Méditation avec L'introduction à la vie dévote de St François de Sales

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ami de la Miséricorde -  2023-11-23 22:59:47

Méditation avec L'introduction à la vie dévote de St François de Sales



CHAPITRE XIV

DE LA PAUVRETÉ D'ESPRIT OBSERVÉE ENTRE LES RICHESSES


Hélas! Philothée, jamais nul ne confessera d'être avare; chacun désavoue cette bassesse et vileté de coeur. On s'excuse sur la charge des enfants qui presse, sur la sagesse qui requiert qu'on s'établisse en moyens : jamais on n'en a trop, il se trouve toujours certaines nécessités d'en avoir davantage; et même les plus avares, non seulement ne confessent pas de l'être, mais ils ne pensent pas en leur conscience de l'être ; non, car l'avarice est une fièvre prodigieuse, qui se rend d'autant plus insensible qu'elle est plus violente et ardente.

Moïse vit le feu sacré qui brûlait un buisson et ne le consumait nullement, mais au contraire le feu profane de l'avarice consume et dévore l'avaricieux et ne le brûle aucunement; au moins, emmi ses ardeurs et chaleurs plus excessives, il se vante de la plus douce fraîcheur du monde, et tient que son altération insatiable est une soif toute naturelle et suave.

Si vous désirez longuement, ardemment et avec inquiétude les biens que vous n'avez pas, vous avez beau dire que vous ne les voulez pas avoir injustement, car pour cela vous ne lasserez pas d'être vraiment avare.

Celui qui désire ardemment, longuement et avec inquiétude de boire, quoiqu'il ne veuille pas boire que de l'eau, si témoigne-t-il d'avoir la fièvre.

O Philothée! je ne sais si c'est un désir juste de désirer d'avoir justement, ce qu'un autre possède justement: car il semble que par ce désir nous nous voulons accommoder par l'incommodité dautrui.

Celui qui possède un bien justement, n'a-t-il plus de raison de le garder justement, que nous de le vouloir avoir justement ? et pourquoi donc étendons-nous notre désir sur sa commodité pour l'en priver?

Tout au plus si ce désir est juste, certes, il n'est pas pourtant charitable ; car nous ne voudrions nullement qu'au cun désirât, quoique justement, ce que nous voulons garder justement.

Ce fut le péché dAchab qui voulut avoir justement la vigne de Naboth, qui la voulait encore plus justement garder : il la désira ardemment, longuement et avec inquiétude, et partant il offensa Dieu.

Attendez, chère Philothée, de désirer le bien du prochain quand il commencera à désirer de s'en défaire ; car lors son désir rendra le vôtre non seulement juste, mais charitable oui, car je veux bien que vous ayez soin d'accroître vos moyens et facultés, pourvu que ce soit non seulement justement, mais doucement et charitablement.

Si vous affectionnez fort les biens que vous avez, si vous en êtes fort embesognée, mettant votre coeur en iceux, y attachant vos pensées et craignant d'une crainte vive et empressée de les perdre, croyez-moi, vous avez encore quelque sorte de fièvre; car les fébricitants boivent l'eau qu'on leur donne avec un certain empressement, avec une sorte d'attention et d'aise que ceux qui sont sains n'ont point accoutumé d'avoir :

il n'est pas possible de se plaire beaucoup en une chose, que l'on n'y mette beaucoup d'affection.

S'il vous arrive de perdre des biens, et vous sentez que votre coeur s'en désole et afflige beaucoup, croyez, Philothée, que vous y avez beaucoup d'affection; car rien ne témoigne tant d'affection à la chose perdue que l'affliction de la perte.

Source : Livres-mystiques.com

Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde
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