je précise ce point car nous avions un temps court
Le Forum Catholique
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Luc Perrin - 2022-09-26 13:59:36
je précise ce point car nous avions un temps court
et ce n'était qu'un aspect de "rebond" sur les remarques, pertinentes, de l'abbé Barthe qui appelaient, à mon sens, cette nuance.
On présente souvent l'opposition à Vatican II entre une Majorité et une Minorité : c'est un fait incontestable mais il n'épuise pas le réel du Concile.
Il y a eu des minorités au sein de la Minorité : le Coetus Internationalis Patrum (CIP) avec Mgr Lefebvre était la minorité la plus constante et la mieux structurée. Mais il y en a eu d'autres : ainsi la pétition pour la condamnation du communisme obtient pratiquement le double des suffrages ordinaires du C.I.P. ; la question mariale a clivé l'assemblée conciliaire encore plus : la décision d'intégrer le schéma marial séparé au départ dans la future constitution sur l'Église Lumen Gentium - un trait providentiel au final qui a eu l'effet inverse de ses instigateurs qui voulaient "noyer" la B. Vierge Marie et l'on placée en définitive à une place suréminente en clôture de la Constitution -, cette question a coupé le Concile en deux. Il y a d'autres exemples.
De même, la Majorité recouvre des courants divers qui sont réunis uniquement face à la Curie néo-thomiste romaine : il y a un adversaire commun mais les projets des uns et des autres sont multiples.
Les fanatiques hollandais avec Schillebeeckx, se signalent dès janvier 1964 et plusieurs figures de la "Majorité" s'en inquiètent ; très vite au cours de 1964, un P. de Lubac voit déraper les choses avec les informations qui lui viennent de France notamment.
A noter qu'à l'époque, le théologien Ratzinger fait équipe avec Hans Kung et fait partie des radicaux : il change son fusil d'épaule après les événements de 1968 et clairement à partir de 1969.
Concernant la liturgie, dans les débats et surtout les correspondances privées, on voit bien ceux qui, tels Mgr Lefebvre à ce moment, convenaient de réformes très mesurées dans la ligne du Mouvement liturgique antérieur, et ceux qui sont prêts à pousser les murs et user de toutes les trappes et vasistas que le schéma conciliaire a posé un peu partout, sans tenir aucun compte de la "mens" conciliaire telle que formulée dans les débats et explications données et prêts à tordre en tout sens les textes sans la moindre vergogne.
Certains l'écrivent privatim pendant Vatican II et se gardent bien de le dire publiquement à ce moment.
Suivant les thèmes abordés, il y a donc au sein de la Majorité (85-90% des Pères), plusieurs tendances qui vont soit vers le frein, soit vers l'accélérateur.
L'application anarchique des "réformes" conciliaires a fait éclater ces dissensions discrètes à Rome entre 1962 et 1965 et une partie de la hiérarchie, tant épiscopale que dans les ordres et congrégations religieux, a joué la radicalité en connivence avec les mouvements issus de la "base".
La division précoce entre le groupe Concilium (la revue) et Communio est une illustration de cette division de la Majorité. Les mémoires de Louis Bouyer et d'autres membres du Consilium de 1964-1969 qui a produit la "messe réformée" fabriquée montrent les divisions de même au sein des partisans d'une réforme liturgique.
Sur celle-ci, les clivages sont très grands dès avant l'ouverture de Vatican II et la tendance P. Loew-Fernando Antonelli (futur cardinal) avait eu la faveur de Jean XXIII en 1962, Bugnini étant écarté pour Vatican II à la faveur de Mgr Martimort et d'Antonelli (le journal partiel de ce dernier a été publié à la grande fureur de Saint-Anselme et du milieu bugniniste et sans doute partiellement détruit par cette secte qui est largement derrière T.C.). C'est Paul VI qui remet en selle l'infâme lazariste en 1964 en le mettant à la tête du Consilium.
Mais, comme le rapporte Louis Bouyer, dans plusieurs occasions, le serpent B. a trahi les votes du Consilium, menti plus effrontément qu'un journaliste de BFM-TV au Pape en lui présentant telle mesure comme voulue par les membres alors qu'elle était rejetée.
On sait que, hélas, Paul VI faisait toute confiance à Bugnini jusqu'en 1974 où sa déloyauté fut démontrée au pape par son autre homme de confiance bientôt cardinal Benelli. Le mal était fait ...
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