Le Forum Catholique
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Signo - 2026-01-11 17:06:30
Le cœur du problème…
… c’est l’absence de confiance réciproque entre les deux parties. C’est cette absence de confiance qui empoisonne constamment les relations entre les autorités romaines et les milieux traditionnels.
Déjà bien avant les sacres il y avait eu l’expérience éphémère du séminaire Mater Ecclesiae qui avait été créé, sur la base de belles promesses, pour accueillir des transfuges de la FSSPX qui voulaient réintégrer l’Eglise officielle. Deux ans après le séminaire fut fermé et les prêtres dispersés dans les diocèses.
Concernant les sacres, il est évident que Rome n’avait aucune intention de procéder à ces sacres. Il n’y a d’ailleurs jamais eu autre chose que de vagues promesses dans ce sens. Et si on se met du point de vue des bureaucrates du Vatican, on le comprend: pourquoi autoriser Mgr Lefebvre à sacrer, ce qui allait nécessairement prolonger indéfiniment le problème traditionaliste, alors qu’il suffirait d’attendre qu’il meure pour que le problème s’éteigne de lui-même ? Il faut bien comprendre que par delà la bonne volonté de quelques individus (le pape Jean-Paul II, le cardinal Ratzinger, aujourd’hui le pape actuel), il y a inévitablement une logique « d’Etat profond », une logique bureaucratique, administrative, de pouvoir et de contrôle, inhérente à toute administration, qui s’exerce. Cette logique, froide, impersonnelle, va toujours dans le même sens: pas de vagues, pas de problèmes, pas de divergences, pas de personnalités fortes. Uniquement de l’uniformité grise, des personnalités lisses, sans relief, dociles. C’est ce qui explique la médiocrité de notre épiscopat. C’est un système de pouvoir dans tout ce qu’il a de plus humain et de plus classique, et les notions de tradition, de salut des âmes, d’orthodoxie et de communion fondée sur la foi, de souci pastoral n’ont aucun sens ni aucune importance dans cette logique purement administrative.
Mgr Lefebvre qui était une personnalité forte aux convictions aiguisées était conscient de cette indifférence du système romain envers le bien des fidèles, et donc du fait que ce même système attendait sa mort pour permettre la « solution finale » du problème traditionaliste, qui se serait éteint de lui-même faute d’ordinations sacerdotales. C’est ce qui explique le retrait de la signature de l’accord et finalement les sacres illicites de 1988.
Même si ces sacres sont incontestablement une « atteinte grave à l’unité de l’Eglise », replacés dans leur contexte ils ont sans doute été providentiels. Du fait de la logique bureaucratique que j’ai décrite plus haut, on peut légitimement douter que les communautés ED eûssent reçu tous les avantages qui leur furent octroyés si il n’y avait pas eu en dehors de la communion romaine une institution sacramentellement autonome avec ses évêques. L’expérience de TC a bien montré à quel point ces avantages étaient et demeurent précaires.
Ratzinger est le seul hiérarque à avoir réellement compris en profondeur le problème traditionaliste et ses enjeux pour toute l’Eglise. Ni Paul VI, ni Jean-Paul II, encore moins François n’ont compris le problème, et malgré toute son intelligence et sa bonne volonté il est probable que le pape actuel n’y comprenne rien non plus (il n’a d’ailleurs pas connu l’Eglise d’avant Vatican II et n’est donc absolument pas conscient de la gravité de la rupture). La majorité du collège cardinalice ainsi que la majorité de l’épiscopat est soit indifférent à la question soit hostile et souhaitent également la disparition de l’ancienne liturgie. Il faut espérer que Léon XIV ait le courage d’imposer à son entourage et à la hiérarchie la solution de l’ordinariat, et j’avoue que sur ce point j’ai une pointe d’inquiétude. Les papes ont souvent été très mal conseillés sur ce dossier depuis 1970 et le souci en soi légitime du pape actuel d’être à l’écoute des évêques et cardinaux peut se retourner contre nous en paralysant toute décision et donc en nous enfermant dans la logique exterminatrice de TC.
La réalité est que le système romain, dans sa logique profonde, souhaite et œuvre constamment depuis soixante ans en vue de l’extinction des communautés traditionnelles. Dans l’Eglise d’aujourd’hui, le soin pastoral est étouffé par cette logique bureaucratique de contrôle et de pouvoir qui n’hésitera pas à piétiner les besoins les plus vitaux des fidèles pour établir partout l’uniformité liturgique. C’est pourquoi il est très important à la fois de garder le sensus Ecclesiae (c’est à dire le désir de rester uni au Siège apostolique), et de rester extrêmement ferme sur nos revendications: la liturgie romaine ancienne dans son intégralité ainsi que tout l’écosystème qui va avec, ce qui ne peut se faire que dans le cadre d’une structure canonique autonome avec un évêque ayant juridiction.
Sensus Ecclesiae parce que nous restons dans le cadre de l’Eglise sur laquelle nous gardons malgré tout un regard de foi; fermeté car nous avons aussi affaire à un système de pouvoir très humain qui ne connaît que les rapports de force.
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