Le Forum Catholique
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Signo - 2026-01-14 19:52:38
Histoire et métahistoire
Votre approche est intéressante dans le sens où elle permet de prendre de sages distances avec la description du monde que nous livrent les sciences naturelles (description, par ailleurs, très partielle et lacunaire).
Je ne suis toutefois pas sûr que l’on puisse ainsi rejeter totalement la création et la chute de l’homme en dehors de l’histoire naturelle. Le problème est complexe.
La chute des anges est clairement un événement purement métahistorique (même s’il a des conséquences historiques), car les créatures angéliques sont des êtres purement spirituels, incorporels. Mais parce que l’homme est un être à la fois matériel et spirituel, sa création et sa chute ne peuvent qu’être à mon avis que des événements « à double face », historique et métahistorique, même si la Genèse porte essentiellement sur la dimension métahistorique, qui est aussi la plus essentielle pour nous (et c’est ce qui fait la richesse incroyable de ce texte, son intemporalité et son caractère indémodable!).
On a un bon exemple de la manière dont s’articulent histoire et métahistoire avec les différents récits que le Nouveau Testament nous livre du mystère de la Passion rédemptrice du Christ.
Les quatre Évangiles nous livrent, dans des versions diverses, le récit historique de l’événement. Ainsi l’Evangile de Jean:
Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est accompli. » Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit.
Jean, 19, 30
L’épître aux Hébreux, elle, nous livre le récit du même événement, mais dans sa dimension métahistorique (épître du dimanche de la Passion dans le rite romain traditionnel):
Le Christ est venu, grand prêtre des biens à venir. Par la tente plus grande et plus parfaite, celle qui n’est pas œuvre de mains humaines et n’appartient pas à cette création, il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, en répandant, non pas le sang de boucs et de jeunes taureaux, mais son propre sang. De cette manière, il a obtenu une libération définitive. S’il est vrai qu’une simple aspersion avec le sang de boucs et de taureaux, et de la cendre de génisse, sanctifie ceux qui sont souillés, leur rendant la pureté de la chair, le sang du Christ fait bien davantage, car le Christ, poussé par l’Esprit éternel, s’est offert lui-même à Dieu comme une victime sans défaut.
He 9, 11-14
On voit bien que ce passage décrit, en empruntant des images tirées de la liturgie juive du Temple, une réalité de nature métaphysique et métahistorique, mais qui a sa correspondance historique dans la mort rédemptrice de Jésus de Nazareth sur le Golgotha. Histoire et métahistoire ne doivent donc pas être confondus, mais conservent toutefois, au moins pour ce qui concerne l’histoire humaine, des points de convergence.
Il me semble donc que le récit de la Genèse doit être rapproché, dans l’exégèse que l’on en fait, de ce passage de la lettre aux Hébreux. Or, la métahistoire, parce qu’elle nous livre directement l’essentiel, la substance, la quintessence métaphysique de la réalité, est plus importante pour nous que l’histoire. Ce qui compte par conséquent, c’est de recevoir et d’assimiler les enseignements de la Genèse sur la nature et le sens de la condition humaine, la question du comment étant moins urgente et pouvant faire l’objet de diverses interprétations.
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