Le Forum Catholique
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Reminescence - 2025-06-01 19:14:17
Eh bien...
Sinon que Sacy est le plus explicite, je ressens bien une certaine hésitation voir une volonté de mettre à l'écart, voir démentir l'interprétation des Pères dans la note de Crampon. En tout cas, ça me saute aux yeux à chaque fois que je lis cette note...
« Mais l’auteur parle de l’impie et du juste en général. »
On explique que les Pères lisent ce passage comme étant une prophétie, mais pour cette note de la traduction de Crampon, c'est simplement qu'on parle ici de l'impie et du juste, rien de plus... Même s'il a le mérite, - et encore heureux, de mentionner l'interprétation des Pères, au final c'est pour conclure avec une sûreté méprisante qu'ils ont tort. La note de Sacy ne vient pas dire que ce n'est "que" du juste et des impies dont il est question, mais bien de Jésus-Christ dans sa Passion.
J'accuse ici cette note de considérer l'interprétation comme étant quelque chose d'optionnel et de, finalement, presque non crédible puisqu'on conclut que finalement, ce n'est pas ça.
C'est une vision terre-à-terre des Écritures, j'ai l'impression qu'il n'y a rien de surnaturel mais que tout est explicable, que l'interprétation rationnelle est la seule valable...
Dans une autre perspective, plus dans la traduction que dans les notes cette fois-ci, si nous nous penchons sur un passage du prophète Jéremie, au chapitre XI,v.19... La Vulgate dit : « Et ego quasi agnus mansuetus, qui portatur ad victimam : et non cognovi quia cogitaverunt super me consilia, dicentes : Mittamus lignum in panem ejus, et eradamus eum de terra viventium, et nomen ejus non memoretur amplius. »
Ce que Glaire traduit par : « Et moi, j’ai été comme un agneau plein de douceur que l’on porte pour en faire une victime ; et je n’ai pas su qu’ils formaient contre moi des projets, disant : Mettons du bois dans son pain, rayons-le de la terre des vivants, et que son nom ne soit plus rappelé dans la mémoire. »
Crampon, quant à lui, traduit selon les textes originaux©, comme les protestants avant lui, et comme les traducteurs catholiques modernes après lui : « Moi, j’étais comme un agneau familier,
qu’on mène à la boucherie,
et je ne savais qu’ils formaient des desseins contre moi :
« Détruisons l’arbre avec son fruit !
Retranchons-le de la terre des vivants,
et qu’on ne se souvienne plus de son nom ! » »
Il n'est plus question ici ni de bois, ni de pain... Ce qui est un peu problématique, quand les Pères expliquent ce passage comme « une autre figure du divin Sauveur, vrai pain de vie descendu du ciel et attaché à une croix de bois sur le Calvaire », cf. note de l'Abbé Glaire touchant ce passage... Crampon n'explique pas dans les notes qu'ici se trouve, dans la Vulgate, une prophétie christique très belle, il n'y a rien... Peut-être que dans les éditions les plus récentes... Cette traduction a pourtant l'habitude de citer les différences de cette même Vulgate dans les notes de bas de pages, même si c'est généralement avec un ton méprisant, pour la "corriger"...
Quand je lis de si nombreuses notes aussi méprisantes envers cette Vulgate, qui pourtant fait autorité dans l'Église, je ne peux penser qu'au décret du Concile de Trente, qui rappelle l'autorité de la Vulgate : « La Vulgate doit être tenue pour authentique et personne ne saurait avoir l'audace ou la présomption de la rejeter sous n'importe quel prétexte. », je pense aussi à ce que disait, quand-même plus récemment, le Pape Saint Pie XII dans son encyclique Divino Afflante Spiritu : « Cet usage, en vérité, démontre que, telle qu'elle a été et est encore comprise par l'Eglise, elle est absolument exempte de toute erreur en ce qui concerne la foi et les mœurs ; si bien que la même Eglise l'attestant et le confirmant, on peut la produire en toute sûreté et sans péril d'erreur dans les discussions, dans l'enseignement et dans la prédication. D'où une authenticité de ce genre ne doit pas être qualifiée en premier lieu de critique, mais bien plutôt de juridique. »
Là où les textes originaux sont censés aider à éclairer les obscurités de la Vulgate, comme disent certains, dans la traduction de l'Abbé Crampon, on traduit le texte massorétique comme étant le texte ultime et on relègue la Vulgate au second plan, dans la cave, dans un endroit bien poussiéreux.
Si je fais preuve d'une grande méfiance et d'un certain rejet de cette traduction, ce n'est pas en raison d'une simple impression ou quoi que ce soit d'autre, c'est qu'elle n'est tout simplement pas respectueuse de la Vulgate et que ses notes sont, dans le meilleur des cas, de peu d'intérêt, ou au pire des cas, compromettantes pour l'interprétation des Écritures, puisqu'elle relativise ou gomme des passages qui ont une grande importance, puisqu'ils sont de vraies prophéties christiques...Je ne pense donc pas que mon inquiétude soit vaine.
Pour être un peu taquin, j'ai d'ailleurs lu sur le site "bibliorama", site tenu, il me semble, par des protestants... et qui répertorie les traductions françaises de la Bible, tout en les présentant, un commentaire à propos de la traduction de Crampon : « Ce qui caractérise cette bible, c’est surtout la neutralité vis-à-vis des dogmes catholiques qui ne sont pas pesants dans les notes. »
Puis juste après : « En 1906, le pasteur Babut dira : on pourrait croire que cette traduction est d’une plume protestante. »
Je trouve cela révélateur que des protestants viennent à complimenter une traduction catholique pour la raison qu'elle s'éloigne dans les notes "des dogmes catholiques"...
Reminescence
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