Premier article : Derrière les clochers d’Ecône, emprise, violences sexuelles et grands secrets

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DumVolviturOrbis -  2024-01-14 17:28:03

Premier article : Derrière les clochers d’Ecône, emprise, violences sexuelles et grands secrets

Les secrets de la Fraternité Saint-Pie X peinent à s’extraire de ses murs. Pourtant, la communauté ultra-catholique n’échappe pas aux violences et abus commis par certains de ses prêtres. Son fonctionnement en vase clos tend même à les favoriser et l’institution ferait tout pour protéger sa maison. Notre enquête
Illustration. — © Florence Wojtyczka pour Le Temps
Agathe Seppey, Grégoire Baur
Publié le 12 janvier 2024 à 17:55. / Modifié le 12 janvier 2024 à 21:19.


Dans l’ombre d’Ecône

A l’heure des révélations sur les abus sexuels frappant l’Eglise, le voile se soulève bien plus difficilement au sein de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Alors quels sont les secrets que ne souhaite pas dévoiler cette communauté ultra-catholique, basée en Suisse? Le Temps a enquêté durant de longs mois.

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L’homme s’avance à la barre. Pas très grand, en fin de soixantaine, l’abbé B. a remplacé sa soutane par une chemise brune en velours côtelé et un pantalon beige. Ce n’est pas l’heure du jugement dernier mais celle de la justice des hommes. Nous sommes au Tribunal de Saint-Malo, un jeudi venteux de novembre. Les affaires s’enchaînent dans cette petite salle d’audience où le public grouille. Quelques minutes suffisent à la justice pour boucler le dossier de l’abbé B., issu de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX): il y a prescription. Dans les années 1990, le religieux a touché le sexe d’un garçon mineur lors d’un trajet en voiture. Une agression que le prêtre a toujours reconnue, signale son avocat Me Christophe Guy. Mais pour laquelle il ne sera jamais condamné.

Le sort a été différent pour son confrère, l’abbé M. Quelques mois auparavant, à 250 km de la Bretagne, à La Roche-sur-Yon, cet autre prêtre de la FSSPX se trouvait aussi sur le banc des accusés. Face à lui, 27 victimes dénonçaient des faits d’abus sexuels étalés de 1995 à 2020, alors qu’elles étaient toutes mineures. Dans ce procès hors norme, le religieux déclarera que la «pédophilie infeste tout [s]on être». Et le verdict sera sans concession: 20 ans de réclusion criminelle pour agressions sexuelles et viols.

Du Valais à Bruxelles, en passant par la Bretagne et la Savoie, Le Temps a enquêté durant de longs mois sur la Fraternité Saint-Pie X et sa manière de gérer les abus commis par certains de ses prêtres. Tandis que le #MeToo ecclésial est en cours, le voile se soulève pourtant difficilement dans cette communauté ultra-catholique. Elle est l’une des deux seules structures à avoir refusé d’ouvrir ses archives pour que la lumière soit faite durant l’enquête qui a mené à la publication du rapport Sauvé – révélant l’ampleur des abus sexuels commis au sein de l’Eglise catholique française depuis 1950. Elle a également refusé de répondre à nos questions, comme elle le fait avec tous les médias lorsque l’objet des interrogations concerne les abus de ses clercs. Elle explique sa discrétion par le «double souci de faciliter le travail de la justice […] et de préserver les victimes». Alors, que se passe-t-il derrière ses rideaux opaques? Quels sont les secrets que la Fraternité ne souhaite pas dévoiler?
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«Ecône», une histoire suisse

La Fraternité Saint-Pie X est attachée à la Suisse depuis le début de son histoire. C’est dans notre pays qu’elle a été créée à la fin des années 1960. Sa maison générale – ou siège mondial – est implantée en périphérie de Menzingen, un petit village des Préalpes situé dans le canton de Zoug. En Suisse romande, le grand public la connaît sous le nom d’«Ecône», hameau de la commune valaisanne de Riddes, sis entre Martigny et Sion, qui abrite le séminaire historique de la Fraternité.

L'église de la Fraternité St-Pie X, à Ecône, a été bénie et inaugurée en octobre 1998 par Mgr Bernard Fellay. — © FABRICE COFFRINI / KEYSTONE
L'église de la Fraternité St-Pie X, à Ecône, a été bénie et inaugurée en octobre 1998 par Mgr Bernard Fellay. — © FABRICE COFFRINI / KEYSTONE

Cette communauté, la douzaine de témoins que nous avons rencontrés ou auxquels nous avons parlé la connaissent parfaitement. Ils ont grandi dans son giron, l’ont côtoyée comme fidèles, durant de longues années ou ont fait partie de son clergé. Nous avons également approché des avocats, décortiqué des comptes rendus de médias, mais aussi consulté et épluché plus d’une vingtaine de documents internes à la Fraternité, qui nous ont été remis: e-mails et lettres signés de ses plus hauts responsables, archives ou encore extraits de rapports d’enquête internes.

