« Le paradoxe de la FSSPX : Rome tolère la désobéissance, sauf lorsqu’elle défend la tradition »

Le Forum Catholique

Imprimer le Fil Complet

Vistemboir2 -  2026-04-11 11:45:20

« Le paradoxe de la FSSPX : Rome tolère la désobéissance, sauf lorsqu’elle défend la tradition »

Traduction de l’article de Robert Morrison paru le 11 avril 2026 sur The Remnant sous le titre : « The SSPX Paradox: Rome Tolerates Disobedience—Except When It Defends Tradition
-------------------------------
La Fraternité Saint-Pie-X a-t-elle véritablement désobéi ? Cette analyse explore le paradoxe troublant de la FSSPX : la dissidence généralisée au sein de l’Église est ignorée, tandis que la fidélité à la tradition est condamnée. Des abus liturgiques à la confusion doctrinale, la véritable crise de l’obéissance ne se trouve peut-être pas là où on vous a dit de la chercher.

Dans son récent entretien avec Michael Matt, Mgr Athanase Schneider a souligné que même si la FSSPX est désobéissante en ce qui concerne la consécration des évêques ou d'autres questions, elle n'est pas schismatique. Bien que certains catholiques sincères puissent contester cette affirmation, la perspective de Mgr Schneider nous invite à réfléchir à l'état général de la désobéissance au sein de l'Église catholique.

Aujourd’hui, les catholiques sont contraints de choisir entre la vérité et « l’obéissance » – un choix qu’aucun catholique fidèle ne devrait jamais avoir à faire.

Pour commencer, il est utile de considérer la nature de la désobéissance de la FSSPX. Comme en témoigne la réponse de Mgr Marcel Lefebvre à une question posée lors d'une interview en 1976 sur un éventuel schisme, il estimait rester fidèle à l'enseignement traditionnel de l'Église, tandis que les novateurs étaient les seuls véritablement désobéissants, voire schismatiques :

« Quand on me dit : “Vous allez provoquer un schisme”, je réponds que ce n'est pas moi qui provoque un schisme ; je reste dans la pure tradition. Je demeure donc uni à l'Église bimillénaire et je ne fais rien d'autre que ce qui a été fait pendant deux mille ans, ce pour quoi j'ai été félicité, et pour quoi je suis condamné !… Qu'est-ce qu'un schisme ? C'est une rupture, une rupture avec l'Église. Mais une rupture avec l'Église peut aussi être une rupture avec l'Église du passé. Celui qui rompt avec l'Église bimillénaire est schismatique. »


Il n’est pas nécessaire d’adhérer au fond des positions de Mgr Lefebvre pour conclure que sa désobéissance à Rome était sincèrement motivée par le désir de rester fidèle à l’immuable foi catholique. Il comprenait que la foi pouvait évoluer au fil du temps, conformément à l’enseignement du concile Vatican I et de saint Vincent de Lérins, mais il refusait de se soumettre à des changements déjà condamnés par l’Église catholique au cours des siècles. Un article paru dans le numéro de septembre 1988 du Courrier de Rome (l'équivalent français du journal italien SiSiNoNo) mettait en lumière certaines tensions qu'il percevait entre l'enseignement traditionnel de l'Église et les innovations inadmissibles qui proliféraient après Vatican II :

« Il semble que depuis Vatican II, un catholique soit constamment contraint, par la force des choses, de devoir choisir entre la Vérité et l’« obéissance », ou, en d’autres termes, entre être hérétique ou schismatique. Ainsi, pour ne citer que quelques exemples, il doit choisir entre l’encyclique Pascendi de saint Pie X, qui condamne le modernisme comme « le rendez-vous de toutes les hérésies », et l’orientation ecclésiastique actuelle ouvertement moderniste qui, par la voix du Saint-Siège, ne cesse de louer le modernisme et les modernistes et de dénigrer saint Pie X… Il doit choisir entre le dogme catholique « hors de l’Église, point de salut » et l’orientation ecclésiastique actuelle, qui voit dans les religions non chrétiennes des « voies vers Dieu » et déclare que même les religions polythéistes « sont également vénérables » ! »


L’essai présentait plusieurs autres exemples des divergences entre l’enseignement catholique et celui de Rome, mais l’extrait ci-dessus nous permet de comprendre la nature des préoccupations de Mgr Lefebvre. Il n’a désobéi que dans la mesure où il le jugeait nécessaire pour s’opposer à des changements qu’il considérait comme anti-catholiques.

La désobéissance est tolérée, voire célébrée, tant qu'elle ne défend pas la tradition catholique.

