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LES HÉSITATIONS ET LES CONTRADICTIONS DE MGR LEFEBVRE
Le Monde
Publié le 05 août 1976
Mgr Marcel Lefebvre multiplie les interviews - exclusives " dans la presse. Elles ne présentent pas toujours la cohérence désirable. À la Voix du Nord, on le sait, le supérieur du séminaire d'Ecône annonce son intention catégorique de se rendre à Lille pour y célébrer le 29 août une messe publique (le Monde du 3 août). Mais, dans France-Soir du lendemain, Mgr Lefebvre fait machine en arrière, puisqu'il déclare : " Je suis tout prêt à ne pas aller à Lille pour éviter les complications. " (Le Monde du 4 août.)
Ce propos conciliant est toutefois précédé, quelques lignes plus haut, dans le même journal, d'une affirmation fracassante. À la question : " Et si le pape venait a vous excommunier ? " il répond sons hésiter : " Je ne tiendrai pas plus compte de l'excommunication que du reste. " Ce " reste " est précisément l'interdiction par Paul VI de célébrer la messe.
Un jour, Mgr Lefebvre dit : " L'Église conciliaire est une Église schismatique, puisqu'elle rompt avec l'Église catholique de toujours " (la Voix du Nord, 31 juillet) ; un autre jour : " C'est l'Église conciliaire qui risque le schisme. L'Église catholique continue à Ecône. - (France-Soir du 4 août.)
Sur le pape actuel, la position de Mgr Lefebvre n'est pas claire. Tantôt, il dit : " On est soumis au pape, quand il est successeur de Pierre. Quelqu'un qui perd la tradition perd le droit d'être obéi " (Minute du 4 au 10 août) ; tantôt, il semble hésiter : " L'attitude personnelle du pape est plus difficile à découvrir [que les réformes de Vatican II] (le Figaro du 4 août).
Il en va de même pour le concile : " Je ne le rejette pas en bloc. J'accepte le concile dans la mesure où il est conforme à la tradition ", dit l'évêque dans France-Soir du 4 août, tandis que dans le Figaro du 4 août on lit. " Nous croyons pouvoir affirmer, en nous en tenant à la critique interne et externe de Vatican II, c'est-à-dire en analysant les textes et en étudiant les avenants et aboutissants de ce concile, que celui-ci, tournant le dos à la tradition et rompant avec l'Église du passé, est un concile schismatique. "
Enfin, si Mgr Lefebvre se plaint à plusieurs reprises de ne pas avoir été reçu par le pape, il omet le plus souvent d'indiquer que, le 3 mars 1975, il a été invité à s'expliquer devant trois des plus importants cardinaux de la Curie : le cardinal Gabriel Garrone, préfet de la congrégation des séminaires ; le cardinal Arthur Araoz y Tabera, préfet de la congrégation des religieux, et le cardinal John Wright, préfet de la congrégation pour le clergé. Au cours d'un long entretien (dont Paris-Match du 7 août publie des extraits), Mgr Lefebvre a pu s'expliquer à loisir et informer parfaitement ces collaborateurs immédiats de Paul VI.