Le Forum Catholique
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Réginald - 2025-05-06 18:03:56
oui
Je suis tout à fait d’accord avec vous. La Constitution sur la liturgie est probablement celle qui a suscité le moins de résistances, car tous, y compris les membres du coetus, s’accordaient sur la nécessité d’un certain « toilettage » de la liturgie. Il faut dire que, lorsqu’on assiste aujourd’hui à certaines célébrations selon le rite de saint Pie V, marquées par une certaine lourdeur et rigidité, on comprend mieux ce qui a pu nourrir ce désir de réforme.
Je pense, par exemple, à la messe solennelle où le célébrant répète l’épître et l’évangile déjà lus par le sous diacre et le diacre : ce dédoublement m’a toujours paru incompréhensible, comme si plusieurs actions liturgiques se déroulaient en parallèle, sans réelle unité. L'action liturgique devrait pourtant être une.
Je suis également étonné de constater que de plus en plus d’instituts reviennent à la forme ancienne de la Semaine sainte, pourtant réformée par Pie XII avec des arguments que je juge pour ma part peu convaincants.
Si l’on en était resté à la réforme de 1965, Mgr Lefebvre n’aurait sans doute jamais fondé un séminaire pour préserver la messe de 1962.
Ce qui a véritablement suscité des tensions, en revanche, c’est la réforme de 1969. Elle a rapidement crispé une large part du monde catholique. Il suffit de se rappeler la vive opposition rencontrée par la messe normative célébrée dans la chapelle Sixtine lors du synode de 1967 : on avait alors clairement le sentiment d’entrer dans un autre univers liturgique.
Je ne pense pas, pas plus que vous, que les réformes liturgiques de 1967 puis de 1969 aient été préméditées dès 1962 par les rédacteurs de la Constitution Sacrosanctum Concilium, ni même par Mgr Bugnini. Il me semble plutôt que ces réformes ont suivi une dynamique historique analogue à celle de la Révolution française. Au départ, les intentions étaient modérées : on voulait corriger certains excès, simplifier, rendre la liturgie plus accessible aux fidèles sans pour autant en bouleverser l’architecture fondamentale. Mais, comme en 1789, un mouvement s’est enclenché qui a rapidement échappé au contrôle de ses initiateurs.
Dans les deux cas, les réformes ont répondu à des attentes réelles, mais elles ont aussi ouvert la voie à des évolutions que peu avaient anticipées. Les acteurs principaux, qu’ils soient révolutionnaires ou réformateurs liturgiques, ont été entraînés par la logique interne du changement, par l’accélération du processus, par les pressions venues de groupes plus radicaux, ou tout simplement par l’esprit du temps. Ce qui devait être un ajustement s’est progressivement mué en transformation structurelle, au point que certains de ceux qui avaient lancé le processus se sont retrouvés dépassés, voire marginalisés par ses conséquences.
Ainsi, on peut dire que la réforme liturgique n’a pas été le fruit d’un plan concerté et univoque, mais plutôt le résultat d’une série d’étapes successives, chaque étape semblant découler naturellement de la précédente, jusqu’à aboutir à un rite profondément renouvelé, mais aussi profondément contesté.
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