Notre analyse démontre que les violences dénoncées ont lieu aux quatre coins de l’Europe et du monde, dès la création – ou presque – de la Fraternité et jusqu’en 2020 en tout cas. Elles sont sexuelles, mais aussi psychologiques et physiques. Et parfois s’additionnent. Natif de Sion, François de Riedmatten les a toutes subies dans un internat lié à la FSSPX en France. Plongée dans un monde où la loi de Dieu fait foi et où l’institution ferait tout pour protéger sa maison.
Lire le témoignage: François de Riedmatten, une vie dévastée par la violence d’Ecône
I. LA VIOLENCE

Notre enquête nous conduit au pied des montagnes de Savoie. André*, 46 ans, tire nerveusement sur sa cigarette. Assis sur un banc ensoleillé au cœur d’Albertville, l’homme d’origine belge raconte comment l’abbé P. est entré par effraction dans son enfance. C’était à la fin des années 1980 à Bruxelles, il avait 11 ans. Le prêtre donne le catéchisme et est aumônier des louveteaux. «Mon premier souvenir: cette fois où il m’a convié dans son bureau. Il m’a pris sur ses genoux, m’a fait glisser sur sa soutane en écartant les jambes. Ensuite, il s’est mis à faire remonter sa main dans ma culotte courte, depuis mes cuisses jusqu’à l’intérieur de mon caleçon. Il m’a masturbé.» André précise être resté figé «comme une statue».

Il a poussé ma tête sous sa soutane. Il était en érection.

André*, victime d’un prêtre

Les yeux perdus au loin, les lèvres tremblantes, le quadragénaire raconte les bisous «qui traînaient jusqu’à la bouche», les étreintes sur le lit du prêtre, les gestes impardonnables. L’abbé P. lui offrira des cadeaux, des ornements de messe miniatures pour enfant – «un appât», analyse-t-il aujourd’hui. Un jour, lors d’un trajet en voiture, le prêtre, au volant, a saisi la tête d’André, relate l’homme. «Il l’a poussée vers son entrejambe, je me suis retrouvé sous sa soutane. Il était en érection. La voiture partait dans tous les sens sur l’autoroute, j’étais terrorisé. J’ai réussi à me réfugier sur la banquette arrière.» Selon André, les agressions étaient devenues, près d’une année durant, son quotidien. Jusqu’à cette nuit où, lors d’un jeu durant un camp scout en France, l’enfant a donné un fort coup de coude dans le ventre de l’abbé qui, une énième fois, recommençait. Ce sera la dernière.

La famille Peeters aussi a vécu un cauchemar. C’est à Bruxelles que nous rencontrons Florence, maman de dix enfants. Le ciel est indécis en cette fin octobre; les rares éclaircies font place à la bruine. Dans son appartement surplombant une des places de la capitale belge, elle a préparé notes et classeurs. Elle en a gros sur le cœur et beaucoup à raconter. Un jour de 2010, son fils Jérôme* lui a confié qu’un abbé valaisan l’avait agressé sexuellement de nombreuses fois dans le dortoir de son école bruxelloise. Il avait 9 ans. Ce sera le début d’un long chemin de croix pour la maman et les siens. «Comment a-t-on pu mettre un pédophile dans une école? Qui l’a fait? Pourquoi? J’aimerais que la personne qui a pris cette décision soit punie», enrage-t-elle.
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Tant André que Jérôme ont été victimes de prêtres basés au prieuré du Christ-Roi à Bruxelles. L’abbé P. sera condamné en 2014 par la justice ecclésiastique pour les agressions commises sur André, des faits que le prêtre a toujours niés. L’abbé valaisan qui a agressé le fils de Florence Peeters sera, lui, condamné en 2017, en appel, à 5 ans de réclusion dont 3 ferme, par la justice belge. Une peine qu’il purgera, dès 2020, en Suisse. Il serait désormais libre. Le même prieuré du Christ-Roi aura aussi vu passer l’abbé M., condamné à La Roche-sur-Yon l’été dernier à 20 ans de prison, aucune des 27 victimes de ce procès n’ayant été abusée dans la capitale belge.

