Sur l'auto-référentialité et le distingo quant à Vatican II, Église conciliaire, Eglise du Christ
Le Forum Catholique
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Luc Perrin - 2022-10-31 19:17:47
Sur l'auto-référentialité et le distingo quant à Vatican II, Église conciliaire, Eglise du Christ
Comme nous le répétait feu mon maître Émile Poulat, il est bon de revenir au texte d'origine, à savoir la version anglaise de The Remnant.
Il distingue dès le départ entre Vatican II et l'Église conciliaire et l'Église du Christ cette dernière étant compatible avec Vatican II si je comprends bien ; il aurait fallu dire pour être clair d'emblée pseudo-conciliaire ou prétendument conciliaire.
Il écrit : "that subversive organization born almost imperceptibly from the Council and which in these sixty years has almost totally eclipsed the Church of Christ"
[cette organisation subversive née presqu'imperceptiblement à partir du Concile et qui dans les 60 dernières années a pratiquement entièrement éclipsée l'Église du Christ]. ma traduction
Mgr Vigano définit fort bien l'auto-référentialité - terme emprunté au pape François qu'il cite plus bas mais qui lui donne un autre sens - dans tout le début de son texte, il s'attache précisément à cette définition, qu'il n'est pas sorcier de deviner :
- cette "Église (pseudo) conciliaire" se pense en dehors des autres 20 conciles oecuméniques : ce point étant "the main factor", le caractère principal de l'auto-référentialité (c'était implicite dans le mot)
- elle s'écarte de la Tradition transmise dans le domaine de la Foi
- dans le domaine de la Morale au nom d'une sorte d'éthique de situation, on dirait une casuistique extrême
- dans le domaine de la Liturgie.
Il insiste en soulignant une rupture radicale avec le passé "radical break with the past".
Enfin pour bien marquer que Vatican II relève de l'Église du Christ, il écrit et met en italique "their Vatican II... their council". Mgr Vigano distingue donc "leur" Vatican II du Concile dans son texte. Il se réfère aussi au fameux rejet par Paul VI de "l'esprit du Concile" en contradiction avec sa lettre.
Il s'inscrit donc bien dans la ligne de l'allocution de décembre 2005 de Benoît XVI sur l'herméneutique de la réforme dans la continuité, sans rupture avec "le passé", les autres conciles etc. Ne pas couper Vatican II des autres conciles et textes majeurs antérieurs était exactement le souci de Jean Paul II, déjà de Paul VI, et de Benoît XVI. Il y a plus d'un quart de siècle, je démarrais mes cours sur la période contemporaine par "Le christianisme et l'Église ne sont pas nés en 1962", ce qui pouvait surprendre une partie de mon auditoire qui pensait (implicitement) que le ministère terrestre du Christ s'était déroulé entre 1962 et 1965.
L'archevêque va on peut dire au bout de l'opposition entre les deux herméneutiques bien décrites par le pape en 2005.
Mgr Vigano est moins "révolutionnaire" qu'il n'y paraît au vu d'un lexique pimenté ou poivré. La différence avec 2005 étant que cette fois, de fait, le Saint-Siège et une large partie du Collège épiscopal sont inclus dans l'herméneutique de rupture pointée par Benoît XVI.
Herméneutique de rupture présente dans cette minorité de la Majorité au moment du concile Vatican II à laquelle j'ai renvoyé avec d'autres à plusieurs reprises.
Elle est décrite dans la grande histoire de Vatican II (Alberigo), vue favorablement par ses auteurs (parmi lesquels figure l'alors Père Tagle devenu cardinal depuis).
ps. une étude statistique des renvois dans les textes du Magistère depuis 2013 aux conciles précédents Vatican II et aux textes du Magistère pré-conciliaire serait intéressante à mener. Aussi au niveau des déclarations des évêques, des conférences épiscopales etc.
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