Le Forum Catholique
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Signo - 2025-11-17 18:26:56
Effectivement
Tout cela demande des précisions, on est sur une ligne de crête, et il est difficile de ne pas tomber dans un excès ou dans l’excès opposé.
En effet, lorsque Pie XII écrit:
et ils s’en écartent encore davantage ceux qui, prétendant qu’il est absolument nécessaire que les fidèles communient avec le prêtre, affirment dangereusement qu’il ne s’agit pas seulement d’un sacrifice, mais d’un sacrifice et d’un repas de communauté fraternelle, et font de la communion accomplie en commun comme le point culminant de toute la cérémonie.
… je pense qu’il vise une certaine conception moderne et horizontale de la messe, qui n’admettrait que du bout des lèvres sa dimension sacrificielle pour insister sur sa dimension de repas communautaire au sens humain du terme, ce qu’assurément la messe n’est pas. C’est une dérive effectivement courante dans le cadre de la messe de Paul VI, et dont certaines tendances se faisaient sans doute déjà sentir à l’époque.
Mais en fait, comme le prouve le texte du O sacrum convivium de S. Thomas cité sur un fil précédent par Réginald, il y a bien dans la messe, non pas une dimension de « repas de communauté fraternelle », mais plutôt de « banquet mystique », le « festin des noces de l’Agneau » dont parle l’Apocalypse (Ap. 19, 9), c’est à dire le repas surnaturel et eschatologique dans lequel Dieu et l’humanité seront à jamais réunis, que la communion eucharistique anticipe et réalise hic et nunc sous le voile des saintes espèces. Or, les théologiens les plus orthodoxes, comme Louis Bouyer, ont bien montré à quel point il est vain d’opposer la notion de sacrifice à la notion de « banquet », car la notion de sacrifice contient en elle-même la notion de consommation de la victime. Et c’est pourquoi au moins le prêtre doit communier pour que le sacrifice soit pleinement consommé.
Notons que la communion du peuple ne saurait être rendue absolument nécessaire, puisqu’il peut exister de justes raisons pour que les fidèles ne communient pas (par exemple, s’ils ne sont pas en état de le faire), mais même dans ce cas là la communion de tout le peuple est comme « réduite » à celle du célébrant, « représentée » par celle du prêtre. Cela ne signifie pas que la communion ne soit pas la finalité du sacrifice (en effet Pie XII parle bien de la communion en commun et pas de la communion tout court; la nuance est importante).
On notera également que dans la conception naturaliste et moderne (donc fausse) de la liturgie que vise le texte de Pie XII, la messe n’est légitime qu’en présence du peuple. C’est là une grave erreur, qui réduit la messe à un acte purement naturel et humain, oubliant que même une messe sans peuple est toujours concélébrée avec les anges et les saints, c’est à dire avec toute l’Eglise, notamment dans sa dimension triomphante. Elle est donc toujours un acte de l’Eglise, donc un acte communautaire, même en l’absence d’assemblée, et jamais un acte de piété privée.
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