Des servants de messe, lors d'une cérémonie en juin 2014, à Ecône. — © OLIVIER MAIRE / KEYSTONE
Des servants de messe, lors d'une cérémonie en juin 2014, à Ecône. — © OLIVIER MAIRE / KEYSTONE

Violences sexuelles «systémiques»

Ces trois affaires ne sont pas des exceptions. Durant notre enquête, d’autres noms de prêtres se sont rapidement ajoutés à la liste. Il y a l’abbé U., condamné, en 2006, à 1 an d’emprisonnement avec sursis, pour agressions sexuelles commises avec violence, contrainte, menace ou surprise, alors qu’il était directeur d’une école de la Fraternité à Bordeaux. L’abbé S., qui a plaidé coupable de crime d’abus sexuel de mineur au second degré et a été condamné, en juin dernier, à 7 ans et demi de réclusion par un tribunal du Minnesota. L’abbé R., condamné en 2018 en appel à 19 ans de réclusion, notamment pour viols aggravés.

Comment a-t-on pu mettre un pédophile dans une école? Qui l’a fait? Pourquoi?

Florence Peeters, maman d’une victime

Et puis, il y a d’autres clercs qui n’ont pas été condamnés, mais qui ont avoué. C’est le cas de l’abbé B., qui a reconnu des faits, prescrits lors de son passage devant la justice de Saint-Malo en novembre dernier. L’abbé V., lui, a été réduit à l’état laïque en 2005, après les accusations de plusieurs jeunes femmes d’abus sexuels. Enfin, il y a aussi cet abbé, ancien sous-directeur du séminaire d’Ecône, également passé par Onex, à Genève, qui, s’il n’a jamais été condamné par la justice des hommes, a reconnu avoir abusé d’un garçon entre 1986 et 1994, d’abord au Gabon puis dans une école de la Fraternité en France. Une victime qui pourrait bien ne pas être la seule. Porte-parole du Collectif des victimes de la FSSPX, Benjamin Effa assure connaître le nom d’une trentaine d’enfants abusés par ce prêtre jusqu’à son départ du Gabon en 2008.

Assis dans un café de Strasbourg, à quelques pas de la gare, Benjamin Effa évoque posément les nombreuses sollicitations reçues par son collectif créé en 2022. La moitié concernent des abus sexuels – les autres faisant état d’abus psychologiques ou de dérives sectaires. «On n’imaginait pas que tant de personnes nous contacteraient.» Et ce, des quatre coins du monde. Lorsqu’on demande au jeune homme s’il peut articuler un chiffre du nombre de victimes potentielles de prêtres de la Fraternité, il prend une pause. Puis lâche: «Je ne peux pas vous le dire, car si je me mets à réfléchir, ça devient effrayant.» En revanche, le collectif a fait une estimation du nombre de «prêtres problématiques»: une soixantaine, soit près de 10% des effectifs. Plus que plausible, estime Basile*, très bien informé au sujet de la FSSPX et membre engagé de l’AVREF (Aide aux victimes des dérives de mouvements religieux en Europe et à leurs familles), une association ayant publié un livre noir consacré à la Fraternité. Lui-même a grandi au sein de celle-ci; il dit avoir connu personnellement «13 prêtres abuseurs».

Pour Basile et Benjamin Effa, il n’y a pas de doute: le côté systémique des abus au sein de la Fraternité est incontestable. Il apparaît aussi que l’ADN de la FSSPX, son fonctionnement en vase clos, tend à le favoriser, voire à renforcer involontairement les violences et à privilégier leur dissimulation.
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II. L’ISOLEMENT

Dans l’univers de la FSSPX, sorte de société dans la société, on vit dans ce qu’on appelle «La Tradition». Celle-ci s’oppose au «Monde», perçu comme hostile et pécheur. «Ce n’est pas une question d’orgueil, mais on se croit au-dessus des autres, on a pitié de les voir dans l’ignorance», souligne Florence Peeters. Ancien prêtre de la Fraternité, l’ayant quittée il y a une vingtaine d’années pour l’Eglise «conciliaire», Mathieu* fait un parallèle avec le film Le Village, de M. Night Shyamalan (2004). Dans ce long métrage, les habitants d’une petite communauté isolée et autosuffisante vivent dans la certitude que des forces maléfiques peuplent les bois qui entourent le village et personne n’ose s’y aventurer. «La FSSPX a dressé des épouvantails du même ordre. On fait croire aux fidèles qu’en dehors, l’air est irrespirable», détaille le religieux.

La communauté est ainsi persuadée d’être le dernier bastion qui sauvera l’Eglise catholique. On y est «plus catholiques que le pape», n’ironise même pas Marc Vermeulen, le beau-frère de Florence Peeters, qui a quitté lui aussi la communauté. «On ne cesse de vous répéter que la Fraternité est meilleure que l’Eglise catholique, et vous y croyez.» Schématiquement, il y aurait deux sortes de catholiques. Les «vrais», représentés par la FSSPX, ses 160 prieurés et 120 écoles, implantés sur les cinq continents, ses quatre séminaires, ses plus de 700 prêtres et quelque 600 000 fidèles à travers le monde. Et les autres, ceux qui n’en porteraient que le nom; tout de même représentés par le pape, plus de 400 000 prêtres et qui approchent le 1,4 milliard de fidèles.

