Voilà une analyse bien étrange

Le Forum Catholique

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Signo -  2024-07-23 10:44:16

Voilà une analyse bien étrange

Vous raisonnez comme si le magistère de l’Eglise était facultatif pour le fidèle catholique.

Sur le plan de la forme l’autorité du concile est indiscutable : tous les évêques de l’Eglise universelle réunis sous la présidence du pape, prononçant des enseignements de nature dogmatique pour certains textes (Lumen Gentium, Dei Verbum), pastoraux pour d’autres.

Sur le plan du fond, j’ai démontré à de nombreuses reprises (comme ici) l’inanité de la critique traditionaliste sur la plupart des textes conciliaires. Certes on peut regretter certaines ambiguïtés, certaines formulations malheureuses. Mais tous les conciles de l’histoire de l’Eglise ont formulé des enseignements ambigus. Quand le magistère préconciliaire définit l’Eglise comme une « société parfaite », c’est un terme ambigu (c’est quoi une société parfaite ? Parfaite dans quel sens ?) ; Quand il parle de « deux sources de la Révélation », c’est une formulation ambiguë (il n’y a qu’une source : le Christ); quand le concile de Florence affirme que la soumission au pape est « absolument » nécessaire au salut, et que même un fidèle qui mourrait du martyr ne peut être sauvé s’il n’est pas entièrement soumis au pape, c’est un enseignement plus qu’ambigu voir faux si on l’interprète au pied de la lettre ; l’appellation « Mère de Dieu » est ambigüe, etc. Les traditionalistes vivent dans le mythe d’un magistère préconciliaire parfaitement limpide et immédiatement compréhensible sans nécessité d’interprétation aucune, alors qu’il regorge d’ambigüités évidentes, d’affirmations exagérées, d’approximations doctrinales (qui aujourd’hui ferait de la soumission absolue au pape une condition absolue pour être sauvé ?).

Une ambiguïté n’est en aucun cas un motif suffisant pour refuser les enseignements d’un concile œcuménique réunit sous l’autorité du pape. La lecture du concile à la lumière de la Tradition (ce que promouvait également Mgr Lefebvre, qui avait signé presque tous les textes conciliaires, dans certains de ses propos ; mais Mgr Lefebvre a dit tout et son contraire sur le concile) n’est ni une lecture possible parmi d’autres, ni une lecture « conservatrice », ni une option : c’est la seule lecture possible pour un catholique. Et on oublie un peu vite que même une personnalité aussi peu suspecte de progressisme comme le P. Eugène de Villeurbanne, fondateur des capucins de Morgon, ainsi que Dom Gérard Calvet, s’étaient appuyés sur les textes conciliaires ou post-conciliaires (Perfectae caritatis et Sacrificium laudis notamment) pour refuser les nouveautés progressistes qui se répandaient dans leurs familles religieuses respectives. A partir du moment où même Mgr Fellay reconnaît que 95% des textes conciliaires ne posent aucun problème, il n’y a plus aucune raison de refuser en bloc Vatican II. Ce qui ne signifie pas nier qu'il contient des passages ambigus ou contestables.

Mais je vous rejoins sur un point : la FSSPX n’a pas, aujourd’hui dans l’Eglise, de meilleur allié que le pape François et sa clique de prélats malfaisants. Cela rejoint ce que disait Louis Bouyer dès 1968 : intégrisme et progressisme sont des frères siamois, les meilleurs alliés possibles (contre, « tout contre », comme dirait l’autre) ; ils ont la même lecture (fausse) du concile, la même ecclésiologie délirante faisant du pape un demi-Dieu au pouvoir absolu (à ceci près que les progressistes sont plus cohérents : ils poussent cette ecclésiologie jusqu’à donner au pape de le pouvoir de changer la doctrine, ce qui est cohérent avec l’ecclésiologie du XIXe siècle défendue par la FSSPX avec son refus de la collégialité). Une ecclésiologie qui a rendu possible Traditionis Custodes et toutes ses suites…
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