"Face à la crise prolongée par Léon XIV : les options catholiques"
Le Forum Catholique
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Vistemboir2 - 2025-11-19 17:47:00
"Face à la crise prolongée par Léon XIV : les options catholiques"
Traduction de l’article de Robert Morrison paru le 18 novembre 2025 sur The Remnant sous le titre : « Should We Become Sedevacantists? Evaluating Catholic Options to Address the Crisis that Leo XIV Now Perpetuates » ["Devrions-nous devenir sédévacantistes ? Évaluation des options catholiques pour faire face à la crise que Léon XIV perpétue aujourd’hui."]
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Il existe au moins cinq facteurs qui rendent actuellement la position sédévacantiste difficile à accepter pour de nombreux catholiques traditionalistes. Les voici, replacés dans leur contexte :
Dans son ouvrage Athanase et l’Église de notre temps, Mgr Rudolf Graber [qui fut évêque de Ratisbonne] cite la lettre de saint Athanase adressée à tous les évêques en l’an 340 :
"Aujourd'hui, toute l'Église semble démembrée. On voit les messagers qui sont envoyés vers vous et vers d'autres raconter l'insolence et l'injustice dont ils ont été victimes. Laissez-nous être scandalisés, je vous en supplie... comme si vous aviez tous subi une injustice. Chacun d'entre vous devrait offrir son aide comme s'il en était lui-même victime. Sinon, l'ordre et la foi de l'Église risquent de s’effondrer. Car tous deux sont menacés si Dieu ne répare pas rapidement les crimes par votre intermédiaire et ne compense pas le préjudice infligé à l'Église."
Mgr Graber jugea opportun de citer ces paroles de saint Athanase dans son livre de 1974, car il constatait que l’Église catholique traversait à nouveau une crise d’une ampleur stupéfiante. La crise s'est même aggravée aujourd'hui, bien que les problèmes fondamentaux restent les mêmes qu'en 1974.
Saint Athanase a exhorté les évêques à agir, les encourageant à coopérer avec la grâce de Dieu pour réparer les crimes commis par les ennemis de l'Église. Aujourd'hui, les crimes commis contre l'Église sont sans doute bien pires, et seul Dieu peut véritablement réparer les torts causés. Pourtant, comme au temps de saint Athanase, les fidèles catholiques peuvent coopérer avec la grâce de Dieu pour atténuer les dommages en cours et apporter une certaine réparation.
Pour la plupart, les options dont nous disposons pour lutter contre cette crise sont les mêmes que celles dont les chrétiens ont disposé depuis deux mille ans. À deux exceptions près, chaque option examinée ci-dessous est essentiellement la même que celle à laquelle nous serions confrontés même si l'Église était dirigée par des hommes d'une orthodoxie et d'une sainteté parfaites. Nous pouvons évaluer la pertinence de chaque option selon les mêmes critères que ceux qu'auraient probablement appliqués les saints à travers l'histoire face à des choix similaires : qu'est-ce qui plaît le plus à Dieu et qui est le plus susceptible de conduire les âmes au Ciel ?
Assister à la messe en latin traditionnelle. À juste titre, la messe en latin traditionnelle est au cœur de la crise qui secoue l'Église catholique depuis soixante ans. Les problèmes liés aux changements de liturgie étaient apparents dès le début, comme en témoignent les propos suivants tirés de la lettre du cardinal Alfredo Ottaviani à Paul VI en 1969, accompagnant une étude théologique du Novus Ordo :
"Les raisons pastorales avancées pour justifier une si grave rupture, même si elles avaient le droit de subsister en face des raisons doctrinales, ne semblent pas suffisantes. Tant de nouveautés apparaissent dans le Novus Ordo Missa et, en revanche, tant de choses de toujours s’y trouvent reléguées à une place mineure ou à une autre place – si même elles y trouvent encore une place –, que pourrait se trouver renforcé et changé en certitude le doute – qui malheureusement s’insinue dans de nombreux milieux – selon lequel des vérités toujours crues par le monde chrétien pourraient changer ou être passées sous silence sans qu’il y ait infidélité au dépôt sacré de la doctrine auquel la foi catholique est liée pour l’éternité. Les récentes réformes ont suffisamment démontré que de nouveaux changements dans la liturgie ne pourront pas se faire sans conduire au désaccord le plus total des fidèles qui déjà manifestent qu’ils leur sont insupportables et diminuent incontestablement leur foi. Dans la meilleure part du clergé cela se marque par une crise de conscience torturante dont nous avons des témoignages innombrables et quotidiens."