En juin 1988, Mgr Marcel Lefebvre a consacré quatre évêques, malgré l'interdiction formelle du Saint-Siège. Les cinq hommes seront excommuniés. — © STR / KEYSTONE
En juin 1988, Mgr Marcel Lefebvre a consacré quatre évêques, malgré l'interdiction formelle du Saint-Siège. Les cinq hommes seront excommuniés. — © STR / KEYSTONE

Pour comprendre la césure, il faut remonter aux années 1960 et à la modernisation de l’Eglise qui fait suite au Concile œcuménique Vatican II. En réponse à cette ouverture et à la demande de jeunes croyants désirant toujours recevoir une formation de prêtre traditionnelle, un évêque français, Monseigneur Marcel Lefebvre, fonde la FSSPX, en 1969 à Fribourg. Décédé en 1991 à Martigny, il demeure l’icône du mouvement «traditionaliste», voire «intégriste», selon les points de vue. Clercs et fidèles sont viscéralement attachés à la messe en latin. Et depuis sa création, les rapports qu’entretient le mouvement d’«Ecône» avec le Saint-Siège n’ont cessé d’être ambigus, voire conflictuels. Ni dans ni hors de l’Eglise catholique, la FSSPX choisit même son camp au gré de ses propres intérêts, selon plusieurs de nos témoins.
La frat’, «jusque sous votre couette»

La FSSPX tisserait petit à petit autour de ses fidèles un cocon opaque, mais rassurant. Tellement rassurant qu’il ne leur viendrait pas à l’idée d’en sortir volontairement. A Bruxelles, les souvenirs de Florence Peeters remontent. Elle se remémore son entrée dans la communauté au début des années 1990. Les gens sont accueillants, comme une nouvelle famille. Le cérémonial des messes est d’une rare beauté. Les valeurs lui correspondent. Mais, petit à petit, sa vie change. «Quand vous entrez dans la Fraternité, vous entrez dans un entonnoir, image-t-elle. Au fil des années, vous vous retrouvez à faire des choses que vous n’auriez jamais faites auparavant.» Au quotidien, il y avait la prière: quinze minutes le matin, trente minutes de méditation, vingt minutes de chapelet et la prière du soir avec examen de conscience. Il y avait aussi la confession, pour sauver son âme de l’enfer quand la lumière s’éteindra. Le missel en latin. Les retraites qui «lavent le cerveau». Les pantalons proscrits pour les femmes. La contraception strictement interdite – «la FSSPX s’immisce jusque sous votre couette», résume-t-elle. Il y a aussi les vacances, qu’il est préférable de passer à proximité d’un lieu de culte où la messe est célébrée par un prêtre de la FSSPX – sans quoi elle n’est «pas valable». Finalement, tout ou presque pousse les croyants à rester entre eux, les mariages entre fidèles étant d’ailleurs légion.

Ordination de nouveaux prêtres en juin 2009, à Ecône. — © OLIVIER MAIRE / KEYSTONE
Ordination de nouveaux prêtres en juin 2009, à Ecône. — © OLIVIER MAIRE / KEYSTONE

Si des prêtres, des règles, des livres – édités par la Fraternité – guident les pas des fidèles, la vie «tradi» est plus subtilement suggérée qu’imposée. D’ailleurs, certains croyants ne sont que des «fidèles du dimanche», attirés par la messe en latin, mais moins stricts dans leur vie quotidienne. Les représentants les plus zélés, eux, vont jusqu’à placer leurs enfants dans les internats de la FSSPX, parfois à l’étranger. C’est de ce côté du spectre que se trouvait Florence Peeters. Qui raconte cette «descente» insidieuse dans «l’entonnoir»: «Je n’ai jamais eu de revolver sur la tempe, j’ai toujours tout fait librement.» Ce que confirment les nombreux anciens fidèles que nous avons interrogés. Certains disent que si le premier jour on leur avait expliqué ce qu’est réellement la FSSPX, ils auraient fui en courant. Et n’hésitent pas à parler de «secte». «J’ai compris assez récemment, avec du recul, que j’étais sous emprise», fulmine Florence Peeters.
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III. LE SECRET

Ce mode de vie participe à la manière de percevoir, dénoncer et gérer les violences sexuelles. Dans la dizaine de cas avérés que nous avons examinés, de grandes similitudes se dessinent dans la gestion des prêtres signalés à la Fraternité: entre mesures ecclésiastiques qu’il est difficile de faire respecter à la lettre et déplacement de la personne concernée. Cette mise à l’écart, parfois seulement temporaire, se fait souvent au sein d’un établissement religieux faisant office de «prison». Rares toutefois sont les dénonciations de ces religieux à la justice ou alors ces dernières arrivent très tardivement.

