Méditation avec Le Traité de l'Amour de Dieu de St François de Sales
Le Forum Catholique
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ami de la Miséricorde - 2024-06-29 00:38:53
Méditation avec Le Traité de l'Amour de Dieu de St François de Sales
CHAPITRE III
Comme ou quitte le divin amour pour celui des créatures.
Quand donc nous n'usons pas de la charité qui est en nous, c'est-à-dire, quand nous n'employons pas notre esprit aux exercices de l'amour sacré, ains que le tenant diverti à quelque autre occupation, ou que, paresseux en soi-même, il se tient inutile et négligent, alors, Théotime, il peut dire touché de quelque objet mauvais, et surpris de quelque tentation.
Et bien que lhabitude de la charité en même temps soit au fond de notre âme et quelle fasse son office, nous inclinant à rejeter la suggestion mauvaise, si est-ce qu'elle ne nous presse pas, ni nous porte à l'action de la résistance qu'à mesure que nous la secondons, comme les habitudes ont coutume de faire; et partant nous laissant en notre liberté, il advient maintes fois que le mauvais objet ayant jeté bien avant ses attraits dans notre coeur, nous nous attachons à lui par une complaisance excessive, laquelle venant à croître, il nous est malaisé de nous en défaire ; et comme des épines, selon que dit notre Seigneur, elle suffoque enfin la semence de la grâce et dilection céleste.
Ainsi arriva-t-il à notre première mère Eve, de laquelle la perte commença par un certain amusement qu'elle prit à deviser avec le serpent; recevant de la complaisance d'ouïr parler de son agrandissement en science, et de voir la beauté du fruit défendu ; si que la complaisance grossissant en l'amusement, et l'amusement se nourrissant dans la complaisance, elle sy trouva enfin tellement engagée, que se laissant aller au consentement, elle commit le malheureux péché auquel par après elle attira son mari.
On voit que les pigeons touchés de vanité se pavanent quelquefois en l'air, et font des esplanades (planent).çà et là, se mirant en la variété de leur pennage (plumage); et lors les tiercelets et les faucons qui les épient, viennent fondre sur eux et les attrapent ; ce qu'ils ne feraient jamais, si les pigeons volaient leur droit vol, d'autant qu'ils ont l'aile plus raide que les oiseaux de proie.
Hélas ! Théotime, si nous ne nous amusions pas en la vanité des plaisirs caducs, et surtout en la complaisance de notre amour-propre, ains qu'ayant une fois la charité, nous fussions soigneux de voler droit là par où elle nous porte, jamais les suggestions et tentations ne nous attraperaient. Mais parce que, comme colombes séduites et déçues de notre propre estime, nous retournons sur nous-mêmes, et entretenons trop nos esprits parmi les créatures, nous nous trouvons souvent surpris entre les serres de nos ennemis, qui nous emportent et dévorent.
Dieu ne veut pas empêcher que nous ne soyons attaqués de tentations, afin que résistant, notre charité soit plus exercée, et puisse par le combat emporter la victoire, et par la victoire obtenir le triomphe. Mais que nous ayons quelque sorte dinclination à nous délecter en ta tentation, cela vient de la condition de notre nature, qui aime tant le bien, que pour cela elle est sujette d'être attachée partout ce qui a apparence de bien; et ce que la tentation nous présente pour amorce, est toujours de cette sorte.
Car, comme enseignent les saintes lettres, ou cest un bien honorable selon le monde, pour nous provoquer à l'orgueil de la vie mondaine, ou un bien délectable aux sens, pour nous porter à la convoitise charnelle, ou un bien utile à nous enrichir, pour nous inciter à la convoitise et avarice des yeux.
Que si nous tenions notre foi, laquelle sait discerner entre les vrais biens qu'il faut pourchasser, et les faux qu'il faut rejeter, vivement attentive à son devoir, certes elle servirait de sentinelle assurée à la charité, et lui donnerait avis du mal qui s'approche du coeur sous prétexte du bien, et la charité le repousserait soudain.
Mais parce que nous tenons ordinairement notre foi ou dormante, ou moins attentive qu'il ne serait requis pour la conservation de notre charité, nous sommes aussi souvent surpris de la tentation, laquelle séduisant nos sens, et nos sens incitant la partie inférieure de notre âme à la rébellion, il advient que maintes fois la partie supérieure de la raison cède à l'effort de cette révolte, et commettant le péché, elle perd la charité.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde
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