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NOTE II.
Du père & de la mère de S. Jaque:
S’il a pu être Prêtre de la loy.
S. Jaque frere du Seigneur, était, comme nous venons de dire, frere de Josè, & fils de Marie. (Cela porte assez naturellement à croire que cette Marie était encore mere des autres,) qui sont appellez freres de J.C., comme Jude, Simon, & quelques femmes. Au moins ce n’est qu’en S. Epiphane, & nous ne voyons rien qui l’on puisse opposer à cela.) Car si Marie n’est appellee mere que de Jaque & de Josè, cela ne prouve pas qu’elle ne soit encore d’au. tres. A moins qu’on ne veuille qu’on ne l’appelle plus simplement Marie de Josè, & non plus quelquefois Marie de Jaque. Nous ne voyons pas en effet que S. Jude s’appelle frere de S. Jaque, & que S. Luc l’appelle Thadé aussi. Appelons aussi S. Simon frere de Jerusalam frere de S. Jacque.
S. Jerome dit que diverses personnes soutenoient que Marie mere de Jacque & de Josè était la mere naturelle de J.C., c’est à dire que c’était celle que Saint Jean appelle Marie de Cleophas, & sœur de la S. Vierge. Il suit sur mesme ce sentiment. Théodoret dit aussi que S. Jaque le Mineur était cousin germain de J.C., parcequ’il était fils de la sœur de sa mere. On peut trouver quelque difficulté à croire que deux sœurs eussent le mesme nom, & c’est en quoi s’accorde ce que beaucoup de modernes veulent que Marie de Cleophas fut seulement cousine de la Vierge, étant ordinaire aux Juifs d’appeller les proches parents frères & sœurs ; où qu'elles passaient pour sœurs, parce qu'elles avaient épousé les deux frères comme nous le dirons dans la suite. Nous ne voyons point que les anciens se soient arr̂éts à cette difficulté, qui sera moindre si elles étaient de deux différents mariages comme il y a quelque lieu de le croire puisque nous verrons que saint Jacques son fils était né onze ou douze ans avant J-C.
Cette Marie est surnommée de Cleophas ou Clopas, à cause de son père, dit S. Jerome, ou de sa famille, ou pour quelque autre raison qui ne nous est pas connue. S. Pierre Chrysologue a pris le nom de Cleopha pour le nom propre de la sœur de la Vierge, Cleopha sororis Mariae filii sunt. D’autres croient qu’elle étoit femme de Cleophas. Et c’est sans doute le sentiment de ceux qui disent que S. Jacque était fils de Cleophas ; ce que S. Chrysostome fonde même sur l’Evangile, prenant comme S. Jerome, Marie mere de Jacque, & Marie de Cleophas pour la même personne. Hegesippe & Eusèbe donnent aussi pour fils à Cleophas Saint Simeon de Jérusalem, qui est le même que Simon frère du Seigneur.]
Ce que nous disons que Marie femme de Cleophas étoit mere de S. Jacque le Mineur, paraît combattre par les raisons qui nous obligent de dire que ce Saint est le même qui est appellé Jacque d’Alphée, c’est à dire fils d’Alphée selon S. Augustin. Bede répond que Cleophas & Alphée peuvent être la même personne, [& même quel ques savans croient que ce n’est qu’un même nom dans les langues orientales, exprimé différemment dans les nôtres : ce qui satisfait à S. Chrysostome, & aux autres qui disent que S. Jacque étoit fils de Cleophas.] L’on peut dire encore que Marie sœur de la Vierge avoit premièrement épousé Alphée, dont elle avoit eu Jacque ; & qu’après la mort d’Alphée elle s’étoit remariée à Cleophas. D’autres ont cru qu’elle pouvoit être fille de Cleophas premier mari de S. Anne, & femme d’Alphée. [On peut ajouter qu’il n’est pas même certain que Jacque d’Alphée fut fils d'Alphée,] ces surnoms ne s'étirant pas toujours du pere, comme on le voit par S. Jude appelé Judas Jacoba à cause de son frere. Marie de Cleophas est quelques fois appelée Marie de Jacque, & Marie de José ses enfans. Joseph parle d’un Mathias d'Ephlie, ὀνόματος, qui étoit fils d’un Simon.
On voit parce que nous venons de dire, qu'il est nullement certain que Saint Jacque fut fils de Cleophas : & d'ailleurs conforme aux anciens, nous avons tres peu de lumière, & la chose n’est que le plus probable, ou au moins la plus sûre, de qu'elle étoit fils Alphée selon S. Epiphane, & selon la tribu de Juda : & que l’auteur S. Jacque était Prêtre de la loy selon le même S. Epiphane, [qui peut l'avoir conclu de ce que dit Hegesippe,] que Saint Jacque avoit la liberté d’entrer dans la partie du Temple appellee Sanctas, où les seuls Prêtres entroient.
