Méditation avec Le Traité de l'Amour de Dieu de St François de Sales

Le Forum Catholique

Imprimer le Fil Complet

ami de la Miséricorde -  2024-07-01 00:05:33

Méditation avec Le Traité de l'Amour de Dieu de St François de Sales



CHAPITRE V

Que l'amour se perd en un moment.


Les habitudes que nous acquérons par nos seules actions humaines, ne périssent pas par un seul acte contraire; car nul ne dira qu'un homme soit intempérant pour un seul acte d'intempérance, ni qu'un peintre ne soit pas bon maître pour avoir une fois manqué à l'art.

Ains comme toutes telles habitudes nous arrivent par la suite et impression de plusieurs actes, ainsi nous les perdons par une longue cessation de leurs actes, ou par multitude d'actes contraires.

Mais la charité, Théotime, que le Saint-Esprit répand en un moment dans nos coeurs, lorsque les conditions requises à cette infusion se rencontrent en nous, certes aussi en un instant elle nous est ôtée sitôt que détournant notre volonté de l'obéissance que nous devons à Dieu, nous avons achevé de consentir à la rébellion et déloyauté à laquelle la tentation nous incite.

Il est vrai que la charité s'agrandit par accroissement de degré à degré, et de perfection à perfection, selon que par nos oeuvres ou la réception des sacrements nous lui faisons place; mais toutefois elle ne diminue pas par amoindrissement de sa perfection; car jamais ou n'en perd un seul bien qu'on ne la perde toute; en quoi elle ressemble au chef-doeuvre de Phidias, tant célébré par les anciens; car on dit que ce grand sculpteur fit en Athènes une statue de Minerve toute d'ivoire, hauts de vingt-six coudées

Et au bouclier d'icelle, auquel il avait relevé les batailles des Amazones et des géants, il grava avec tant d'art son visage de lui-même, qu'on ne pouvait ôter un seul brin de son image, dit Aristote, que toute la statue ne tombât défaite.

Si que cette besogne ayant été perfectionnée par assemblage de pièce à pièce, en un moment néanmoins elle périssait, si on eût ôté une seule petite partie de la semblance de l'ouvrier.

Et de même, Théotime, encore que le Saint-Esprit, ayant mis la charité en une âme, lui donne sa croissance par addition de degré à degré, et de perfection à perfection d'amour, si est-ce toutefois que la résolution de préférer la volonté de Dieu à toutes choses étant le point essentiel de l'amour sacré, et auquel l'image de l'amour éternel, c'est-à-dire, du Saint-Esprit, est représentée on ne saurait en ôter une seule pièce, que soudain toute la charité ne périsse.

Cette préférence de Dieu à toute chose est le cher enfant de la charité. Que si Agar, qui n'était qu'une Égyptienne, voyant son fils en danger de mourir, n'eut pas te courage de demeurer auprès de lui, aine le voulut quitter, disant :

Ah! je ne saurais voir mourir cet enfant, quelle merveille y a-t-il que la charité, fille de douceur et suavité céleste, ne puisse voir mourir son enfant, qui est le propos de ne jamais offenser Dieu?

Si qu'à mesure que notre franc arbitre se résout de consentir au péché, donnant par même moyen la mort à ce sacré propos ; la charité meurt avec icelui, et dit en son dernier soupir :

Hé! non jamais je ne verrai mourir cet enfant. En somme, Théotime, comme la pierre précieuse nommée prassius (prasius,prase, variété de quartz, agate) perd sa lueur en la présence de quel venin que ce soit, ainsi l'âme perd en un instant sa splendeur, sa grâce et sa beauté qui consiste au saint amour, à l'entrée et présence de quel péché mortel que ce soit, dont il est écrit que l'âme qui péchera mourra.

Source : Livres-mystiques.com

Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=977781