De larges extraits (traduits) très intéressants
Le Forum Catholique
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Ubi Caritas - 2025-11-15 16:28:05
De larges extraits (traduits) très intéressants
Pourquoi les jeunes de la Gen Z se convertissent-ils en masse à la messe en latin ?
Georgina Mumford
Comme beaucoup de jeunes convertis, ma première expérience du culte catholique fut la messe traditionnelle en latin. C'était grandiose, déroutant, et parfois même déconcertant. A part la dame en mantille du premier rang, rares étaient ceux qui semblaient savoir précisément quand se lever et quand s'agenouiller. Et pourtant, la semaine suivante – et chaque dimanche depuis – j'y suis retournée. (…)
Nés entre la fin des années 1990 et le début des années 2010, nous avons grandi au milieu du développement technologique le plus rapide de l'histoire de l'humanité. Nous avons peu de souvenirs d'un monde sans immédiateté, et notre tolérance à l'ennui est pratiquement inexistante. Comme il est étrange que notre génération – si inhabituée au silence – remplisse tranquillement les bancs pour une liturgie de 90 minutes, célébrée dans une langue ancienne.
Et pourtant, les chiffres parlent d'eux-mêmes. Un rapport publié par la Société biblique en début d'année indiquait non seulement que le christianisme connaît un regain de popularité auprès des jeunes Britanniques, mais aussi que les convertis au catholicisme en sont les fers de lance. (…)
Il y a peut-être une bonne raison à cela. La plupart des jeunes convertis d'aujourd'hui découvrent le catholicisme non pas par l'intermédiaire d'un ami ou d'un membre de leur famille, mais grâce à YouTube, TikTok et Pinterest. Dans un paysage numérique dominé par l'aspiration esthétique (et un monde moderne qui l'abandonne souvent au nom de l'utilité), les volutes d'encens, les autels resplendissants et les chants envoûtants de la messe en latin tranchent avec la réalité, offrant une expérience d'une grandeur assumée. La beauté – « le transcendantal oublié », selon l’expression du philosophe français Étienne Gilson – n’est pas un sous-produit de la messe tridentine, mais son élément central. Le rite reconnaît que ce qui ravit d’abord le regard peut, avec le temps, éveiller la vie intérieure.
Tout comme la popularité de la messe en latin témoigne des aspirations des jeunes convertis, elle révèle aussi ce qui les fatigue. Notre génération est habituée à ce que presque tout – des loisirs à l'identité en passant par les convictions morales – soit formaté, commercialisé et revendu. Même certaines formes de spiritualité n'échappent pas à cette logique. Les liturgies modernes semblent parfois excessivement axées sur l'engagement et l'accessibilité. Les Églises peuvent se sentir obligées d'offrir aux jeunes en quête de spiritualité une « entrée en douceur » dans la foi. Mais la génération Z a toujours bénéficié de telles facilités. Elle sait que ce qui est simplifié pour être assimilé plus facilement a rarement le pouvoir de combler pleinement.
La messe en latin ne propose pas de telles concessions. Au lieu de « jouer » devant l'assemblée, le prêtre se tourne vers l'est – ad orientem – et la guide dans un acte de prière partagé. Comme l'a si bien résumé l'acteur et célébrité converti par la Messe traditionnelle Shia LaBeouf lors d'un entretien avec l'évêque Robert Barron en 2022 : « Je n’ai pas l’impression qu'on essaie de me vendre une voiture. » (…)
Pendant des semaines, j'ai cru que la messe traditionnelle en latin était simplement une autre façon de célébrer la messe, une option proposée dans la plupart des paroisses. Ce n'est que plus tard que j'ai réalisé la chance que j'avais de vivre près de l'une des quelque cent églises du Royaume-Uni qui la proposent. (…) Ainsi, le rite de l'époque de nos grands-parents nous paraît presque paradoxalement nouveau.
Avant tout, la génération Z aspire à un sentiment d'enracinement, un sentiment que le système éducatif britannique a longtemps négligé. Avec des programmes d'histoire simplifiés, des mythes nationaux déconstruits et des rites de passage traditionnels remodelés autour de campagnes morales, rares sont les jeunes qui quittent l'école en ayant conscience de leurs origines, et encore moins de leur appartenance actuelle.
À l'inverse, la messe en latin, avec son rythme séculaire, ses prières immuables et un canon eucharistique resté pratiquement inchangé depuis plus de 1 400 ans, soigne cette blessure. (…) Pour une génération si habituée à être constamment secouée, cette permanence est un don précieux.
(…) D'après mon expérience, la plupart des jeunes convertis attirés par le rite latin ne fuient pas la modernité, mais ont soif de substance. (…) Nous voulons de la viande rouge. Quelque chose de consistant. Et c'est dans la messe en latin que nous la trouvons.
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