Le Forum Catholique
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Signo - 2025-04-10 18:47:02
Confusions
Il ne faut pas confondre deux choses : le rite ou le rituel d’un côté, et le sacrement, c’est-à-dire le mystère de l’autre.
Ce qui est en cause ici avec le missel de Paul VI ce n’est pas la validité sacramentelle, c’est-à-dire l’accomplissement du mystère du sacrifice, mais son expression rituelle. Cette expression rituelle est en elle-même exempte d’erreur doctrinale ; mais elle constitue à la fois une expression rituelle appauvrie par rapport à l’ancienne forme et une rupture par rapport à la tradition du rite romain tel qu’il s’est développé à travers les siècles.
Concernant le fait de résister a la suppression par l’autorité papale d’un rite traditionnel dans l’Eglise, il y a deux écoles et cela dépend de la conception que l’on a de l’autorité pontificale.
Soit on a une conception pyramidale de l’Eglise et absolutiste du pouvoir du pape, conception consistant à prendre l’ecclésiologie du XIXe siècle et du début du XXe siècle au pied de la lettre, et dans ce cas le pape dispose d’un pouvoir à peu près absolu sur toute la vie de l’Eglise et peut changer la doctrine ou supprimer une réalité liturgique traditionnelle comme bon lui semble. Dans cette conception, être catholique c’est d’abord obéir au pape ; le reste (l’orthodoxie de la foi catholique, la fidélité à une tradition liturgique authentique, la vie spirituelle, etc) est accessoire. Dans cette conception, celui qui résiste au pape, même pour de légitimes raisons, s’exclut lui-même de l’unité de l’Eglise, et tombe sous le coup du canon 751 du Code de droit canonique ; le catholique se doit de se laisser guider passivement et aveuglément par les directives romaines, quelles qu’elles soient.
Ou bien on considère, sur la base d’une ecclésiologie de communion, comme c’était le cas durant les mille premières années de l’histoire de l’Eglise et même bien après, que le pape est humblement au service de la vérité que l’Eglise transmet par sa Tradition, qui inclut la variété des rites liturgiques traditionnels (le romain, le lyonnais, l’ambrosien, le byzantin, le maronite, le copte, etc), rites qui sont des réalités de vie dont il doit se faire le garant et le défenseur. Dans cette optique le pape trahit sa mission et commet un abus de pouvoir s’il tente de supprimer une réalité liturgique traditionnelle, et il est légitime de lui résister, comme l’a fait Paul vis-à-vis de Pierre (Galates 2, 11), et de nombreux saints et docteurs à travers l’histoire de l’Eglise (saint Athanase, saint Hilaire de Poitiers, etc). Dans cette optique, la résistance à l’autorité est légitime si elle est vécue comme une contribution à la vie et au bien de l’Eglise tout entière, et non comme exprimant un désir de rompre le lien de la charité.
En tant que catholique moderne, vous avez le droit d’adhérer à la première conception. Personnellement, j’adhère à la seconde qui me parait nettement plus traditionnelle. Après, chacun fera ses choix en conscience au moment où ils se présenteront...
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