évêques. Mesure-t-on l'incongruité, l'extravagance de la situation ?
Au nom de la crise de l'Eglise, tout en prêchant aux autres l'humilité, on s'invente une mission. On est les bénis de Dieu, les élus. On prétend sauver l'Eglise alors qu'on contribue à la détruire un peu plus. On se dit catholique romain alors qu'on est là à des années-lumière de toute romanité, de toute soumission filiale et véritable au Siège apostolique. Et le pire, c'est que, tout en faisant cela, on condamne péremptoirement toute forme de sédévacantisme, même à titre d'hypothèse ou d'exploration. Et pour prouver qu'on reconnaît bien Léon XIV comme l'autorité suprême, on publie le 26 mai 2026 un communiqué dans lequel on ose écrire : « Dans une démarche de respect envers l’autorité suprême de l’Église universelle, les dossiers de ces prêtres ont été présentés au Saint-Père, accompagnés de quelques explications requises à la bonne compréhension de cette démarche, dans le contexte très particulier et exceptionnel de ces consécrations épiscopales. » On a déjà décidé des noms et du nombre de ces évêques, de la date et du lieu de la cérémonie, on a fait savoir publiquement à l'autorité que l'on reconnaît comme suprême qu'on refusait d'obéir à sa demande de renoncer ou de surseoir à ces sacres, qu'on les ferait exactement comme, où et quand on l'avait décidé mais, nous dit-on sans rire, nous sommes dans une « démarche de respect envers l'autorité suprême ». Si le sujet n'était pas aussi grave et ses conséquences aussi incommensurables, il y aurait de quoi pouffer de rire. Dans les chapelles et séminaires de la FSSPX on fait chanter lors des saluts du Saint-Sacrement le Tu es Petrus, on y tient beaucoup, on impose avant la cérémonie du sous-diaconat à chaque futur prêtre de reconnaître l'actuel occupant du siège de Pierre comme le vicaire du Christ et de se dire en communion (una cum) avec lui tous les jours dans la partie la plus sacrée de la messe (les rubriques demandent d'ailleurs au célébrant de s'incliner en signe de soumission lorsqu'il cite le nom du Souverain Pontife) et moyennant quoi on lui désobéit publiquement tous les jours que Dieu fait. On devrait jouer Tartuffe de Molière dans tous les séminaires de la FSSPX. Ce serait parfaitement adapté. Ce serait un bon résumé de ce qu'ils font et de ce qu'ils sont.
Et ce sont ces Diafoirus de la religion qui osent dire qu'ils sont les meilleurs des catholiques, le petit reste des catholiques fidèles ! A d'autres ! Il faut dire que Mgr Lefebvre a encouragé lui-même ce genre de dérives sectaires voire illuministes en laissant clairement entendre dans son sermon le jour des sacres, le 30 juin 1988, qu'il était l'évêque dont la Sainte Vierge parlait dans les apparitions de Quito et qui sauverait l'Eglise au vingtième siècle ou en écrivant que le Bon Dieu avait confié l'Arche d'Alliance du Nouveau Testament à la Fraternité Saint-Pie X ! Pas moins ! C'est d'ailleurs une constante de tous ces sacres sans mandat de prétendre qu'ils sont là pour sauver l'Eglise. C'est ce que disait Mgr Carmona en se faisant sacrer par Mgr Thuc en 1981 à Toulon. C'est ce qui était écrit dans Sodalitium. la revue de l'IMBC, lors du sacre de Franco Munari par le Père Guérard en 1987 : « Une chose est la volonté de l'homme. Autre chose la volonté de Dieu ». Autrement dit. à en croire cet institut sédéprivationniste, ce sacre réalisait la volonté de Dieu. Manque de chance : moins de trois ans après son sacre, cet évêque défroquait. On voit mal la volonté de Dieu dans toutes ces réalités sordides. Tous ces sacres sans mandat participent objectivement et puissamment à l'atomisation des groupes traditionalistes qui fonctionnent tous en vase clos, s'excommunient et s'anathématisent entre eux, y compris à coup de vidéos sur YouTube, et qui sont autant de sectes cornaquées par des gourous.
Plus près de nous, sur le plan chronologique, l'abbé Salenave expliquait à la mort de Mgr Williamson lors d'une de ses conférences sur YouTtube que son legs précieux était de nous avoir laissé six évêques. Il faut d'ailleurs préciser : trois évêques sacrés publiquement, trois en secret, mais tous les six sans mandat ! On a pourtant du mal à voir la valeur ajoutée de ces sacres. En tout cas, le 1er juillet à midi, la FSSPX aura égalisé, comme dans un match de football, face à l'équipe williamsonienne : elle aura à son tour six évêques. Six contre six. Y aura-t-il une prolongation pour les départager ? Il se susurre que certains évêques williamsonniens auraient envie de faire des petits. Car il en va des évêques sans mandat comme des lapins d'Australie : ils se multiplient à l'infini. Rien ne les arrête. Ils repoussent sans cesse. Le 1er juillet. si nos comptes sont bons. on sera déjà à quinze évêques sans mandat de la lignée Lefebvre dont trois déjà décédés (Rangel en 2002, Tissier de Mallerais en 2024 et Williamson en 2025) et douze encore en vie. Et ce n'est sans doute pas fini. La lignée Thuc a certes de l'avance mais à ce rythme la mouvance lefebvriste peut nourrir l'espoir d'un jour la rattraper au cours d'une échappée. Il y a match comme disent les commentateurs sportifs.
Ce qui est dramatique dans tout cela, c'est qu'on perd totalement le sens de l'Eglise, l'amour de l'Eglise. On s'invente, on se crée son Eglise pour ses propres besoins, pour son petit confort sacramentel et spirituel. Certes il est très important d'avoir les sacrements mais pas à tout prix, pas à n'importe quel prix. Si le Bon Dieu a permis cette crise d'une gravité inouïe et qui semble s'éterniser, c'est à la fois une punition et une épreuve. Une punition pour avoir fait un tel mésusage des sacrements, pour avoir abusé de ses bienfaits et de sa patience, pour avoir manqué de respect envers les trésors de l'Eglise. Une épreuve pour fortifier notre foi, augmenter notre espérance. dilater notre charité. Les catholiques japonais ont été privés plusieurs siècles durant des sacrements. Ils se sont sanctifiés sans. Ce n'est pas facile sans doute mais avec la grâce de Dieu, une intention droite et une ferme volonté, tout est possible. Mais hélas le monde traditionaliste préfère le consumérisme sacramentel à la doctrine et à l'Eglise du Christ et les délices de Dieu au Dieu des délices.
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