La question du breton liturgique

Le Forum Catholique

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Maneguen -  2022-10-09 08:17:28

La question du breton liturgique

La question de l'approbation des textes liturgiques en breton par Rome est délicate en effet.
En 1997 l'évêque de Quimper a donné un imprimatur ad experimentum pour un missel complet mais celui-ci n'a pas été reçu par tous les militants catholiques du breton à cause de plusieurs points:
1. Il n'était pas écrit dans l'écriture en usage dans les écoles et par la totalité des écrivains et maisons d'éditions. Rome demande alors que l'écriture unifiée soit utilisée ;
2. Il était écrit dans un breton basique du dialecte du nord-ouest qui n'était pas à la hauteur des textes à traduire ;
3. Il dénotait une théologie toute progressiste dans les termes choisis : par exemple pour traduire consubstantiel par kennatur (de même nature) au lieu du terme gallois kensolwez ou bien pour pro multis par "pour tous" au lieu de e-leizh a dud (pour beaucoup)...
Rome avait été alerté d'où cet imprimatur ad experimentum et une commission interdiocésaine a été formée pour remettre le travail à plat. Depuis le projet s'est enlisé dans les sables, faute de personnes assez nombreuses érudites pour refaire le travail... car cela date de 25 ans : depuis la masse bretonnante a disparu, y compris le clergé natif et surtout lettré en breton.
A noter tout de même que sans l'approbation de l'Eglise, mais revêtus d'imprimaturs diocésains du diocèse de Saint Brieuc datant pour les plus récents de 1983, une Bible est sortie, fruit du travail d'un groupe de prêtre dirigé essentiellement par l'abbé Louis Le Floc'h (Maodez Glanndour), recteur de Louannec, qui a la fin de sa vie est retourné à la célébration de la messe tridentine dans sa chapelle privée de Keresperz.
Enfin pour être complet un missel pour les dimanches et un autre pour les semaines A et B est sorti tout récemment sans aucun imprimatur : voyant que rien ne bouge c'est de l'initiative de laïcs las d'attendre.
Y a t-il encore un peuple de Dieu bretonnant en Bretagne. Non.
Il n'y a que quelques familles militantes et par ailleurs les messes en breton à l'occasion des pardons sont encore bien fréquentées. Mais c'est tout.
J'en ai parlé à l'évêque de Quimper : pour lui, français complètement étranger à la chose, on ne peut rien faire puisqu'il y a deux camps irréconciliables utilisant chacun son écriture.
L'évêque de Saint Brieuc s'en lave les mains et renvoye au diocèse de Quimper ;
Mgr Centène de Vannes a donné un imprimatur ad expérimentum à la traduction de la Liturgie des heures en breton, une traduction page à page à partir de l'édition typique en latin, mais cet ouvrage considérable de 4 tomes (6500 pages) n'a vu que son premier tome publié.
En résumé, c'est un champs de ruines. A noter tout de même quelques vocations venant du terreau chrétien depuis 1500 ans en Bretagne : une demi douzaine de prêtres assez jeunes parlent breton, dont un ordonné cette année par Mgr Centène. C'est bien peu, on peut dire confidentiel et marginal, mais en plus ils sont débordés et n'ont pas reçu de "mission" pour une pastorale volontariste en breton. La cause semble perdue donc.
A noter aussi que dans certaines messes tridentines il y a quelques cantiques en breton qui subsistent. Quant à moi je les fréquente volontiers avec un missel bilingue breton-Français de... 1924 !
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