Ainsi si l’on veut soustenir que S. Jacque étoit fils de Cleophas, il faudra dire selon Saint Epiphane même, que Cleophas n'étoit frere de S. Joseph que par la mere, & qu’il était de fils d’un bon pere de la race sacerdotale. Mais cette solution ne tombe dans une nouvelle difficulté.] Car Hegesippe nous apprend que les petits-fils de S. Jude, fils de Cleophas, furent persecutez comme descendus de David. Il est mal aisé d’y répondre si déjà qu'ils se fussent descendus de David par la parenté qui s'alliait avec J. C. Ces enfans de Cleophas descendus du S. Jude fils de Cleophas, furent jugés par S. Jude avoisinèrent autrement parmi un égard aux filles lorsqu'ils attendoient un Messie de la race de David.
Car il paroit que ce fut au sujet de cette attente que les petits-fils de Saint Jude furent persecutez. V. S. Jude. Ainsi faudroit encore entrer dans une autre supposition, & dire qu’ils étoient d'une fille de Saint Jude, & d’un homme de la race de David.
Si Saint Jacque étoit effectivement Prêtre de la loy, il faut dire que Theodoret n'a pas parlé tout à fait exactement, (out il l’a dit generalement,) que ceux qui sont appellez freres du Seigneur, étoient de la race de David, [en la n'étant qu'avec des termes obscurs. Mais il n’y a aucun moyen d'excuser S. Epiphane,] qui a dit très positivement que S. Jacque était fils de S. Joseph & descendoit certainement de David, & qu'il exerçait la sacerdoce legal, qui n’a jamais été exercé par aucun homme de la tribu de Juda [dont étoit David.]
Il y a même de la difficulté à croire qu’aucuns des Apôtres ait pu être Prêtre de la loy. Car les Peres leur attribuent assez communément à tous ce qui est dit de S. Pierre & de S. Jean, que c’étoient des gens sans lettres, & sans instruction du peuple Juif. [Mais cela suffit-il pour détruire un fait avancé par Hegesippe, & reçu par Eusebe, par S. Jerome, & par beaucoup d'autres.] Ce que Joseph dit de Phannias le dernier grand Pontife des Juifs, fait assez voir qu’il n’y avoit des Prêtres tres peu habiles, et peu considerés, & qu’il portaient l’office par une simple présomption. Il est difficile aussi qu'on regardait comme des personnes fort considerables, ceux de la race de David, & qu'on leur demandait oracles pour eux, & qu’on leur accordait le pardon sacerdotal.
On pourroit encore objecter contre le sacerdoce de S. Jacque,] qu’il est marqué dans les A. des Apôtres une chose nouvelle, qu’un grand nombre de Prêtres crurent en J.C. [Mais assurément cela n’empêcha pas que plusieurs autres n’aient cru des auparavant que c'étoit le Messie. Et quand on voudroit leur appliquer ce que S. Jean dit de beaucoup de Senateurs, qu'ils croyoient en J.C., mais qu'ils ne se déclaroient pas, parcequ'ils aimoient plus la gloire des hommes que celle de Dieu,] on pourroit conclure que cela fut vray sans aucune exception, & que J.C. n’ait pas voulu faire la grace à aucun Prêtre de se rendre son disciple!
Il peut sembler aussi que J.C. n’ayant point voulu naître de la race d'Aaron pour faire mieux distinguer son sacerdoce de celui des Juifs, [il n'a point voulu par la mesme raison prendre aucun Apôtre qui fut Prêtre de la loy.] Il a voulu neanmoins que la Ste Vierge, de dont il tirait sa naissance, fust alliee dans la famille sacerdotale d'Aaron, pour réunir en luy, dit S. Augustin, l'onction des Prêtres aussi bien que celle des Rois, & monstrer que les uns & les autres n'avoient esté que la figure.
[N’a-t-il donc pas pu vouloir aussi que de ceux à qui il devoit communiquer les premiers son sacerdoce, il y en eust un qui eust celui de la loy pour élever avec honneur; & montrer que c'étoit lui mesme qui l’avoit établi, quioique les autres n'y eussent aucune part, pour faire voir que le sien en était tout à fait different.]
Pour ce que Scaliger pretend qu'il s'en de la derniere certitude qu'aucun Apôtre n’étoit seulement de la tribu de Levi, [nous le croirons quand nous en aurons de bonnes preuves. Car nous le tenons nullement disposé à nous en tenir à ses decisions.]