Cependant, cela ne donne pas une image complète de la désobéissance au sein de l'Église catholique. Ceux qui jugent Mgr Lefebvre et la FSSPX ne peuvent le faire avec justice ni charité s'ils ferment les yeux sur les nombreuses manifestations de désobéissance, symptômes des maux que l'archevêque a combattus. Ceci est vrai non seulement parce que Mgr Lefebvre estimait que ses actions étaient dictées par la désobéissance à l'enseignement catholique de ses persécuteurs, mais aussi parce que ceux qui s'opposent à l'archevêque sont souvent complices de maux bien plus graves qui rongent l'Église. Dans bien des cas, le silence de ceux qui devraient dénoncer les maux qui affectent l'Église est sans doute bien plus coupable que la désobéissance de Mgr Lefebvre. Il nous faut donc examiner quelques-unes des nombreuses manifestations de désobéissance qui se produisent aujourd'hui au sein de l'Église.

Désobéissance liturgique. D'emblée, il faut souligner que la messe du Novus Ordo a été promulguée sans respecter certaines exigences fondamentales de la constitution Sacrosanctum Concilium du concile Vatican II sur la liturgie, notamment :

• « Le droit particulier demeurant en vigueur, l'usage du latin doit être conservé dans les rites latins.»
• « Il ne doit y avoir aucune innovation, sauf si le bien de l'Église l'exige véritablement et certainement ; et il faut veiller à ce que toute nouvelle forme adoptée découle organiquement des formes existantes.»

Tout observateur, même occasionnel, de la messe traditionnelle en latin, et même d'une messe du Novus Ordo célébrée en langue vernaculaire avec une ferveur exceptionnelle, constate que ces deux exigences ont été ignorées. De plus, depuis soixante ans, Rome ne fait pratiquement rien pour endiguer les abus généralisés qui se produisent régulièrement lors des messes du Novus Ordo. Le sacrilège et le manque total de respect envers le Saint-Sacrement sont bien plus fréquents dans la plupart des diocèses que lors de la messe traditionnelle en latin.

Si rompre avec le passé n'est pas un schisme, alors qu'est-ce que c'est ?

Désobéissance morale.
Peu après le Concile, l'un des exemples les plus profonds et les plus répandus de désobéissance morale de l'histoire de l'Église catholique s'est manifesté : le rejet, par la majorité des catholiques, de l'encyclique Humanae Vitae de Paul VI (1968) sur la contraception. Cette désobéissance publique et non sanctionnée a laissé entendre, au sein de l'Église et dans le monde entier, que les catholiques n'étaient pas tenus de suivre l'enseignement moral de l'Église. Elle a ainsi normalisé le « catholicisme à la carte » que nous observons aujourd'hui.

Désobéissance doctrinale. Nombre d'opposants à Mgr Lefebvre soutiennent inlassablement Vatican II, souvent au motif que ses documents ambigus ne contiennent pas d'erreurs. Une telle défense des documents de Vatican II ne saurait en aucun cas nous dispenser de condamner les erreurs propagées au nom de ce concile. Bien au contraire, ceux qui insistent sur la nécessité de faire confiance aux documents conciliaires semblent avoir une obligation encore plus grande de condamner ces erreurs. Par exemple, ceux qui affirment que le décret sur l'œcuménisme, Unitatis Redintegratio, n'a pas promu un faux œcuménisme, devraient être les plus fervents opposants à ce dernier. De même, ceux qui défendent la constitution dogmatique du Concile sur l'Église, Lumen Gentium, semblent avoir l'obligation pressante de s'opposer au Synode sur la synodalité, fondé sur des passages de Lumen Gentium. Or, à quelques exceptions près, ceux qui insistent sur la nécessité d'adhérer à Vatican II ne font rien pour s'opposer aux erreurs doctrinales destructrices justifiées au nom du Concile.

Désobéissance au Concile. À l'inverse, de nombreux passages orthodoxes des documents conciliaires sont aujourd'hui rejetés de facto par une grande partie de la hiérarchie. Par exemple, ce passage de Lumen Gentium est régulièrement contredit par les évêques :

« Sont incorporés pleinement à la société qu’est l’Église ceux qui, ayant l’Esprit du Christ, acceptent intégralement son organisation et les moyens de salut qui lui ont été donnés, et qui, en outre, grâce aux liens constitués par la profession de foi, les sacrements, le gouvernement ecclésiastique et la communion, sont unis, dans l’ensemble visible de l’Église, avec le Christ qui la dirige par le Souverain Pontife et les évêques. L’incorporation à l’Église, cependant, n’assurerait pas le salut pour celui qui, faute de persévérer dans la charité, reste bien « de corps » au sein de l’Église, mais pas « de cœur ». Tous les fils de l’Église doivent d’ailleurs se souvenir que la grandeur de leur condition doit être rapportée non à leurs mérites, mais à une grâce particulière du Christ ; s’ils n’y correspondent pas par la pensée, la parole et l’action, ce n’est pas le salut qu’elle leur vaudra, mais un plus sévère jugement. » (Lumen Gentium, §14)


Ce passage est contredit non seulement par le faux œcuménisme, mais aussi par des documents tels que Amoris Laetitia et Fiducia Supplicans.