Paul VI et les évêques adeptes de la messe du Novus Ordo auraient pu être en désaccord avec ces propos en 1969, faute d'avoir eu le temps de constater l'impact de la réforme liturgique. Mais aujourd'hui, les résultats de cette expérience sont indéniables. Si de grands saints assistent à la messe du Novus Ordo et de grands pécheurs à la messe en latintraditionnelle, il est incontestable que cette dernière favorise l'unité et la sainteté, tandis que le Novus Ordo engendre généralement des signes d' « agitation et d'affaiblissement indubitable de la foi », comme l'a décrit le cardinal Ottaviani. Dès lors, ceux qui souhaitent véritablement lutter contre cette crise ne peuvent sans doute pas prendre de mesure plus efficace que de s'efforcer de fréquenter assidûment la messe en latin traditionnelle.
La récitation du Rosaire. Pour ceux qui connaissent peu le Rosaire, il peut paraître surprenant de le voir cité parmi les options les plus bénéfiques pour les catholiques face à la crise. Cependant, les témoignages des saints, ainsi que l'expérience personnelle de nombreux catholiques aujourd'hui, confirment la véracité des paroles de Léon XIII [Encyclique Adjutricem Populi du 5 septembre 1895] :
« Et, fait remarquable qu’il Nous est bien doux de rappeler : parmi les formes multiples de cette piété envers Marie, déjà le Rosaire, ce mode de prière si excellent, est de plus en plus estimé et pratiqué. C’est, disons-Nous, une très grande joie pour Nous ; car, si Nous avons consacré une grande part de Nos sollicitudes à propager la dévotion du Rosaire, Nous constatons manifestement avec quelle bienveillance la Reine du ciel, ainsi invoquée, a répondu à Nos vœux ; et Nous espérons qu’elle voudra ainsi adoucir les douleurs et les amertumes que doivent Nous apporter les jours prochains. »
Ceux qui contestent ces propos n'ont certainement jamais fait le moindre effort pour cultiver la pratique vertueuse (et essentielle) de la récitation quotidienne et fervente du Rosaire. Et ceux qui, par la grâce de Dieu, ont cultivé cette pratique savent sans doute que les paroles de Léon XIII sont plus vraies que jamais aujourd'hui.
Offrir une éducation catholique de qualité. Une éducation catholique de qualité est essentielle en toutes circonstances, mais son besoin est particulièrement criant aujourd'hui, alors que l'erreur et la perversion sont bien plus répandues que la vérité, la bonté et la beauté. Ceux qui ont la capacité de promouvoir une bonne éducation catholique – que ce soit par l'instruction à domicile ou, plus rarement, par les écoles gérées par les communautés catholiques traditionnelles – peuvent avoir un impact profond sur la formation des saints dont nous avons besoin pour lutter contre la crise qui frappe l'Église. Il n'est guère exagéré de dire que le choix de l'éducation pour chaque enfant aujourd'hui se résume à la question suivante : voulons-nous (a) de bons catholiques qui éduquent les âmes au service de Dieu, ou (b) les ennemis de l'Église qui éduquent les âmes au service du monde impie ?
