Il faut lire Sacroanctum concilium
Le Forum Catholique
Imprimer le Fil Complet
Réginald - 2025-05-06 21:17:47
Il faut lire Sacroanctum concilium
Vous soulignez un point essentiel : l’écart parfois considérable entre l’intention conciliaire, telle qu’elle ressort explicitement du texte, et les orientations de certains acteurs majeurs de sa mise en œuvre, dont la vision était bien plus réformatrice, voire radicalement novatrice.
Il convient en effet de distinguer plusieurs niveaux :
1/ Le texte du Concile lui-même, qui adopte une position mesurée et prudente. Il suffit de relire le n°36 de Sacrosanctum Concilium :
1. L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins 2. Toutefois, soit dans la messe, soit dans l’administration des sacrements, soit dans les autres parties de la liturgie, l’emploi de la langue du pays peut être souvent très utile pour le peuple ; on pourra donc lui accorder une plus large place, surtout dans les lectures et les monitions, dans un certain nombre de prières et de chants, conformément aux normes qui sont établies sur cette matière dans les chapitres suivants, pour chaque cas.
Le texte est donc clair : il affirme la primauté du latin tout en ouvrant prudemment la porte au vernaculaire, dans des proportions limitées et encadrées.
2/ L’intention de certains pères conciliaires et experts, dont la lecture du Concile allait au-delà du texte lui-même. Plusieurs voyaient dans la constitution liturgique non pas un point d’arrivée, mais un point de départ vers une réforme beaucoup plus vaste. Ces figures, souvent influentes dans les commissions postconciliaires, ont joué un rôle décisif dans l’interprétation et l’application du Concile selon une logique d’adaptation à l'esprit du monde.
3/ La réception et la mise en œuvre concrète, qui ont souvent pris leurs distances avec la lettre du Concile. Le principe de continuité affirmé par Sacrosanctum Concilium a cédé le pas à une dynamique de rupture, perceptible tant dans l’abandon généralisé du latin que dans la transformation de la liturgie elle-même.
On peut reconnaître que Benoît XVI a tenté d’instaurer une autre herméneutique du Concile : une lecture fidèle à sa lettre, et non soumise à l’esprit du temps. Mais il n’a guère été suivi, ni par les courants progressistes, ni par certains traditionalistes, dont une partie a profité de son pontificat pour revenir à des pratiques liturgiques antérieures à 1962 — par exemple, en rejetant la réforme de la Semaine sainte de Pie XII, souvent en s’appuyant sur l’article critique de Mgr Gromier.
Il ne reste qu’à prier pour que le nouveau Pontife sache prendre à bras-le-corps la question liturgique avec détermination. Mais il faut rester réaliste : on pourra déjà se réjouir s’il marque une rupture avec les processus engagés sous le pontificat de François.
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=987018