“Le message, c’est le médium”

Le Forum Catholique

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Candidus -  2025-02-16 23:58:54

“Le message, c’est le médium”

Cette citation a fait la notoriété de Marshall McLuhan, un intellectuel canadien auteur d’une théorie de la communication.

Autrement dit : le contenu, c’est le contenant, ou plus prosaïquement, le tuyau façonne ce qui coule à l’intérieur.

Hugo l’avait énoncé à sa manière : “le fond, c’est la forme qui remonte à la surface”.

Bien avant, les scolastiques l’avaient déjà théorisé : “Quidquid recipitur ad modum recipientis recipitur”, le contenu est dans le contenant à la manière du contenant.

Ce qui est affirmé, c’est que le médium utilisé (la forme), influence nos sens et par là notre cerveau, et affecte le contenu même du message (le fond).

Appliqué à la réforme liturgique, on peut dire que le Nouveau Rite se caractérise par son caractère protéiforme et polymorphe. C’est facile à démontrer : 30 options pour l'introït, plus une possibilité illimitée d'improvisations de la part du prêtre dans le cadre de sa "monition d'ouverture". Je me suis amusé à compter combien de fois le mot “vel”, “ou bien”, apparaissait dans l’édition typique du NOM de 2002, et je suis parvenu au nombre de 577. Certes, cela inclut les fois où il apparaît dans le texte même des prières, et non pas dans celui des rubriques, mais tout de même, je me demande si on ne pourrait pas affirmer que c’est le mot le plus fréquent dans ce missel.

J’ai toujours défendu que le fond du NOM est orthodoxe et exprime la théologie traditionnelle de la messe (affaiblie certes), mais qu’en raison d’un aspect de sa forme, de son écrin, on peut affirmer que ce rite favorise la création liturgique, et qu’il est donc logique que toutes sortes d’abus en soient issus.

Le reproche principal que l’on peut et doit faire au nouveau rite, est qu’il ignore un principe sociologique fondamental : les éléments constitutifs d'un rite ou d'une pratique sociétale tendent à être dévalorisés et négligés, en proportion directe du nombre d'options en vertu desquelles ils peuvent être omis, remplacés ou modifiés.

Je crois que si les traditionalistes s’étaient limités à cette critique, l’avaient développée, ils auraient été beaucoup plus crédibles et plus difficilement attaquables. Affirmer une hétérodoxie du rite n’est pas conciliable avec les enseignements du magistère sur l’indéfectibilité de l’Eglise romaine dans le domaine liturgique, à moins d’être sédévacantiste ; relever l’oubli d’un principe sociologique est d’un autre ordre parce que cela ne touche pas à l’essence même du rite, mais à un aspect accidentel. L’essence du nouveau rite ne serait pas modifiée, si on décidait de faire disparaître toutes les options possibles, en sélectionnant et figeant à chaque fois la plus traditionnelle.
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