Réflexions (honnêtes) sur un dialogue de sourds
Le Forum Catholique
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Ludwik - 2026-05-06 18:36:00
Réflexions (honnêtes) sur un dialogue de sourds
J'ai initialement écrit ce post en réponse ce post ci, que je trouvais abscons.
Mais finalement mon propos étant tout autre, j'ouvre un nouveau fil.
Le post de l'individu a qui donc je voulais répondre initialement ne m'a guére étonné, il prend habituellement ses certitudes pour des vérités universelles et s'enthousiasmait récemment pour une éventuelle canonisation de Staline.
Sur le fond de ce débat, je pense qu’il faudrait distinguer le contexte, qui est éminemment politique — et donc prier pour que Rome donne le mandat —, et d’autre part la question en elle-même : peut-on sacrer des évêques contre la volonté du pape ? Question qui présente un intérêt propre.
Pour répondre à cette question, intéressante d’un point de vue intellectuel, il faudrait que quelqu’un de motivé fasse le bilan des arguments.
1) Pour la FSSPX, l’argument est celui de la nécessité, liée à la crise, etc. Tout le monde aura compris.
Le deuxième argument, en réponse à l'accusation de geste schismatique, consiste à dire que les évêques n’auront pas de juridiction, et donc qu’il ne s’agit pas d’un acte schismatique. Simple.
2) Pour ceux à qui cette argumentation semble insuffisante, ce n’est pas la nécessité qui est en cause, mais la possibilité même de poser cet acte (le sacre contre la volonté du Pape), vu comme intrinsèquement mauvais, car enfreignant la constitution divine de l’Église. Simple également.
Les arguties sur le mandat n'étant guére intéressantes (le mandat n'étant que l'expression tardive, l'explicitation de quelque chose de bien plus ancien),
Et c’est là que, personnellement, je souris un peu — pour deux raisons.
==> Mgr Lefebvre était finalement un meilleur théologien que l’abbé Gleize. Il parlait de nécessité, bien sûr, mais il avait surtout compris que cela n’était pas possible, suite aux travaux de la commission instituée en 1983 par la FSSPX pour répondre à cette question.
Il s’en sortait, comme l’a rappelé Habie dans un précédent post, par ce raisonnement — je cite feu Son Excellence :
« Le problème de la situation des fidèles et de la situation de la papauté actuelle rend caduques les difficultés de juridiction, de désobéissance et d’apostolicité, parce que ces notions supposent un pape catholique dans sa foi, dans son gouvernement. »
Autrement dit, par une forme de sédévacantisme pratique, fondée sur le constat de la non-catholicité du pape.
Ce sédévacantisme, je ne le juge pas en soi, même si je ne suis pas loin de le partager.
Or, c’est précisément ce que la FSSPX ne reprend pas actuellement. Pourquoi ?
Alors qu’en réalité, c’est le seul argument pleinement cohérent. Le reste relève de constructions destinées à éviter d’aller au bout du raisonnement et à ne pas heurter le fidèle traditionnel moyen. Bref, cela traduit une certaine forme de manque d’honnêteté intellectuelle.
J’ajoute que, dans la commission de 1983, il y avait notamment l’abbé Tissier de Mallerais. Et dans un numéro de Fideliter consacré aux dix ans des sacres, son interview est étonnamment claire.
Je laisse les amateurs retrouver le passage exact, mais, en substance, Mgr Tissier affirme : la seule solution pour que notre épiscopat soit catholique, c’est la vacance du siège.
L’interviewer, sans doute un peu étonné, lui répond : « Mais vous n’êtes pas sédévacantiste ? »
Réponse : « Non. »
Bref, tout est dit — et cela explique bien des choses.
==> Autre épisode tragi-comique : dans ce débat — ou plutôt ce dialogue de sourds —, on cherche des précédents.
Et il est assez révélateur de voir invoqué le cardinal Slipyi pour les sacres faits secrètement en 1977, à côté de Rome, souvent par des personnes n’ayant qu’une connaissance très approximative du contexte et des faits.
J’ai récemment écouté une conférence de l’abbé Chautard : il n'y connait visiblement rien, pas même les faits... mais il le cite; lamentable poudre aux yeux.
Bref, l’Église ukrainienne, si souvent méprisée par certains milieux autoproclamés « traditionnels », devient soudain objet d’attention (très orientée) — ce qui n’est pas sans une certaine ironie.
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