Soutenir les communautés catholiques traditionnelles. À quelques exceptions près, les communautés catholiques traditionnelles – en particulier les ordres sacerdotaux et religieux – ont souvent besoin d'un soutien matériel important pour mener à bien leur mission. Il y a soixante-dix ans, il était probable que la plupart des catholiques n'assistaient pas à la messe du dimanche aux côtés des hommes et des femmes qui avaient consenti de grands sacrifices personnels pour la construction de l'église. Aujourd'hui, ce n'est souvent plus le cas : que l'église ait été construite (ou rénovée pour le culte catholique) au cours des dernières décennies ou qu'elle ait été installée dans un lieu emprunté quelques heures avant la messe, nous assistons souvent à la messe en latin traditionnelle avec des personnes dont les sacrifices ont été essentiels à sa tenue. C'est une véritable grâce de pouvoir soutenir l'Église de cette manière, et Dieu est d'une générosité infinie.
La quête de la sainteté. Tout au long de l'histoire du salut, Dieu s'est le plus servi de Ses saints pour combattre les maux qui affligent le monde. Cela s'explique notamment par le fait que ceux qui aspirent sincèrement à la sainteté sont les plus dociles à la volonté de Dieu et, par conséquent, les plus aptes à être de saints instruments de Sa Providence. De plus, parce que la crise que traverse l'Église implique un combat spirituel d'une intensité rarement vue dans l'histoire du salut, nous devons méditer les paroles de saint Paul :
"Revêtez-vous de l'armure de Dieu, afin de pouvoir résister aux embûches du diable. Car nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les princes, contre les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits mauvais répandus dans l'air. C'est pourquoi prenez l'armure de Dieu, afin de pouvoir résister au jour mauvais, et après avoir tout surmonté, rester debout. Soyez donc fermes, les reins ceints de la vérité, revêtus de la cuirasse de justice, et les sandales aux pieds, prêts à annoncer l'Evangile de paix. Et surtout, prenez le bouclier de la foi, par lequel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Malin. Prenez aussi le casque du salut, et le glaive de l'Esprit, qui est la parole de Dieu. Faites en tout temps par l'Esprit toutes sortes de prières et de supplications; et pour cela, veillez avec une persévérance continuelle et priez pour tous les saints (…) (Eph 6,11-18)"
Ceux qui prétendent vouloir combattre la crise mais qui ne se soucient pas de la sainteté sont comme un soldat qui voudrait gagner la guerre mais qui ne se soucie pas de faire ce qui est nécessaire pour vaincre l’ennemi.
Résister aux erreurs. Comme nous le verrons plus loin, les sédévacantistes reprochent souvent aux catholiques traditionalistes de résister aux erreurs venant de Rome. Leur reproche ne porte pas sur le fait que les traditionalistes résistent aux erreurs – ce qu’ils font également – mais sur le fait que nous ne nous joignons pas à eux pour affirmer l’invalidité du pape. Or, comme le montrent les trois citations ci-dessous (tirées du Catéchisme de la crise dans l’Église du Père Matthias Gaudron), des théologiens nous ont enseigné que nous devons résister à tout pape qui tenterait de nuire à l’Église :
• « Il est nécessaire de s’opposer à un pape qui déchirerait l’Église… Sinon, pourquoi dirait-on que l’autorité a été donnée pour édifier et non pour détruire (2 Co 13,10) ? Face à un mauvais usage de l’autorité, il faut employer les moyens appropriés : en refusant d’obéir au mal, en ne cherchant pas à plaire, en ne gardant pas le silence, en réprimandant, en invitant les autorités à adresser les reproches nécessaires, à l’exemple de saint Paul et conformément à son précepte. » (Thomas Cajetan, O.P., De comparatione auctoritatis papae et concilii, Angelicum, 1936, nº 412).
• « Si le pape prescrit quelque chose qui soit contre les bonnes mœurs, on n’a pas à lui obéir. S’il entreprend quelque chose qui s’oppose avec évidence à la justice et au bien commun, il est permis de lui résister . » (Suarez, S.J., Opera Omnia, Paris, 1856, X, p. 321 (Tractatus de fide dogmatica, disp. 10, sect. 6, n. 16)).