Une « Église différente » a émergé, qui accueille tout le monde sauf ceux qui refusent d’abandonner la tradition.

Voici un autre passage qui réfute catégoriquement le faux œcuménisme promu par Rome depuis soixante ans :

«Le baptême constitue donc le lien sacramentel d’unité existant entre tous ceux qui ont été régénérés par lui. Cependant, le baptême, de soi, n’est que le commencement et le point de départ, car il tend tout entier à l’acquisition de la plénitude de la vie dans le Christ. Il est donc ordonné à la profession de foi intégrale, à la totale intégration dans l’économie du salut, telle que le Christ l’a voulue, et enfin à la totale insertion dans la communion eucharistique. » (Décret sur l’œcuménisme, Unitatis Redintegratio, §22)


Ce passage montre clairement que nous devons aider les non-catholiques à trouver et à accepter la foi catholique authentique ; or, Rome a passé les soixante dernières années à assurer aux protestants que Dieu les aime tels qu’ils sont, sans qu’il soit réellement nécessaire qu’ils se convertissent.

Les documents conciliaires contenaient également une déclaration condamnant l'évolution doctrinale si répandue ces soixante dernières années :

« La sainte Tradition et la Sainte Écriture constituent un unique dépôt sacré de la Parole de Dieu, confié à l’Église. La charge d’interpréter de façon authentique la Parole de Dieu, écrite ou transmise, a été confiée au seul Magistère vivant de l’Église dont l’autorité s’exerce au nom de Jésus Christ.

Pourtant, ce Magistère n’est pas au-dessus de la Parole de Dieu, mais il est à son service, n’enseignant que ce qui a été transmis, puisque par mandat de Dieu, avec l’assistance de l’Esprit Saint, il écoute cette Parole avec amour, la garde saintement et l’expose aussi avec fidélité, et puise en cet unique dépôt de la foi tout ce qu’il propose à croire comme étant révélé par Dieu. » (Constitution dogmatique sur la Révélation divine, Dei Verbum, §10)


Cette dernière partie de la déclaration est très semblable à ce que Mgr Lefebvre disait fréquemment pour défendre son attachement à l'enseignement traditionnel de l'Église. Des passages comme celui-ci furent inclus dans les documents conciliaires à la demande insistante des Pères conciliaires et des théologiens conservateurs, afin de contrebalancer les dispositions favorisant les orientations libérales opposées. Après le concile, cependant, les passages conservateurs furent ignorés, tandis que l'interprétation la plus libérale des passages ambigus fut privilégiée.

Désobéissance papale à la Loi divine. Enfin, il convient d'examiner la désobéissance papale à la Loi divine, sur des sujets importants comme sur des points mineurs. Bien que les papes post-Vatican II n'aient jamais cherché à définir explicitement l'hérésie, les documents et déclarations promouvant des idées contraires à l'enseignement infaillible ne manquent pas. À titre d'exemple flagrant, François a déclaré, lors de sa rencontre interreligieuse avec des jeunes le 13 septembre 2024, que « toutes les religions sont des chemins vers Dieu ». Il s'agit là d'une hérésie manifeste, condamnée par l'Église catholique de diverses manières depuis des siècles.

Tout cela contribue à dresser un tableau confus de l'état de l'Église. Il est compréhensible que les catholiques souhaitent emprunter une voie qui consiste essentiellement à rester fidèles à la vraie Foi tout en ignorant autant que possible les distractions impies. Et pour ceux qui choisissent cette voie, la perspective d'être qualifiés de schismatiques est véritablement terrifiante, malgré les assurances d'hommes comme Mgr Schneider selon lesquelles une telle étiquette ne conviendrait pas à la FSSPX.

