le petit enfant juif sauvé par un Notre-Père

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Cristo -  2024-08-30 23:40:14

le petit enfant juif sauvé par un Notre-Père

marrant l'alibi de la circoncision ...



Claude Lelouch : « En me demandant de réciter le Notre Père face à un officier de la Gestapo, cette prof m’a sauvé la vie »
LE PROF QUI A CHANGÉ MA VIE (5/5). Le réalisateur dit avoir tout appris grâce à « l’école de la vie », mais garde un souvenir ému de deux de ses enseignants.

Par Claire Lefebvre

Publié le 30/08/2024

« Dissipé, mauvais élève », Claude Lelouche dit n'avoir jamais aimé l'école. Le réalisateur garde pourtant un souvenir ému de M. Dubois, le « seul professeur qui a su [lui] donner envie de travailler », et de cette institutrice qui l'a sauvé face à la Gestapo en 1944. Un épisode qu'il a reconstitué dans son film Les Uns et les Autres (1981) et qu'il a accepté de nous raconter.

« Elle était jolie, elle avait un beau sourire et des cheveux clairs, tirant vers le roux. Du reste, de sa classe, de mes camarades, je n'ai que de vagues souvenirs. Je n'avais que 6 ans et surtout je ne suis resté dans cette école que quelques jours. On était au début de l'année 1944. Mon père se trouvait en Algérie. Ma mère et moi devions tout le temps changer de ville pour éviter d'être dénoncés à la Gestapo.

Nous venions d'arriver à Tourrettes-sur-Loup, un tout petit village de moins de 4 000 habitants situé près de Nice, dans les Alpes-Maritimes. Le curé, qui s'appelait M. Chabot, nous cachait. Et il avait demandé à cette enseignante de me prendre dans sa classe le temps que nous passerions là. Avant cela, il avait pris soin de m'apprendre la prière du Notre Père. “Au cas où…” disait-il.

Non, non, celui-là, il faisait pipi de travers quand il était petit. Alors il s’est fait opérer. Il est catholique.
J'étais le dernier pour apprendre mes leçons, mais allez savoir pourquoi cette prière-là, je l'ai sue très vite et très bien. Quelques jours après notre arrivée, des officiers allemands sont entrés dans la classe en disant qu'ils cherchaient un enfant juif. Ils ont demandé à tous les petits garçons de baisser leur pantalon. Évidemment, j'étais le seul à être circoncis.

Lorsque l'officier s'est arrêté devant moi, l'institutrice a eu la présence d'esprit de dire : “Non, non, celui-là, il faisait pipi de travers quand il était petit. Alors il s'est fait opérer. Il est catholique. Et puis elle m'a demandé de réciter le Notre Père, prière que je connaissais évidemment parfaitement.

Ce jour-là, elle m'a sauvé la vie. J'y pense souvent aujourd'hui, j'en ai même fait une scène de mon film Les Uns et les Autres. Mais je ne m'en suis pas rendu compte tout de suite. Je crois que j'étais trop jeune. J'étais comme le petit garçon dans La vie est belle de Roberto Benigni : je savais qu'on était en danger, je savais qu'il fallait se cacher, mentir sur notre identité, mais, pour moi, tout cela restait un jeu. D'ailleurs, quand les Allemands sont sortis, la maîtresse a dit : “Récréation exceptionnelle pour tout le monde.” Sur le moment, je crois que j'ai été presque plus heureux de cette pause improvisée que du tour joué à la Gestapo.


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