• « Tout comme il est autorisé de résister à un pape qui commet une agression corporelle, de même il est permis de lui résister, s’il fait du mal aux âmes ou trouble la société et, à bien plus forte raison, s’il cherchait à détruire l’Église. Il est permis, dis-je, de s’opposer à lui en n’accomplissant pas ses ordres et en empêchant que sa volonté soit réalisée. » (Robert Bellarmin, De Romano Pontifice, livre II, 29).
Les sédévacantistes rétorquent généralement que ces citations ne s'appliquent qu'aux situations où le prétendu pape cherche à nuire à l'Église autrement que par l'enseignement d'erreurs. Si le pape enseignait des erreurs, affirment-ils, il faudrait non seulement s'y opposer, mais aussi déclarer que le pape présumé n'est pas le pape.
Un contre-argument intéressant à cet égard provient d'une autre citation de saint Robert Bellarmin, sur laquelle les sédévacantistes s'appuient abondamment (comme nous le verrons plus loin). La défense de l'Église par saint Robert Bellarmin contre les protestants qui affirmaient que les catholiques n'avaient aucun recours contre un pape qui chercherait à détruire l'Église nous enseigne que nous pouvons résister à un pape que nous ne pouvons destituer :
"Je réponds : rien d'étonnant, si l'Église demeure sans remède humain efficace, puisque son salut ne repose pas principalement sur l'effort humain, mais sur la protection divine, car Dieu est son roi. Aussi, même si l'Église ne pouvait destituer un pape, elle peut et doit néanmoins supplier le Seigneur d'appliquer le remède, et il est certain que Dieu veille à son salut, qu'il convertira le pape ou l'expulsera de son sein avant qu'il ne détruise l'Église. Toutefois, il ne s'ensuit pas qu'il soit illégitime de résister à un pape qui détruit l'Église ; car il est licite de l'exhorter tout en conservant tout respect, de le corriger modestement, et même de s'opposer à lui par la force et les armes s'il a l'intention de détruire l'Église." (De Controversiis, Sur l'Église : Sur les conciles, Sur l'Église militante, Sur les signes de l'Église, p. 220)
Toute la logique de ce paragraphe repose sur l'hypothèse de saint Robert Bellarmin selon laquelle l'Église souhaiterait déposer le pape auquel on s'opposerait. Mais sur quel fondement l'Église chercherait-elle à déposer un pape, si ce n'est pour hérésie ? Les sédévacantistes ont peut-être une réponse toute faite à cette question, mais il n'en reste pas moins que cette question du sort à réserver à un pape problématique a été débattue à maintes reprises au cours des siècles, sans qu'aucune réponse définitive ne permette de résoudre les interrogations que se posent aujourd'hui les catholiques fervents. La seule certitude est que nous devons résister à toute erreur et prier Dieu de nous apporter le remède.
Aborder de front les problèmes liés à la hiérarchie officielle. Il est tout à fait concevable qu'un jour Dieu veuille que les catholiques prennent des mesures directes pour résoudre les problèmes de la hiérarchie, par exemple en déclarant qu'un prétendant à la papauté a perdu son titre (ou ne l'a jamais détenu) pour hérésie formelle manifeste, et en élisant un pape légitime. Là encore, cependant, la sainteté est primordiale. Nous savons que sainte Catherine de Sienne a contribué à résoudre une crise papale, mais elle était une sainte ! À ce titre, elle a su mettre de côté son orgueil et écouter attentivement Dieu ; elle n'avait d'intérêt à rien d'autre qu'à accomplir Sa volonté, et ceux qu'elle devait influencer l'ont certainement perçu. Si elle avait, au contraire, adopté l'esprit destructeur si répandu dans les débats actuels sur la papauté, Dieu n'aurait sans doute eu que peu d'utilité pour elle. Cela devrait relever du bon sens pour les catholiques sincères.
