Le Forum Catholique
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Lycobates - 2024-02-01 23:23:52
ah!
Vous posez les bonnes questions.
Dans une langue moderne comme le français actuel, les res novae seraient le souci de concision et d'abstraction qui va de pair avec la complexité croissante des réalités à définir ou à nommer, et qui réclamerait un terme abstrait de ce type, absente dans la langue plus ancienne.
Le français comme la plupart des langues modernes, qu'elles soient romanes ou germaniques, est devenu d'une abstraction toujours croissante.
Si comme moi vous aimez comparer en les parcourant les éditions successives de dictionnaires de langues modernes (je conçois qu'il y a plus gai à faire), vous le constaterez.
En latin classique, si l'on veut écrire ou parler un classique correct (mais certains latinistes, j'en connais, écriraient sans états d'âme "problematizatio", brrrrrr), on concrétiserait l'énoncé, on ne l'abstrairait pas. On ne dit pas "le froid", frigus, on dit frigora, "les froids". Si je dis en français, les froids de cet hiver m'ont importuné, on me regarde bizarrement, mais en latin, agreste Latium !**, c'est correct, frigora hornotina mi displicuerunt, on privilégie le concret sur l'abstrait et le style verbal sur le style nominal. Ainsi, on ne dit pas "transformatio rei", mais "res transformatur". On ne dit pas "exstant differentiae linguarum" ou pire "differentiae linguisticae", mais "linguae inter se differunt".
Ainsi César a écrit :
Gallia est omnis divisa in partes tres, quarum unam incolunt Belgae, aliam Aquitani, tertiam, qui ipsorum lingua Celtae, nostra Galli appellantur. Hi omnes lingua, institutis, legibus inter se differunt.
Il n'a pas écrit :
Divisio administrativa totius areae Gallicae nititur in tripertitione. In una regione habitant Belgiceloquentes, in altera Septentrioaquitani, in tertia illi, qui sua nomenclatura Celtarum, nostra Gallorum nomen habent. Inter hos omnes exstant differentiae linguisticae, morales, legislativae.
même si l'on peut lire ce genre de choses sous la plume de latinistes moins exigeants des derniers deux cents ans.
(Je dois cet exemple à un excellent philologue de Varsovie, Konrad Kokoszkiewicz, auteur aussi des Vocabula computatralia, très utiles pour les cool kids romains)
Pour "problematizatio", je mettrais en latin "studium (modus, ratio) rerum (rei) difficultatis enodandae (exponendae, describendae)", ou quelque chose dans ce genre, selon le contexte. Le contexte prime et dicte l'énoncé concret, mais il n'y a pas de terme abstrait qui s'impose (et s'adapte) à tout contexte.
Voilà la différence.
** Le père Springhetti dit tres justement dans ses Institutiones stili Latini, Rome 1954, p. 161 : Cum enim populus romanus fuerit imprimis industrius et parum ad contemplationem proclivis, contendebat, quae cogitabat, veluti oculis manibusque attingere. Hinc latinae linguae raritas verborum "abstractorum", et, contra, mira constructionum verbalium copia.
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