C’est une bonne question

Le Forum Catholique

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Signo -  2025-04-10 22:30:36

C’est une bonne question

Un fidèle qui ignore tout de la liturgie traditionnelle est privé de beaucoup de choses.

En ignorant l’expérience de prendre part à une liturgie grégorienne, il est privé de l’interprétation authentique de la Parole de Dieu que celle-ci porte, car l’interprétation authentique naît de l’écoute recueillie et de la méditation, et qu’est ce que le grégorien, sinon la Parole divine méditée et chantée?

Il est aussi privé de l’anthropologie réaliste, de la connexion étroite entre la théologie et la vie, et d’une pédagogie fondée sur la progressivité: on ne passe pas directement du temps joyeux de l’Epiphanie aux austérités et à la pénitence du Carême, mais on y entre progressivement et on s’y prépare psychologiquement par la Septuagésime, ce pré-Carême qui permet d’abord de méditer sur la misère humaine et notre condition blessée par le péché. De même on ne passe pas directement du Carême à la Semaine sainte, mais on entre progressivement dans la communion aux souffrances du Christ par le temps de la Passion. La liturgie traditionnelle suppose la spiritualité et l’ascèse traditionnelle : celui qui suit quotidiennement les offices prévus par le missel durant le Carême ne peut ignorer que ce temps est un temps de jeûne. Les notions de combat spirituel et de nécessaire pénitence qu’expriment le chant des psaumes imprécatoires et les collectes répondent de manière réaliste à la réalité de la misère humaine, loin de l’irénisme moderne.

Progressive, la liturgie traditionnelle est aussi réaliste, fondée sur la répétition et donc la mémorisation. Elle est ainsi adaptée au psychisme humain qui a besoin de la répétition pour s’imprégner des réalités qu’elle entend transmettre. D’où la fréquence du genre litanique (Kyrie eleison, Domine non sum dignus, etc), d’où le psautier sur une semaine dans l’Office et le cycle annuel des péricopes évangéliques pour la Messe. Expérience totale, elle intègre également la dimension corporelle qui, à travers l’alternance de la station debout, des inclinations, des agenouillements, des signes de croix, est intégrée à la prière.

Le prêtre lui est privé de la spiritualité réaliste exprimée par les psaumes, de l’insistance sur la nécessité de se purifier avant d’accéder au Saint des saints, c’est à dire le mystère de Jésus-Christ, Voie et Porte qui mène vers le Père. Le prêtre qui célèbre la liturgie traditionnelle ne peut pas ignorer qu’il est d’abord un pécheur. On est loin du cléricalisme tant décrié aujourd’hui !

Le fidèle qui ne suit pas la liturgie traditionnelle ignore ce qu’est la longue méditation sur une semaine de l’allégresse faisant suite au grand don de l’Esprit à la Pentecôte, commencement de la mission de l’Eglise, et conformément au symbolisme ancien, identique à Pâques, selon lequel ce jour de solennité inaugure et anticipe « le Jour éternel », le Jour sans couchant: octave, huit jours comme un seul, huit étant le chiffre symbole de l’éternité. Le même fidèle ignore également qu’il n’y a pas de « temps ordinaire » dans la vie de l’Eglise, mais que toute la vie ecclésiale après la Pentecôte est comme transfigurée et stimulée par l’effusion de l’Esprit Consolateur.

Mais c’est surtout de l’expérience immersive dans l’univers symbolique et rituel de la liturgie traditionnelle que la majorité des fidèles du missel de Paul VI sont privés: non seulement le grégorien, mais la richesse signifiante des rites, l’aspersion purifiante avant la messe dominicale, les mélodies sublimes des lectures, l’orientation commune du prêtre et des fidèles vers l’Orient, lieu de vie et de résurrection, la centralité de la Croix et du sacrifice, la gestuelle hiératique, le silence sacré du canon, la table du banquet mystique dressée pour la communion eucharistique, anticipation du Royaume, les marques de vénération et d’adoration envers la divine Présence, le recueillement du peuple rassasié: à travers la ritualité visible, c’est le grand mystère de la liturgie éternelle, intemporelle, céleste qui est exprimé. C’est toute la liturgie traditionnelle dans tout son déploiement sacral qui constitue comme une explicitation et une manifestation visible et sensible du mystère invisible.
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