Au moins cinq autres facteurs rendent actuellement la position sédévacantiste difficile à accepter pour de nombreux catholiques traditionalistes.
Premièrement, avec François, nous avons convenu qu'il était probable qu'il soit tombé dans l'hérésie formelle, mais qui avait l'autorité pour déclarer qu'il avait perdu la papauté ? Les théologiens ont divergé quant à la nécessité d'un concile imparfait (composé de cardinaux ou éventuellement d'évêques) pour traiter cette question. Il y avait donc quelque chose de profondément rebutant, pour employer un euphémisme, à voir des sédévacantistes harceler de simples catholiques afin qu'ils déclarent personnellement que François n'était pas le pape.
Deuxièmement, qui était le dernier pape ? Les sédévacantistes les plus virulents affirment qu'il n'y a pas eu de pape depuis Pie XII, avec toutes les questions ecclésiologiques complexes que cela soulève. Ce groupe se range du côté (dans sa dénonciation des « semi-traditionalistes » qui ne sont pas sédévacantistes) de ceux qui considèrent Benoît XVI comme l'un des plus grands papes de tous les temps. Il est possible que les deux positions soient erronées, mais il est évident qu'elles ne peuvent pas être toutes les deux justes. Cependant, à y regarder de plus près, on ne comprend pas bien pourquoi ceux qui ne parviennent pas à s'entendre sur la question fondamentale de l'identité du dernier pape auraient la crédibilité théologique requise pour exiger que les catholiques traditionalistes déclarent personnellement qu'il n'y a pas de pape.
Troisièmement, l'un des sédévacantistes les plus éloquents d'aujourd'hui, Mgr Donald Sanborn, est aussi l'un des plus convaincants opposants à la théorie sédévacantiste la plus répandue. Il défend sa thèse en la comparant à celles des catholiques traditionalistes croyant en un pape et à celles de ses coreligionnaires sédévacantistes. Après avoir écarté les points de vue des anciennes communautés Ecclesia Dei (comme la Fraternité Saint-Pierre) et de la Fraternité Saint-Pie-X, Mgr Sanborn aborde les deux théories sédévacantistes :
« 3. Les “papes de Vatican II” n'ont pas l'autorité du Christ, ce ne sont pas de vrais papes et ils sont déjà juridiquement déposés. C'est la position du totalisme ou sédévacantisme absolu. »
« 4. Les “papes de Vatican II” n’ont pas l’autorité du Christ, ils ne sont pas de vrais papes, mais ce fait n’a pas encore été juridiquement établi ni reconnu par l’Église universelle. Telle est la solution proposée par The Thesis, parfois appelée sédévacantisme essentiel-formel ou sédéprivationnisme. »
À partir de là, il explique en quoi la position du sédévacantisme intégral est intenable :
« La troisième position (« sédévacantisme intégral » ou « totalisme ») est-elle une solution viable ? D’une part, cette troisième position est parfaitement juste en ce qu’elle nie l’autorité des « papes de Vatican II », préservant ainsi l’infaillibilité de l’Église en ne lui attribuant pas les abominations de Vatican II. Cette position est donc juste dans son essence. D’autre part, elle ne parvient pas à faire la distinction nécessaire entre l’ordre réel et l’ordre juridique. Par exemple, on est certes meurtrier du seul fait de tuer une personne innocente, mais ce crime doit néanmoins être établi devant un tribunal pour que ses conséquences légales et les peines encourues soient appliquées… La position « totaliste » est également incapable d’apporter une réponse satisfaisante au problème de la succession apostolique perpétuelle du Siège romain, exigée par l’indéfectibilité de l’Église et enseignée par le Concile Vatican I dans la Constitution Dogmatique Pastor Æternus [18 juillet 1870] : Ce que le Christ notre Seigneur, chef des pasteurs, pasteur suprême des brebis, a institué pour le salut éternel et le bien perpétuel de l’Église doit nécessairement, par cette même autorité, durer toujours dans l’Église, qui, fondée sur la pierre, subsistera ferme jusqu’à la fin des siècles. »
Ainsi, l'un des plus éloquents défenseurs du sédévacantisme soutient que le « sédévacantisme intégral » est erroné (bien qu'il suggère que son erreur ne porte que sur un aspect non essentiel). Or, si les sédévacantistes eux-mêmes ne parviennent pas à s'entendre après des décennies de débats sur ces points, comment peuvent-ils légitimement exiger que tous les catholiques traditionalistes les suivent ?