Pour que cette machine se mette en marche, il faut déjà que la personne agressée, le plus souvent un enfant, parle de ce qui lui est arrivé. Dans ce monde où le péché présumé est partout et le sexe l’ultime tabou, y parvenir est un pas difficile à franchir. Le prêtre, rouage central de la Fraternité, est un alter christus, le représentant de Dieu sur terre, expliquent les témoins. Comment pourrait-il pécher? On le désexualise aussi, lui qui a fait vœu de chasteté: «Jusqu’à 29 ans, je prenais les abbés pour des anges, réellement!», assure Thomas*, qui a grandi dans le giron de la FSSPX avant de claquer la porte. «On nous expliquait que le laïc était un pauvre homme soumis à ses pulsions, mais que le prêtre était détaché de tout ça.» A tel point que, nous assurent plusieurs témoins, la sexualité ne serait pas abordée lors des années de séminaire et qu’aucune formation ou sensibilisation aux questions affectives ne serait donnée. «On ordonne des bombes à retardement», ajoute Thomas.

© Florence Wojtyczka pour Le Temps
© Florence Wojtyczka pour Le Temps

Lorsque la victime trouve les mots pour se confier, son entourage n’est pas toujours réceptif. Il y a ces familles qui minimisent les faits ou qui coupent l’enfant dans son récit. «Elles ont honte, car les abus d’un abbé remettent en question tout ce en quoi elles croient, alors elles disent à l’enfant de se taire», précise Benjamin Effa. Car dénoncer un prêtre, c’est salir l’institution.

Parfois bien sûr, l’entourage croit l’enfant et décide d’agir. Quand Florence Peeters apprend les abus sexuels de l’abbé valaisan sur son fils, à Bruxelles, son premier réflexe est de contacter la hiérarchie de la FSSPX, en qui elle a alors entière confiance. «On ne voulait pas de procès. Simplement que l’abbé demande pardon.» Elle trouve face à elle une oreille attentive. On lui promet de l’aide, d’éclaircir l’affaire. L’accueil est identique pour une seconde famille, dont deux enfants accusent le même prêtre. Mais les choses tardent. Une année après les faits, Monseigneur Bernard Fellay, alors supérieur général de la Fraternité – le grand patron entre 1994 et 2018 – prend la plume, pour, écrit-il, accompagner cette seconde famille dans cette épreuve et lui dire «combien nous voudrions mieux vous aider». Le Valaisan évoque avoir «affaire à un malade», en parlant de l’abbé, lui aussi Valaisan. «Qu’il soit prêtre et ait pu accomplir des actes si ignobles sur des enfants nous remplit de honte et de confusion», ajoute-t-il, avant de les bénir «abondamment».

Dans un e-mail, dans lequel la FSSPX indique qu’elle ne répondra pas à nos sollicitations, elle assure que «dans ces affaires particulièrement douloureuses, la préoccupation première de la Fraternité est pour les victimes. Elle leur offre son assistance en les soutenant, en les encourageant à porter plainte auprès des autorités judiciaires, en les guidant à travers les démarches judiciaires, et en les accompagnant dans leur reconstruction, dans la mesure du possible.»
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Bienveillance de façade

Cet accueil a priori bienveillant, le collectif de victimes créé en 2022 a pu le constater au travers des différents cas dont il a eu vent. «Les victimes sont toujours très bien reçues, très poliment», souligne Benjamin Effa. André aussi l’a remarqué au travers de la réponse faite à sa lettre de dénonciation par Franz Schmidberger, alors supérieur général. Reste que cette bonté ressemble furieusement à une façade, selon notre enquête. Car derrière les paroles, manquent les actes.

Pour André, la missive de Franz Schmidberger demeurera, de longues années durant, la seule réponse qu’il obtiendra de la part de la FSSPX. L’aide promise aux familles des victimes de l’abbé valaisan ne viendra jamais. Pire, ce n’est qu’après avoir porté plainte et perdu en première instance que Florence Peeters apprend par hasard que ce prêtre avait déjà été soupçonné d’abus sexuels dans les Alpes valaisannes en 2005. Cet élément crucial participera grandement à sa condamnation. La révélation vient d’un clerc qui a surpris une conversation au sujet de son confrère. Dans un mail adressé à l’une des filles de Florence Peeters, ce prêtre – qui a aujourd’hui quitté la FSSPX – évoque le «double jeu perpétuel» de la Fraternité, «comme s’il n’y avait jamais de vérité. Comme s’il n’y avait jamais de coupables ni de victimes». Il écrit avoir «compris que le but de Menzingen [le siège mondial de la FSSPX, ndlr] n’était plus de faire la lumière sur ce drame, mais de l’arranger de sorte que l’on puisse sauver certaines personnes d’actes irresponsables et graves».

