Ce n’est pas du relativisme
Le Forum Catholique
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Signo - 2024-06-14 21:21:59
Ce n’est pas du relativisme
C’est simplement un retour à une ecclésiologie saine, équilibrée et vraiment traditionnelle. Non, le pape n’est pas un gourou doté de pouvoirs absolus sur l’Eglise universelle. Il n’est que le serviteur de la communion des Églises locales, communion sur le fondement de la foi catholique.
Après des siècles de papolâtrie (papolâtrie indéfendable sur les plan théologique et historique), on en revient enfin à une saine conception du ministère pétrinien.
Les traditionalistes sur ce sujet sont dans la contradiction: le lefebvrisme, attaché à l’ecclésiologie déséquilibrée et à certains égards délirante du XIXe siècle (faisant du pape quasiment un « vice-Dieu »), a accusé Vatican II d’avoir relativisé le pouvoir papal par la collégialité, bien que la collégialité soit de manière incontestable un des fondements de l’Eglise depuis sa fondation (le Christ n’a pas fondé une monarchie solitaire mais un collège d’apôtres présidé par Pierre, et la Tradition a toujours reconnu aux Conciles œcuméniques une autorité doctrinale distincte de celle du pape, quoique toujours unie à la sienne).
Ce que les traditionalistes, et notamment la FSSPX, ne comprennent pas, c’est que c’est précisément cette ecclésiologie déséquilibrée qu’ils défendent qui a permis la révolution que fut la réforme liturgique de 1969 (les Mémoires de Bouyer sont éloquentes à ce sujet: « le Pape le veut » était un argument employé par Bugnini pour imposer certaines modifications à une commission parfois réticente). C’est encore cette papolâtrie qui explique la passivité vraiment surprenante avec laquelle pareille rupture dans la tradition liturgique a pu être accueillie. Une telle révolution eût été impossible dans le monde orthodoxe par exemple. C’est l’absolutisation de l’autorité papale au détriment de la Tradition qui a créé un contexte ecclésial rendant possible la conception et l’acceptation par l’ensemble des évêques et des fidèles d’une « réforme » aussi radicale.
On en a un bel exemple avec Solesmes: alors que le Père abbé avait fait partie du Coetus Internationalis Patrum aux côtés de Mgr Lefebvre durant le Concile, le Père abbé, en cela fidèle à l’ultramontanisme aveugle de Dom Guéranger, finit par accepter la réforme au nom de l’obéissance au pape, allant jusqu’à intégrer de nombreuses nouveautés et à tenter d’imposer la nouvelle liturgie à ses filles récalcitrantes (Fontgombault notamment).
Il est donc temps de sortir de cette contradiction: oui, les enseignements de Vatican II sur la relation entre collégialité et ministère pétrinien constituent un retour à une ecclésiologie plus saine et équilibrée que celle de Vatican I, et ce texte du Saint-Siège est sans doute le meilleur (ou le moins mauvais) des textes produits sous l’actuel pontificat.
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