Quatrièmement, il convient d’examiner l’analyse d’Arnaldo Xavier da Silveira dans son ouvrage Deux questions d’actualité : la nouvelle messe et la possibilité d’un pape hérétique, où il approuve la cinquième opinion de saint Robert Bellarmin, qui affirme essentiellement qu’un pape tombant dans l’hérésie manifeste perdrait de facto la papauté. Bien que son commentaire ne soit pas infaillible, il est important de noter la manière dont il rejette le sédévacantisme.
"Le fait qu’[un pape hérétique n’ait pas quitté la papauté] peut-t-il conduire au sédévacantisme ? Nous répondons : absolument pas. Dans le contexte que nous envisageons, la manifestation de l’hérésie formelle du pape et les principes dogmatiques et canoniques régissant la question auraient été portés à la connaissance de toute l’Église. Les procédures envisagées par saint Paul, saint Robert Bellarmin et Ballerini auraient toutes été mises en œuvre. Si l’acceptation universelle du pape persistait, comme le dit saint Alphonse, le siège ne serait pas vacant. L’une des caractéristiques du sédévacantisme est que dix, cent ou mille catholiques se réunissent et proclament la vacance du Siège apostolique, faisant fi du principe selon lequel, dans l’Église, société visible et parfaite, l’acquisition ou la perte du leadership et tous les autres faits fondamentaux de sa vie doivent être connus de tous. Pour cette raison, déjà décisive en soi, on voit qu'il n'y a aucun risque que la cinquième opinion de saint Robert Bellarmin, telle que nous la proposons, fondée principalement sur les explications de Ballerini, puisse aboutir au sédévacantisme. » (p. 230)
L’idée est que l’hérésie formelle du prétendant à la papauté devrait être connue de toute l’Église, ce qui signifie que le siège ne serait pas vacant tant que l’acceptation universelle du pape persisterait. Bien que l’analyse d’Arnaldo Xavier da Silveira ne soit évidemment pas infaillible, sa position s’appuie sur les avis de théologiens réputés et souligne d’autant plus que la position sédévacantiste est bien moins convaincante qu’on ne voudrait nous le faire croire.
Cinquièmement, l'idée même que chaque catholique doive résoudre la crise actuelle de l'Église en déclarant personnellement qu'il n'y a pas de pape est tellement contraire à notre foi que nous pouvons et devons la rejeter catégoriquement. Les bons catholiques peuvent conclure que François n'était pas le pape, mais ériger une telle conclusion en certitude théologique qui exige de se séparer de ceux qui ne partagent pas cet avis est un outrage à Dieu et à son Église.
Certes, les catholiques de bonne volonté peuvent discuter de la possibilité qu'un pape perde son mandat pour hérésie formelle manifeste, mais à l'heure actuelle, cela semble moins fructueux que chacune des autres options mentionnées précédemment pour résoudre la crise de l'Église. C'est d'autant plus vrai que les sédévacantistes ne parviennent pas à s'entendre sur les fondements mêmes de leurs théories. Quoiqu’il en soit, il est bien plus difficile de pratiquer la foi comme des saints – et de prier patiemment Dieu de remédier au problème de la papauté – mais cela semble être la voie la plus à même de plaire à Dieu et de sauver des âmes.
Cœur Immaculé de Marie, priez pour nous !
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