La Fraternité a pour règle que tout cas d’abus porté à la connaissance de ses autorités doit être traité. Aucun cas n’est dissimulé.

Hiérarchie de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X

Car la Fraternité était bel et bien au courant du «passé» de l’abbé valaisan. A la suite d’un procès interne, la dénonciation d’une famille a été jugée irrecevable par la FSSPX, notamment parce que les «impubères […] ne sont pas des témoins idoines», est-il précisé dans le décret de six pages statuant sur cette affaire. Malgré cela, la hiérarchie avait tout de même imposé au religieux plusieurs restrictions. Dans le décret, on peut lire que le prêtre sera notamment «surveillé sur ses faits et gestes dans ses relations avec les enfants et les adolescents». Il sera aussi placé «dans des postes d’apostolat qui le préserveront de toute promiscuité» avec des enfants ou des adolescents. Enfin, il lui est «interdit de participer de quelque manière que ce soit à des camps d’enfants ou d’adolescents». Le tout durant une période de dix ans.

Ces mesures sont datées de juin 2006. Pourtant, à peine quelques semaines plus tard, l’abbé valaisan était nommé au prieuré du Christ-Roi, à Bruxelles, sis au 39, rue de la Concorde. Juste à côté, au 37, se trouve l’école Notre-Dame, un établissement scolaire maternel et primaire de la Fraternité. De l’extérieur, les deux bâtiments aux façades claires, légèrement décrépies, et aux portes vert foncé semblent clairement distincts, leurs architectures étant différentes. Mais plusieurs témoins nous confirment qu’à l’intérieur, ils sont reliés entre eux. Et c’est dans cet internat que l’abbé valaisan agressera le fils de Florence Peeters.

© Florence Wojtyczka pour Le Temps
© Florence Wojtyczka pour Le Temps

Sanctions et interdictions

L’abbé valaisan n’est pas le seul prêtre à avoir été sous le coup de mesures internes à la suite de dénonciations. Nous avons pu identifier au moins trois autres abbés soumis à des sanctions qui ont reconnu les faits ou ont été condamnés. Si elles existent et ont pour objectif d’éviter que de tels drames ne se reproduisent, ces mesures sont toutefois difficiles à faire respecter. Comment placer un surveillant 24h/24 derrière chaque prêtre sanctionné? L’exemple de l’abbé M., condamné l’été passé à 20 ans de réclusion, est éloquent. «Le supérieur du prieuré était au courant des mesures, mais il est seul et a plusieurs départements sous sa responsabilité. Sous les yeux du supérieur, l’abbé M. respectait les sanctions, mais lorsqu’il était loin de lui, le prêtre a enfreint les mesures», précise Lionel Bethune de Moro, avocat des victimes de ce prêtre. Et il a agressé de nouveaux enfants.

«Ces mesures, ce ne sont même pas une tape sur la main!» tonne Benjamin Effa, du collectif de victimes. A Strasbourg, laissant son café refroidir en racontant les témoignages reçus, le vingtenaire évoque le dossier de l’ancien sous-directeur du séminaire d’Ecône, qu’il connaît bien. Et pour cause: Claude, l’un de ses proches, a été victime de ce prêtre quand il était enfant, dans les années 1980 et 1990 au Gabon et en France. Des agressions que le religieux reconnaîtra lors de la procédure interne qui a suivi la dénonciation de Claude, en 2019. Dans ce cas aussi, l’abbé sera soumis à des mesures restrictives. Dans une visioconférence de mai 2020, dont nous avons pu consulter la note interne confidentielle qui s’y rapporte, le supérieur général de la Fraternité évoque également avec lui plusieurs lieux de résidence possibles. Et ils ne sont pas suggérés au hasard.

© Florence Wojtyczka pour Le Temps
© Florence Wojtyczka pour Le Temps

La «prison dorée»

Nous avons constaté que la FSSPX choisit en effet scrupuleusement les lieux dans lesquels elle place ses prêtres problématiques. Pour l’ancien sous-directeur du séminaire d’Ecône, ce sera finalement Lourdes. Mais il s’était également vu proposer Caussade (en Occitanie), Illiers-l’Evêque (en Normandie) et Montgardin. Ce dernier lieu, un petit village des Hautes-Alpes, situé à vingt minutes de voiture de Gap, est apparu plusieurs fois dans les parcours de prêtres soupçonnés d’abus sexuels, certains d’entre eux y séjournant aujourd’hui. La réputation sulfureuse de «prison dorée» de la Maison Notre-Dame est très bien connue dans la bulle FSSPX. Et au-delà, puisqu’elle avait été révélée en 2017 par la chaîne de télévision suédoise SVT1 et Mediapart dans une investigation conjointe. «Tous ceux qui y séjournent sont cloîtrés, soit en attente d’un procès, soit pour en éviter un. C’est la ruche, l’enfer, la poubelle de la frat’. Un endroit pour ne pas que les religieux soient vus, pour qu’on n’en parle pas», résume Mathieu, l’ancien prêtre de la Fraternité, sans mâcher ses mots. Mais où la messe, publique, est dite chaque jour.

