Consterné

Le Forum Catholique

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Nemo -  2023-06-19 21:50:37

Consterné

Je suis consterné de voir que maintenant la pastorale prend le pas sur la liturgie, le sentiment sur la raison, la paroisse de village sur la cathédrale.

En fait je ne devrais pas l'être. C'est toute l'histoire du nouveau rite et on ne doit pas s'étonner de voir cet esprit investir à son tour la tradition.

Entre ceux qui n'ont pas compris grand chose à ce que je disais, du genre "les fidèles ne doivent pas répondre au Dominus vobiscum" alors que je dis tout le contraire et ceux qui tombent dans l'archéologisme ou le progressisme il est difficile de faire une réponse générale.

Pour m'amuser je vais prendre la réponse de Baudelaire qui est la plus charpentée.

Réduisons-les au silence
C'est bien sûr les réduire au silence que de préciser ce qu'il est souhaitable qu'ils chantent, toustes les réponses chantées, tout l'ordinaire de la messe etc. Je suis plutôt de ceux qui au contraire regrettent une participation trop timide dans nos messes.

"Tout ce que doivent dire les fidèles est chanté par eux (ça évite la cacophonie) et tout ce qui est récité l’est par les servants exclusivement." Mais de qui tenez-vous cette règle?
Je tiens cette règle de bon sens du chanoine Calle, maître de cérémonies de l'archevêque de Paris jusque dans les années 70. Les simples lois de l'acoustique montrent que le chant est le meilleur vecteur pour l'expression d'une foule. Il suffit d'aller dans une manif pour le comprendre.

Quelle différence entre "dire" et "réciter" ? On peut dire un texte soit en le chantant, soit en le récitant.

Faudrait-il encore qu'ils s'y entendent en grégorien, du moins qu'on leur fasse chanter autre chose que le Kyriale VIII. Je n'ai rien compris à cette phrase qui contient tout et son contraire. On peut très bien imaginer une paroisse qui ne chanterait que la messe VIII tous les dimanches, et une autre comme j'en connais beaucoup qui a un répertoire plus varié. Ca ne change rien à notre sujet que je sache.

La séparation très nette opérée entre les fidèles et les servants. C'est en effet depuis longtemps le fait que chacun a la messe a son rôle, sa partition. Le célébrant et ses ministres directs, les servants, la schola et les chantres, les fidèles.
Je vois que vous devez être un adepte de musicam sacram, 1967, qui préconise que les fidèles doivent participer jusqu'au chant du propre. Utopie jamais réalisée et risible.
C'est surtout oublier que les chantres ont été depuis la plus haute antiquité des professionnels, souvent des diacres et que jamais l'Eglise n'a confié ses chants à l'assemblée.
Comme il a été rappelé, les fidèles n'avaient pas la maîtrise d'une langue ancienne et encore moins celle des cantilènes grégoriennes. On sent bien l'utopie des modernistes.

Nous ne reviendrons pas sur le doublage, le fait que les ministres récitent des chants chantés par d'autres. Je sais que vous voudriez revenir à une époque utopique. C'est ce qu'on appelle de l'archéologisme. Le missel que nous utilisons ne correspond pas à votre vision. Je vais même admettre que certaines très légères réformes auraient pu être envisageables mais ni vous ni moi n'avons l'autorité de créer un rite qui n'a nulle part été codifié.

Cacophonie Vous n'avez pas compris ce que je disais. Une foule qui parle crée de la cacophonie. Par exemple une foule qui récite le confiteor. Les rythmes des uns et des autres diffèrent. Ce ne serait pas le cas s'il y avait chant. S'il n'y a pas de chant, c'est que cette partie est réservée aux ministres du choeur.

La séparation des fonctions est évidente et assumée. Bien sûr que trois groupes (et même davantage) se partagent les fonctions à la messe en fonction de leurs vocations, ministère et compétences. J'ai la chance d'avoir été dans chacun des trois. Je n'ai jamais l'impresssion quand j'assiste à la messe en tant que simple fidèle d'avoir un rôle moins important qu'un chantre ou un servant. Je dirais même qu'assister en tant que simple fidèle me permet de participer à la messe d'une façon plus reposante et plus intérieure car je suis déchargé d'une fonction prenante et parfois difficile. Ces histoires de fidèles rejetés et méprisés, c'est dans votre tête. Mutatis mutandi ça me fait penser au combat de certaines militantes féministes qui voient du patriarcat partout et veulent l'abolir.

Lycobates a parfaitement résumé ce que je pense de vos lectures, Pius Parsh, Pie XII, vous auriez dû en effet ajouter Jungmann. Je les ai lus et j'ai beaucoup appris d'eux, et aussi à me méfier. Pie XII n'avait du reste aucune compétence liturgiques. La citation de Parsh est grotesquissime car ça fait partie des choses que plus personne ne croit.

Je crains que tout ce que vous préconisez pour dissuader les fidèles de participer au Saint Sacrifice de la Messe ne soit réalisable que dans quelques lieux privilégiés
Il est extrêmement inconvenant et ridicule de dire que je dissuade les fidèles de participer au Saint Sacrifice. Je ne fais que rappeler la tradition. Et si la participation des fidèles disparaît quand ils ne peuvent plus répondre à l'Orate fratres, on est mal partis. Il faut quand même dire que personne ne répondait même pendant la messe basse avant l'appartion de la messe dialoguée, et que la messe dialoguée n'existe grosso modo qu'en France.
Mais ce qui est grave dans votre analyse, c'est que vous allez à rebours de toute tradition en voulant baser l'attitude des fidèles sur ce qui se passe dans une paroisse démunie : La référence dans l'Eglise a toujours été la messe pontificale et on adapte comme on peut quand on arrive dans des endroits reculés. Jamais on ne se basera sur la paroisse qui ne dispose que d'un harmonium.
Au passage j'aime Tournemire et ça ne m'a jamais donné d'étourdissement. Nous ne nous ressemblons pas.

Et votre dernière phrase est un modèle du genre, une calomnie doublée d'un chantage :
Une chose est certaine, si certains veulent obtenir des fidèles qu'ils soient muets, qu'ils soient assurés que les fidèles se montreront discrets et parcimonieux jusque dans la quête.


C'est quand même amusant que mon marronnier, qui semble être un jeune marronnier puisqu'on dit des choses nouvelles, déclenche une telle levée de bouclier quand on explique que les fidèles ne répondent pas à l'Orate fratres. J'ajoute que seul Orate fratres est dit d'une voix aliquantulum elata, c'est à dire que seuls les circumstantibus entendent, et est continué à voix basse : clairement il n'est pas destiné aux fidèles. Sans doute parce que le prêtre les méprise.

Et pour terminer, à la messe réformée, tout le monde sera content puisque tout le monde parle.
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