Et si la crise liturgique était la conséquence de la dévalorisation de la culture orale ?
Le Forum Catholique
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Candidus - 2023-10-28 16:25:41
Et si la crise liturgique était la conséquence de la dévalorisation de la culture orale ?
Le VOM est à son origine l'expression d'une culture orale aujourd'hui dévalorisée.
Jusqu'à l'invention de l'imprimerie, toutes les cultures étaient orales.
Jusqu'au XIXème siècle, il n'existait pas de missels à destination des fidèles.
Durant la plus grande partie de l'existence du VOM, la masse des fidèles n'étaient pas en mesure de comprendre les textes liturgiques.
On peut donc affirmer que le VOM a été conçu et s'est développé pour que l'on y assiste d'une manière radicalement différente de celle qui s'est instaurée progressivement depuis le XXème siècle et que l'on pourrait qualifier de "participation littéraire". L'aboutissement de cette mutation du VOM a été le NOM, un rite qui exclut tout autre mode de participation que "littéraire".
Il ne s'agit pas de critiquer l'utilisation d'un missel par les fidèles ni la lecture de la traduction vernaculaire des textes liturgiques. Si cette méthode de participation est profitable à certains, qu'ils continuent, mais on peut tout de même s'étonner et regretter que ce mode de participation "littéraire" ait conduit à l'occultation d'autres manières d'assister à la messe qui ont pourtant pour elles une plus grande antiquité et surtout une espèce de connaturalité avec le VOM.
Le VOM suppose donc une culture orale dans laquelle l'analphabétisme est la norme sans que cela soit stigmatisant ; d'où la pregnance des signes, des symboles et des sons et la minorisation du langage qui n'est ni compris, ni même perçu des fidèles éloignés de l'autel.
Le VOM a été conçu pour que les fidèles puissent accéder aux richesses de la liturgie sans avoir besoin de lire quoi que ce soit pour y participer.
Il existe autant de manières de participer à la liturgie qu'il existe de tempéraments qui, en écho des aléas de nos vies, varient selon les moments. Mentionnons quelques-unes de ces "méthodes" qui peuvent d'ailleurs être utilisées successivement au cours d'une même célébration :
- la méditation ou la contemplation au sens ignacien des termes,
- la récitation du Rosaire,
- l'adoration silencieuse,
- la lecture spirituelle,
- des prières composées par des saints que l'on récite aux différents moments de la liturgie.
On peut certes affirmer qu'en soi les prières de la liturgie sont supérieures à toutes autres formes de dévotions ; objectivement c'est exact puisqu'elles sont l'expression publique de la prière du Christ, mais subjectivement ce n'est souvent pas vrai si d'autres prières mieux adaptées au tempéraments des uns et des autres, permettent de mieux s'unir au mystère liturgique.
La prière des psaumes qui fut celle de Notre Seigneur est en soi supérieure à toutes autres prières, faut-il en conclure que l'oraison privée doit systématiquement être délaissée au profit de la récitation des psaumes ?
Il est de bon ton aujourd'hui de dénoncer le "cléricalisme" ; ne serait pas une forme insidieuse de cette déviation que de vouloir imposer à tous les fidèles le mode de participation pratiquée par les prêtres durant l'action liturgique ? Ce cléricalisme ne serait-il pas à l'origine dans le NOM de la délégation à des laïcs de rôles précédemment réservés aux clercs dans le VOM [lectures, prière universelle (ex-prône), distribution de la communion...].
Un témoignage personnel pour terminer : je ne retire de l'assistance à la messe un profit spirituel que depuis le jour où j'ai cessé d'utiliser un missel.
Ces réflexions m'ont été inspirées par cette vidéo en anglais : Latin Mass WITHOUT a Missal?
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=971001