Montgardin a été acquise par la Fraternité en 2011. Mais avant cela, la FSSPX était déjà adepte des déplacements de prêtres «à problèmes». En témoignent les parcours très décousus de sept religieux condamnés ou sous le coup d’accusations que nous avons analysés. Il apparaît que les clercs ont souvent été déplacés à l’étranger ou dans des lieux reclus, comme des couvents ou des noviciats de religieuses. «Traditionnellement dans l’Eglise, on nommait aumôniers d’un couvent les gens qui avaient des problèmes, pour faire pénitence», indique le prêtre Mathieu.

Reste qu’en dépit de ces mesures et déplacements, la case «justice» était soigneusement évitée. Le parcours de l’abbé C., dévoilé la semaine passée par le média néo-zélandais Stuff, vient, une fois de plus, éclairer cette réalité. On y retrouve le même système: abus, dénonciation à la Fraternité, silence pesant, déplacement, nouveaux abus, pour finir par une mise à l’écart à Montgardin, mais la FSSPX ne dénoncera jamais ce clerc aux autorités judiciaires. Sur les sept cas que nous avons analysés, la FSSPX a dénoncé ses abbés à trois reprises… de longues années après les premiers signalements et les premières sanctions qu’elle leur avait infligées.

© Florence Wojtyczka pour Le Temps
© Florence Wojtyczka pour Le Temps

La Fraternité attendra par exemple la fin des années 2010 pour dénoncer l’abbé B.. A Saint-Malo, à la sortie de l’audience, son avocat Me Christophe Guy nous précise pourtant que ce dernier est «éloigné depuis plus de vingt ans de tout contact avec des mineurs». La Fraternité savait-elle donc depuis deux décennies? Après un silence, l’homme de loi glisse, l’air emprunté: «Vous en déduirez ce que vous aurez envie d’en déduire.» Pour l’abbé M., le signalement de la FSSPX à la justice intervient en 2020, près de dix ans après les premières mesures internes. Lors de son procès l’été dernier, la Fraternité s’était constituée partie civile. Devant les médias, Me Solange Doumic expliquait cette décision en déclarant que l’abbé M. «a berné ses supérieurs», l’avocate de la FSSPX estimant que le prêtre «réussissait à présenter un visage tellement différent de ses actes». Pour autant, la FSSPX n’a-t-elle véritablement aucune responsabilité?
«Aucun cas n’est dissimulé»

En agissant comme elle l’a fait au cours des dernières décennies, la Fraternité a certainement cherché à protéger de nouvelles victimes potentielles en mettant ses prêtres hors d’état de nuire. Mais elle l’a aussi fait pour se protéger elle-même, selon la grande majorité de nos témoins. Pour ces derniers, les dénonciations tardives à la justice ou le fait de se constituer partie civile n’étaient qu’un moyen de se dédouaner. Mathieu, l’ex-prêtre FSSPX, analyse: «C’est tout nouveau et par obligation qu’elle remet ces affaires au bras séculier, considéré comme contraire à la loi de l’Eglise.» Une idée que la Fraternité conteste dans son e-mail. Elle assure qu’elle a «pour règle que tout cas d’abus porté à la connaissance de ses autorités doit être traité». «Aucun cas n’est dissimulé, appuie-t-elle. Bien au contraire, nous encourageons vivement toutes les personnes à faire connaître aux autorités judiciaires et à nous-mêmes les cas dont elles auraient connaissance.» D’ailleurs, elle certifie qu’elle «coopère pleinement aux investigations judiciaires» et qu’elle s’en remet aux autorités compétentes «pour évaluer les éventuelles responsabilités de chacun (personnelles ou institutionnelles), en tirer les conséquences judiciaires et les faire appliquer».

La FSSPX a dressé des épouvantails. On fait croire aux fidèles qu’en dehors l’air est irrespirable.