Pourtant, Dieu ne nous a pas laissés dans une situation où nous serions totalement incapables de comprendre le chaos qui nous entoure. Il n’est pas nécessaire de croire aux messages de Fatima pour apprécier la portée de la déclaration faite en 1931 par le cardinal Eugène Pacelli (futur Pie XII), s’appuyant sur le Troisième Secret de Fatima :

« Je suis préoccupé par les messages de la Vierge Marie à Lucie de Fatima. Cette insistance de Marie sur les dangers qui menacent l’Église est un avertissement divin contre le suicide que représente l’altération de la Foi, de sa liturgie… J’entends tout autour de moi des novateurs qui veulent démanteler la Sainte Chapelle, éteindre la flamme universelle de la vraie Foi de l’Église, rejeter ses ornements et lui faire éprouver des remords pour son passé. Un jour viendra où le monde civilisé reniera son Dieu, où l’Église doutera comme Pierre a douté. Elle sera tentée de croire que l’homme est devenu Dieu. »


S’il avait vécu la situation qu’il décrit — qui ressemble à notre situation actuelle —, il aurait sans doute résisté à toutes ces horreurs et aurait été condamné comme désobéissant et schismatique.

Si l’ordre était rétabli demain, les « rebelles » d’aujourd’hui pourraient bien se révéler être les fils les plus fidèles de l’Église.

Des années après sa mort, l'un des hommes dont Pie XII avait condamné les idées dans son encyclique Humani Generis de 1950, déclara à propos de Vatican II :

« Par la franchise et l'ouverture de ses débats, le Concile a mis fin à ce que l'on pourrait qualifier d'inflexibilité du système. Nous entendons par « système » un ensemble cohérent d'enseignements codifiés, des règles de procédure casuistiquement spécifiées, une organisation détaillée et très hiérarchisée, des moyens de contrôle et de surveillance, des rubriques régissant le culte – tout cela est l'héritage de la scolastique, de la Contre-Réforme et de la Restauration catholique du XIXe siècle, soumis à une discipline romaine efficace. On se souviendra que Pie XII aurait déclaré : "Je serai le dernier pape à perpétuer tout cela." » (p. 51-52)


Ce sont les mots d'Yves Congar, tirés de son ouvrage condamnant Mgr Lefebvre, La Crise dans l'Église et Mgr Lefebvre. C’est presque comme si Congar célébrait les mêmes horreurs que Pie XII avait prophétiquement décrites en 1931. Et, pour ceux qui auraient encore besoin d’une image plus claire de la situation, Dieu a permis à François d’ouvrir le Synode sur la synodalité par un discours qui comprenait cet hommage à Congar :

« Chers frères et sœurs, que ce Synode soit habité par l'Esprit ! Car nous avons besoin de l'Esprit, le souffle toujours nouveau de Dieu qui nous libère de toute fermeture, qui fait revivre ce qui est mort, qui brise les chaînes et répand la joie. Le Saint-Esprit est Celui qui nous guide là où Dieu veut, et non pas là où nos idées et nos goûts personnels nous conduiraient. Le Père Congar, de sainte mémoire, rappelait : « Il ne faut pas construire une autre Eglise, il faut construire une Église différente » (Vraie et fausse réforme dans l'Église, Milan, 1994, 1939). Et c’est là le défi. Pour une “Église différente”, ouverte à la nouveauté que Dieu veut lui suggérer, invoquons l'Esprit plus souvent et avec plus de force et écoutons-le humblement, en marchant ensemble, comme il le désire, lui le créateur de la communion et de la mission c’est-à-dire avec docilité et courage. »


François a réussi à créer une Église différente, l’Église synodale, qui perdure encore aujourd’hui. Tous les baptisés, y compris les protestants, forment cette nouvelle Église synodale et sont accueillis et célébrés tels qu’ils sont. Seul un groupe de baptisés est réprimandé et invité à rester en dehors de la tente synodale, inspirée par Congar et érigée par François : les catholiques traditionalistes.

Ainsi, si nous voulons remettre en question la désobéissance de Mgr Lefebvre et de la FSSPX qu’il a fondée, nous devons considérer ce tableau plus large de la désobéissance au sein de l’Église. La FSSPX se distingue à la fois par sa volonté d’être déclarée désobéissante pour défendre la tradition et par sa prise de position publique contre la désobéissance diabolique qui gangrène toute l’Église, du plus petit diocèse jusqu’au Vatican. Si Dieu rétablissait l'ordre dans l'Église demain, la FSSPX serait considérée comme obéissante, tandis que l'immense majorité de ceux qui la condamnent seraient reconnus comme désobéissants. Sachant cela, pourquoi hésiterions-nous aujourd'hui à nous ranger du côté de la FSSPX plutôt que de soutenir ceux qui détruisent l'Église ?
Cœur Immaculé de Marie, priez pour nous !
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=997824