Méditation avec L'introduction à la vie dévote de St François de Sales

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ami de la Miséricorde -  2023-12-22 23:53:49

Méditation avec L'introduction à la vie dévote de St François de Sales



CHAPITRE XXIX

DE LA MEDISANCE


Ne dites pas : «Un tel est un ivrogne », encore que vous l'ayez vu ivre; ni : « Il est adultère », pour l'avoir vu en ce péché; ni : « Il est inceste », pour l'avoir trouvé en ce malheur; car un seul acte ne donne pas le nom à la chose.

Le soleil s'arrêta une fois en faveur de la victoire de Josué, et s'obscurcit une autre fois en faveur de celle du Sauveur; nul ne dira pourtant qu'il soit ou immobile ou obscur.

Noé s'enivra une fois et Loth une autre fois, et celui-ci de plus commit un grand inceste : ils ne furent pourtant ivrognes ni l'un ni l'autre, ni le dernier ne fut pas inceste; ni saint Pierre sanguinaire pour avoir une fois répandu du sang, ni blasphémateur pour avoir une fois blasphémé.

Pour prendre le nom d'un vice ou d'une vertu, il faut y avoir fait quelque progrès et habitude; c'est donc une imposture de dire qu'un homme est colère ou larron, pour l'avoir vu courroucer ou dérober une fois.

Encore qu'un homme ait été vicieux longuement, on court fortune de mentir quand on le nomme vicieux. Simon le lépreux appelait Madeleine pécheresse, parce qu'elle lavait été naguère; il mentait néanmoins, car elle ne l'était plus, mais une très sainte pénitente; aussi Notre Seigneur prend en protection sa cause.

Ce fol pharisien tenait le publicain pour grand pécheur, ou peut-être pour injuste, adultère, ravisseur; mais il se trompait grandement, car tout à l'heure même il était justifié.

Hélas! puisque la bonté de Dieu est si grande, qu'un seul moment suffit pour impétrer et recevoir sa grâce, quelle assurance pouvons-nous avoir qu'un homme, qui était hier pécheur, le soit aujourdhui? Le jour précédent ne doit pas juger le jour présent, ni le jour présent ne doit pas juger le jour précédent:

il n'y a que le dernier qui les juge tous. Nous ne pouvons donc jamais dire qu'un homme soit méchant, sans danger de mentir; ce que nous pouvons dire, en cas qu'il faille parler, c'est qu'il fit un tel acte mauvais, il a mal vécu en tel temps, il fait mal maintenant; mais on ne peut tirer nulle conséquence d'hier à ce jourd'hui, ni de ce jourd'hui au jour dhier, et moins encore au jour de demain.

Encore qu'il faille être extrêmement délicat à ne point médire du prochain, si faut-il se garder d'une extrémité en laquelle quelques-uns tombent, qui, pour éviter la médisance, louent et disent bien du vice. S'il se trouve une personne vraiment médisante, ne dites pas pour l'excuser qu'elle est libre et franche.

Une personne manifestement vaine, ne dites pas qu'elle est généreuse et propre; et les privautés dangereuses, ne les appelez pas simplicité ou naïvetés; ne fardez pas la désobéissance du nom de zèle, ni l'arrogance du nom de franchise, ni la lasciveté du nom d'amitié.

Non, chère Philothée, il ne faut pas, pensant fuir le vice de la médisance, favoriser, flatter ou nourrir les autres, ains faut dire rondement et franchement mal du mal, et blâmer les choses blâmables: ce que faisant, nous glorifions Dieu, moyennant que ce soit avec les conditions suivantes.

Source : Livres-mystiques.com

Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde
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