Mathieu*, ancien prêtre de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X

Reste que, dans ce vase clos catholique, la culture du secret est puissante. Enfant de la Fraternité avant de s’en détourner peu avant la trentaine, Thomas se remémore une scène qui se déroule quand il a 24 ans. Alors qu’un prêtre de la FSSPX évoque les gestes sans équivoque d’un de ses confrères – qui depuis le début des années 2000 est basé en Suisse romande –, il somme Thomas de garder le silence: «Il m’a dit: «Je t’interdis de le répéter parce que tu ferais un double péché mortel. Si tu le dénonces, tu dénonces le Christ.» J’avais la trouille. Je croyais ce qu’il disait.» Et il n’a rien dit. Tétanisé par l’enfer. «Ils n’ont que ça à la bouche. On est tenus par la peur.»
L'interview d'un spécialiste: Josselin Tricou: «Dénoncer un abus au sein de la Fraternité Saint-Pie X, c’est accepter de la quitter»

Stéphane Lempereur n’a pas eu peur, lui. Avocat général lors du procès de l’abbé valaisan à Bruxelles en 2017, il n’a pas hésité, devant la cour, à critiquer vertement la FSSPX. Pour lui, elle aurait dû se trouver sur le banc des accusés. «Sa responsabilité est terriblement importante. On ne peut pas tout le temps étouffer les affaires et laisser un prédateur auprès des enfants.» André et Basile sont catégoriques: pour eux, la hiérarchie n’est pas seulement coupable d’avoir minimisé des signaux d’alerte, omis d’agir ou de ne pas en avoir assez fait, elle a été dans une certaine mesure «complice». «Nous avons la conviction que ces gens ont été protégés», résument-ils amèrement.

Tout le monde ne partage toutefois pas cet avis. L’un des avocats, Lionel Bethune de Moro, des 27 victimes de l’abbé M., condamné durant l’été dernier, reconnaît que le procès lui a apporté «de la nuance sur la perception [qu’il] pouvai [t] avoir de la FSSPX». S’il pensait au début que la Fraternité protégeait ses prêtres abuseurs en les déplaçant ou les exfiltrant, son analyse a petit à petit évolué. «Vouloir mettre la faute sur quelqu’un d’autre que l’auteur des violences, c’est disculper ce dernier. En agissant comme elle l’a fait, la FSSPX est responsable, mais pas coupable. Elle a manqué à l’obligation de dénonciation à la justice. Mais c’est le cas aussi de certains de mes clients, parents de victimes, qui ne l’ont pas fait non plus.»

© Florence Wojtyczka pour Le Temps
© Florence Wojtyczka pour Le Temps

IV. L’APRÈS

Au milieu de ses classeurs, six ans après la condamnation de l’agresseur de son fils, la douleur est encore profonde chez Florence Peeters. «A chaque fois qu’une affaire qui concerne la FSSPX sort, ça me replonge dedans, comme si c’était à moi que ça arrivait.» Dégoûtée mais surtout épuisée par les démarches, explique-t-elle, la mère de famille n’a pas eu le cœur de poursuivre la communauté. Alors elle raconte son histoire aux journalistes, répond au téléphone de l’Avref, enquête comme elle peut. Une manière de se soustraire au déni et au silence, «qui permettent que ça se reproduise». André aussi aimerait tourner la page, mais n’y arrive pas. «Détruit» par la violence sexuelle, il aura fait des années de thérapie pour se reconstruire. Reste la rage. «J’en veux plus à la hiérarchie qu’au pédophile, elle qui l’a laissé dans la nature», lâche-t-il. Bien qu’il n’ait pas été victime, Thomas a des frayeurs rétrospectives, en se revoyant aller à confesse dans la chambre d’un abbé soupçonné d’abus. Quant à Basile, il dit avoir le sentiment d’avoir «traversé un quartier malfamé tard dans la nuit»: «J’aurais pu me faire trouer la peau mille fois, je ne sais pas comment je m’en suis tiré sans une égratignure.»
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Pour la plupart de nos témoins, qu’ils aient été ou non touchés par des violences, «l’après»-Fraternité s’est écrit dans la peine. Il faut trouver comment avancer seul, sans ce «mode d’emploi» intégriste qui, malgré sa rigidité, faisait office de phare. Il faut trouver sa place aussi, et une façon de se construire dans ce «monde» contre lequel on a tant été mis en garde. Il faut se réconcilier avec son corps, lui dont on pouvait diaboliser jusqu’à l’existence. Et puis il y a les familles qui se déchirent, quand l’un des leurs «quitte la frat’». Mathieu, le prêtre passé à l’Eglise «conciliaire», raconte avoir été perdu, sans argent, déshérité, ostracisé: «Ma propre mère m’a dit: «Je regrette de t’avoir mis au monde.»

Et de Dieu, alors, que reste-t-il? Pour plusieurs de nos témoins, il est toujours là, quelque part. Loin d’Ecône. Car ce n’est pas à lui qu’ils en veulent. Mais à ceux qui pensent le représenter le plus dignement, ici-bas.

* Prénoms d’emprunt, identités connues de la rédaction
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